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Briser la glaceBriser la glace
Dans la banlieue de Jupiter. Année 2036.
Quatre vaisseaux arpentent le système jovien. Ils ont pour nom, L’Alchimiste, L’Atlante, L’Ancien et Le Marcheur. Bientôt, ils seront rejoints par quatre autres engins de la catégorie 3. Le Gaborone, le Buenos Aires, L’Amsterdam et Le Calcutta viennent pour une durée de quatre mois. Dans quelques jours, ils prendront la relève des quatre précédents. En attendant, tous devront s’atteler à quelques explorations. Par exemple, Le Calcutta s’aventurera dans les fins anneaux de la géante de gaz. Une première.
Jupiter a été approché, pour la première fois, en 2025. Depuis, des vaisseaux transitent en permanence autour de ce système miniature. Plusieurs satellites ont été visités, comme la volcanique Io. Maintenir une activité jovienne ne fut pas sans mal. En effet, de grands chantiers ont la priorité. Les constructions de la première cité lunaire (Sélène) et des arsenaux de Titanium réclament de gros moyens. Ajoutez y les relations avec les civilisations extranéennes et les préparatifs de la toute première mission extrasolaire, vous aurez une idée des obstacles rencontrés.
Aujourd’hui, jour de
En orbite stabilisée, on s’active sur les vérifications d’usages. Dans les plus brefs délais, on transmet un rapport au Comité des Affaires Spatiales qui, dans le même temps, le transmettra à la population mondiale. Dès la septième heure de présence, les équipements scientifiques sont opérationnels. Les explorateurs se mettent en condition qu’elle soit physique, mentale et spirituelle. Chacun y va de son petit grigri. Le commandant algérien du Gaborone est si nerveux qu’il casse tout ce qu’il touche. Son commandant en second jamaïcain est éminemment plus détendu. Ses longs cheveux dreadlocks ont le don d’agacer au plus haut point son supérieur.
Les agences spatiales ont connues quelques petits changements. L’Agence européenne prit le leadership suite aux difficultés américaines. Une agence asiatique s’est créée en 2021 autour du Japon, de
La situation géopolitique, en cette année 2036, est sereine. Tous les brasiers armés se sont éteints, faute de combattants. Les armées ne trouvèrent plus personnes à recruter. Sous la pression des peuples, les armes sont démantelées. Des chantiers jusque là délaissés se voient accorder une plus grande importance. Ainsi, la famine a disparue. A peine, doit on constater quelques insuffisances, ça et là. Plusieurs villes se font faire une nouvelle beauté. On citera les victimes de catastrophes naturelles tels que Paris, Brasilia, Londres, New York et Helsinki. Parmi les autres, on trouve Lyon, Détroit, Chicago, New Delhi, Moscou et Canberra.
Un briefing pesant s’éternise, juste avant le lancement des opérations. Bons nombre d’individus s’y seraient endormis. _ Le monde compte sur nous. Le monde a les yeux rivés sur nous. _ Tu parles. Ils ont d’autres chats à fouetter. D’autres préoccupations. Les hauts conseils Wekhtah, Karthéens, Viitians et Latviens sont attendus, en fin de semaine, pour un rendez vous galactique. Dans les rangs : _ Ajoute à cela, les rencontres sportives, la découverte de ruines sous les glaces du Groenland. _ D’ailleurs, cela me fait penser que je vais rater le match de mon frère. _ Que fait-il ? _ Il est troisième ligne dans l’équipe malienne. Ils affronteront au deuxième tour de _ Quart de finaliste contre l’Angleterre, l’an dernier, cela avait fait grand bruit. Sur un match sec, tout est possible. _ Dites donc tous les deux, cela vous ennuierait de m’écouter ? Je vous signale, quand même, que tout à l’heure, quand vous serez dans le module, il vous faudra être autrement plus attentif. Votre vie en dépendra. _ On le sait….. Cela fait quatre ans que l’on nous casse les oreilles avec çà. On connaît toutes les procédures par cœur. Des milliers d’heures dans des simulateurs alors dé stressé, un peu. Ce n’est pas comme si c’était votre propre vie qui était en jeu. _ Et à votre avis qui payera pour les pots cassés ? A qui reprochera t’on de ne pas avoir su vous remettre sur le droit chemin ? _ Ecoutez le avec ses grands mots….. C’est lui, le jeune diplômé qui va nous apprendre notre métier alors que la moitié de l’équipage traîne sa carcasse, dans le vide sidéral, depuis une vingtaine d’années. _ Je vous ai assez vu, dégagez……. Vous avez une heure pour être à vos postes. Le teint du commandant a viré au rouge. Il n’aime pas particulièrement ses vieux eurasiatiques qui le prennent pour un gamin. La moutarde lui monte rapidement aux narines. Lui, le méditerranéen au sang chaud n’aura sans doute jamais le flegme légendaire d’un anglais. Et pourtant, il devra s’y faire. Pendant 32 ans, le Gaborone assurera une multitude de missions, de voyages dans le système solaire. Pendant 32 ans, il en sera le seul commandant de bord. Pendant 32 ans, il en verra passer du monde qui tentera de le pousser à bout.
Une heure s’est écoulée. Le commandant algérien est en grande discussion avec ses homologues des sept autres bâtiments. Rapidement, il ordonna le lancement de la mission Europa. Pendant ce temps, il recevait une foule de données récentes. Jupiter y dévoile deux nouvelles tempêtes aux inhabituelles teintes vertes et violacées. La plus petite pourrait facilement contenir
Pendant de nombreux mois, les ingénieurs hésitèrent sur le mode opératoire à suivre pour s’enfoncer dans la glace. Certains voulaient se servir d’une foreuse. Les autres voulaient faire fondre la glace en utilisant la chaleur que l’on aurait générée sur la carrosserie. Des capteurs auraient permis de stocker et utiliser l’énergie récupérée pour toutes les applications. Finalement, on opta pour la première solution. Des récepteurs d’énergies sont quand même placés sur les coques latérales. Les parois chauffées par le frottement feront fondre une partie de la glace. L’énergie générée pourra y être récupérée.
L’ambiance est montée d’un cran. Tout l’équipage, dix individus, est installé. Chacun à son poste. Bien sûr, l’attente commence à être longue. Ces engins n’ont plus rien à voir avec les antiques coques de noix qui servaient aux pionniers de l’espace. Chacun dispose d’une pièce pour se ressourcer et s’isoler des autres. Musiques, films, objets fétiches sont même du voyage. Finalement, le compte à rebours s’approche tout doucement du zéro.
Le garage du vaisseau de quatre kilomètres de longs pour trois de large et un de haut, s’ouvre. Le vide interplanétaire se dévoile. Le pilote du petit engin a les doigts qui se crispent. Aussitôt, l’une des cinq femmes met de la musique. Pas n’importe quelle musique. Une de celles qui décontracte. Les propulseurs s’allument, dans le plus grand silence. Dans une dizaine de secondes, ils pourront s’élancer. Les yeux fixent tous, ce compte à rebours qui, décidément, est beaucoup trop long. Les chiffres passent, de l’un à l’autre, avec une extrême lenteur. Le temps semble comme être figé. Certains ronchonnent contre ce rebours.
Cette fois, l’horloge n’affiche qu’une succession de zéro. Sans attendre, le pilote cabre l’engin de poche. Sans perdre de temps, ils prennent le plus court chemin. Le satellite jovien n’est qu’à un millier de kilomètres. Une dizaine de minutes, et ils seront arrivés. Le Gaborone est en liaison constante. Toute la mission est retransmise en direct dans tout le système. C’est, sans doute, l’une des raisons qui le rend aussi irascible, anxieux. Ces ongles sont rongés jusqu’au sang. Les médecins recouvrèrent ses doigts d’un bandage imbibé de répulsif. Inutile de vous retranscrire ce qui leur a répondu. Inutile aussi de vous faire partager la réaction qu’eut son second, le jamaïcain. Je crois que vous pouvez aisément l’imaginer.
La banquise planétaire couvre, à présent, toute la baie de la salle de commande. Le pilote ralentit sa monture. On ne veut surtout pas provoquer un impact qui scellerait le sort de cette mission. A cent mètres du sol, il exécute un vol stationnaire. Tous les appareils embarqués se braquent sur la surface blanche. Ils vont essayer de trouver un endroit qui permettra de creuser la glace. En cela, ils sont aidés par le vaisseau mère. Comme il fallait s’y attendre, les spécialistes eurent quelques difficultés à se mettre d’accord. En attendant, le Pégase pose son corps sur la banquise. Sans se conformer aux hurlements de ses supérieurs, le pilote décida d’aller se dégourdir les jambes, un peu. L’atmosphère qui entoure le corps désolé est très riche en oxygène. Les astronautes utilisent un dispositif pour éviter d’être saoulé par l’abondance de cet élément. La température au sol est de moins cent cinquante degrés. Les vêtements spatiaux ne seront pas de trop. Grâce à eux, on pourrait même faire une grande randonnée sur les petits corps qui orbitent au-delà de Pluton, sans y prendre froid. Ils furent élaborés en 2011 et améliorés depuis, une petite dizaine de fois.
Le commandant du Gaborone hurle à pleins poumons. Sur le satellite, on en a cure. Il faut dire qu’ils sont les premiers à fouler le corps gelé d’Europe. _ Profitons en pour effectuer quelques prélèvements. Quelques carottages. Au moins, il y en aura quelques uns qui seront aux anges. _ À en juger, par les noms d’oiseaux qu’il prononce, en ce moment, le commandant n’en fera pas parti. Une jeune femme de 25 ans, blonde aux yeux bleus, s’affaire avec une petite sonde qui roule, toute seule. Haute de son mètre quatre vingt, elle utilise cet appareil pour extraire la toute première carotte effectuée sur ce monde. Elle en fera une petite dizaine qui feront jusqu’à trois mètres. Bien sûr, le but n’est pas de battre le record de longueur pour entrer dans le livre des records. Il s’agit juste de permettre aux scientifiques de résoudre quelques unes de leurs spéculations. Immédiatement, les échantillons sont placés dans un caisson étanche et isotherme. Sur le champ, la canadienne ramène ce caisson dans une petite chambre frigorifique spéciale qui couvre les huit mètres de la largeur de l’engin et tout au plus, deux mètres de profondeur. A l’extérieur, on ne s’éloigne guère. Ce n’est pas vraiment le moment de se perdre.
Là haut, l’équipe scientifique est enfin arrivée à un accord. La zone où ils viennent d’atterrir semble solide. Ils ont donc le feu vert pour poursuivre leur avancée. L’équipe ne tarde pas à reprendre possession du siège qu’ils occupaient, auparavant. Aussitôt, la foreuse est mise en action. L’engin décolle, un peu. A cinq mètres de hauteur, il incurve sa course. Il pique du nez. Sa tête rotative tourne à plein régime. De manière contrôlée, le convoi commence à creuser la glace. Tout les quart d’heures, ils ont avancés de quelques cent cinquante mètres. D’après les estimations, la banquise fait cent kilomètres d’épaisseur. Ils ne sont pas près de voguer au cœur des courants de l’océan qu’ils trouveront en dessous. Les parois translucides ne leurs offrent qu’un paysage monotone. Que ce soit devant, derrière ou sur les côtés, il y a toujours cette même vue. Un fidjien deviendrait vite dépressif.
