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les songes d'un doux rêveur
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La ville aux milles cascades

La ville aux milles cascades.

 

 

 

24 avril 2060, dans le Centre de Recherche Continental de Vienne (Autriche)

 

Il fait beau sur la capitale autrichienne. La température agréable permet aux tenues estivales et aux pieds nus de se montrer. Un nouvel édifice attire l’attention. On l’imagine tout droit sorti de l’esprit d’un célèbre architecte grec qui a notamment, construit Océaniya. Et pourtant, ce n’est pas lui qui en est l’auteur mais bien, un de ces héritiers. Une vaste place borde les trois ailes de la structure en U. Au bon milieu, une arche-tunnel  la traverse de part en part. Il mène à un grand  parc que bon nombre de citadins apprécient. Sur chacune de ces ailes, une cataracte haute de cinq étages. Le bassin de réception se transforme en petits cours d’eau qui eux-mêmes rejoignent un étang central bordé de pierres taillés dans le granit. Ces pierres couchées de tailles monumentales sont gravées de phrases écrites dans toutes les langues existantes, et ayant existées, dans la Confédération Européenne. Au centre de cet étang, un jet envoie l’eau à une dizaine de mètres. Il y en a six autres, sur la place. Des statues de gens ordinaires trônent, ça et là. Certains sont représentés dans le plus simple appareil. Les autres arborent des tenues estivales décontractées. Toutes représentent la jeunesse triomphante et véritable fierté de la ville. Une poignée de jeunes femmes arrivent sur cette place. Toutes passeraient facilement pour des hippies. Elles ont de longues chevelures multicolores. Des vêtements aux couleurs flashies, des bracelets et des bagues de pieds, des ongles vernis aux teintes peu banales, de la peinture corporelle….. Bref, à notre époque, elles ne passeraient pas inaperçues. Ayant de vingt à vingt-cinq ans, elles sont étudiantes. Brillantes, elles ont toutes quelques innovations à leurs actifs. Depuis quelques mois, elles sont intégrées au Centre de Recherche Européen où elles travaillent sur un prototype dont elles ignorent encore l’utilité. Elles espèrent toutefois que ce prototype permettra un bond en avant dans la technologie des Attrapeurs de rêves.

 

La toute première version est apparue en 2027, grâce à la ténacité d’une jeune amérindienne. Comme toute innovation, elle se révéla perfectible. Les images récupérées revenaient avec une qualité faible. Régulièrement, les ondes cérébrales du sujet parvenaient à parasiter le système voire à le déconnecter. Néanmoins, la chercheuse obtint, une décennie plus tard, la récompense suprême, la plus grande distinction de la toute nouvelle Confédération Humaine pour service rendue. Il faudra attendre une vingtaine d’années pour voire une évolution. Celle-ci vient de sa propre fille qui miniaturisa cette technologie tout en la recadrant avec la tradition amérindienne. Dés lors, tous peuvent en porter un, autour du cou, sous la forme d’un pendentif agrémentée de plumes, de feuilles et de cristaux. Là encore, de nombreux problèmes subsistèrent. Ils ne pouvaient enregistrer qu’un seul rêve. Parfois, les ondes cérébrales du sujet le déréglaient ou provoquaient une réinitialisation. Comme le modèle précédent, il y avait beaucoup de progrès à faire dans le rendu des signaux captés (images, sons, impressions, ressentis du corps,…..). Malgré tout, vingt pour cent de l’humanité s’en sert tout les jours. On estime que sept milliards de personnes ont pu comprendre certains de leurs songes grâce à cela.

 

Toutes les sept entrent dans l’arche de la plus grande façade. Leurs attrapeurs de rêves personnels se balancent, au bout d’une chaîne, au gré de leurs pas. Elles tournent sur leurs droites quant elles croisent la première porte. A présent, les pierres sont remplacées par du carrelage glacial qui provoque, grâce à leurs pieds nus, un long frisson dans tout le corps. Un grand hall désert les accueille. Quelques dizaines de plantes s’épanouissent dans un vaste pot de fleurs dont la bordure émerge du sol, de quelques millimètres. Trois escaliers mènent à trois destinations différentes. Le premier conduit au département astronomie qui accueille une vingtaine de travailleurs. La seconde rampe vous entraîne au cœur de la section Botanique qui compte une quarantaine de fonctionnaires. Les jeunes européennes empruntent la troisième voie. Elles grimpent quatre étages avant de pénétrer dans le service Innovation technologique qui voit deux cent cerveaux se pencher sur de nouvelles technologies. Comme chaque jours, leurs arrivées ne passent pas inaperçues. Toutes les têtes se détournent pour les contempler à travers les baies vitrées. Même si les costumes cravates et les blouses blanches n’existent plus, les gens n’ont pas l’habitude de voir des personnes vêtues d’habits aux coupes inhabituelles et aux couleurs voyantes. Sans s’en soucier, elles rejoignent leur atelier, tout au fond du couloir. Elles y entrent calmement puis s’asseye un moment.

_ Il va falloir le tester.

_ Qui se porte volontaire ?

Un homme plus âgé se joint à elles.

_ Moi, j’ai hâte de pouvoir noter votre travail. L’Europe attends beaucoup de vous puis si vous êtes à la hauteur, ce sera la Confédération Humaine qui demandera vos talents.

Liz prend les quatre bracelets fabriqués pour cette machine. Elle tend le premier au seul homme présent. Elle se garde le second puis tend les deux derniers à Elya et Natalya. Quant aux quatre autres (Katia, Aline, Irina et Monica), elles activent leurs interfaces de suivies. L’ambiance est décontractée malgré l’importance du moment. Les quatre observateurs souhaitent bonne chance aux quatre acteurs. Les trois jeunes femmes qui s’apprêtent, ont du mal à retenir leurs calmes. Les autres ne sont pas pour autant beaucoup plus détendues.

_ Vous savez comment ça marche ? Vous avez le mode d’emploi ?

_  Evidemment que non…. Ce n’est qu’un test. C’est quand vous voulez, professeur.

_ Dans ce cas, allons-y.

A la surprise générale, l’engin s’active seul. Un grand amas de cristaux blancs trône au milieu de la pièce. Sa masse avoisine les soixante kilos. Chacun d’eux se réveillent. Des lueurs vont et viennent de l’un à l’autre. Les mûrs et les fenêtres se mettent à vibrer. Les gorges se crispent. Les cœurs battent à tout rompre. La respiration se fait haletante. Les pensées défilent à la vitesse de la lumière. Les membres s’ankylosent. Les corps se font lourds. Même le temps semble se figer et puis tout s’accélère.

 

Le cristal émet une lueur qui devient rapidement une lumière aveuglante. Des arcs énergétiques se créent puis vont s’écraser contre les parois qu’ils rencontrent. Les capteurs disposés, ça et là, sont vite saturés par une énergie considérable alors que les sondes électriques ne captent qu’un faible courant. Les quatre porteurs de boîtiers sont entourés par une bulle de plasma haute densité, sans masse. Contrairement à leurs amies, ils voient toute la scène. L’observateur-éducateur analyse froidement les données que ses yeux lui envoient. Déjà, il apparaît que la phase de lancement mériterait d’être amélioré. Heureusement, il n’y a pas de blessés. Il s’avoue toutefois qu’il n’avait jamais rien vu d’aussi spectaculaire. Bien que très loin de ses réflexions, tous les appareils scientifiques confirmeront ses postulats. Mais quelque chose cloche, son cerveau sent que quelque chose ne tourne pas rond. Le temps est infiniment long. Quant est-ce que la machine s’activera, pour de bon ?

 

Pourtant, en dehors des bulles, le temps défile rapidement. A chaque centième de seconde, une cinquantaine d’éclairs zèbrent la pièce. Par chance, aucun humain ne se trouvait sur la trajectoire. Les vibrations s’accentuent. On pourrait même craindre que les mûrs ne s’écroulent. L’énergie dégagée s’accroît, elle aussi. Elle est, à présent, si colossale qu’elle pourrait en fournir suffisamment pour un vaisseau de catégorie 9 lors d’un voyage en hyperespace. Dans un dernier sursaut, la machine atteint son maximum avant de revenir à son état initial. Lorsque les observateurs ont pu ouvrir leurs yeux, plusieurs surprises les attendent. Elles remarquent immédiatement la disparition des quatre volontaires. La panique s’empare d’elles lorsqu’un hurlement les ramène à la réalité. Katya est étendue au sol. Elle grimace tout en se tenant l’épaule gauche. Ses partenaires l’auscultent. Rapidement, elles en arrivent à la conclusion qu’un éclair l’a touchée. Aline se dirige vers le communicateur de la pièce.

_ Nous aurions besoin d’une équipe médicale, au département Innovation et Technologie, dans la salle du fond.

_ Ne bouges pas, Katya. Tu ne fais qu’attiser la douleur.

_ Où sont-ils ?

_ On va s’en occuper mais toi, tu vas rester tranquille jusqu’à ce que l’équipe de secours arrive.

La porte s’ouvre. Cinq personnes entrent, avec un brancard. Aussitôt, ils s’occupent de la blessée.

_ Tu vas devoir passer quelques tests pour connaître l’ampleur des brûlures.

Katya est hissée sur la civière puis rapidement, évacuée vers l’hôpital le plus proche. Avant de la laisser, ses amies l’embrassent.

_ Retrouvez-les.

_ A tout à l’heure, mon allemande préférée.

Elles la regardent s’éloigner puis pendant deux ou trois minutes, elles semblent comme absentes. Personne ne bouge. Personne ne réagit. Le résultat n’est pas celui qu’elles avaient escompté. Finalement, c’est Monica qui sonne le rassemblement.

_ Allons-y. Irina et toi, Aline, vous allez commencer à éplucher les données recueillies. Cela nous aidera fortement. Pendant ce temps, je signalerai la disparition de nos testeurs, au grand conseil

Les deux jeunes femmes se penchent aussitôt sur le travail de récupération des données. Première étape : Reconstituer le film des évènements. La dizaine de caméras préalablement installées pour l’évènement devraient être d’un grand secours

 

_ Je souhaiterais entrer en communication avec le Grand Orateur, s’il vous plaît.

_ Sans souci. Qui le demande ?

_ Monica Belleni Morin. C’est au sujet du test de ce matin.

_ Je l’averti. Je te prie de patienter un instant.

 

Comme il fallait s’y attendre, la lumière éblouissante des instants cruciaux de l’expérience est un frein pour l’enquête.

_ Tu te rappelles comment on fait pour filtrer la lumière, après coup ?

_ Tu oublies que je suis pas très douée pour ce type de manipulations informatiques.

_ Moi, je peux vous aider.

Elles se retournent pour savoir à qui appartient cette voix agréable à écouter. Une jeune femme vêtue d’un pantacourt et d’un débardeur blanc se tient adossée à l’entrée. Bien que libres, ses pieds sont couverts de bandages, tout comme sa main droite.

_ Ces pansements, c’est le fruit de ?

_ De mon habilité naturelle, dés qu’il est question de sport. Acceptez-vous mes services ?

_ Disons qu’elle est la bienvenue.

_ Je m’y jette.

Elle s’avance en boitant. L’un des genoux reste désespérément immobile.

_ Le genou a trinqué à ce qu’il semble aussi.

_ En effet.

_ Combien de chutes ?

_ Une seule.

Elle s’asseye devant la première console. Immédiatement, elle s’active sur un clavier virtuel mais rapidement, elle grimace de douleurs. Ses collègues le remarquent.

_ Pas de commentaires, s’il vous plaît.

_ Il est inutile de te demander ce qu’il t’est réellement arrivé ?

_ Sans aucun doute. Quand je m’y mets, je suis d’une grande maladresse.

 

_ Ici, le Grand Orateur Nairan Ashwenikhtéyan. Je t’écoute, jeune Monica. Le test est une réussite ?

_ En fait, on en sait rien.

_ Que s’est-il passé ?

_ Nous n’avions jamais testé la machine….. Le hic est qu’elle a fait disparaître, nos quatre testeurs. A cela s’ajoute, un blessé…… A part cela, notre engin fonctionne plutôt bien….

_ Il y a eu bien pire comme première.