Au bout d’une petite demi-heure, les voyageurs décidèrent d’organiser des tours de présence dans les salles de commandes. Trois dans celle du bas et deux, à l’étage. Les autres peuvent se reposer, s’isoler…. Le français rallume la musique. Rien de tel pour décrisper les nerfs. Rien de tel pour trouver le temps, moins long. Dans le compartiment inférieur, il est accompagné de la japonaise et de la sud-africaine. En haut, ce sont le russe et l’australien qui prennent place. Dans quatre heures, les cinq autres membres de l’équipage viendront les relever. En attendant, certains montent à l’étage. La canadienne, par exemple, va prendre une douche dans l’une des quatre salles de bains. En haut des escaliers, elle emprunte le couloir central. Elle parcourt quelques mètres. Elle ouvre une porte. C’est sa chambre. C’est un rectangle de six mètres, dans le sens du couloir, sur huit. Deux placards sont insérés dans un mûr. Le plafond étant à plus de deux mètres et demi, elle dispose d’une mezzanine avec un canapé, un bureau, un ordinateur, un hologramme. En bas, il y a un grand lit, quelques affaires pour se maintenir en forme. Un vélo, un rameur et un marcheur de salle de sport. Quelques fleurs profitent de l’éclairage artificiel. Elle pourra aussi y lire la cinquantaine de bouquins qu’elle a sous la main. Elle pourra écouter la centaine d’enregistrements musicaux que contient sa collection.
Bien qu’à la verticale, les passagers n’ont aucune difficulté à se mouvoir. Le Pégase génère sa propre gravité. Rien à voir avec celle de
Rapidement, la canadienne se déshabille. Avec une serviette qui lui cache ses parties intimes et pieds nus, elle quitte sa chambre. Elle revient sur ses pas. Elle ouvre la deuxième porte, sur sa droite. Elle traverse la première salle de bains pour entrer dans la seconde. Six mètres dans le sens du couloir contre quatre de profondeur. On y trouve un lavabo, une vaste baignoire et une douche. Elle opte pour la troisième option. Une douche rapide. Vingt quatre heures depuis la dernière. L’eau chaude lui procure un bien fou. Son corps semble enfin respirer. Elle en profite pour masser ses jambes qui en ont fait des kilomètres. D’abord dans le Gaborone puis ensuite, entre les deux appareils. Il fallait bien que quelqu’un se charge d’embarquer le matériel à bord. Et ce fut elle. Dix minutes plus tard, elle sera de nouveau dans sa chambre. Elle s’allongera dans une tenue décontractée. De la musique viendra lui bercer les oreilles. Par sécurité, elle mettra son réveil à sonner.
Pendant ce temps, dans les salles de commandes, on surveille attentivement les instruments. La foreuse ne faiblit pas, bien au contraire. Elle ne chauffe pas, non plus. Il est vrai qu’elle a la chance de travailler dans un congélateur planétaire. Comme attendue, l’avancée se fait sans difficulté majeure. Les équipements de vie ne signalent aucune avarie. A tout moment, ils peuvent envoyer ou recevoir des informations au Gaborone. Là-haut, le commandant est allé se calmer dans ses quartiers. Le jamaïcain partage sa bonne humeur avec ses voisins.
_ Combien de temps avant de pouvoir arpenter l’océan ? _ D’après les estimations….. Une semaine. _ Et dire que je trouvais le voyage, déjà monotone. _ Ne parle pas trop vite….. Ce genre d’épopée ne se passe jamais, sans surprise….. Personne n’a été capable de nous dire si on ne risquait pas de rencontrer des trous. _ Préparons-nous, à cette éventualité. _ C’est du solide mais il vaudrait peut être mieux ne pas trop le brusquer, cet engin….. Ce n’est pas l’endroit, ni le moment pour avoir une avarie sérieuse. Personne ne pourrait venir nous secourir. _ En attendant, on pourrait presque faire une petite partie d’échec interplanétaire.
L’épopée d’Europa est retransmise en simultanée dans toutes
L’hyperespace vient de lâcher deux de ces occupants, en provenance de Karthéa. Ce sont certainement les membres du Grand Conseil planétaire. Ils sont en avance mais c’est dans leurs habitudes. Ils viennent d’une planète comme
Ce sont de grands voyageurs. Ils firent notre rencontre lorsqu’ils étudièrent notre secteur galactique. 2015 fut une année faste pour eux, comme pour nous. Quelques jours auparavant, les Wekhtah entrèrent dans notre vie. Du coup, ce sont trois civilisations qui apprirent à se connaître, en même temps. Nous avons un niveau d’évolution similaire, même si de grandes différences existent dans certains domaines. Par exemple, ils ont une bonne cinquantaine d’années d’avance sur nous dans le secteur spatial. Par contre, nous avons près d’un siècle d’avance dans le domaine de la communication avec d’autres peuples. Il faut dire que, eux, n’utilisent pas des milliers de langues. Déjà, à cette époque, nous commençons à dialoguer et à comprendre d’autres êtres comme les cétacés. Les balbutiements feront rapidement place à une révolution monumentale.
Ces visiteurs amphibies en profiteront pour mesurer nos progrès dans la communication inter espèce car, eux aussi, sont impatients de pouvoir profiter d’un tel partage. Ils feront, sans doute, une virée dans nos océans. Comme à chaque fois, ils nous apporteront énormément de connaissances. Et oui, ils ont un savoir sur l’eau que l’on serait bien, en peine d’imaginer. D’ailleurs, leurs technologies sont totalement différentes des nôtres. Ils stockent la connaissance dans cet élément quand nous, nous utilisons des cristaux. Essayez d’imaginer un peu l’échange que cela peut entraîner. Ses vingt dernières années furent riches en partage, en acquisition de connaissances. D’ailleurs, on ne tarda pas à créer un Complexe par peuples extranéens. Une gigantesque bibliothèque où est stockée la connaissance issue de ces rencontres.
Le Pégase creuse la banquise depuis près de dix heures. La surface est à six kilomètres au-dessus. Les voyageurs ne peuvent que constater la monotonie de la blanche surface gelée. Les relèves suivent aux relèves dans une quasi-routine. On commence à s’ennuyer ferme. _ Et dire qu’il y a cent kilomètres à traverser. Si j’avais su, j’aurais amené toute ma collection de livres. La petite quinzaine que j’ai choisi ne me suffira jamais. De petits grésillements viennent les sortir de leurs conversations. Une voix irritante provient de loin. _ De toutes manières, vous n’êtes pas, là-dedans, pour lire. _ Bonjour, commandant. Comment allez-vous ? Pas de réponse. _ En attendant, on vous envoi le bonjour de la petite Europa.
Le vaisseau a parcouru quatre à cinq kilomètres de plus. Les appareils ne donnent aucun signe de fatigue. La japonaise, la sud-africaine, le russe, le français et l’australien sont de garde. La fatigue marque les visages. Bien sûr, ils ont pu dormir mais que quelques courtes heures. Ils envieraient presque la canadienne, l’allemande, la chinoise, le malien et l’argentin qui peuvent voyager dans le monde des rêves. Le calme ambiant n’aide pas à éloigner les brumes du sommeil. Oui, mais voilà, les surprises sont légions dans l’univers. Le Pégase commence à tomber en chute libre. Il n’y a plus de glace. Il n’y a pas d’océan, non plus. Juste de l’air, rien de plus. L’effet de surprise est vite passé. Les cinq membres de l’équipe s’attellent à remettre les pendules à l’heure. Par tous les moyens, ils essayent de rallumer les moteurs interplanétaires, éteints depuis l’entrée dans la glace. _ Une caverne. Comme sur terre, la banquise est trouée. Les propulseurs toussotent. Ils sont quelques peu engourdis, par le froid. L’engin est stoppé net. Le choc est rude à amortir. Il n’y aura pas de blessés mais c’est in extremis. Un dernier basculement remet l’appareil à l’horizontal. _ On est bon pour une vérification générale. _ J’avertis le Gaborone.
Vingt minutes plus tard, les dix astronautes sont en plein travail. La foreuse est inspectée sous toutes les coutures. Le malien et son homologue venu d’Auvergne inspectent les moteurs. Ceux-ci semblent connaître quelques soucis. La coque et les parois transparentes sont vérifiées. A première vue, elles n’ont subi aucune déformation. Des détecteurs de fuites sont passés dans toutes les parties du vaisseau.
Les Viitians entrent, à leurs tours, dans notre système stellaire. Trois véhicules d’une dizaine de kilomètres de longs entament leurs approches. En passant au niveau de l’orbite plutonienne, ils informent les Affaires spatiales de leurs présences. _ On ne vous attendait pas, si tôt. _ On se languissait de vous revoir. On est donc venu avec une journée d’avance. Certains de vos scientifiques se feront une joie de nous voir, plus longtemps. Cet ensemble de peuple s’est fait connaître, il y a tout juste quatre ans. L’Altaïr, de construction européenne, arpentait le système du même nom. A la stupéfaction générale, ils n’étaient pas seuls. Un engin de grande taille y était aussi. Le peuple d’origine est constitué de félins bipèdes utilisant une dizaine de langages, dans leurs vies de tous les jours. Depuis, ils sont venus nous rendre une petite visite, chaque année.
Plusieurs heures se sont écoulées. Les dix membres d’équipages s’attèlent, sans relâche. Le système de propulsion est, à nouveau, opérationnel. En ce moment, ils servent à maintenir l’engin à un mètre du sol. Patiemment, la coque est vérifiée. Il ne reste plus que cela à terminer. Le commandant du Gaborone vocifère contre ce temps perdu, contre cette bande d’amateurs qu’on lui a collé, contre son second qui l’énerve par sa désinvolture, contre les Affaires Spatiales qu’il juge trop bureaucrate…… En bref, mieux vaut ne pas trop le contrarier. La canadienne finit par ressortir avec son nécessaire de prises d’échantillons. Elle collecte une dizaine de carottes qu’elle range automatiquement dans des compartiments prévus à cet effet. _ A quelle profondeur sommes-nous ? _ Quatorze kilomètres cinq cent. _ Combien de temps avons-nous perdu ? _ Près de huit heures. _ Vue les circonstances, je vous propose d’aller vous reposer. Vous repartirez, dans douze heures. _ Espérons, seulement, que cela n’arrivera pas trop souvent. Sinon, nous aurons de sérieuses avaries.
Cette fois-ci, ce sont deux appareils Wekhtah qui, nous, gratifient de leurs présences. Un voyage de 120 années-lumière à travers la constellation de _ Nous voulons une place de parkings avec vue sur votre magnifique planète. Heureux de vous revoir, chers amis. _ C’était prévu…. Ravi de votre visite. Faîtes attention, le trafic est soutenu. Nous avons une dizaine d’engins qui convergent en direction de Titan. _ On fera un détour, dans ce cas. Certains des nôtres voulaient s’offrir un petit survol de Mars. C’est l’occasion rêvée….
Le Pégase a repris sa descente. L’ambiance est beaucoup plus détendue. Il faut dire qu’ils n’entendent plus leurs supérieur geindre. Et pour cause. Il a d’autres soucis. Il a reçu l’ordre de ne plus manifester son humeur tant que les notables stellaires seront en visite. D’autre part, les propulseurs du Gaborone connaissent leur première avarie sérieuse. Une surchauffe inhabituelle pourrit leurs performances. Toutes les équipes de maintenance sont à leurs chevets. En bas, les explorateurs en rigolent. Ils ne sont pas mécontents d’avoir la paix.
Les Latviens font une première halte, autour de Jupiter. Comme d’habitude, ils viennent faire un rapide coucou. _ Comment allez-vous, les humains ? Ce sont des oiseaux bipèdes de grandes tailles dont l’allure générale est celle d’un rapace. Leurs têtes tiennent de celles des aigles. Un bec prononcé. Un front qui cache un cerveau de grande taille. Contrairement à leurs cousins hantant Gaïa, ils n’ont pas d’ailes. En fait, elles sont remplacées par des bras et des mains. Comme nous, nous perdons, régulièrement, des cheveux. Eux, ils leurs arrivent de perdre leurs plumes duveteuses. Rapidement, ils s’intéressent plus particulièrement aux dénommés Calcutta et Gaborone. Après quelques minutes, certains sont conviés à bord. Evidemment, l’invitation est courtoisement acceptée. Peu après, les engins galactiques reprennent leurs marches vers
Au cœur de la banquise d’Europa, les choses suivent leurs cours. Pour passer le temps, on tente de comprendre les évènements ayant eu lieu dans la caverne. _ Que s’est il passé, au juste ? _ Rien d’anormal, si tu veux aller par là. Le Pégase est de fabrication européenne. Comme tous leurs engins, ils sont ultra performants dans l’espace, dans les airs, dans les mers. Ils ont cependant quelques soucis majeurs. Tout d’abord, ils ont une fragilité déconcertante. Pas au niveau de la coque, de la structure de l’appareil. Ce sont les moteurs qui pêchent. Ils sont d’une extrême lenteur. Il faut de nombreuses minutes pour les démarrer. Plus il fait froid, plus ils sont lents. Vous en avez eu l’illustration. Ils ont été choisit parce qu’il n’y a que ces modèles qui résistent à des pressions phénoménales. D’après les tests effectués, ils peuvent explorer des zones situées jusqu’à mille kilomètres de profondeur. Ce qui devrait être amplement suffisant pour cette mission. Le deuxième point est la vitesse. Les américains, les russes et les chinois atteignent, sans soucis, l’hyperespace mais cassent beaucoup de moteurs. _ C’est donc, pour cela, qu’ils embarquent toujours plusieurs moteurs de rechanges lors des voyages extrasolaires…… _ Quant Titanium sera achevé. Il est fort probable que le meilleur de toutes les technologies soit pris, sans distinction d’origine. Les coques seront d’inspirations européennes.
La réunion interstellaire est sur le point de débuter. Beaucoup de tractations eurent lieu. De nombreuses villes se portèrent candidates. On refusa Tokyo, par exemple, pour son risque sismique. Cela aurait fait mauvais genre. Après de nombreux mois, on ne parvint toujours pas à se mettre d’accord. La date approchant, il fallut faire vite. On opta donc pour la seule solution qui semblait convenir à tous. L’idée est de se servir d’une navette. On transforma donc l’une d’elles. La coque est translucide. Une longue table transparente avec de nombreuses chaises autour. Une dizaine de personnes s’attèlent à installer tous les accessoires. Des microphones, des écrans virtuels, des verres, des assiettes, de l’eau, des jus de fruits, des fruits, des biscuits….. Les traducteurs s’installent, dans une autre pièce. Tout ce petit monde décolle de Santiago. Le premier arrêt est à New York. Les représentants des six continents, de toute l’humanité y embarquent. En tout, une dizaine d’individus. Vingt minutes plus tard, le petit engin s’arrime à l’un des vaisseaux Latviens. Il en fera de même avec les Viitians, Karthéens et les Wekhtah. Au final, ce sont une cinquantaine de personnes qui participeront à cette réunion au sommet. Ce sera la toute première de ce genre pour toutes ces civilisations interplanétaires et interstellaires.
La grande salle de contrôle du Gaborone est suffisamment vaste pour permettre à une trentaine d’individus de coexister et d’y surveiller l’appareil et ses alentours. Quelques uns, justement, surveillent la mission Europa. Celle-ci est à _ Commandant…. Je crois que l’on a un souci. _ De quel ordre ? Pour la première fois, il n’y a aucune agressivité dans sa voix. _ La température grimpe à une allure anormale. C’est inhabituel. D’après les données collectées jusqu’ici, ça ne devrait pas arriver. _ Pourtant, les instruments ne mentent pas. Cette fois, les détecteurs repèrent une activité sismique, dans les entrailles de la petite planète. Une dizaine de secousses en trente minutes. La plus forte atteint 7,5 sur notre échelle ouverte de Richter. L’emballement thermique ne cesse de s’amplifier.
Le Pégase continue sa descente. Jusque là, ce fût facile mais les choses changent. La zone dans laquelle ils sont, est victime d’une surchauffe. _ Que se passe t’il, Gaborone ? _ Vous brûlez. _ Quoi ? _ La planète est prise de convulsions. La température s’emballe. La banquise craque. Tout s’emballe. Pendant quelques secondes pesantes, il n’y a que le silence. Même les instruments de bord ne peuvent pas cacher ses irritantes anomalies. Quelques minutes suffisent pour que la glace passe de 152 degrés en dessous de zéro à 75 degrés en dessous. _ Eteignons la foreuse. Allumons les propulseurs tout en mettant le frein à main. La consternation se lit sur les neuf visages du petit véhicule. _ Vous ne voyez vraiment aucune explication ? Les communications n’éructent que de la gêne, de la confusion. _ Si, bien sûr….. Une éruption volcanique pourrait…… Pourquoi n’y a-t-on pas pensé plus tôt ? _ Et pourtant, on a bien Io, comme exemple…… Il serait peut être judicieux de braquer, une fois encore, les caméras thermiques sur la zone…… Si c’est un volcan, on le verra très vite.
Les représentants des cinq civilisations sont prêts à entamer la réunion. Le pilote et son équipe ramènent la navette sous la protection de l’atmosphère terrestre. La coque inférieure ne va pas tarder à dévoiler les richesses de ce petit monde vert et bleu. L’ambiance se révèle ni trop pesante, ni trop décontractée. L’anxiété et l’impatience furent oubliées sur la plate-forme d’embarquement. Le premier individu à parler est une femme, bien de chez nous. C’est l’orateur du Grand Conseil de _ Bonjour et bienvenue, amis des étoiles….. Le peuple de Gaïa est heureux de vous accueillir pour cette première réunion entre nos différentes civilisations. Nous espérons tous qu’elle en appellera d’autres. Que ces séances fassent naître une plus grande complicité entre nos peuples. Que de ces séances émergent de grandes idées, de grandes imaginations….. Je déclare donc ouverte cette rencontre…. Merci. L’asiatique s’assoit. Un chat bipède enchaîne. Il mesure un mètre 60, à peine. Comme nous, il porte des vêtements mais ceux-ci ont plus l’allure de nos pyjamas voire de certains habits traditionnels. Ils sont originaires de Viitiana, une étoile de la constellation du Dauphin, qui a la particularité de compter 7 mondes habités. Tous ces mondes se peuplèrent de félins bipèdes, sans que ceux-ci disposent d’une technologie spatiale. Cet individu là vient de la plus peuplée. Son pelage est roux et blanc. Il utilise sa langue maternelle qui est immédiatement traduite dans une multitude de langage. _ Au nom de tous les mondes, de tous les peuples et de tous les individus de Viitiana, qu’ils maîtrisent la technologie ou non, merci de cette invitation. Nous sommes un peu surpris et déçu d’avoir appris que certaines civilisations avaient refusées cette invitation. Sans doute les anciens Viitians qui nous précédèrent, avaient raison. Les étoiles nous offriront nos meilleurs amis mais tous n’en feront pas partis. En tout cas, nous nous avons choisit d’être présent dans cette aventure. Il reprend place dans son confortable fauteuil. Un oiseau avec une tête d’aigle prend la relève. Il sourit. Son être dégage une sagesse phénoménale et un calme olympien. Avec lui, ce sont les Latviens qui entrent de pleins pieds dans un processus irréversible qui mènera à la création du Collectif Milky Way. _ Pour nos hôtes que cette magnifique planète a choyée, nous sommes originaire d’une région du ciel qu’ils ont appelées du nom d’un instrument de musique : la constellation de Une femme de grande taille s’éjecte de son siège. Elle est aussi haute que deux personnes, l’une sur l’autre, mesurant un mètre soixante quinze. Elle porte une jupe blanche qui scintille d’une multitude d’étoiles. _ Beaucoup d’étoiles nous séparent, les uns des autres. Et pourtant, nous sommes, tous là, réunit dans un même but…. Renforcer cette amitié naissante qui nous unit. Permettre l’accumulation de connaissances par l’échange de nos expériences respectives….. Cela prouve bien, si il en était encore besoin, que l’Univers est bien plus que ce que l’on saurait en dire ou imaginer. C’est avec confiance que, nous autres Wekhtah, nous avons parcouru les 120 années-lumière qui nous sépare d’Hélios pour participer à cette rencontre. Comme ce fut le cas pour les autres intervenants, elle se rassoit sous les applaudissements. Un homme vêtu d’une étrange combinaison se dresse fièrement de toute sa hauteur. _ Nous portons tous une grande responsabilité et ce, malgré les bonnes circonstances. L’absence de contrainte. La paix qui habite nos vies. La non attente de résultat ne doit pas nous empêcher de réussir notre entreprise. Après tout, ce sont, au bas mot, des centaines et des centaines de milliards de personnes de toutes espèces qui suivront attentivement ce processus. Tâchons d’être aussi courageux que le phénix qui, sans cesse, renaît à lui-même et surfe sur l’énergie que lui offre la vie…….