 

L’orateur originaire de Bombay était en pleine réunion avec une poignée de Bantiniens, tout heureux de pouvoir voir notre monde directement de leurs propres yeux. Dans la pièce, il y a aussi des représentants Wekhtah, Karthéens, Latviens, Viitians ainsi que les représentants d’Iramia, de Tia’Tura, des Confédérations Continentales Terrestres auxquels il convient d’ajouter toute l’équipe du Haut Fonctionnaire Terriens. Personne n’a perdu une miette de la conversation. L’ambiance décontractée de cette réunion informelle n’en souffre pas. L’un des Bantiniens prend la parole.

_ La recherche comporte des risques. Nous en savons quelque chose.

_Pour l’instant, nous ne sommes pas inquiets….. Après tout, le Pégase nous a montré que tout était possible. 

L’un des membres de l’équipe de l’Orateur activent quelques écrans pour consulter les images prises par les caméras. Tous les regardent mais elles déçoivent fortement. Pour en savoir plus, ils se connectent à l’un des moniteurs de suivis pour savoir où en sont les filles.

 

La nouvelle venue ne met que trois petites minutes pour accéder aux paramètres de filtrages via ce système complexe qu’est l’informatique de son temps. Tout en visionnant, une nouvelle fois, l’évènement avec une vitesse réduite quatre fois, elle parvient avec brio à réduire la lumière reçue.

_ Heureusement que nos caméras sont insaturables car vu l’intensité lumineuse reçue, il y aurait eu de quoi….. Au fait, vous devriez songer à passer une petite visite médicale, vous aussi, pour vous assurer que vos yeux n’aient pas de séquelles.

_ On y pensera. Tu ne nous as pas dit ton prénom ?

_ C’est Anaïs Kathleen.

Elle doit beaucoup s’employer pour parvenir à un résultat. A chaque réussite, elle enregistre les paramètres dans le fichier vidéo afin de pouvoir le lire tel quel. Dix minutes lui suffiront pour traiter tout l’enregistrement qui dure près de trois minutes. Une fois terminée, elle le relance. Cette fois, les images sont limpides. Les jeunes femmes commencent sérieusement à paniquer.

_ Avez-vous regardé les données recueillies sur le cristal ?

_ Pas encore.

Anaïs va aussitôt les chercher dans la multitude de fichiers existants. Trente secondes lui suffisent. Elle cède sa place pour que les autres puissent mieux voir.

 

Dans la salle de réunion, on digère les images vues. Quelques uns boivent, d’autres mangent un peu. Certains parlent, les autres sont silencieux. Certains sont perdus dans leurs pensées, les autres se contentent d’observer.

_ Amis terriens, je vous propose nos services…… Les miens plus particulièrement.

_ Que pensez-vous pouvoir faire ?

_ Tout d’abord, je pense pouvoir localiser les quatre disparus. Nos localisateurs sont les meilleurs. Ensuite, je pense que nous pourrions aider à les ramener. Après tout, notre civilisation cumule quatre ou cinq milliards d’années d’expériences de plus que vous autres. Dans le même temps, on aimerait bien en profiter pour examiner l’engin de plus près. Nous n’avons jamais rien vu de tel. Nous aimerions savoir de quoi il en retourne, exactement.

_ Le monde doit être déjà, au courant de l’affaire ?

_ Sans aucun doute.

_ Oui, je sais les nouvelles vont vite. Lancer une consultation. Que tous donnent leurs avis, dans la demi-heure qui vient.

_ J’applique la procédure habituelle.

Trente sept secondes plus tard, tous les écrans du système solaire et du centaure affichent la question juste avant que l’évènement lié soit diffusé.

 

_ Ça dit quoi ?

_  Comment peut-on dire ce qui cloche quant on sait pas ce qui est normal ou pas ?

_ Rassurez-moi…. Vous avez bien étudié ces cristaux ?

_ Bien sûr.  

_ Ont-ils eu un comportement normal ?

_ En tout cas, je ne vois rien d’anormal dans toutes les données collectées.

_ De mon côté, j’ai un doute sur certains capteurs. Il y en a quelques uns qui indiquent des résultats totalement contradictoires par rapport aux autres.

_ De toutes manières, on ne cherche pas au bon endroit….. Avant de se volatiliser, des bulles se sont formés autour de vos amies. C’était prévu ?

_ On en sait rien.

_ En fait, non…. On pensait avoir créé un nouveau modèle de Dream Catcher. C’est raté.

_ Réjouissez vous quand même. Votre prototype fonctionne mais reste à savoir de quoi il s’agit au juste….. Au vu de cette première, vous devriez peut-être songer à créer une enceinte de protection pour les observateurs.

 

C’est la deuxième remarque d’Anaïs à faire mouche auprès de l’orateur. Les Bantiniens, quant à eux, s’entretiennent avec leur galaxie. Les ministres de cette civilisation donnent leurs accords pour cette participation aux affaires scientifiques de l’Humanité. Juste après, le volontaire reçoit plusieurs communications. Certains de ses amis aimeraient, eux aussi, être de l’aventure.

_ Monica…..

La réponse à la consultation vient d’être émise. Quatre vingt pour cent des humains ont répondu positivement, la requête est donc autorisée.

_ Je vous écoute, Grand Orateur Nairan.

_ Quelques scientifiques plus âgés viennent vous rejoindre ainsi que plusieurs Bantiniens qui vont être d’un grand secours.

_ Dans combien de temps ?

_ Le temps d’arriver…. Une petite heure.

_ Je vais rejoindre mes amies.

_ Gardez avec vous, cette jeune fille qui vient de se joindre à vous. Elle a l’air particulièrement douée.

_ Je l’ai aperçue, tout à l’heure. Je vais lui dire.

_ Bon courage et tenez-moi informé, toutes les heures.

_ Bien reçu.

 

Anaïs s’est penchée sur l’interface de contrôle de la machine. Systématiquement, elle passe en revue tous les éléments qui la constituent. Elle note tous les résultats donnés par l’informatique avant de les vérifier manuellement avec un testeur universel. Monica entre dans la pièce. Immédiatement, elle vient s’asseoir, à même le sol, juste aux côtés de la nouvelle venue qui est ravie d’être aidée dans sa tache.

_ Le Grand Orateur te demande de rester avec nous. Acceptes-tu ?

_ Oui, j’accepte. Depuis mon accident, il y a deux mois, je ne peux plus poursuivre mes recherches.

_ Rien de plus normal, je crois. Tu en as pour combien de temps ?

_ On en sait rien. Je dois encore me faire opérer des ligaments croisés du genou. Vu que mon corps a l’air très lent pour réparer ce qui doit l’être, les médecins ne veulent pas en rajouter davantage. D’autant, qu’il a mis plus de trois semaines à dégonfler…..

L’un des capteurs a grillé.

_ Il va falloir le changer.

Sa compagne note la référence et va immédiatement en chercher un neuf.

_ Apparemment, il faudra améliorer nos réglages.

_ C’est normal.

_ Elle a raison. On ne pouvait pas espérer un meilleur résultat. On aurait dû faire des essais à blancs, auparavant.

_ Tu sais très bien qu’on n’en a pas eu le temps. C’était aujourd’hui, la date du test.

 

Plusieurs individus, à la peau de couleur chlorophylle, doivent se courber pour entrer dans la pièce. Cette porte-là, à beau faire deux mètres cinquante, elle est trop petite pour un Bantiniens. Ils font plus de trois mètres. Ils saluent les quatre jeunes filles. Pendant quelques instants, ils contemplent l’installation.

_ C’est brillant, mes enfants.

_ C’est vrai, ça l’est…. Par contre, si le but recherché était un Attrapeur de Rêves, c’est bel et bien raté et pas qu’un peu.

_ Qu’est-ce que c’est ?

_ Pour l’heure, pas la moindre idée.

Il recula jusque dans un coin. Ensuite, il remonte la manche d’une espèce de combinaison incolore. Il regarde quelques secondes son bras comme si il y avait quelque chose mais Aline qui l’observe n’y voit rien. A peine le temps d’une respiration plus tard, une machine translucide fait son apparition au milieu de la pièce.

_ Et oui, jeune Aline de la Terre, nous aimons bien la technologie, nous autres, Bantiniens, mais nous l’aimons discrète.

_ Vous avez un téléporteur personnel ?

_ En quelque sorte.

Katya rejoint le groupe. Elle est immédiatement entourée par ses trois amies.

_ Comment tu vas ?

_ A priori, ça va. Ils m’ont laissés sortir. L’éclair a brûlé quelques tissus, une partie de l’omoplate. Il semblerait que j’ai été transpercé sur un diamètre d’un centimètre. Je dois juste me tenir tranquille jusqu’à ma prochaine visite dans une semaine. Quant à vous, mes amies, vous devrez me passer de la pommade, pendant quelques jours.

Le Bantiniens fait appel au Grand Livre de l’Univers pour vérifier quelque chose. Il visionne le test, récupère toutes les données que ces connaissances lui permettront de comprendre.

_ On peut dire que vous avez eu de la chance. Votre engin ne produit aucune énergie électrique, ni thermique. Par contre, il utilise un type d’énergie très rare qui, par chance, n’a que peu d’effet sur la vie, sauf en grande quantité….. Dans votre cas, il y en avait suffisamment pour nourrir les étoiles pendant de nombreux siècles. D’où votre blessure ?....

_ Vu notre expérience et vu notre connaissance de votre anatomie, vous risquez d’en subir les effets pendant de nombreux mois…. Ce sera des douleurs passagères, des démangeaisons que vous ne pourrez soulager que par la méditation, le calme, la relaxation….. 

Les Andromédiens se remettent à la tache.

_ Comment allez-vous procéder ?

_ Grâce à cette merveille.

Il montre un cristal de bonne taille et multicolore.

_ Qu’est-ce que c’est ?

_ Le cristal le plus merveilleux qu’il soit. Il rend vos Diamants et vos Cristaux de Quartz bien faibles. C’est le cristal le plus performant de l’Univers…. Si l’on exclut l’eau, bien sûr. Tous les deux peuvent contenir une quantité phénoménale d’informations. Par exemple, la somme des connaissances et des expériences de l’Humanité ne serait pas suffisante pour occuper un centième de ses capacités. Si on sait comment s’y prendre, l’eau permet d’accéder à tout ce que l’Univers renferme. Ce cristal permet d’en faire autant même si il est plus performant quant il s’agit de rechercher quelque chose de précis…..

_ En fait, nous allons d’abord recueillir l’empreinte des quatre voyageurs pour ensuite pouvoir les localiser.

_ L’empreinte ?

_ En fait, on recherche l’empreinte énergétique. Elle est particulière à chaque être. Tiens, pose ta main sur le moniteur.

Katya s’exécute. L’extranéen effectue quelques  manipulations avant de tourner son visage vers le milieu de la pièce. La jeune femme ressent une impression de chaleur lui parcourir le corps. Une forme ressemblant à un humain apparaît sur l’écran. Ses couleurs changent sans arrêt, passant du bleu au vert, du violet au jaune, du rose à l’orangé. Sa forme fluctue, rapidement, même si elle est toujours vaguement humanoïde.

_ Avec ceci, je peux, par exemple, faire apparaître ton essence cosmique, c’est-à-dire ton âme. Regarde la voici.

Une forme énergétique blanc-bleutée bouge dans l’air comme danserait une flamme, sous le vent. Elle ne ressemble à rien de connue mais semble réagir à quelque chose. Informe, elle évolue sans cesse. Parfois, elle grandi. Parfois, elle se rétracte. Quelque fois, elle devient si petite qu’elle manque de devenir invisible. D’autre fois, elle est si grande qu’elle occupe toute la pièce.

_ Toutes les âmes disposent de l’intelligence suprême. Parfois, elles se choisissent un corps pour apprendre par l’expérimentation. Quelque fois, c’est une réussite. D’autre fois, non.

_ Je me vois ?

_ Bien sûr, tout le temps.

La forme disparaît.

_ Occupons-nous de vos amis.

Il isole du film, les quatre testeurs. Il exécute les mêmes manipulations que pour la démonstration. Quatre formes énergétiques dansent, dans l’air, à présent. Chacune d’elles est différente. Il y en a qui sont plus vivace que d’autres. Certaines sont plus visibles que d’autres. Il y en a une qui tend vers le bleu. Une autre où le violet domine. La troisième est blanc fantomatique. La dernière est arc-en-ciel.

_ Localisation en cours.