Au même moment, sur Europa. _ Si ça continue, on va se croire quelque part au milieu d’un atoll corallien. J’aurais dû prendre mon maillot de bain. _ Pour une première européenne ? _ Je suis asiatique…… OK ! J’ai saisi le jeu de mots. L’heure n’est pourtant pas à la rigolade. La muraille de glace est sur le point de céder. Les cinq membres de gardes surveillent attentivement les craquelures qui constellent le mûr blanc. Les instruments indiquent qu’il ne reste que trois kilomètres, en dessous. Elle disparaît aussi vite que la neige au soleil. _ Bon alors….. Ces données ? Elles arrivent, aujourd’hui ou dans dix ans ? _ On y travaille……. Mais pour votre information, le phénomène a un impact sur un secteur ayant un diamètre de _ On est bien content pour vous. Il ne reste plus beaucoup d’épaisseur pour les retenir. Par sécurité, on prévient le reste de l’équipage. Ils doivent s’attacher. Un craquement. De gros blocs se détachent. Un océan les accueille, dix mètres plus bas. Le Pégase ne tarde pas à les suivre. Un plouf retentissant vient signaler leurs entrées dans ce monde inconnu. _ On va enfin pouvoir s’amuser. _ Pas trop, quand même. Vous avez une mission à exécuter. _ On le sait…. Je n’aimerais pas décevoir nos chères blouses blanches. De puissants projecteurs viennent d’être allumés. Ils peuvent désormais regarder ce qui les entoure. Pour le moment, ils se contentent d’avancer à un train de sénateur. _ La température de l’eau est à vingt degrés. Elle est totalement transparente. Les détecteurs ne semblent pas repérer la trace de planctons.
_ C’est un volcan, Pégase ! _ On le sait…… Merci. _ Vous pouvez répéter, Pégase ? _ On l’a en visu. C’est un beau bébé. _ D’après les capteurs thermiques, il mesure _ Il pète le feu…. Je vous le garantis. De grandes quantités de lave se déversent sur les flancs. Il éjecte, également en continu, des pierres. L’engin s’est placé à bonne distance pour observer ce spectacle. Plusieurs caméras immortalisent cet instant unique. _ Pégase, pourriez-vous prendre d’autres points de vues ? _ Ça peut s’arranger. _ Qu’en dites-vous ? _ Une éruption pour nous accueillir, ça réchauffe le cœur. _ Les blouses blanches aimeraient que vous plongiez plus bas pour qu’ils puissent observer ses flancs plus attentivement.
La réunion au sommet survole le sud du delta du Nil et le célébrissime plateau de Gizeh. Une forêt naissante commence à modifier sérieusement le paysage local. Quelques litres de jus de fruits divers et variés ont déjà été bu. Des écrans permettent de visionner la progression des équipes d’explorations spatiales. Quelques protagonistes ont présentés un projet qui pourrait changer la face de toutes ces civilisations. Deux terriens, deux latviens, deux karthéens, deux wekhtahs et trois viitians prêchent pour que le Collectif Milky Way voit le jour, rapidement. Les autres ne sont pas forcément de cet avis. _ L’idée est bonne mais prématurée…… _ La sagesse nous dicte d’attendre…. Nous nous connaissons que trop peu….. Tous, autant que nous sommes, nous sommes de jeunes civilisations spatiales. Nous ne faisons qu’effleurer ce qu’impliquent des contacts avec d’autres peuples….. Nous n’avons pas assez de recul même si il est vrai que cette idée est très intéressante. _ Je ne suis pas convaincu….. Ce serait accroître nos difficultés… Nous ne pouvons nous permettre d’être dépendant d’un peuple, autre que le nôtre….. _ Tu confonds tout, Ech’nia’ty. Il ne s’agit pas de créer une dépendance mais d’unir nos énergies pour créer une structure galactique qui permettrait à chacun de faire entendre sa voix…. _ Une telle structure existe déjà…. _ Oui, c’est évident mais elle ne concerne que des peuples qui ont atteints un degré de développement spirituel, scientifique et technologique que l’on atteindra que dans des milliers d’années…. La seule chose que l’on ait à faire est de montrer notre capacité de gestions de relations avec des civilisations extranéennes, sans avoir recours à la force…. _ Ce sera un des tests que nous devrons passer….. Et ce ne sera pas forcément aisé…. Après tout, il n’y a pas si longtemps que cela, nos planètes respectives étaient en guerre. Il y a 30 ans, _ Les Viitians vivaient une période de querelles intestines qui a bien faillit tourner au cauchemar. _ Vous avez raison, nous étions tous aveuglé par notre.…. Par quoi, au juste, je n’en sais rien. Ce que je sais, par contre, c’est que l’on s’est tout de suite plut. _ Un respect mutuel….. Peut être parce que l’on se connaissait que trop. _ Le Collectif existera bel et bien, dans un futur que j’espère proche….. Nos cinq civilisations en seront les piliers…… _ En attendant, nous devons consolider ceux qui existent. Les échanges et les collaborations doivent s’intensifier……
Dans le Pégase, on s’apprête à faire un changement d’équipe. C’est la troisième relève depuis leurs immersions dans l’océan d’Europe. Ils ont parcouru une longue distance. Le volcan est loin, à présent. Tout autour, l’eau se montre désespérément vide. _ Alors, quoi de neuf ? _ Rien. Le paysage est beau mais monotone. _ Il parait que c’est normal. Un son de faible amplitude emplit les salles de commandes. De nombreux appareils placés contre la coque, permettent d’enregistrer et de suivre une foule de données. _ Vous avez entendu ? _ Entendre quoi ? La japonaise scrute toutes les images captées par les caméras. Une présence fantomatique semble se jouer d’elle. _ Là, regardez. Malheureusement, il n’y a qu’elle pour le voir. _ Je crois que c’est le moment d’aller au lit….. Tu es très fatiguée, ma chère. Et pourtant, l’océan cache quelques grands secrets. La fille du Soleil levant se retire complètement abasourdie. Elle imagine qu’on la prend pour une cinglée qui entend des voix et voit des choses qui n’existent pas. Il est vrai que, pour l’heure, l’élément liquide est d’une inertie totale. Même les fonds marins sont totalement invisibles. Personne ne peut dire à quelles profondeurs ils sont. Des dizaines et des dizaines de kilomètres plus bas.
Les discussions reprirent après une courte pause. Les Seychelles dévoilent leurs plages de sables fins. Un coucher de soleil renforce le côté bucolique de ce coin. Bien sûr, de nombreuses paires d’yeux en profitent pour regarder ce spectacle. _ Nous aimerions que vous, autres, vous puissiez confirmer ou infirmer notre histoire. Nous nous disons que plusieurs points de vues valent mieux qu’un seul. En plus, vous n’aurez aucune raison de mentir, cacher ou détruire des artéfacts…… _ Pourquoi pas mais vos scientifiques risquent de ne pas apprécier. _ Il y a de fortes chances mais notre population aimerait que vous nous rendiez ce service. _ Dans ce cas, autant le faire pour tous. Autour de Viitiana, nos musées sont pleins d’objets que personne ne prend le soin d’étudier. _ C’est vrai, chez nous aussi, nous avons des difficultés pour traiter tout ce que la planète a bien voulue nous dévoiler de son passé. _ Comment allons nous procéder ? _ On va devoir user de diplomatie, je penses. D’un autre côté, ils risquent d’être flattés par une telle mission. Ils râlent, tout le temps, contre notre lenteur à les envoyer sur d’autres mondes. _ Ils vont être servis. _ Faisons de même pour la paléontologie, l’archéologie…… _ Et utilisons nos techniques habituels. _ Du style carbone 14, pour les terriens. _ Il va surtout falloir que l’on bâtisse des lieux de vies qui conviennent à toutes les civilisations. Nos constructions viitians ne conviennent pas vraiment aux Latviens et aux Karthéens. Ils sont trop petits pour les géants que sont les Wekhtah. Quant à nos hôtes, ils ne semblent pas en dire trop de mal mais c’est bien loin de leurs standards. _ Quelle durée ? _ Un épineux problème….. Ni trop courtes, ni trop longues…. _ D’après nos études, cinq années représentent le maximum, sans avoir de problèmes de santé. _ Au-delà, on s’expose grandement au syndrome d’éloignement. _ Qu’est ce que c’est ? La civilisation féline se sent, tout à fait, à l’aise dans ce domaine. _ Une maladie que l’on a découvert au début de notre ère spatiale et des rapports interplanétaires….. Pour simplifier, cela touche tout individu qui reste trop longtemps, hors de sa planète d’origine. _ Ce n’est pas foudroyant mais à la longue, cela entraîne de sérieuses dysfonctions de l’organisme. _ Comme une drogue ? _ Pas vraiment. Nous avons découvert que tout être vivant est attaché à sa planète. C’est ce qui nous trahit tous. En fait, nous sommes tous conçus et adapté pour évoluer sur un seul astre. Pour prendre un exemple, vous autres, enfants de Gaïa, vous auriez quelques difficultés à vivre aussi bien sur Vénus….. Si bien sûr, elle était habitable, selon vos critères. Au bout d’une décennie, tout au plus, vous développeriez des maladies comme des cancers, des dépressions inexplicables, des troubles psychiques divers, un vieillissement excessif….. _ La cause de tout cela est énergétique. _ Il n’y a aucun remède ? _ A part des dangereux, non….. La modification de l’empreinte énergétique n’a pas eue les conséquences que l’on espérait. On a eue quelques surprises, notamment avec les auras des individus concernés. _ Parce que ce n’est pas la même chose ? _ L’aura est une énergie spirituelle qui n’existent pas sous une forme physique contrairement à l’empreinte énergétique qui concerne le corps….. _ On a découvert, cependant, que l’aura, elle-même, était liée à tout le reste. Et qu’il ne fallait pas grand-chose pour lui nuire. _ Qu’avez-vous fait ? _ On a tout stoppé…. Les cobayes ont finis par retrouver un état normal, en peu de temps. Les latviens qui n’ont guère participé à cet échange, demandent à ce que l’on revienne au sujet. _ Ce n’est pas que cette discussion m’ennuie mais notre programme étant chargé, il serait, sans doute, utile d’avancer.
La jeune japonaise est assise, au sommet d’une colline que la lune éclaire. Des milliers d’étoiles constellent, de leurs éclats colorés, un ciel sans nuage. Un bruit de cascade dévoile la présence invisible de l’eau, à proximité. Son regard se perd au milieu d’un torrent aérien de couleurs qui approche. Ce sont des papillons qui arrivent par multitude. Ils l’entourent par vagues successives qui…… Un vacarme assourdissant la tire de son sommeil. Toujours ce satané réveil qui ne lui accorde jamais une nuit complète. Elle a dû mal à s’habituer à cette cadence. Le sommeil ne vient jamais quant il faut. Elle se détache. Eh oui, par sécurité, les dormeurs spatiaux s’attachent fermement pour éviter de désagréables surprises. Elle a moins d’une demi-heure pour se préparer. Armé d’un café bien fort, elle se pointe dans la salle de contrôle du haut. Rapidement, elle fait le point avec sa collègue. Comme d’habitude, rien à signaler. _ On est là pour combien de temps, déjà ? _ T’occupes et va te reposer, tu en as besoin. Elle s’assoit tranquillement. _ Soleil levant, en position. _ Vodka caramel, en position. _ Kangourou bondissant, au rapport. _ Lion austral, en position. _ Coq au vin. Tout le monde est en place. A vous, Gaborone. La réponse n’est pas immédiate. Le véhicule interplanétaire a d’autres obligations. _ Salut, Pégase…. Il semblerait que vous deviez de votre route….. Trois kilomètres, tout au plus. _ Pourtant….. _ Les blouses blanches viennent de se rendre compte qu’un faible courant marin vous entraînait vers le Sud. Non loin devant eux, l’eau se pare d’une palette de couleur. Elle a l’allure d’un fleuve large et profond. _ Il y a quelque chose qui nous fait face. _ Quoi ? _ Difficile à dire. C’est opaque. Multicolore et cela a l’allure d’un fleuve. L’engin d’exploration se rapproche. _ Pénétrons à l’intérieur. Ça n’a pas l’air solide _ Accordé, Pégase. La chose ne réagit pas à cette intrusion. La japonaise revoit quelques flashs de ces derniers rêves. L’immense troupe de papillons l’obsède. Qu’est ce que cela signifie ? _ Suivons cette traînée. _ Vu qu’on a rien d’autres à faire, je ne suis pas contre.
_ Alors qu’en est il ? _ C’est étrange. On dirait que ça n’a pas plus de consistance que l’eau. _ Du plancton. On dirait du plancton. _ Les appareils penchent plus pour une nuée de papillons. _ Quoi ? _ On vous envoie cela. Tous les écrans du Gaborone affichent ces êtres minuscules. Certains scientifiques en dénombreront une dizaine de variétés. _ Bravo, Pégase. Vous venez de découvrir une forme de vie sur Europa. _ Attendez…… Sans criez gare, les petites créatures disparaissent. _ Qu’avez-vous fait ? _ Rien. Tout autour de l’engin, des mugissements font résonner les haut-parleurs. _ Voilà, autre chose. Le vaisseau est rapidement entouré par une cinquantaine d’animaux de grandes tailles. _ D’où sortent ils ? Les appareils sont formels, ces pachydermes viennent d’apparaître, comme par magie. _ On nage en plein délire ou quoi ? _ En attendant, ils sont monstrueux. Ils mesurent _ Pour une rencontre inattendue. Toutes les caméras filment ces autochtones évoluer dans leurs milieux naturels. Des milliers d’écrans virtuels sont regardés attentivement par des milliers de biologistes. Inutile de dire qu’ils vont se battre pour pouvoir les étudier de beaucoup plus près. En attendant, les créatures semblent avoir remarqués la présence incongrue du navire. Certains vont même jusqu’à renifler l’intrus. Ainsi, ils offrent de magnifiques gros plans. Les animaux émettent une lueur verte, violette ou bleue. De gros yeux globuleux leurs permettent de capter cette lumière qui leurs dévoile ce monde liquide. De grosses branchies assurent la respiration. _ Profondeur estimée à _ 7 degrés 53 Sud. 63 degrés 09 Est. Vous évoluez en direction du Sud, Sud-Ouest à une vitesse de _ Mais c’est ce qu’on fait ? De manière inattendue, les cinq autres équipiers rejoignent le poste de commande. Le sommeil tardant à venir, ils scrutaient les images prises sur la coque. _ Au moins, on ne pourra pas regretter ce voyage. _ On ne peut pas dire que notre présence leurs fait peur. _ Je trouve qu’ils forment une formidable compagnie. _ Ils forment une escorte que je trouve attachante bien que leurs formes soient surprenantes. _ Une idée de leurs destinations ? D’autres créatures s’invitent dans le groupe. Elles sont beaucoup plus petites. Elle ressemble énormément à nos Loutres. Leurs pattes sont remplacées par deux paires d’ailes. Comme les Léviathans, elles ont une queue aussi longue que le reste du corps. La curiosité semble être leurs pêchées mignons. Tous les individus viennent renifler et observer de près toutes les créatures qu’elles croisent. Le sous-marin est de tout de même l’objet de toutes les attentions. A l’intérieur, on apprécie le spectacle. _ Comme quoi, ça valait la peine de s’être ennuyé jusqu’ici. Par inadvertance, l’astronaute malien change de fréquence. Les mugissements rauques des Géants de l’Océan sont remplacés par le chant mélodieux des Loutres. _ Qu’avez-vous fait ? _ Rien de grave. On a juste fait une erreur de manipulation. _ Le chant vient d’où ? _ Je crois qu’ils viennent des petites curieuses. _ Les loutres ne parlent pas comme cela, d’habitude. _ C’est vrai….. A ceci près que les loutres vivent sur Terre. Nous observons les enfants d’Europa qui bien qu’ayant quelques ressemblances à nos attachantes voisines, n’ont rien à voir avec elles. La troupe change son cap. _ Ils plongent. _ Suivez-les….. Les blouses blanches n’aimeraient que vous laissiez filer. Avec presque autant de grâce que les autochtones, l’engin incurve sa course. La descente s’effectue à raison de
La découverte a fait sensation. Bon nombre d’astronomes, d’exobiologistes et de biologistes sabrèrent le champagne, sous les yeux écarquillés de nos invités d’outre espace. Ceux-ci trouvent ce genre de breuvage, déroutant. Les canaux médiatiques d’informations lancèrent de nombreuses éditions spéciales où l’on montrait les images, en direct, comme en différées. Des scientifiques les commentaient tout en insistant sur le côté phénoménal de cet évènement. Sur le réseau Internet de troisième génération, les maisons de presses écrites réalisèrent une dizaine d’éditions, dans la même journée. Bien sûr, les rédacteurs planchèrent ardemment pour trouver les gros titres les plus accrocheurs. De nombreuses activités furent momentanément interrompues. De Pluton à la fosse des Mariannes, nul ne put échapper à cette déferlante. L’avancée des travaux sur les chantiers spatiaux fut quelque peu troublée. Sur Titan, six engins furent bloqués au sol ou en orbite. Le superviseur général eu quelques cheveux blancs de plus. On ne gère pas 5000 personnes comme cela.
La nouvelle fit aussi l’effet d’une bombe, dans le cocon de la toute première réunion interstellaire. On en profita donc pour stopper les discussions. Le Mont Fuji Yama fut passablement snobé. C’est dommage car sa vue vaut toujours autant le détours. Tant pis, ce sera pour plus tard. Les échanges vocaux ne cessèrent pas, ils changèrent simplement de sujet. _ Etait-ce prévu ? _ Pas vraiment, non. C’est une première, pour eux, sur cet astre….. _ Ils ne savaient pas grand-chose, jusque là…. A peine de quoi écrire, une page……. Sous peu, ils pourront en faire un livre. L’orateur du Grand Conseil Planétaire s’entretient avec les conseillers scientifiques et le commandant du Gaborone. _ Je vous écoute….. _ Il y a de la vie. L’eau a une température variable. Nos relevés indiquent une fourchette de moins trois à cinquante degrés….. _ ….. En raison de l’activité volcanique.….. _ Parlez-moi de ces créatures…….. Il y eut un petit temps d’attente. _ Comme vous le voyez, on n’a pas à faire à une obscure vie microscopique. Par contre, certains phénomènes nous laissent perplexes….. _ L’apparition soudaine, par exemple. _ Ou la disparition de ces papillons…….. Pour le reste, les images parlent d’elles même. _ Je le vois…..
_ Où nous emmènent-ils ? Le Pégase suit la centaine d’animaux par quinze kilomètres de fond, à une vitesse constante de 80 à l’heure. Quelques loutres les ont rejointes. Elles aussi inspectent, sans relâche, la coque de cet étrange animal qui traverse leurs territoires. _ Regardez d’autres Léviathans se joignent à nous. Une soixantaine d’individus gigantesques prennent place dans ce grand groupe. Les plus jeunes et les plus petits individus se placent au centre de la formation. _ On dirait une attitude défensive……. _ Des prédateurs ? _ Ce serait logique……. Après tout, la vie doit fonctionner de la même manière, un peu partout……. Ceci dit, ce rassemblement est peut être, une sorte de migration ou d’association gastronomique….. _ Ou alors nous sommes sur une route touristique très fréquentée avec des risques élevés de bouchons. _ Avez-vous une estimation de la profondeur, Gaborone ? _ Non, absolument aucune….. Par contre, dans le secteur du volcan alpha, la lave continue sa lente descente sur les flancs de la montagne alors que sa tête de pont est à vingt kilomètres de profondeur. _ Vue sa fluidité et sa chaleur, elle n’est pas prêt de se solidifier. _ On s’est rendu compte que des fissures se sont constituées sur les parois de la montagne, à la suite de plusieurs séismes…… C’est très intense, dans le coin.
Une montagne leurs fait face. Le groupe monumental passera juste à côté. _ _ Regardez…. On dirait un monument sculpté, à même la roche. _ Vous êtes à 21 degrés 56 Sud et 43 degrés 34 Est. _ On vient de trouver une chaîne de montagne. _ Le point culminant s’élève jusqu’à Le Pégase ralentit son avancée pour s’extraire du peloton. Il se rapproche du relief sous –marin. _ C’est dommage. Leur compagnie était plaisante. _ Nous voilà devant la preuve de la présence d’une intelligence technologique. Un vaste complexe émerge de la roche. On devine des reflets argentés, dorés, cristallins. Ils n’ont pas le temps de le contempler. Ils sont comme aspirés par une bouche géante. Pourtant, rien ne semble avoir bougé.
Dans tout le système solaire, on est dans l’expectative. Tout le monde a vu le petit engin être happé par la montagne. Depuis, c’est le black-out total. Toutes les tentatives de contact sont restées vaines. Alors, bien sûr, on commence à s’inquiéter. Le commandant du Gaborone fait les cent pas, sans arrêt. Ce n’est pas de la colère mais de l’anxiété. Il n’aimerait pas que le voyage inaugural de son bâtiment soit marqué du sceau de la perte d’individus. Son second laisse lui aussi transparaître, une certaine appréhension. _ Envoyons une autre équipe, sur place. _ Inutile. Le temps d’arriver sur place, plusieurs jours se seront écoulés. _ Il aurait mieux valu envoyer plusieurs vaisseaux, sur ce monde. _ Pour tous les perdre ? Sur Terre, les Affaires Spatiales sont décontenancées. Personne n’avait imaginé un tel scénario. Ce qui était une simple visite sans grand espoir de découvertes sensationnelles s’est transformé en une mission qui est entrée dans la légende de l’Histoire spatiale. Le tout nouveau siège mondial grouille d’agitation. Imaginez dix mille personnes courant dans un édifice totalisant quatre kilomètres carrés. Gaborone a trouvé une nouvelle fierté avec cette structure. On vient de loin pour le contempler. Une centaine, ou peut être davantage, de vaisseaux, de missions, de chantiers sont surveillés de près. Gérer un tel trafic n’est jamais chose aisé. Les opérateurs sont souvent au bord de la crise de nerf. _ L’Albatros, vous déviez de votre plan de route. _ On sait, merci. Encore un de ces foutus astéroïdes non répertoriés qui, nous, oblige à modifier notre route….. Il serait, peut être, tant de remédier à ce souci. _ Ne vous éloignez pas trop, Albatros.