Une immense carte de l’Univers apparaît tandis que le noir se fait dans la pièce. L’un des Bantiniens vient, d’un geste de la main, de teinter les vitres. Des milliards de galaxies apparaissent comme de petites formes lumineuses. Il y en a partout, dans toutes les directions.

_ C’est juste l’affaire de deux, trois minutes.

_ Comment vous pouvez vous repérer, là-dedans ?

_ Grâce au Grand Livre de L’Univers. Il renferme tout. Quant on sait le lire, on peut même obtenir les cartes les plus élaborées qui soient pour l’instant T. Vous pouvez même avoir, instant par instant, un journal complet des évènements actuels (Supernova, Naissances d’étoiles, Emplacements des Vaisseaux Spatiaux, Rassemblements de Civilisation,…..). Le seul problème, c’est que cela réclame du temps.

La localisation est terminée. Deux petites étoiles clignotantes apparaissent dans deux galaxies différentes. La consternation se lit dans le visage des extranéens.

_ Qui a-t-il ?

_ Je ne sais pas ce que vous avez inventé mais vos amis se trouvent en deux endroits différents.

_ Que voulez-vous dire ?

_ Ils sont ici, dans cette pièce, et dans le même temps, quelque part dans une galaxie à quatorze milliards d’années-lumière.

Les filles cherchent à nouveau dans la pièce mais personne n’est là.

_ Où alors, je suis aveugle. Où alors votre technologie vous joue des tours bien que je ne remette pas en doute vos compétences.  

_ Ils doivent se tromper !

_ Et bien, non, terriennes. Ils sont justes dans une autre dimension…. Une autre fréquence vibratoire.

_ Pour les récupérer cela va être la galère !

_ On verra cela…. Continuons l’inspection de la machine.

 

Très loin de là, les quatre testeurs viennent d’être libérés de leurs bulles.

_ Vous allez bien ?

_ Oh ! Oui.

Les trois jeunes filles bougent leurs orteils pour en avoir le cœur net.

_ Plus agréable que je le pensais, ce voyage.

_ Où sommes-nous ?

Ils se décident enfin à jeter un coup d’œil sur ce qui les entoure. Une grande salle. D’épais mûrs de roches. Un plafond haut. Pas d’angles droits. D’ailleurs, il n’y a aucune séparation entre sol, mûrs et plafond. Le sol est plat mais sur les extérieurs, ils s’élèvent de plus en plus pour finir à la verticale, sauf en trois endroits, large d’un mètre, tout au plus. Au milieu de la roche, quelques cristaux de bonnes tailles.

_ J’adore cet endroit même si je ne sais pas pourquoi ?

_ C’est compréhensible. Cet endroit dégage une chaleur inouïe, une bienveillance absolue.

_ Je ressens la même chose….

_ Un peu comme si notre présence est connue et qu’elle est acceptée.

_ D’où vient cette lueur ?

_ Bonne question.

_ Pas des parois, en tout cas.

_ Il n’y a qu’une seule solution alors…. L’air, ils ont peut-être réussi à créer de la lumière, sans supports physiques tels que les nôtres.

_ Pourquoi pas ? Une nouvelle piste de recherche ?

_ Il faudra en toucher deux mots au Comité de la Recherche Scientifique de la Confédération.

_ Vous avez remarqué cette douce température ?

_ Oui…. Mon corps me gratifie de réactions agréables, depuis notre arrivée.

_ J’ai comme l’impression que cet endroit revivifie notre corps, voire le rajeuni.

_ Alors ça, si c’est vrai, je suis pas contre…. J’ai plus de soixante ans mais j’aimerais retrouver mon corps de jeune homme.

Toutes éclatent de rire. Elya s’approche d’un des côtés de la structure. Elle prend soin de se choisir le coin qui reste plat jusqu’au bout….. Quelque chose qui s’avère une porte rocheuse s’ouvre, sans bruit. L’air extérieur vient les caresser. Un son caractéristique, amplifier par les vents, vient chatouiller ses oreilles.

_ Des cascades.

Tous quittent la pièce. Une terrasse les accueille. Ils s’approchent d’une rambarde de protection pour s’apercevoir qu’ils se trouvent sur une falaise, à grande hauteur du sol.  Une bonne partie de la vue est occultée par une cascade monumentale. Le restant dévoile une vue inexistante sur ce monde ou presque. Des dizaines et des dizaines de stalagmites rocheuses essayent de tutoyer le ciel. Arrondis aux sommets, elles sont toutes parcourues par plusieurs cascades. Sur chacune d’elles, les visiteurs devinent des terrasses.

_ Comment fait-on pour passer de l’une à l’autre ?

La roche semble l’avoir entendue. Un morceau de la rambarde disparaît, à la stupéfaction des visiteurs. Pendant ce temps, ce qui était occulté se dévoile. Un pont constitué d’une seul pierre monumentale relie leur poste d’observation à une autre montagne, située une cinquantaine de mètres plus loin.

_ Quelqu’un d’impressionnable pencherait pour de la magie.

_ En effet….. D’où l’expression « la haute technologie n’est pas distinguable de la magie »…. Cela me conforte dans l’idée que les bâtisseurs étaient très avancés…. A un point tel que les Bantiniens pourraient passer pour des enfants. Regardez….

Il leurs montre les pierres. L’absence d’angles droits.

_ Ce n’est pas commun comme caractéristique. Aucun peuple extranéen rencontré à ce jour ne peut faire cela.

L’impression que tout l’ensemble est constitué d’un seul bloc.

_ Vous nous imaginez réaliser une telle prouesse. Moi pas. Nous sommes déjà incapable de faire un mûr d’une seule pierre alors tout un bâtiment ou toute une ville. Faut pas rêver.

 Le fait que l’abondance d’eau ne semble pas avoir d’effet sur la pierre…

_ Pas d’érosion. Aucune pierre naturelle ne peut lui résister.

Le fait que les bâtiments se fondent dans le paysage….

_ Ça aussi. C’est une belle leçon pour nous.

L’absence de mobilier….

_ Leurs spiritualités devaient être élevés…. Ils ont compris que simplicités, qualités et parcimonies valent mieux que quantités, complexités et surabondances…. Encore une belle leçon d’humilité, en perspectives.

Natalya s’approche du lieu où la rambarde a disparue. Elle balaye l’air de sa main puis de son pied. Elle ne trouve rien. Pas rassurée du tout, elle s’avance suffisamment pour se retrouver sur le pont. Ses pieds semblent avoir activer un système énergétique de protection. Des rambardes d’énergies viennent de se créer. Une multitude de formes, de couleurs dansent tout le long de l’édifice. Elle s’approche d’un pas, le tout se solidifie. Elle touche la barrière pour en avoir le cœur net. Cette fois, ses mains font mouches. Ses membres sont parcourus de frissons, de sensations agréables, de chaleurs…..

 

Le groupe se décide à explorer plus avant cette ville, sans en imaginer l’étendue. Au milieu du pont, ils bénéficient d’un meilleur point de vue. Des stalagmites rocheuses s’étendent vers le soleil, de tous les côtés. Tout au plus, elles ont un diamètre d’une vingtaine de mètres. Une brume épaisse formée par la grande multitude de cataractes rend invisible ou presque le fond de la curiosité.

_ Dommage qu’on ne puisse pas évaluer la hauteur à laquelle nous sommes.

_ Au minimum, une centaine de mètres.

_ Regardez….. On dirait qu’il y a plusieurs étages de constructions.

Elya montre une autre terrasse, une dizaine de mètres plus bas, sur le support le plus proche, devant eux.

_ Ça peut se comprendre…. Non ?

_ Quel gâchis, cela aurait été de ne pas utiliser plus d’espace ?

_ Dans ce cas-là, quel est l’intérêt d’avoir construit, tout cela, à cette hauteur ?

_ Quel est l’intérêt de produire cent milliards d’ordinateurs quand on en a besoin de seulement cinq ?

_ C’était la logique de l’époque, le capitalisme…..

_ Même si elle est incompréhensible, il y a une logique dans toutes choses.

Pendant un instant, ils se contentent d’observer la curiosité aquatique. A part le bruit des chutes d’eaux, rien d’autre n’est perceptible à leurs oreilles. Sans dire le moindre mot, ils finissent par poursuivre le chemin. Le pont est rapidement derrière eux. Ils se retournent pour le voir être à nouveau occulté. La rambarde de protection se reforme. Cette fois-ci, elle n’est pas encombrée par une cataracte. La pierre, elle-même, semble différente. Déjà, sa couleur n’est pas grise comme avant mais bleue. Certaines portions sont carrément cristallines. Liz se dirige immédiatement vers la portion de la roche qui ne s’élève pas avant d’être verticale.

_ En fait cette absence d’angles droits entre les parois, cet excellent pour repérer les portes cachées.

_ Sauf qu’ici toutes les portes sont cachées.

_ Je trouve que c’est plus esthétique comme cela. Chez nous, les portes peuvent rompre l’ambiance d’un lieu.

Une ouverture est créée par le haut. Ce qu’il y a derrière provoque une certaine stupeur chez les explorateurs.

_ Alors ça, c’est encore plus étrange.

En effet, les terriens n’ont pas l’habitude de construire des bâtiments aussi insolites. Si sa forme, son haut plafond sont classique, il n’en est pas de même pour son sol. Celui-ci est bosselé. S’y déplacer ne doit pas être chose aisée. Néanmoins, le groupe s’y risque, à tâtons. Petits pas par petits pas. Pieds nus, les humains ressentent sur quoi ils marchent. La peau de leurs voûtes plantaires retransmet une foule de données sur la texture, la nature, la température du support qu’ils foulent. Est-ce agréable ? Est-ce désagréable ? Ils ne s’en posent pas la question. A chaque contact, l’information est différente. Tantôt froid, tantôt chaud. Tantôt de pierre, tantôt de terre, tantôt de sable, tantôt d’herbe. Chaque pas donne des informations totalement contradictoires  du précédent. Ils en viennent même à douter de leurs corps mais peut-être est-ce le sol, lui-même, qui se joue d’eux. En bon scientifique, le plus âgé des quatre pose ses mains au sol pour avoir une confirmation de ce que lui disent ses pieds. A chaque fois, il est rassuré. Ses terminaisons nerveuses font correctement leur travail.

_ Qu’est-ce que j’aimerais rencontrer les habitants de ce monde ?

_ Faut pas désespérer, professeur. Cela viendra sûrement.

De son côté, Elya a portée toute son attention sur sa voûte plantaire. Elle se concentre sur les sensations reçues lorsque, sous ses pieds, le sol bouge. Elle ne peut s’empêcher de crier.

_ Qu’est-ce que c’est que cela ?

Tous se retournent pour constater que le parquet est effectivement pris de convulsions locales. La jeune femme essaye tant bien que mal de tenir debout. D’un seul coup, le sol s’ouvre. Elle tombe. Contrairement à ce qu’elle pensait, elle ne se fera pas mal. Le support pris la texture d’un matelas qui épousa les formes de son corps. Ses pieds et ses jambes sont sous la surface du sol mais celui-ci lui a laissé un espace suffisant pour s’en extraire si elle le souhaite.

_ Pas de bobo ?

_ Bien au contraire. J’ai l’impression d’être allongée sur le meilleur des matelas. C’est agréable.

_ Ne me dîtes pas que tout cela est juste destiné au repos ?

_ J’en doute.

Les trois autres jeunes femmes s’allongent, elles aussi, pour voir si le sol ferait de même avec elles. Elles se rendent compte qu’elles ont choisit un endroit bien inconfortable. Les bosses dans le dos, ce n’est pas génial. Pendant quelques minutes, elles se contentent d’attendre. Il ne se passe rien. Quelques douleurs apparaissent, ça et là. L’une est contrainte de se relever, les autres ne renoncent pas.

_ Comment as-tu fait ?

_ Je n’en sais rien. Je me suis concentré sur mes pieds et puis voilà…..