_ Vous êtes en retard, l’Erable. Comme d’habitude. _ Désolé mais nos vieux moteurs diesels ont du mal à chauffer. Ils sont un peu lent mais comme d’habitude, ce retard sera comblé…..
_ Gaborone, où en êtes vous ? Le Pégase n’apparaît plus sur les écrans. _ Merci de votre aide. On ne s’en était pas rendu compte. _ Arrêtez vos sarcasmes. Cette mission est de la plus haute importance. _ Veuillez libérer cette fréquence, s’il vous plaît. On n’aimerait pas louper le Pégase. _ Rappelez dés qu’il y a du nouveau.
Le Pégase est à quai, un peu à la manière des sous-marins. Devant lui, une immense salle de cent cinquante mètres de côtés. Depuis une bonne demi-heure, l’équipage contemple cet édifice. Les appareils indiquent une atmosphère respirable. Vingt et un pour cent d’oxygène. Soixante huit pour cent d’azote. Une température de 23 degrés pour un taux d’humidité élevé. _ Si on sortait ? _ D’abord….. Communiquons, ils doivent être morts d’inquiétudes. _ Bizarre…. Ce silence radio. Les tentatives seront vaines. Ces communicateurs bien que performant ont du mal à transpercer les épaisses murailles de roches, surtout quant celles-ci cachent une constitution exotique. _ Je vais essayer de remédier à cela……. Sortons tout le matériel. Cinq minutes plus tard, la porte s’ouvre. Le premier à fouler cet étrange sol est la jeune canadienne suivit, de peu, par les quatre autres femmes. Plusieurs petits robots sortent en file indienne. Immédiatement, ils analysent le plancher, les mûrs, l’eau, la présence de vies, la présence d’une forme d’écriture. Les équipiers masculins apportent appareils photos, caméras panoramiques, lampes de poches, sacs à dos avec quelques vivres…….. _ D’où vient cette lueur ? Sans avoir eu besoin d’un éclairage artificiel, les yeux n’ont aucune difficulté à voir à ce qui les entourent. La couleur générale tire dans le bleu, vert violacée. _ Des mûrs ? De ces colonnes qui ne montent même pas jusqu’au plafond ? Celui-ci trône une cinquantaine de mètres plus haut. Des arches, des motifs, des décorations lui confèrent un aspect beaucoup plus monumental. _ On verra cela plus tard…… Les autres, là haut, doivent être dans tous leurs états. _ Pendant ce temps, ceux qui ne feront rien iront faire une petite reconnaissance….. N’oubliez pas les caméras et appareils photographiques. La capitale du Botswana est surchauffée par un soleil brutal. Les 40 degrés ne sont pas loin. Les citadins se réfugient le plus possible sous l’ombre généreusement offerte par la végétation ou par l’architecture. Heureusement pour eux, la météo va leur offrir un épisode de pluie bienvenu. L’ambiance est orageuse dans le complexe des Affaires Spatiales. Une réunion de crises va réunir de nombreux fonctionnaires de la structure. Plusieurs salles sont prévues pour ce type d’évènement. L’une d’elles est le siège d’une activité soutenue, depuis quelques instants. Des individus la préparent. La technologie est vérifiée. Les tables sont lavées. Les sièges sont époussetés et testés. L’éclairage solaire est adoucit. L’hologramme du système solaire est activé. Une multitude de petits points clignotants apparaissent, au milieu des corps célestes. Les préparateurs sont à peine de retour dans les salles de contrôles que les conférenciers entrent dans la salle. Les sourires sont rares. En tout, ce sont plus de trois cent personnes qui prennent place à cette session. Ils viennent de toutes les nations. Certains sont vêtus de costumes qui les font transpirer à grosses gouttes. D’autres portent des tenues plus décontractées. Beaucoup de paires de chaussures sont restées aux placards. Les pieds ainsi libérés respirent bien mieux. Plusieurs minutes seront nécessaires pour que le calme s’installe. A chaque fois qu’un fauteuil trouve preneur, de nombreux écrans virtuels s’allument. Un homme d’un âge avancé ouvre la séance. _ L’ordre du jour étant fourni, nous devrons être efficace. Pour l’heure, deux vaisseaux ont disparut, une vingtaine sont en retard, en panne ou dans une situation délicate. _ Ça devient une habitude. _ Tout d’abord, nous avons L’Insaisissable qui ne répond plus depuis ce matin. _ Avec un nom pareil, ce n’est pas étonnant. _ Et ce n’est pas la première fois. Le commandant de bord est très facétieux. Je pense que l’autre absence est beaucoup plus inquiétante. _ Le Pégase ne répond plus depuis plusieurs heures. Les dernières images semblent indiquer que le monument les a aspiré. _ Sans tout de suite imaginer le pire, il se peut tout à fait que la structure empêche nos technologies de fonctionner correctement. _ Je ne vois pas pourquoi. Nos communicateurs permettent le lien avec des engins placés derrière des corps tels que le soleil ou des planètes qui sont censés être plus épais.
La dizaine d’instruments scientifiques est en place. Le plus spectaculaire est un petit engin motorisé qui est capable de lire la composition de tous les matériaux, sans avoir recours à une quelconque analyse chimique. Pour ce faire, il lui faut, en général, moins d’une minute. Jusqu’ici, ce type d’appareils n’a rencontré aucun problème. Il est vrai que jusque là, il n’a jamais rencontré des métaux ou des alliages exotiques. Les civilisations extranéennes rencontrées n’ont guère corsés l’opération, de fait de leurs développements similaires au nôtre. _ Si j’avais pu imaginer un truc pareil. L’épaisseur du mûr océanique dépasse allègrement les cent mètres. Un alliage étrange le compose. De l’or, de l’argent, du platine et un composé ressemblant au kevlar mais en beaucoup plus perfectionné, sont associés à plusieurs métaux jusque là inconnu. _ Comment ont-ils pu fabriquer ça ? _ La question est plutôt : Qui a pu construire ça ? Et quant ? La canadienne vient de remarquer une étrangeté sur le sol. Elle s’accroupit puis pose sa main, dessus. Une sensation inhabituelle la parcourt. Pour en avoir le cœur net, elle se déchausse. Bientôt, elle sera imitée par ses compagnons. Les dix corps seront parcourut par un champ électrique. _ Un scanner ! _ Pardon ? _ On dirait un scanner….. Les concepteurs ont dû programmer une intelligence artificielle comme gardien de ce lieu. _ C’est inquiétant ? _ Va savoir. Peut être ? Tout dépend si ils nous considèreront comme une menace ou non. _ On sera fixé dans…. ? _ Rapidement. En effet, ils peuvent dés à présent observer quelques changements. La luminosité se fait plus chaleureuse. Certaines façades invisibles se dévoilent. Le sol révèle sa nature véritable. C’est du carrelage. Autour de chaque pied, des motifs se forment, s’épanouissent puis disparaissent. _ Vous avez vu ? _ C’est intéressant. A ton avis, qui fait cela ? _ Apparemment…. Le contact de notre peau avec cette surface. Pour l’illustrer, elle pose sa main sur le sol. Et en effet, une figure de type florale apparaît. Sa couleur change sans arrêt. La canadienne fait une dizaine de pas pour voir si les dessins sont toujours identiques. Ce n’est pas le cas. _ Notre esprit, nos émotions, nos sentiments, nos pensées influencent la forme. Cette chose évalue notre être, notre âme….. Dans quels buts ? Je l’ignore. L’exposé du compagnon chinois semble surprendre.
Quelques uns retournèrent vers l’engin pour essayer de communiquer avec l’extérieur mais la tâche ne sera pas aisée. Les appareils semblent indiquer que les parois ont une épaisseur qui équivaudrait à trois années-lumière de pierres…. Ce qui est bien sûr impossible. Les autres explorateurs explorent le moindre recoin de la salle gigantesque. Les parois dévoilent une multitude de dessins, de sigles, d’inscriptions quasiment invisible. Rien à voir avec l’état qu’elles peuvent avoir en Egypte. Ici, elles ont l’air d’être récentes. Les façades révèlent une petite surprise. _ Il y a une porte, ici. Rien à voir avec les nôtres qui grincent ou qui claquent. _ C’est un champ d’énergie. De petites particules blanches se croisent, s’évitent pour former une barrière impalpable. _ Il y a un léger champ magnétique et un soupçon d’électricité. Rapidement, on fera passer un petit robot pour voir ce qu’il y a plus loin. Il passera, sans encombre. Une nouvelle salle les attend de l’autre côté, à moins que ce soit un couloir. Il y a une hésitation sur la conduite à tenir. Finalement, le français passe la main. Une sensation bizarre l’assaille mais rien de douloureux. Dans le même mouvement, il passe la muraille. _ Géant….. Il est aussitôt rejoint. Un large couloir se dévoile avec cette lueur toujours aussi tamisée. Le plafond est beaucoup plus bas. Le robot est rapidement inspecté. Il ne semble pas avoir souffert. On communique immédiatement avec le reste de l’équipe qui a d’autres soucis, en ce moment. _ Tenez nous, au courant. Une cinquantaine de mètres plus loin, une autre porte énergétique se dévoile. Le petit engin sur roue ouvre la voie. Une nouvelle pièce de moyenne dimension s’allume. Toutes les façades abritent des écrans transparents. Des bureaux abritent de nombreuses consoles à l’allure étrange. _ Voilà quelque chose d’intéressant. Tous les écrans s’activent en même temps. Ils montrent des évènements qui se passent sur Terre, des retransmissions d’émissions télévisuelles ainsi que les aventures du Gaborone et de l’équipage du Pégase. _ Les zones d’ombres sont éclaircies. _ J’ai bien peur que l’on ne nous croira pas, là-haut. Certains ont déjà du mal à intégrer l’arrivée des extranéens. Par inadvertance, la japonaise met en action un mécanisme inconnu. Les parois se volatilisent. Les écrans deviennent virtuels. La pièce voit sa taille quadruplée. Une multitude de symboles apparaissent un peu partout que ce soit sur les mûrs, le plafond, au sol et dans l’air. Ils clignotent. Ils changent, régulièrement. _ Comme si quelqu’un tournait les pages. _ Quelle galère pour traduire tout cela. _ Moi, ce qui me préoccupe, c’est plutôt : Comment lire un tel livre ? Il y en a partout, c’est sidérant. Une carte spatiale s’activa. Le système solaire s’étale de toute sa longueur. Les planètes circulent le long de leurs orbites. L’ensemble rapetisse. Les étoiles proches apparaissent puis, toute _ Laquelle est la notre, déjà ? J’ai perdu mes repères. Un astérisque signale une étoile de la plus grosse concentration. Un autre émerge de sa sœur à peine plus petite. _ Galaxie d’Andromède et Voie Lactée. Des symboles animaliers révèlent le nom de chacun d’eux. L’un d’eux se révèle être un oiseau légendaire. _ Le Phénix. Quant à l’autre, il demeure inconnu. _ Le Phénix signale _ Mais pourquoi prendre un animal qui n’existe que dans nos antiques légendes ? _ Encore une question qu’il faudra leurs poser. _ A qui ? _ Aux propriétaires.
L’installation semble s’emballer. Des écrans apparaissent dans tous les sens. Des inscriptions les imitent. Les humains en attrapent vite des maux de têtes carabinés. _ Stop. Arrêtez de penser. Une incrédulité incroyable s’empare de toute l’équipe. _ Pourquoi ? _ J’ai comme l’impression désagréable que nos esprits commandent cette machine…… Vu que ceux-ci sont un peu chaotiques, l’appareil le reflète….. Je sais que cela va être dur mais une seule personne devrait dialoguer avec cette entité. _ D’accord. Je vais aller voir nos collègues, près du Pégase. _ Quant à moi, je vais explorer plus loin. _ Attendez…… Cet engin doit être un communicateur….. Enfin, je veux dire qu’il doit forcément y avoir un communicateur….. Cette structure est là, depuis peut-être des millions d’années. Elle épie les activités terrestres. Les concepteurs doivent forcément se tenir informer. Immédiatement, les écrans se connectent sur la salle de contrôle du Gaborone, sur le quartier général des Affaires Spatiales. _ Ils ne nous entendrons pas. Dans le vaisseau spatial, on se retourne dans tout les sens. _ Qui parle ? _ L’équipe du Pégase, commandant. Sur Terre, comme dans l’espace, on essaye de localiser le signal, sans grand succès. _ Ne cherchez pas…. C’est au dessus de nos capacités. _ Où êtes-vous ? _ Sous la montagne, qui nous, a gobée. On y a trouvé une installation extranéenne autonome. _ Qui aurait pu construire ça ? _ Pas nous. Pas les Viitians. Pas les Wekhtah. Pas les Karthéens. Pas les Latviens. Ni même aucune des civilisations connues, à ce jour. _ Et ce n’est pas tout !? _ En effet. Nous nous trouvons dans une salle où l’on peut suivre ce qui se passe sur Terre ou dans votre vaisseau. _ Pardon ? _ Oui. On peut même vous dire que vous faîtes une tronche à faire fuir une meute de requins. _ Que comptez-vous faire ? _ Pour le moment, nous allons étudier ce lieu de fond en comble puis nous chercherons le moyen de sortir. _ Au fait, comment communiquez vous ? _ Par l’intermédiaire de la technologie locale. Les parois externes ont une épaisseur évaluée à cent mètres avec un alliage inconnu. Or, argent et platine y côtoient des métaux inconnus. _ La technologie réagit à nos pensées, à nos émotions……. _ Continuez votre exploration. Rappelez nous d’ici vingt-quatre heures.
La nouvelle ne met que quelques secondes pour être connue par plus d’un milliard de personnes. Décidément, cette expédition est riche en surprise et ce n’est pas pour déplaire à l’oratrice du Grand Conseil. La réunion interstellaire qu’elle préside, gagne en intensité. Les pourparlers sont conduits sereinement. Les séances bien qu’interminables ne sont guère épuisantes. Les débats avancent à une allure tranquille. Chaque parole est mûrement réfléchit. Chaque proposition est évaluée, dans le calme. Quand quelqu’un parle, personne ne vient l’interrompre. Tous bénéficient d’une vue imprenable. En ce moment, les participants survolent Teotihuacan, l’une des merveilles du Mexique. _ C’était prévu, toutes ses découvertes ? _ Non. Ce devait être une simple mission d’exploration sous-marine. _ Plaignez-vous. Il y en aura une multitude qui se révèlera être ennuyeuse et qui finiront par être oubliée. _ Avouez quand même que question timing, on ne peut pas faire mieux. Vous nous invitez pour une réunion interstellaire et nous sommes souvent interrompu par ce Pégase. Nous n’aurions pas fait mieux. _ Qui sait ? Peut être n’est-ce qu’un début ? _ Vous nous ferez bien l’honneur de participer à d’autres missions sur Europa ? _ Ou ailleurs ? Avec plaisir. Je crois que nous n’aurons pas de peine à trouver des volontaires. Sur ces mots, on boit un grand verre de jus d’ananas. La navette prend la direction du Pacifique.
La structure est gigantesque. D’après les premières données fournit par les sondes du Pégase, l’installation étrangère dépasse les rêves les plus fous. Chacun d’eux donne un résultat différent des autres. La fourchette va de cinquante à cinq cent kilomètres. Question précision, on aurait pu espérer bien mieux. _ Je suis rassuré. Mes arrières petits-enfants auront encore du pain sur la planche. _ Surtout si la bonne réponse approche des cinq cent kilomètres. _ On va vite le savoir. _ Comment ? _ Il n’y a qu’à le demander…. Sésame, ouvres-toi. Immédiatement, un hologramme tridimensionnel dévoile toute l’étendue de l’installation. Une certaine stupéfaction s’empare des membres de l’équipage. Le plan dévoile le relief local, la géo localisation de toutes les pièces, de toutes les technologies, les couloirs et les escaliers d’accès…… _ C’est gigantesque. Je n’aimerais pas y faire le ménage. _ Un mois pour tout faire….. _ Quand tu as finit, tu n’as plus qu’à recommencer.
Le système jovien accueille trois nouveaux vaisseaux spatiaux. Ils ont l’allure du disque que l’on lance dans les stades d’athlétismes. Des particules tournent autour d’eux dans tous les sens, avec une vitesse variable. Le Gaborone, le Buenos Aires, l’Amsterdam et le Calcutta les remarquent aussitôt. L’un des intrus prend la direction d’Europa. Les deux autres s’immobilisent. Les commandants autochtones commencent à échanger leurs impressions. Une grande silhouette apparaît au milieu de chacune des salles de contrôle. Un humanoïde, haut de trois mètres, observe ce qui l’entoure. Il est entouré par une vingtaine de lumières qui tournent à vives allures, autour de lui. Une jeune femme pousse un cri strident. Tous se retournent. Ils aperçoivent le visiteur. On commence à chuchoter à son insu. _ Comment est-il entré ? _ Qui est-il ? _ Que veut-il ? _ D’où vient-il ? Pour une fois, le commandant algérien rivalise de calme et de sérénité avec son second jamaïcain. _ Moi qui toujours rêvé d’être plus grand. Là, c’est un peu trop grand. _ Remarque avec une taille pareille, tu ne dois pas trop forcer dans certains sports. _ J’aimerais voir le lit dans lequel il dort. L’entité feint d’être pris d’une quinte de toux. _ Il est malade ? _ Mais non, il veut juste prendre la parole. _ Comment va-t-il parler ? Avec ses cordes vocales ? Télépathiquement ? _ Avec mes cordes vocales, petits frères de _ Qui ? _ Pas qui, mais comment ? Tout simplement en pénétrant dans notre base scientifique sous les glaces de celles que vous appelez Europa. _ Vous tombez bien. _ On sait. _ Je pense que les Affaires Spatiales seraient ravies de recevoir votre visite. _ On attend simplement l’invitation. L’hologramme d’un haut fonctionnaire du QG africain apparaît. Il émet une invitation à visiter _ Au fait, d’où venez vous ? Comment vous appelez-vous ? _ Je suis étonné de voir que ce ne fût pas votre première interrogation. Nous venons de la grande galaxie d’Andromède. M 31, si mes souvenirs sont bons. C’est ça ? _ Oui. _ Notre civilisation porte de nombreux noms. Nous vous en donnerons deux. Nous sommes les Bantiniens ou Ok’Itiniens. _ Votre monde d’origine s’appelle Bantinia ou Ok’Itinia ? _ Oui et non. C’est beaucoup plus compliqué que cela.
Alors qu’un des vaisseaux Andromédiens prend la direction de notre belle planète bleue, l’autre traverse la banquise sans la fendre, la briser ou la toucher. Quelques minutes plus tard, la montagne est juste en face. Sans attendre, cette dernière le gobe. Les équipiers du Pégase sont surpris par une telle entrée. Certains piliers s’effacent pour laisser place nette à l’engin qui s’immobilise rapidement. Les portes s’ouvrent. Des êtres de grandes tailles en sortent. Ils portent des combinaisons bleu nuit. Leurs mains ont six doigts. La chevelure est translucide, avec des formes inhabituelles. Parfois, elle émet de la lumière. Sans attendre, ils s’approchent et saluent les explorateurs. _ Chapeau bas, les terriens. Je crois qu’il n’y aurait pas eu grand monde sur nos mondes pour tenter un tel voyage avec une telle coquille de noix. _ On fait avec ce qu’on nous donne. _ Je sais bien. Nous nous avons perdu l’esprit des pionniers. C’est un peu dommage. _ C’est normal, non ? _ D’un certain point de vue, oui.