Immédiatement, elles écoutent leurs corps. En quelques minutes, elles sont totalement absorbées par les paroles corporelles. Un cocon protecteur se forme sous les deux jeunes femmes allongées tandis que la troisième basculait, à la renverse, la structure intelligente eue une poussée de croissance dans sa direction pour la protéger. Elle se retrouva ainsi allongée avec une inclinaison de quarante cinq degrés par rapport à l’horizon. La partie inférieure de son corps avait disparu sous la structure. Le scientifique ne peut que constater les propriétés de cette chose ou de cet être. Son esprit, autrefois si sûr de son savoir, n’est plus sûr de rien. Pendant quelques secondes, il est désemparé, presque en colère. Rapidement, il se reprend. Comme dans sa jeunesse, il se dit que de nouvelles découvertes l’attendent. Aussitôt, il fulmine contre lui-même. Il s’était promis de ne jamais croire qu’il sait tout sur tout….. Et pourtant, c’est-ce qu’il a fait, inconsciemment. Il jette un coup d’œil rapide sur ces protégées. Elles ne sont pas rendues compte du conflit intérieur secouant l’enseignant. Et pour cause, elles se sont endormies.

Sa respiration est apaisée. Elya rêve mais elle ne s’en rend pas compte et pour cause, son rêve a l’allure de la réalité. Elle se voit dans la même pièce, allongée dans son cocon. Elle médite profondément. Ses yeux ouverts fixent le vide. Quelque chose d’informe s’invite dans ses songes. En quelques secondes, elle prend forme humaine. Ses traits sont ceux d’une jeune femme à la longue chevelure blonde. Elle sourit le plus naturellement du monde.

_ Bienvenue, jeune terrienne.

_ Merci mais qui êtes-vous ?

_ Je suis Akhtéana. Mes parents m’ont baptisés du nom de cette magnifique planète….. Votre monde et le nôtre sont distant de plus de quatorze milliards de vos années-lumière.

_ Voilà qui répond à l’une de nos questions…… Nous avons donc inventé un téléporteur.

_ Désolé de te décevoir mais non….. Tu crois être physiquement là mais non. Moi, je le suis bien qu’invisible, à vos yeux.

_ C’était quoi cette forme vaporeuse ?

_ Juste notre manière de passer d’un plan d’existence à un autre.

_ Apparemment, vous êtes humain ?

_ Disons que notre évolution nous a permit d’être polymorphique….. Si je l’avais voulu, je te serais apparu sous la forme d’un petit humanoïde à la peau verte…… C’est comme cela, je crois que vos anciens ironisaient l’éventualité de formes de vies évoluées, hors de votre monde.

_ On n’en est pas fier, à vrai dire.

_ Mon peuple est fier de vous accueillir nobles étrangers, même si l’heure de vrais rencontres n’est pas encore venue.

_ Vous entendez quoi par «  de vrais rencontres » ?

_ Des rencontres où vous comme nous, nous sommes réellement physique…. Ce qui n’est pas votre cas…. Mais pour l’heure, on s’en contentera. Je t’écoute. Poses-moi toutes les questions qui te brûlent les lèvres.

_ Vous semblez avoir une parfaite connaissance de ma langue maternelle, comment faîtes-vous ?

_ Rien de plus simple. Nous maîtrisons la télépathie depuis une trentaine de millions d’années. Bien qu’elle fût difficile à assimilée, cette faculté fut améliorée. Elle nous permet, à présent, de converser avec toutes entités existantes dans l’Univers, de voir ce qu’ils voient, de savoir ce qu’ils pensent, de connaître leurs passés et même de mesurer leurs potentiels d’avenir…. Même avec vous autres, la plupart du temps lorsque vous dormez.

Les cheveux de l’étrangère deviennent roux. Ils bouclent. Ses yeux virent au vert. Elle grandit, légèrement.

_ Quel est l’utilité de ce lieu ?

_ Une sorte d’école. Nos jeunes viennent y apprendre à utiliser leurs capacités psychiques, cérébrales et spirituelles. Par exemple, ils sont capables, dés la naissance, de communiquer par télépathie.

_ Dis m’en plus sur l’éducation, s’il te plaît.

_ Je suis ravi que tu te décides enfin à me tutoyer….. Les enfants passent les cinq premières années de leurs vies à découvrir ce monde, avec leurs parents…. Ceux-ci sont tout heureux de pouvoir répondre à toutes les questions de leurs bambins et ainsi satisfaire leurs insatiables soifs de connaissances. Ensuite, le système d’éducation de civilisation prend le relais. Vu que nous sommes là, je vais m’en servir d’exemple. Ici, les enfants apprennent la télékinésie, la visualisation, la méditation, la maîtrise de soi, l’observation, l’écoute, la matérialisation d’objets, la création de lieux sortis de leurs imaginations, la gestion de mondes, de systèmes planétaires, des galaxies puis d’Univers….. Et j’en passe. Il y en a pour plus de cent cinquante ans.

_ Plus que toute ma vie.

_ Oui, mais la vie étant éternelle, tu ne dois pas t’en faire. Ton âge atteint allègrement le milliard d’années.

_ Comment leurs apprenez-vous tout cela ?

_ Par le jeu… Par l’expérimentation…. Par l’observation…. Par l’écoute de leurs êtres intérieurs, cela joue beaucoup….. Nous n’utilisons pas de programme fixe…. Chaque enfant apprend à son rythme, suivant son désir. Ce type de pièce est idéal pour cela. La pierre enregistre, sans juger. D’ailleurs, personne n’est là pour cela. Il n’y a pas comme chez vous, d’examens, de mises à l’épreuve. Cela n’a plus aucune utilité tant les facultés développés ne sont pas étalonnables et diffèrent d’un individu à l’autre.

L’Akhtéanéenne fait apparaître une boule de lumière blanche… Juste, de l’énergie pure. A présent, elle l’a fait grandir. Des pattes se forment. Une tête apparaît, munie d’une longue corne. Le corps s’allonge. Une longue queue apparaît. Ses yeux brillent comme deux diamants purs. Elya n’a aucun mal à reconnaître une licorne.

_ Vous adorez ces êtres, je crois.

_ Oui, le seul problème est qu’ils sont issus de mythes. Certains essayent de les créer, via la génétique.

_ Ils y arriveront, cela ne fait aucun doute. Quant à vos certitudes, sur l’existence ou non, de telle ou telle créature, je vous invite fortement à ne pas être aussi catégoriques. Les mythes et les légendes, d’où qu’elles viennent, ont toujours un fondement de vérités. 

_ Tu parlais de création et de gestion. Veux-tu m’en dire plus ?

_ Bien sûr…. Chacun de nous est entraîné à parer à toutes les éventualités d’une situation donnée. Pour ce faire, on s’entraîne à gérer une multitude de paramètres…. On peut, par exemple, simuler une situation précise puis nous réagissons comme nous pensons devoir le faire. Ensuite, il n’y a qu’à regarder les résultats.

_ Où est l’adrénaline de la vie ?

_ Toujours là. Chaque situation est unique. L’individu évolue sans cesse, il réagit différemment en fonction du temps. En fait, le but de tout cela est de permettre d’agir lorsque cela est nécessaire, tout en disposant d’une expérience suffisante. Moi, par exemple, j’ai été envoyé, en orbite d’une planète où une civilisation technologique venait d’apparaître, pour y minimiser les effets de l’explosion d’une Supernova. Ils ne s’en sont même pas rendus compte. Tout au plus ont-ils pu constater l’éclat phénoménal d’un astre inconnu, quelques phénomènes étranges et un climat planétaire chamboulé pendant quelques temps.

_ Personne ne vous a ressenti ?

_ Quelques uns, si mais c’est normal. Sur tous les mondes, il y a des sensitifs qui ressentent la présence d’entités invisibles à leurs yeux…. Il m’est même arrivé d’empêcher une guerre interstellaire entre deux civilisations de votre réalité.

_ Qui décide de tout cela et pourquoi ?         

_ Notre groupe de civilisations….. Nous agissons ainsi dans le but de maintenir un certain équilibre dans l’Univers. Nous regroupons des milliards de civilisations ayant atteint l’accès à toutes les réalités. Nous essayons de prévenir toutes les situations qui pourraient plonger notre univers dans un chaos éternel. Dans le même temps, nous sommes aux prises avec une faction qui s’est jurer de parvenir à manipuler, à contrôler, à dominer toutes formes de vie. Ils vont même jusqu’à s’imaginer qu’ils pourraient contrôler la Vie, elle-même. Or, l’essence même de la vie est au-delà de tout cela…..

_ Attendez-vous êtes en train de me dire que toutes ces histoires d’anges et de démons sont réelles ?

_ En quelque sorte, oui….. Sauf qu’ici, certains ne se focalisent que sur eux tandis que les autres intègrent l’Univers entier, dans leurs champs de vision. Il ne peut donc plus y avoir de profits personnels d’où deux visions totalement opposées qui ne peuvent qu’aboutir à des conflits.

Le décor qui entoure Elya devient flou.

_ Il semblerait que tu te réveilles….

_ Quoi ? Je dormais.

_ Oui. Je t’ai pourtant mis sur la piste en te disant que l’on communiquait avec votre peuple, pendant vos périodes de sommeils.

_ Merci pour cette conversation intéressante…..

_ Mais elle n’est pas finit, je vous retrouve dans le plan que vous visitez….. A tout de suite.

 

Tout comme Elya, ses deux compagnes et leur tuteur de projet se réveille.

_ J’ai fait un rêve étrange.

_ Ne me dîtes pas que vous avez discuté avec une fille d’ici ?

_ Et pourtant, si

_ Ce n’était pas un rêve comme les autres.

La jeune femme de leurs rêves est là, devant eux. Les cheveux bouclés et longs. Les yeux verts et une formidable fraîcheur pour un individu existant depuis des millénaires.

_ Cette ville et sa multitude de cascades existent dans 86 plans d’existences différents. Jusqu’à ce matin, on pensait avoir protégé une trentaine de ces plans contre des intrusions étrangères mais votre arrivée prouve que ce n’est pas vraiment le cas.

_ Désolé, on en savait rien.

_ Ne vous angoissez pas. On ne vous en veut pas. On sait que votre situation provient d’une nouvelle technologie qui a juste besoin d’être correctement réglée mais on fait toute confiance aux Bantiniens pour vous aider dans cette tache. Certains composants ont grillés lors de votre  voyage jusqu’ici. Il y en a qui ont été montés à l’envers. Vous avez eu de la chance car votre amas monumental en cristal aurait pu être fortement endommagé. Vous devrez simplement le régénérer, après votre retour. Les Andromédiens vont certainement vous faire changer d’autres composants qu’ils jugeront trop faibles. Il se pourrait même qu’ils vous en offrent. Quant ceci sera fait, vous reviendrez ici mais dans un plan plus adapté à votre évolution.

_ Que veux-tu dire ?

_ Ils ne vous semblent pas étrange de n’avoir rencontré personne alors que cet endroit est très peuplé ?

_ Maintenant que tu le dis, oui mais je m’étais dit que les bâtisseurs avaient disparus.

L’autochtone utilise un petit boîtier qui révèle une dizaine d’entités saluant les visiteurs.

_ Retournons à l’extérieur, s’il vous plait.

Tout ce petit monde sort de cette pièce par une porte inconnue. La vue est la même que de l’autre côté. Des cascades en veux-tu en voilà. Des montagnes, par centaines.

_ Il y a des animaux ?

_ Bien sûr.

Encore une fois, elle se sert de son petit boîtier. Une multitude d’arc-en-ciel égayent à présent le ciel. Certains semblent même reliés les cascades, entre elles. Quelques êtres ressemblant à d’étranges oiseaux dansent, à proximité de ces ponts mystiques. En y regardant de plus près, ils utilisent ces manifestations naturelles dans leurs ballets. Vingt fois plus grand et beaucoup plus lourd que le plus grand de nos oiseaux, ils se sont dotés de six paires d’ailes dépassant, toutes, les dix mètres. Leurs quatre pattes sont acérées par de puissantes griffes. Une tête volumineuse qui se termine par un volumineux bec d’aigle qui ne laisse aucun doute sur la nature de son alimentation.

_ Détrompez-vous, ils sont frugivores mais les fruits qu’ils mangent sont une véritable forteresse. Inutile de vous dire que vos dents, comme les nôtres, ne sont pas adaptées.

_ Tiens, en parlant de manger. C’est étrange mais je n’ai toujours pas faim.

_ C’est normal. Sentez-vous ces petits picotements, ces frissons qui vous parcourent le corps ?

_ Oui, même si je ne comprends pas très bien comment, au vu ce que tu nous as dit ? 

_  En fait, c’est la roche qui vous envoie cette énergie, dans le but que votre organisme synthétise ce dont il a besoin. En plus, ils envoient des vibrations nécessaires à vos corps. Pour faire simple, nous nous sommes rendus comptent que toute planète avait sa mélodie propre. Lorsque la vie y évolue, elle puise son bien être dans cette musique….. Lors de votre arrivée, la pierre a analysé la mélodie que, vous-même, vous émettez. C’est comme ça que l’on sait, si on a de la visite et qui nous visite.

_ Donc tu veux dire qu’en ce moment, votre sanctuaire imite le chant de la Terre.

_ Oui, cela vous permettra de rester une semaine, sans problème, dans le cas où votre retour tarderait, un peu. Les Bantiniens sont performants mais vous avez déniché une technologie qu’ils n’ont jamais pu découvrir. Il leurs faudra un peu de temps pour comprendre où votre système pêchent.

Les visiteurs semblent surpris. Comment eux ont-ils pu découvrir une technologie inconnue d’une civilisation ayant des millions d’années d’avance sur eux ?

_ Et pourtant, c’est fréquent… Tout dépend de l’orientation prise par la dite civilisation….. Revenons à Akhtéana, s’il vous plaît. La ville est vaste. Si on veut en faire le tour, il faut tout de même se hâter…

Le boîtier étant toujours actif, ils saluent quelques résidents. Aucun d’eux ne semblent avoir un grand âge…..

_ C’est un des effets de notre symbiose avec le vivant, nos corps ont appris à s’entretenir continuellement, sans qu’il y ait, une dégénérescence comme chez la plupart des formes de vies…..

_ Moins évoluées ?

_ Oui…. Tu peux dire ça comme cela.

_ Ne soyez pas aussi nerveuses, les filles….. Ce qu’elle dit est intéressant…. Tu parlais de symbiose ?

_ Oui, même si ce n’est pas exactement le meilleur terme que j’aurais pu employer….. Contrairement à vous, les terriens, nous n’ingérons pas de nourriture solide. Tout nous est fournit par l’énergie que nous envoie les pierres….. Celles-ci ont la capacité de lire ce que nous avons besoin et de réagir en fonction. Parfois, nous recevrons une quantité suffisante d’énergie pour irradier plusieurs étoiles pendant toutes leurs vies. D’autres fois, cet apport se traduira par la répétition, à intervalles réguliers, d’une note particulière que nos oreilles, comme nos cellules, capteront…. Vous devinez bien que notre système digestif, où ce qui pourrait passer pour tel, s’est adapté. L’organe le plus important est un répartiteur énergétique. Son rôle est de répartir l’énergie à chaque cellule, en fonction des besoins. Cet organe est interdépendant avec notre cerveau. Ensuite, nous avons le Synthétiseur car, comme vous, nous sommes constitués d’acides nucléiques, d’acides aminés…… Nous avons donc besoin d’en fabriquer pour régénérer nos corps, vu que nous ne pouvons en récupérer via notre alimentation. A cela, on ajoute d’autres systèmes indispensables. Comme vous, nous avons besoin de la mélodie de notre planète. Notre cœur la récupère et la renvoi sous formes de pulsations synchronisées. Comme vous, nous respirons. Comme vous, nous avons un système sanguin qui nous permet de conserver une température adéquate, tout le temps. Notre peau est un gigantesque capteur de lumière solaire que nous stockons pour un usage particulier…. La création, la matérialisation, la métamorphose nous demandent une quantité d’énergie que seule notre étoile peut nous fournir.

_ Je ne suis pas sûre d’avoir tout compris mais vous semblez être infiniment plus compliqué que nous.

Elle acquiesce d’un signe de la tête.

_ Déjà que je ne suis pas douée en anatomie….

Un pont se constitue devant eux. Des formes lumineuses prennent corps. Elles servent de rambardes. Le petit groupe s’engage, tout en prenant le soin, de ne pas se gêner mutuellement.

_ Notre premier arrêt se trouve juste devant nous. Juste derrière cette cascade aux teintes vert émeraude.

Le passage emprunté se dissout dans l’invisible. Certains des visiteurs ont encore quelques frissons devant cette technologie inconnue. Cela semble amuser leur guide. Elle les invite à regarder derrière eux. Quelques enfants s’apprêtent à l’emprunter. Lors de sa réapparition, l’objet suspendu dans le vide est différent. La teinte est celle du marbre. Les balustrades ressemblent désormais plus à des tableaux mouvants.

_ À chaque passage, les ponts changent d’aspects. Les jeunes gens arrivent souvent, grâce à cela, à se perdre ou, dans le meilleur des cas, à être complètement désorienté.

Elle s’avance, en direction de la porte occultée. Elle entre la première, avec sur ses pas, toute la bande. Comme d’habitude, l’ouverture se referme derrière eux. Cette fois, les parois semblent uniquement constituées de cristaux bleu nuit. Certains éclairent d’une lumière tamisée, la pièce.

_ On vient de toutes les galaxies pour compulser le contenu de ces cristaux de lapis-lazulis et d’Altyna…. Si vous regardez bien, ces derniers sont légèrement plus clairs, plus volumineux avec des reflets violacés.

Immédiatement, les Terriens scrutent les mûrs, le plafond et le sol, à la recherche de ces énigmatiques cristaux.

_ En voilà un…. Je suis désolé, j’ai marché dessus.

_ Ils sont là pour ça, justement.

_ Quel est leurs rôles ?

_ Ils ont emmagasinés tous les évènements ayant eu lieu dans l’Univers. Ils ne se passent pas une seule journée, sans qu’il y ait une mise à jour. Cet endroit est unique. Ici, il y a toutes les cartes de l’Univers. Aucune planète, aucune étoile, aucun nuage cosmique, aucun astéroïde ne manquent. La précision de notre chef d’œuvre est de l’ordre du picomètre. Ce qui fait d’elle, la carte la plus précise qui soit. Elle évolue, sans cesse, au rythme de l’évolution naturelle des choses. Pour éviter que vous me posiez la question, Oui, les vaisseaux spatiaux et autres structures artificielles apparaissent…… Elya, s’il te plaît, veux-tu te repositionner sur le cristal d’Altyna ?

Un signe de tête de la jeune femme lui répond. Immédiatement, ses pieds foulent le cristal, en question. Gênée, elle s’asseye au centre de celui-ci. Sans attendre de nouvelles instructions, elle se concentre, sous le sourire ravi de l’indigène. La lumière tamisée faiblit puis elle finit par disparaître totalement. Une sphère bleu, verte, blanche, couverte de nuages apparaît, au centre de la pièce. Une petite boule blanche l’escorte, à quelque distance. Il est inutile de dire que les visiteurs l’ont immédiatement reconnus, leur planète. L’hologramme de la Terre occupe un diamètre de trois mètres. Les continents sont clairement identifiables. L’Europe est, bien sûr, abondamment admirée. L’Afrique semble radieuse avec sa ceinture verte qui, grandit de plus en plus en direction du Sahara. Une bonne partie de l’Asie est, par contre, occultée par un vaste système dépressionnaire. Les Continents américains, le Pacifique ainsi qu’une partie de l’Asie peuvent admirer la voûte céleste et sa multitude d’étoiles. Des dizaines et des dizaines d’icônes de toutes tailles orbitent, tout autour de la gemme. Une multitude d’inscriptions incompréhensibles accompagne cette carte.

_ Attendez, je vais remédier à cela….. C’est l’affaire de quelques secondes.

Avec sa main droite, elle matérialise un petit objet qui passerait volontiers pour un cristal de Quartz, informe, grossièrement taillé. Calmement, elle touche quelques irrégularités (bosses, trous). L’écriture devient compréhensible pour un humain de la Terre. La jeune femme russe lit du russe. Pour l’italienne, c’est de l’italien qu’elle a sous les yeux. L’allemande apprécie de voir toutes les données s’afficher dans sa langue maternelle. Quant à l’enseignant, c’est de l’anglais. Les données sur notre monde recouvrent une foule de domaine. Son âge, par exemple, y est clairement indiqué. Ses mensurations, aussi. Ses caractéristiques physiques, chimiques ainsi que sa mélodie…..

_ Cent cinquante huit milliards de formes de vies sur notre Gaïa ? Vous êtes sûrs ?

_ Absolument mais cela concerne la vingtaine de plans où la vie s’est développée.

_ Et c’est beaucoup ?

_ Pour un monde de cette taille, oui.

Bien sûr, les chiffres de la population humaine ne passent pas inaperçus.

_ Cinq milliards sept cent trente cinq millions d’habitants ? Vous êtes sûr de ça, aussi ?

_ Evidemment.

Les données évoluent, sans cesse, tantôt à la hausse, tantôt à la baisse. L’autochtone touche, à nouveau, la commande en cristal. Deux autres sphères se joignent à la Terre. Elya reconnaît, immédiatement, Iramia et Tia’ Tura du Centaure. Elles sont aussitôt accompagnées d’une multitude de chiffres et de lettres. La maîtresse de cérémonie insiste sur les chiffres du peuplement humain. Le premier monde est peuplé d’un milliard d’individus tandis que sa sœur jumelle en compte, deux fois moins.

_ Vous voulez que l’on discute du taux de natalité chez les Quetzals élégants ? Parce qu’on peut le faire ?

_ Je pense que ça ira…… Donc vous vous êtes constitués une base de données universelle mais je n’en vois pas bien l’utilité….. J’imagine que personne n’essaye d’apprendre, par cœur le nom de toutes les planètes, de toutes les civilisations, leurs niveaux d’évolutions… ?

_ Non, bien sûr, mais vu les missions que nous réalisons, et qui concernent tout l’Univers, cette encyclopédie est d’une grande utilité.

_ Je le veux bien mais quel est l’intérêt quant on parle des naissances de Quetzal, par exemple ?

_ Cela peut donner une évaluation de la santé des populations et, à plus grande échelle, sur la planète, elle-même…..Il est toutefois vrai que ce qui nous occupe davantage, ce sont toutes les civilisations spatiales car elles sont susceptibles de générer de grands chamboulements dans leurs galaxies….. Certains paraîtront magnifiques, d’autres totalement ignobles mais c’est juste une question de points de vues.

_ Ne me dîtes pas qu’il y a des guerres, en ce moment ?

_ L’Univers est si vaste, le nombre de galaxies tellement élevés qu’il y a forcément des guerres, quelque part. Et vous pouvez me croire quand je vous dis, que certaines ont été particulièrement violentes….. Des systèmes stellaires entiers ont été rayés de la carte, des zones ne pourront, peut être, plus jamais accueillir la vie.

_ Comment ça ?

_ C’est simple. Durant certains conflits, les protagonistes sont aller jusqu’à annihiler des multitudes de planètes, d’étoiles, de formes de vies. Sur tous les plans, c’est un cataclysme. On ne tue pas une vie, sans qu’il y ait, quelque part, sur le responsable, un retour de flamme. Imaginez donc ce qui se passe lorsque des milliards et des milliards de formes de vies meurent violemment, en même temps. L’Univers ne s’en remet pas vraiment……. Vous apprendrez, comme tout l’Univers, que chaque vie est importante et que le meilleur moyen de ne pas s’attirer d’ennuis et encore, de toutes les respecter, même celles qui vous dégoûtent…..

_ Mais il y a autre chose, j’imagine ?

_ Oui….. Ces évènements annihilent toutes vies, toutes matières, toutes énergies. Il n’y a plus que le néant et rien d’autre….. Ceci dit, rien n’est définitif….. Notre groupe est capable de générer tout ce qu’il faut aux univers…..

_ Vous pouvez créer des Univers ?

L’enseignant se laisse emporter par son intérêt.

_ Bien sûr….. Un jour, vous saurez le faire, vous aussi.

_ Comment ?

_ Par l’esprit….. Par notre technologie…. Par notre expérience…. Par notre sagesse….. Par notre réflexion……

Elle semble amusée par les regards médusés qui la dévisagent.

_ Allons prendre l’air…. Ce n’est pas encore aujourd’hui que vous endosserez de pareilles responsabilités…. Et puis, j’ai encore de nombreuses choses à vous montrer.