La canadienne et le français sont toujours dans la salle aux écrans. Tant bien que mal, ils essayent de comprendre le fonctionnement de cette technologie. _ Tous ces écrits me mettent un de ces maux de tête. _ Je me demande si ce n’est pas prématuré de vouloir jouer aux apprentis sorciers….. Une présence invisible les détourne de leurs occupations. _ Qui est là ? _ Tu le vois bien. Il n’y a que nous deux. _ Pourquoi t’es tu retourné alors ? _ Juste la sensation d’être observé. Un andromédien apparaît. Il arbore un large sourire. Les terriens ne semblent pas partager sa bonne humeur. _ Je savais bien qu’il y avait quelqu’un. _ Cet engin qui croise au large de Gaïa, c’est à vous ? _ Oui. _ D’où venez-vous ? La carte spatiale en trois dimensions s’étale dans toute la pièce. Des dizaines de galaxies de toutes tailles montrent leurs corps. La plus grande d’entre elles s’agrandit. Des centaines et des centaines de milliards d’étoiles la peuplent. Plusieurs milliers deviennent blanches, clignotantes et très brillantes. _ Nous sommes les Bantiniens ou Ok’Itiniens. Nous vivons autour de trois mille cinq cent étoiles. _ Ce n’est pas un peu grand comme territoire ? _ Attendez, je crois qu’il y a un malentendu. Il ne s’agit pas du résultat d’une conquête effrénée mais d’une association de civilisations technologiques. Apparemment, vous aussi, vous semblez vous orienter dans cette direction là. _ Depuis combien de temps explorez-vous l’espace ? _ Vous n’existiez pas encore. Nos archives qui couvrent dix millions d’années indiquent que nous avons attendu plus de cinq cent mille ans avant de tourner nos efforts vers le haut. Moins de deux siècles plus tard, la civilisation interstellaire bantinienne est née. _ Et depuis ? _ Nous avons exploré chaque recoin de la zone représentée par la carte. Pas un seul astre, être vivant, atome, nous est inconnu. Si cela vous intéresse, on vous montrera comment accéder à la bibliothèque de l’installation et comment s’en servir. _ Pourquoi vous feriez cela ? Qu’avez-vous à y gagner ? _ Ah je vois. Vous pensez que nous allons vous demander une contrepartie ? Et bien vous avez tord. Qu’est-ce qu’une civilisation adolescente, comme la votre, pourrait nous apporter ? _ On ne voulait pas vous offenser. Qu’est-ce que tous ces signes signifient ? Quelle est cette langue ? _ Ce n’est pas une langue comme vous l’entendez. Il s’agit de la transcription galactique écrite de notre langage télépathique. _ Transcription galactique ? _ Comme pour vos langues, celle-ci est issue d’une convention. Pour la petite histoire, il nous a fallu plus d’un millénaire pour finaliser cette transcription. _ Votre peuple particulier vient d’où exactement ? Une petite étoile anodine bleuit puis une vingtaine d’autres l’imitent. L’ensemble est coincé entre deux bras spiraux. Les planètes les plus lointaines, l’une de l’autre, ne sont séparées que de deux mille années-lumière. _ Mon peuple habite quarante sept mondes. Dans ce même secteur, il y en a des milliers d’autres qui portent la vie. _ Bantinia, où est-elle ? _ Bantinia est l’une des deux capitales de notre confédération galactique. A ce titre, elle n’appartient à personne et à tout le monde. Deux petits clignotants verts émergent d’une obscure zone reculée. _ Nous les avons débusqués dans un désert stellaire. _ Quel âge a cette station scientifique ? _ Il faudrait que je vérifie mais si mes souvenirs sont bons, il avoisine les cinq millions d’années. _ Il y en a d’autres ? _ Dans votre système, non. Dans les galaxies du groupe local, oui. On en a mit dans tous les systèmes stellaires où la vie a émergée.
La japonaise se trouve plus profondément dans l’installation. A l’intuition, elle s’est arrêtée dans une pièce, à plusieurs centaines de mètres de l’entrée. Elle marche au bon milieu d’un vaste espace, sans obstacle. Devant elle, une multitude d’étagères portent une quantité astronomique de cristaux de diamants, de quartz pesant chacun plusieurs kilogrammes. Ses pieds nus ressentent la nature cristalline du sol. Celui-ci ne demande qu’à s’activer. L’éclairage tamisé bleu et vert renforce le côté mystérieux de l’endroit. Par la pensée, elle cherche à activer la technologie. Sans succès. Vexée, elle se concentre sur ses membres inférieurs. L’un des géants d’Andromède la rejoint. Elle le regarde, surprise. Il sourit. Elle sourit. _ On vous a fait venir ? _ En effet. _ Vous êtes de proches voisins, vu votre promptitude de réaction. _ Nous venons du fin fond de la galaxie d’Andromède. _ Je ne suis pas une spécialiste mais il me semble que ce n’est pas la porte à côté. _ Pour vous, sans aucun doute mais pour nous, c’est un petit trajet. _ Si vous le dîtes…. _ Personnellement, mon plus long voyage m’a fait parcourir une centaine de millions d’années-lumière. _ Dans ce cas-là, celui-ci est une petite excursion…… Si j’ai bien compris, cette salle est comme une bibliothèque ? _ En quelque sorte. _ Comment fonctionne t’elle ? _ L’activation se fait par de la méditation. Ensuite, il suffit de penser à ce que l’on cherche. Essaye si tu veux ! La jeune femme s’asseye. Bientôt, elle sera imitée par l’andromédien. _ Pour éviter de te stresser. Plusieurs minutes se passent, sans changement. _ Il manque de la musique, à votre installation. _ Imagine la, c’est plus intéressant. Le temps défile tranquillement. Lentement, les cristaux s’illuminent. _ Continue. Tu es sur la bonne voie. Tu peux ouvrir les yeux. C’est ce qu’elle fait. Le cristal qui la supporte, est rectangulaire. Il s’étend sur plus d’un mètre, dans sa longueur. Bientôt, ce sont les mûrs puis le plafond qui réagissent. _ Très bien. Maintenant, on va donner un peu plus de vie à cet endroit. Tu vas nous créer un paysage. Pour ce faire, tu vas le représenter mentalement. _ Quelle utilité ? _ Amener un confort supplémentaire. Je ressens au plus profond de ton être, une certaine claustrophobie. _ Et ce n’est pas cet endroit qui me le fait oublier. _ La solitude est un catalyseur. Une minute plus tard, le décor est beaucoup plus accueillant. Ils ont l’impression d’être au sommet d’une montagne. Ils bénéficient d’une vue imprenable. Une multitude de cimes enneigée les entoure. Une épaisse forêt s’y épanouit. Le bruit d’une cascade chatouille les oreilles. Un léger vent vient les frôler. Des troupes de mouflons, bouquetins et autres chamois broutent en toute quiétude, ça et là. _ On s’y croirait. _ C’est le but. On a conçu certaines salles spécialement pour dénicher et visualiser certains évènements oubliés de notre parcourt personnel ou de nos rêves. _ Comme dans la plus petite enfance ? _ Pas seulement. Plus loin. Beaucoup plus loin. Bien au-delà de ton imagination…. Mais celle là concerne plus particulièrement l’histoire de _ Et l’Univers ? _ On lui a réservé plusieurs salles, plus loin dans l’installation…… L’avantage de votre peuple arc-en-ciel est son imagination fertile… C’est inouïe la quantité astronomique de rêves que l’on a pu capter. Certains, toutefois, nous rappelèrent des paysages que l’on a croisés en lisant le Grand Livre de l’Univers. Je vais te faire une petite démonstration. Rapidement, le paysage change. Une cascade dévale une falaise. L’eau termine sa chute dans un petit étang. Un pont le traverse. Une rampe d’escaliers creusée à même la roche permet d’accéder au sommet du relief. Le couple se trouve au milieu d’une clairière. Une forêt les entoure sur trois côtés. _ Qu’est-ce que c’est que ce bâtiment ? _ Un temple. Ils sont assis au milieu d’une structure cristalline ronde. Son diamètre dépasse les trente mètres. Sur ses extérieurs, sept piliers soutiennent une arche dont le centre est absent. _ Quant il pleut, ça ne doit pas être très pratique ? _ Le but est d’être en contact étroit avec la nature, tout en bénéficiant de l’énergie cristalline. _ Le bassin d’eau, à quoi sert-il ? _ A de multiples choses ? Celui-ci est entouré par un pot de fleurs sur les trois quarts de son pourtour. _ Si j’ai bien compris le futur de notre civilisation se fera avec le cristal. _ En effet, toute les civilisations hautement évoluées que nous avons croisés jusqu’ici utilisent le pouvoir des cristaux. Bien que ceux-ci diffèrent de l’une à l’autre. _ C’est un rêve ou un endroit réel ? _ Les deux. Un jeune français a rêvé de cet endroit, il y a une trentaine d’années. En fouillant dans les archives de l’Univers, on s’est rendu compte qu’une planète lointaine d’une obscure galaxie abritait un tel lieu. Sans le savoir, nous sommes tous connectés à des êtres, à des lieux qui peuvent être accessible que par le rêve. C’est pourquoi nous attachons beaucoup d’importance aux décryptages de ceux-ci, qu’ils viennent de l’esprit andromédien ou d’ailleurs. _ Vous avez donc des attrapeurs de rêves ? _ En effet. Mais les nôtres sont bien plus évolués que les vôtres. Les vôtres sont personnels, ils ne peuvent donc lire qu’un seul rêve, à la fois. Les nôtres lisent tous les rêves effectués en simultanée sur une planète. _ C’est bien beau tout cela mais qui peut bien vouloir les lire tous ? _ Je trouve qu’ils marchent très bien. _ Quelle galaxie ? _ Quelle importance ? De toute manière, elle n’est même pas référencée dans vos catalogues. De plus, vous ne pourriez même pas vous y rendre. _ Ne nous sous-estimez pas ? _ On a évaluée la distance actuelle à près de 35 milliards d’années-lumière avec leurs déplacements mutuels. _ Je vois. Ce n’est pas près d’être à l’ordre du jour. Votre maximum à vous, Andromédiens ? _ Un milliard d’années-lumière. _ Pas plus ? _ Non, quel serait l’intérêt d’une course au record ? Nous nous cherchons la connaissance de la vie sous toutes ses formes. Acquérir le savoir prend du temps, beaucoup de temps. Elle finit par être expérience.
Une navette bantinienne atterrit à l’aéroport du Botswana. Ils effectuent une sortie très remarquée…. Vu leurs tailles, le contraire aurait été inquiétant. Quelques fonctionnaires les accueillent au nom de l’humanité. Rapidement, ils sont conduits dans le grand bâtiment des Affaires Spatiales. La chaleur accablante surprend les visiteurs. Comme de coutume, on fait visiter les installations. _ Ici, vous avez la première salle de contrôle qui gère le trafic global de notre système planétaire. _ On le sait. _ Comment vous pouvez ?…. Je m’en rappelle. Dans ce cas, on va vite passer en salle de réunion. Les grands conseillers de cinq civilisations sont déjà sur place. _ C’est parfait. On brisera ainsi la glace avec cinq peuples en une seule et même fois. Une fois dans la salle, ils s’asseyent sur les tables. Aucune chaise n’est à leurs tailles. Les concepteurs ne pensèrent pas que l’on puisse accueillir des êtres aussi grands. _ Bienvenue sur Terre, nobles visiteurs. Nous sommes désolés d’avoir souillé votre sanctuaire. _ Rassurez vous, ce n’est ni un sanctuaire, ni notre territoire. Il s’agit seulement une base scientifique, comme vous en possédez en Antarctique. Bien des choses se cachent, là-dessous. _ Nous allons demander à notre équipage de quitter les lieux. _ Mais non, elle a été pensée pour que d’autres peuples puissent y pénétrer. Profitez en, vous pourrez accumuler bien plus de connaissances sur le passé récent de votre monde. Cela risque de profondément modifier la perception que vous en avez. On vous expliquera comment en sortir, comment accéder aux connaissances par l’esprit et manuellement. Je pense que c’est ce qu’ils font déjà, là-bas, sous les glaces d’Europa. D’ici quelques mois, vous pourrez confronter vos connaissances avec les enregistrements des archives que nous vous offrons. _ Pourquoi ? _ Parce que vous avez réussi le test en parvenant, là-bas. N’en cherchez pas d’autres, il n’y en a qu’un seul dans votre système planétaire. C’est amplement suffisant. D’autant que vous aurez du travail jusqu’à l’an cinq mille ou davantage encore.
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Le Lundi 28 Septembre 2009
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