Une porte s’ouvre. Le concert des cascades emplit, à nouveau, toute l’ambiance de leurs oreilles. Akhtéana les précède sur un nouveau balcon, bordé par deux chutes d’eaux. La nuit commence, à présent, d’étendre son voile. Une arche protectrice se forme pour permettre au groupe, d’emprunter la passerelle, cachée par la cataracte, sans se mouiller. Cette fois-ci, leurs pieds sont posés sur une surface lumineuse dont la couleur change, avec le contact physique et dépendant de l’individu. Les visiteurs prennent grand soin de contempler les figures qui sont ainsi créées.  Ils parcourent des centaines et des centaines de mètres, au milieu du vide. Des centaines et des centaines de cristaux translucides, dispersés sur les parois rocheuses, diffusent une lumière tamisée. Même l’eau semble se parer d’habits de lumière. Tout semble presque irréel. Des couleurs, jusque là, inconnues, se révèlent aux yeux des terriens. Certaines ouïes perçoivent quelques chansons venues d’on ne sait où….. Des mélodies, sans doute, portées par les vents qui soufflent constamment en ce monde. Plus tard, bien qu’ils ne sachent pas combien de temps, ils passèrent sur ce pont, ils retrouvent le sol rocailleux d’une montagne. Sans s’en rendre compte, ils viennent de grimper d’une bonne centaine de mètres. Sur le sommet plat d’une montagne, ils disposent d’une vue  imprenable. Les cristaux se comportent comme l’éclairage public de nos villes mais en plus agréable. Le vert, le bleu, le violet, le blanc, le rose sont agréablement répartis pour donner le meilleur résultat possible pour les yeux de l’observateur. Comme le disent les amérindiens, la beauté est dans l’œil de celui qui regarde. En conséquence, chacun voit quelque chose de différent. Chacun voit un paysage qui lui est propre par les couleurs….  Montagnes et cascades s’étendent à perte de vue, dans toutes les directions.

_ Je vous laisse, un moment. Je dois me rendre quelque part. Profitez bien de la vue…. Si vous voulez dormir, ne vous gênez pas…. C’est endroit est aussi prévu pour cela….. Je ne serais pas longue.

Akhtéana disparaît. Les invités sont subjugués par l’endroit. Elya s’asseye, à bonne distance du bord. Ses yeux n’arrivent pas à tout analyser, en même temps, tellement il y a de choses qui s’offrent à son regard. Elle ne sait pas si c’est vrai, ou si c’est son imagination, mais l’eau semble danser comme danserait sa robe si, elle-même, dansait. Chaque rayon de lumière cristalline semble imiter les paillettes dont se parent les femmes dans certaines occasions. Rapidement, ses oreilles se laissent bercer par une envoûtante mélodie que les gens pressés n’entendraient pas. D’ailleurs, à ce moment là, elle est la seule à l’entendre, à y prêter attention. Ses compagnes sont absorbées par le spectacle aquatique, son et lumière. Une autre des jeunes femmes finit par s’asseoir. Liz leva ses yeux vers le ciel. Rapidement, elle se dit qu’elle n’avait jamais vu un ciel aussi étoilé, avant cette nuit. Des milliards et des milliards d’étoiles lui font des clins d’oeils. Des centaines de galaxies lui montrent leurs contours dorés ou argentés. Des nuages stellaires la laissent contempler leurs formes brumeuses. Partout où ses yeux se posaient, elle pouvait détailler son contenu avec une précision qui ferait envie au meilleur télescope humain.

_ Nos yeux sont vraiment très performant, ce soir.

_ Je trouve aussi. Il ne me semble pas que, sur Terre, on puisse voir avec une telle précision des objets qui doivent être à de nombreux kilomètres.

Liz replonge aussitôt son regard, dans l’océan d’étoiles. Elle se demande si, on pense à elles, tout là-bas, sur notre monde natal.

 

En effet, tout là-bas, au bout de cet océan infini qu’est l’Univers, on n’arrête pas de penser à eux. De longues heures se sont écoulées. Les recherches se sont poursuivies, sans relâche, jusqu’à maintenant. De nombreuses questions ont trouvé réponses. Une dizaine de composants ont été remplacés par des neufs, des plus performants, des plus adaptés….. Tout cela sans que les Bantiniens n’interviennent trop. Les jeunes femmes démontrèrent, à chaque instant, leurs professionnalismes, au grand étonnement des visiteurs andromédiens. Toutefois, ils les conseillèrent quelques fois. Ils obtinrent même quelques technologies non encore officialisées.

_ Quant on observe une civilisation telle que la votre, elle n’a plus de secrets. Aucune de vos recherches ne nous ait inconnus.

La fatigue se faisant sentir, chez ses jeunes femmes, ils les prièrent de céder à l’invitation du sommeil. A contrecœur, elles vont s’affaler sur les divans d’une grande salle de repos. Entièrement déserte. Elles n’ont eues le temps d’échanger que deux ou trois phrases, lorsque survient le sommeil. Katya bouge sans cesse, sa brûlure la gêne. Bien qu’endormie, Aline semble méditer. Sa position assise est typique. Irina est, de temps en temps, parcourue par de petits spasmes qui se produisent lorsque l’on rêve. Monica continue de chercher le moyen de ramener ses amies, mais elle dort. Quant à Anaïs Kathleen, elle a pris la position la plus confortable, vis-à-vis de ses blessures puis elle a fait en sorte d’être plus rapide que ses douleurs. Elle n’a pas remarquée que deux paires d’yeux l’observent, en ce moment. Mais même si cela avait été le cas, sa vue n’aurait rien perçue. Le Grand Orateur de la Confédération Humaine et son homologue Bantiniens les observent, sans être visible. Ceci grâce aux capacités de ce dernier. Comme la grande majorité des civilisations majeures de l’Univers, les Andromédiens ont développés de nombreuses facultés de l’esprit. Certaines sont venues naturellement comme la télépathie, la télékinésie, la médiumnité….. D’autres furent acquises par l’intermédiaire d’une technologie perfectionnée au fil des ans puis développée au fil des siècles….. Si bien qu’aujourd’hui, il n’y a plus d’aide technologique. On citera l’invisibilité, le don d’ubiquité, le don de guérison…..

_ Vraiment brillante, ces filles… Je ne peux pas te cacher que votre découverte fait sensation en ce moment, dans la galaxie-sœur de la votre.

_ Qu’est-ce que c’est, exactement ?

_ Un autre moyen d’explorer l’Univers…. Peut-être même le plus sûr…. Apparemment, votre engin produit une réplique intégrale de vous-même qui est envoyé à destination, pendant que vous-même êtes en état de méditation….. Si on a vu juste, les filles et leur accompagnateur sont, dans une sorte de temple invisible car dans une autre dimension. Elles enregistrent tout ce qu’elles vivent là où sont leurs copies….. Ce sont elles qui se dirigent malgré la distance….. Je pense même que les attrapeurs de rêves qu’elles portent, auront tout enregistrés…..

_ Donc avec un peu d’entraînement, nous serons capable d’aller où l’on veut, quant on veut ?

_ Oui, mais comme je vous l’ai dit, ce sont des copies de vous-même qui voyagent, vous ne pourrez donc pas vous installer sur d’autres mondes, par cette voie.

_ C’est vraiment dommage car cela aurait coûté moins cher que de construire tous ces vaisseaux et d’organiser des voyages.

_ Et pourtant, il faudra vous en contenter, comme toute civilisation galactique qui se respecte. D’autant plus, qu’il vous faudra revitaliser, après chaque utilisation, ce cristal, sous peine de le voir perdre de ses propriétés. Nos connaissances sur ce cristal induisent l’utilisation de musique relaxante et de bains prolongés…..

_ C’est étrange cela. Nos scientifiques nous ont dit la même chose. Auraient ils été à l’école andromédienne ?

Le ton ironique de l’indien provoqua un éclat de rire partagé par les deux compères. Un éclat de rire bruyant qui aurait réveillé les jeunes filles si le Bantiniens n’occultait pas les voix, aussi.

_ Allons retrouver, nos autres amis des étoiles. Ils doivent s’impatienter.

Irina pousse un soupir puis se retourne sur le côté. Les deux observateurs s’éclipsent, en laissant les jeunes femmes à leurs rêves. Anaïs Kathleen est réveillée par une forte douleur. Elle ne peut empêcher un cri de s’échapper. Elle réveilla tout le monde. Par chance, aucune ne lui en tient rigueur. Quelques coups d’oeils sont jetés en direction de l’horloge. Elles ont dormies sept heures. Brumeuses, elles boivent un café, tout en mangeant un peu. Ensuite, elles se dirigent dans la salle des douches, prévue pour celles et ceux qui doivent rester ici, plusieurs jours. Elles y vont toutes, même celle qui arbore de multiples bandages. Depuis une vingtaine d’années, les bandages et pansements médicaux n’ont plus grand-chose à voir avec leurs ancêtres. L’eau n’est plus un ennemi, bien au contraire. Leur constitution est la même qu’autrefois. Les médecins y ont ajoutées des micro capsules intelligentes contenants des composés chimiques naturels faisant offices de médicaments. En plus, ces bandages ont été imprégnés de substances odorantes ayant des vertus thérapeutiques pour le corps. Bien qu’inodore pour les nez humains, les pores de la peau respirent ces substances et permettent la guérison. Parmi celles-ci, certaines sont cicatrisantes, énergisantes, détraumatisantes, apaisantes,…… La douche que prend Anaïs Kathleen réactive les molécules diffusants ce parfum. C’est peut être le seul endroit au monde où la douleur est absente. Et elle en profite, en traînant, comme ses collègues d’ailleurs. Avant qu’elle n’ait eu le temps de dire quoi que ce soit, l’une des autres jeunes femmes lui lave ses cheveux.

_ Merci.

_ Ça va ?

_ Il n’y a que, sous la douche, où je suis bien à condition d’éviter les gestes brusques….. Une idée du programme ?

_ On va vérifier l’état du cristal mais je pense qu’ils ont dû le mettre sous musique énergisante. On en profitera donc pour revoir le plan de base et l’appareil. Il y a certaines parties qui nous ont toujours laissées sceptiques. Je crois que c’est le moment de nous pencher dessus, même si on ne pourra faire des changements conséquents qu’après le retour des filles. Maintenant, reste à savoir dans combien de temps nous pourrons les récupérer.

_ D’ici notre prochaine nuit…. Tu verras !

_ En plus, tu es médium ?

_ Non, pas vraiment. Mais, quelques fois, il m’arrive d’avoir raison. Notamment quand je suis sur le point de me vautrer…. Et vu que cela arrive souvent…..

La porte s’ouvre. Elles ne la voient car les douches sont protégées par une autre porte mais elles le sentent. Une femme les informe qu’elles ont toute la journée devant elles. Le cristal est sous revitalisation.

_ Merci.

_ Le Grand Orateur vous conseille d’aller prendre l’air. Il fait beau, profitez en. Une fois reposée et aérée, vous pourrez retravailler votre œuvre, tout en sachant que vous ne pourrez rien changer d’important avant le retour des voyageurs. Bonne journée.

_ Bonne journée à vous aussi.

Cette nouvelle ne les remue pas plus que cela. Elles continuent de traîner. L’eau chaude réveille la peau blessée d’Anaïs. Comme toujours, elle aimerait y rester indéfiniment. Même les brûlures de Katya cessent.

_ Comme ça, je saurais comment calmer la douleur….. Une douche, et c’est reparti.

 

Vingt minutes plus tard, tout ce petit monde hume l’air pas encore surchauffée de la capitale autrichienne. Direction, le grand parc de la ville situé juste derrière le complexe européen de la recherche scientifique. Déjà, quelques viennois courent. En short, en pantacourt, en jupe sportive, en robe de sport. Tout le monde est pieds nus. Et oui, depuis près d’un demi-siècle, les instances sportives interdirent leurs usages pour palier aux mauvais gestes croissants dans certains sports, pour éviter les débordements inévitables liés aux nanotechnologies. Un célèbre fabricant de l’époque inventa une paire de chaussures qui faisait courir plus vite que ne le pouvait l’individu. Un de ses concurrents répondit en sortant des baskets intelligentes qui prenaient le contrôle du joueur pour employer la meilleure tactique. Bafoués, le public, les sportifs, les politiques demandèrent une réaction. Ce que les instances ne tardèrent pas à faire. Bien sûr, il y eu l’exception des sports d’hivers que l’on encadra encore davantage mais ceux-ci sont de plus en plus délaissés. Il est sûr que certains tentèrent de résister à cela en organisant des compétitions parallèles largement boudées par les spectateurs. En deux ans, elles disparurent. Des nations, jusque là, très discrètes se révélèrent au grand jour. On citera les Seychelles, les Fidji, la Namibie, la Tanzanie…..D’autres connurent un recul momentané, à l’image des nations européennes, de la Chine, des USA……Dans un premier temps, néanmoins, on ne compta plus les foulures, les blessures d’orteils…. Certains journalistes créèrent même un challenge « orteils blessés » que l’on interprétait comme la preuve de l’application et de la volonté des joueurs….. Aujourd’hui, notre groupe de jeune femme croise l’équipe masculine de foot locale, les équipes féminines nationales de Handball et de Volley…. A chaque fois qu’elles croisent quelqu’un, on les regarde avec insistance.

_ Je sais bien que l’on ne passe jamais inaperçus, avec nos tenues vestimentaires excentriques, mais là, il y a des limites.

_ A mon avis, ils regardent Anaïs en se demandant ce qu’elle fout avec nous…..

_ Cela aurait été marrant de te fringuer comme nous…..

_ Je crois plutôt que vos exploits, d’hier, ne sont pas passés inaperçus…..

_ Je pense qu’elle a raison.

Toutes se retournent, surprises par cette intrusion impromptue. Un homme d’une cinquantaine d’années, au faciès typiquement hindous, leurs sourit.

_ Belle journée, vous trouvez pas ?

Elles approuvent d’un signe de tête, légèrement crispé.

_ Vingt-trois degrés, de bon matin…. C’est agréable.

Personne ne lui répond.

_ Ne soyez pas aussi tendues, je suis un humain comme vous…. Comme vous, j’ai perdu quelqu’un dans mes jeunes années.

_ Comment cela ?

_ Vous avez entendu parler du fiasco de l’expédition d’Aldébaran ?

_ Vaguement.

_ À l’époque, je travaillais à Gaborone, au Centre Mondial des Affaires Spatiales. On a perdu trois vaisseaux similaires au renommé Gaborone. C’était il y a près de vingt ans. Un ou deux ans après la découverte d’Iramia et Tia’ Tura du Centaure, par trois autres engins. Des dizaines et des dizaines de liaisons avaient permis d’y installer près de cinquante milles personnes et d’y construire les embryons d’une dizaine de villes et de zones agricoles. Néanmoins, les Affaires Spatiales décidèrent de maintenir les missions d’explorations prévues, de longues dates….. Comme aujourd’hui, on ne suivait pas toujours la même mission. Certains jours, je participais à la régulation du trafic dans notre système solaire. D’autres fois, je travaillais sur des missions galactiques, comme ce fut le cas avec la mission Centaures. D’ailleurs, si mes souvenirs sont bons, ce jour-là, j’étais sur cette dernière mission. Je contactais la dizaine de vaisseaux liés pour savoir si tout allait bien quand la nouvelle est arrivée…..

Il reprend rapidement, ses esprits.

_ Tout ça pour vous dire de ne pas vous faire trop de soucis. Dés que tout le monde sera revenu, on discutera des mesures à prendre, avec cette technologie. Je pense que le tout nouveau bâtiment, à 25 kilomètres au sud, conviendra. Des mûrs épais, anti-sismiques, anti-vibrations, anti-explosions, anti-radiations. Il n’y aura qu’une enceinte à construire  pour éviter d’autres blessés…..

 

Il fait toujours nuit, là-bas, sur Akhtéana. Les milliards et les milliards d’étoiles luisent encore, sous le regard de l’enseignant qui n’arrive pas à trouver le sommeil. Ses yeux ne savent plus à quoi, s’en tenir. De sa demeure, il n’avait pas besoin de faire beaucoup d’efforts pour reconnaître et pour imaginer des formes géométriques et des constellations. Par moment, il fixe une galaxie tout juste découverte et dont il apprécie la beauté. A chaque fois, il est abasourdi par ses performances visuelles. Un objet, d’ordinaire invisible pour nos yeux humains, se pare, ici, d’une multitude de teintes et de couleurs différentes. Las, il reporte son attention sur le paysage environnant. L’horizon accueille des teintes verdâtres, blanchâtres, violacées…. Les centaines de cataractes génèrent des volutes de vapeurs qui semblent prendre, à leurs guises, les teintes les plus diverses, les plus inattendues, les plus changeantes. Akhtéana réapparaît mais personne ne s’en rend compte. Elle s’asseye à côté du doyen qui lui sourit.

_ Alors qu’en penses-tu ?

_ C’est épatant et déconcertant, à la fois….. Je n’arrive pas à m’imaginer le nombre d’années qu’il a fallu pour réaliser tout ça, acquérir tout ce savoir, toute cette sagesse….

_ Au bout d’un moment, on devient intemporel…. Un peu comme si on avait toujours existé et que l’on existera toujours. L’avantage est de voir, avec les mêmes yeux, l’Univers évolué, de pouvoir suivre la progression des civilisations, de rigoler lorsque, vous les jeunes, vous inventez des théories amusantes, là où il n’y en a pas forcément… C’est toujours drôle, sauf lorsque vous partez en guerre au nom de vos idées.

_ Tu ne nous as pas parlé d’habitations, est-ce normal ?

_ En effet, nous n’avons jamais eu de maisons individuelles, comme vous, ni de possessions. Tous les édifices sont accessibles à tous. Si tu as envie de dormir ici, sous les étoiles, tu le peux.

_ Ce n’est pas gênant ?… Côté intimité ?

_ Je vois ce que tu veux dire…. Mais non, il n’y a pas le moindre problème de cet ordre là. Nous avons créé suffisamment de bâtiments, nous avons imaginé et matérialisé suffisamment de lieux, sur tellement de mondes et de plans différents qu’il y a peu de chance que nous rencontrions ce type de problèmes. Et si vraiment, on veut de la tranquillité, on a un système qui bloque l’accès aux lieux fréquentés…. Enfin, on a la possibilité de créer nos sanctuaires personnels, à l’instant.

_ Vu sous cet angle….

Toutes les jeunes filles sont, à présent, réveillées. Debout, elles fixent l’horizon. Sans doute, pour observer un lever stellaire qu’elles trouvent lent à venir.

_ Vous pouvez attendre un moment, les filles. Ici, la nuit est aussi longue que le jour. Il y a de grandes chances que vous soyez partis avant son lever.

Quelques étoiles filantes luisent puis s’effacent, à toute allure.

_ Pas de vaisseaux spatiaux ?

_ Nous n’en avons qu’une utilité limitée…. Par ailleurs, ils sont tous, au mieux, de l’autre côté de la galaxie… Sinon, à l’autre bout de l’Univers voire carrément dans un autre Univers. Il est donc inutile d’en chercher dans le ciel étoilé…. Nous nous déplaçons très bien, sans ce mode de transport primitif….

_ Ils servent à quoi, vos vaisseaux ?

_ De postes avancées… De quartiers généraux.... On les cache tous, à la vue des autres formes de vies, et des indésirables.

Une grande étoile rapide illumine le ciel, comme le ferait la pleine lune. Tous la regardèrent.

_ C’est sans risque ?

_ Absolument aucun.

Sur ces mots, Akhtéana se lève.

_ Je vous invite à poursuivre la visite.

Le groupe quitte son point d’observation par une passerelle qui s’étend, au-delà de l’horizon. Toutefois, ils avalent la distance, rapidement. Tout le monde resta silencieux, pendant ce temps. Certainement, s’interrogeaient ils sur la nature de la prochaine salle. Une montagne, plus haute et plus impressionnante que les autres, leur fait face. Sept cascades l’habillent d’un vêtement en continuel mouvement. Une arche les protège de l’une d’elles lorsque les visiteurs approchent. La terrasse est recouverte d’un vert émeraude rutilant. En y prêtant, une plus ample attention, Natalya remarque c’est toute la montagne qui scintille d’un vert profond.

_ Qu’est-ce que c’est, ce coup-ci ? Une machine à voyager dans le temps ?

_ Ça aurait pu, en effet, mais non. Il nous arrive, en effet, de revivre des fragments du passé, dans des circonstances spécifiques mais pas, ici.

Akhtéana les entraîne dans une pièce de grande taille ayant trois larges ouvertures sur l’extérieur. Comme toujours, l’absence d’angles droits trahit les constructeurs.

_ L’absence de mobiliers me surprend encore.

_ Nous n’avons pas besoin de mobiliers, chers amis. Nous sommes ici dans un générateur de réalité alternative.

Les jeunes terriennes se lancent des regards interrogateurs.

_ En fait, ce monument sert à évaluer les potentiels générés par une situation donnée que nous pouvons, à souhait, modifier par une ou deux actions.

_ Intéressant. En fait, vous évaluez les conséquences que peuvent avoir, dans une situation données, telles ou telles paroles, tel ou tel actes…..

_ Exactement. On essaye d’éviter d’aggraver une situation déjà difficile ou de ternir un tableau quasi parfait. Pour être digne de cette machine, il ne faut pas avoir d’attente particulière vis-à-vis de la situation en question… Certaines fois, les réponses apportées ne vont pas dans le sens souhaité alors il faut savoir faire preuve d’une grande sagesse pour ne pas déraper vers la frontière….

_ Quelle frontière ?

_ Celle qui délimite ce que vous appelez le bien et le mal. Le bon respecte la vie sous toutes ses formes et ne s’offusque pas, ni ne juge celle-ci lorsqu’elle fait un choix différent du notre. Nous n’aimons pas, ce terme, le mal…. Il ne représente rien… Les êtres qui entrent dans cette catégorie cherchent à dominer la vie, à la contrôler… Bien souvent, ils le font par héritage… Leurs parents et ancêtres ont fait de même, par peur, par paresse, par cupidité, donc ils font pareils…. Jusqu’à ce que…. Ils changent de point de vue, de façon de faire….. Vous aussi…. Vous y arriverez pleinement….

_ Nous sommes dans le deuxième camp ?

_ Il n’y a pas de camp…. Il n’y a pas vraiment, non plus, de batailles. En ce qui vous concerne, vous venez de vous sortir d’une situation tellement périlleuse que vous faîtes partie des nôtres, plus que jamais. D’ailleurs cela a été un sacré camouflet pour ceux qui veulent avoir la main mise sur la vie, les mondes, les richesses. Et dire qu’ils s’imaginaient avoir gagné, moins de deux ans plus tôt. Ils se préparaient déjà à faire leurs apparitions en tant que sauveurs de l’humanité. Mais tout cela, c’était avant que les élites s’effondrent et que les peuples de la Terre s’octroyent la liberté. La situation de votre monde était tellement complexe, tellement inextricable que nous avons opté pour l’observation globale. Et bien nous en a pris.

Quelques secondes de silence sont nécessaires aux terriens.

_ …. En fait, grâce à l’actualisation continuelle des données, nous nous sommes rendus compte d’une évolution discrète mais réelle. Nous conduisant à espérer secrètement un dénouement heureux pour tout le monde…. Quant on voit le résultat, il y a de quoi se réjouir. En moins d’un demi-siècle, la planète et l’humanité, vous avez réussis à effacer plus de quatre-vingt pour cent des dégâts créés.

_ Je me demande si ce n’est pas, au dessus de nos capacités actuelles…..

_ C’est possible, en effet.

_ Où allons-nous maintenant ?

_ Non loin d’ici, dans l’antre de l’Université vivante.

_ Qu’est-ce que c’est ?

_ Allons-y… Vous verrez.

Sans vraiment se presser, la troupe quitte le monument puis emprunte une nouvelle passerelle. Elle descend de plusieurs mètres, en pente douce. Les terriens ont eu beau retenir le chemin, essayer de prendre quelques repaires visuels, ils sont complètement perdus.

_ C’est pire que de se repérer dans une de nos mégalopoles.

_ Non… Le plus facile est de se fier à son instinct, de ne pas paniquer, et de se dire que tous les chemins mènent….

_ A Rome !

_ Oui et pour ceux qui se perdraient, il y a suffisamment de cartes tridimensionnelles pour retrouver son chemin.

Une nouvelle montagne les accueille. La passerelle n’a pas le temps de s’occulter que tout ce petit monde est déjà entré dans la cavité locale. Akhtéana active la technologie cachée.

_ Natalya place toi, au centre.

Immédiatement, la jeune femme se met en position. Debout, bien droite, sa respiration ne peut cacher son angoisse.

_ Détends-toi. Ce n’est pas douloureux.

Quelques secondes plus tard, une double hélice d’Acide DésoxyriboNucléique apparaît puis se déploie dans l’espace.

_ Grâce à cela, on a toute les données concernant l’individu…. Son état de santé, sa filiation génétique, l’évolution de son âme, le parcours de celle-ci….

Le visage de l’enseigna changea radicalement lorsqu’une troisième, puis une quatrième, une cinquième, une sixième, une septième et une huitième hélice se joignent à la valse des deux premières.

_ Qu’est-ce que c’est que cela ?

_ Son ADN en totalité….. Vous n’avez pas encore remarquée la mutation opérée par votre structure génétique depuis plus d’un siècle…. Et pourtant, vos instruments devraient être capable de voir les cinq premières…

_ On mute ?

_ Comme toutes formes de vies, vous évoluez….. Dans quelques siècles, vous et tout vos amis stellaires, vous aurez douze ou treize hélices…..

_ Comment c’est possible ?

_ On s’est rendu compte  de la chose en suivant le manège des Semeurs de vies. Ils sont à nouveau, très actifs dans votre secteur galactique. Ils se sont beaucoup attardés, dans votre système stellaire…. Sur Gaïa, bien sûr. Sur Europe, aussi. Titan, Vénus et Mars ne furent pas délaissés.

_ Quoi ? Il y a de la vie, là-bas ?

_ Sur certains plans existentiels, elle y foisonne. Même si cela vous semble si surprenant concernant celle que vous nommez la sulfureuse Vénus.

Une multitude de données sur la jeune femme apparaissent, tout autour d’elles mais beaucoup de ses écrits demeurent obscures pour le novice. A vrai dire, elle n’y comprend pas grand-chose.

_ Tout ce bla-bla, c’est quoi ?

_ Tes caractéristiques, tes aptitudes révélées ou non, ton état de santé, les derniers acquis…. Tout un tas de choses qui me permettent de te dire…. Fais attention à ta cheville gauche, elle est faiblarde, ces temps-ci. Ta dernière chute, il y a trois jours, l’a passablement endommagée…. Une entorse sérieuse est à prévoir…. Ton allergie au pollen devrait refaire surface, d’ici deux semaines….

_ Vous pouvez voir tout cela ?

_ Oui, regardez.

Elle fait apparaître la reproduction virtuelle de tous les visiteurs. Chacun de ces corps est colorisée. Certaines régions sont bleues ou blanches, d’autres sont encore jaunes, oranges, rouges, marrons ou noirs.

_ Le système a utilisé votre technique de représentation. Les zones bleues et blanches sont en bonnes santés. Celles qui arborent du jaune et du orange ont subis quelques dégâts mineurs et réversibles. Quant aux trois autres couleurs, pas besoin de vous faire de dessins.

Il n’y a que les poumons de l’enseignant qui entrent dans cette catégorie.

_ C’est le résultat de mes trente années passer à fumer comme un pompier.

_ Que pouvez voir d’autre ?

_ Votre profil génétique et celle de votre âme. Normalement, cela nous permet de deviner le secteur qui est le plus en phase avec vous et celui, vers lequel, vous aller vous orienter. Je dis, normalement, car on s’est visiblement trompée sur toi, Liz. Ton profil est clairement celui d’une artiste qui devait s’orienter vers une carrière de chanteuse….

Toutes éclatent de rire.

_ À l’évidence, c’est raté.

_ Au grand désespoir de nos spécialistes, eux qui ne s’étaient plus trompés depuis très longtemps.

_ Le pire, c’est qu’elle est douée. Elle chante comme une déesse. Aucun instrument de musique ne reste de marbre, entre ses mains.

_ C’est ce qu’on leurs dit pour se moquer.

_ Donc vous pouvez en déduire de nombreuses choses sur notre potentiel, notre avenir… ?

_ Exact.

_ Combien aurais-je d’enfants ?

_ Je ne peux pas te le dire avec certitude….. Autant je peux déduire ton profil humain, psychologique, émotionnel, professionnel,….. Autant je ne peux pas savoir combien d’enfants tu auras, combien de partenaires sexuels….. Car ils dépendent de ton libre-arbitre, pas de ton bagage cellulaire…..

Dix minutes plus tard, leurs pieds les ont conduit, à un train soutenu, dans une montagne proche. Les filles ont l’impression d’être à l’intérieur d’une boule de cristal tant les parois rocheuses sont transparentes et semblent refléter une brume énigmatique.

_ On appelle cette pièce…. La diseuse de bonne aventure…. L’oiseau de mauvais augure…. Le prophète…. Le devin…..

_ Cela situe, tout de suite, le contexte.

_ À la base, Akhtéana a été construit comme une base scientifique, dans un immense cratère météoritique de notre monde que la vie avait laissée à l’abandon. Notre but était d’en faire un observatoire universel. Le temps passant, elle est devenue une ville accomplit tournée vers l’observation et l’intervention. Ce lieu est un des points névralgiques de notre infrastructure. Il reçoit, analyse et enregistre toutes les données émises par l’Univers et travaillées en plusieurs points….. Grâce à cela, on peut en déduire les évènements futurs mais ils sont, sans arrêt, fluctuants en fonction des évènements se produisant, un peu partout dans l’Univers…… Les explosions de supernova sont prédites avec plusieurs milliers d’années d’avances, ce qui nous laisse le temps de protéger les planètes mises en danger et d’en minimiser les conséquences pour la vie. L’évolution de toutes les civilisations technologiques et pré technologiques est attentivement suivie même si leurs avenirs respectifs sont très fluctuants et imprévisibles….. Certaines s’autodétruisent. D’autres partent en guerre, à tout va. Certaines sont rapides. D’autres empruntent un chemin plus long et tortueux mais toutes méritent qu’on les s’intéresse à elles…. Discrètement pour ne pas interférer.

Un chemin se dévoile, sous la forme d’une succession de pavés, en pente douce, sur le sol.

_ Cela mène à notre Temple de la Connaissance….. Temple des Archives….. Encyclopédie des Richesses de cet Univers….. Il y a tellement à lire, là-dessous, qu’il vous faudrait vivre au moins aussi longtemps qu’une planète, comme la Terre, pour pouvoir tout lire.

_ Que peut nous dire l’Oracle sur l’avenir de la Terre et de son humanité ?

Quelques secondes plus tard, les parois dévoilent une image de la planète bleue entourée d’une phénoménale escorte de vaisseaux spatiaux. Ils ne se ressemblent pas tous…. Certains sont clairement identifiables comme Terriens, Wekhtah, Viitians, Latviens ou Karthéens. Les autres semblent appartenir à des peuples dont le chemin n’a pas encore croisé le nôtre.

_ Dans combien de temps ?

_ Entre cinquante et cent de vos années….. On a identifié sur ces images treize peuples… Dont le vôtre. Le Collectif Milky Way est né, un peu plus tôt. Huit lignées à l’origine, rapidement, rejointes par cinq autres…..

_ Génial….. Apparemment, nos enfants se préparent à un meeting….

_ En effet, l’Assemblée Interstellaire se réunit pour traiter une liste impressionnante de sujet….

Akhtéana prend le temps de lire les ressentis des quatre terriens présents.

_ Vous êtes allez plus loin ?

_ Bien sûr, mais plus la projection est éloignée dans le temps, plus la fiabilité est faible. Concernant la Terre, elle est supérieure à 80 pour cent jusque vers l’année 2150 avant de chuter exponentiellement par la suite. Par exemple, si l’on captait quelque chose pour l’an trois mille, on aurait à peine un pour cent d’indice de confiance.

_ Ceci dit, ce n’est pas bien grave, l’an trois mille, c’est loin…. Très loin.

_ C’est ce qui caractérise le vivant, il est d’une nature imprévisible. Il cherche la diversité et il reçoit une aide précieuse de son imagination. Ajoutez y l’intelligence, la technologie, une culture diversifiée et exubérante, une politique complexe, un climat instable, une agriculture aléatoire, une population élevée, une planète et un soleil ayant des spasmes et des sauts d’humeurs imprévisibles, la présence d’une civilisation extranéenne rendent toutes projections lointaines complètement aléatoires et inutiles….. De toutes manières, même en restreignant sur cent ans, nos projections nous donnent beaucoup de travail. Rien que dans votre galaxie, nous avons sept enfantements stellaires, trois naissances planétaires, une dizaine de super éruptions volcaniques, une grosse poignée de collisions d’astéroïdes, quelques découvertes mal maîtrisées……   

_ Multipliés par toutes les galaxies ?

_ Le plus souvent, nous nous contentons d’observer mais certaines fois, nous faisons tout pour minimiser les effets de certains évènements, à la tête desquels les Supernova, les comportements un peu trop belliqueux de certaines civilisations….

_ Argumente !

_ Certains peuples profitent de leurs grandes supériorités pour détruire, parasiter voire même se faire passer pour des divinités auprès de civilisations plus jeunes….. Nous n’aimons pas bien cela mais nos ennemis ont réussit quelques fois à nous nuire….. Par contre, il arrive fréquemment que l’agresseur soit intimidé ou repoussé par d’autres civilisations spatiales n’aimant pas leurs manières. A ce sujet, les Bantiniens détiennent le record d’interventions de ce genre avec un total de cent soixante quatorze sauvetages. Certains des sauvés les ont d’ailleurs rejoints en tant que membres récents.

_ Tu as dit, tout à l’heure, que l’Oracle réactualisait, sans cesse, ces prédictions…..

_ Oui… Certains évènements finissent par être écartés…. D’autres seront avancés ou retardés, amplifiés ou amoindris. D’autres encore apparaîtront en tant que conséquence d’un évènement précédent.

Une bulle bleue se forme, autour des quatre visiteurs, que l’on finit par remarquer, une dizaine de minutes plus tard.

_ Qu’est-ce qui se passe ?

_ Il semblerait que vos amies, sur Terre, tentent de vous ramener à la maison.

_ Vont-elles réussir ?

_ Bien sûr.

_ Comment vous savez cela ?

_ Nous avons un vingt et unième sens. Sans exclure, bien sûr, l’Oracle que nous avons consulté pour connaître le dénouement de votre petite escapade.

La bulle est de plus en plus présente. Petit à petit, elle insinue un voile qui les coupe d’Akhtéana et de son monde.

_ On s’en rappellera, j’espère….. Je n’ai pas envie que cela face, comme avec nos rêves…. Qu’il s’évapore lorsque revient la lumière du réveil.

_  Pour cela, je vous rassure…. Vous vous en souviendrez toute votre vie. Je serais vous, je jetterais un œil sur vos capteurs de rêves.

La manifestation est de en plus présente. Elle change régulièrement de couleurs. Des particules énergétiques sont clairement visibles. Elles dansent tranquillement, en tout sens, sur le rythme de la valse.

_ A bientôt, Akhtéana.

_ A bientôt…..

La voix de la jeune femme se perd au milieu du nuage de points lumineux qui, en même temps, commence à devenir sérieusement bruyant. Il n’y a plus que leurs yeux qui captent encore des informations du monde qu’ils quittent à regrets, mais pas pour longtemps. Leurs cocons deviennent opaques à mesures que les petites billes de lumières prennent de la vitesse. Elles donnent l’impression d’être de plus en plus nombreuses.

 

Akhtéana a beau avoir vue cette technologie à l’œuvre, maintes et maintes fois, elle l’impressionne toujours autant avec ses éclairs qui fendent l’air de tout côtés et qui pourraient l’atteindre, sans difficultés, si son esprit n’était pas capable d’anticiper les trajectoires et de les modifier. Sans oublier, sa luminosité excessive qui aveuglerait n’importe quelle forme de vie.

 

L’astre solaire est en train de se coucher, sur Vienne. Déjà, de nombreux promeneurs se ruent vers le centre de la ville qui accueille le concert d’une vedette internationale, originaire de la région. Même le Centre Européen de la Recherche est désert, si l’on exclut une petite salle du Département des Innovations Technologiques. Un éclair fendit l’air suivit par une ribambelle d’autres. Les présents sont surpris par cette irruption impromptue. Bien sûr, les quatre jeunes femmes ont activées l’engin mais celui-ci était resté désespérément inerte jusque là. Dans le plus grand calme, les Bantiniens présent portèrent les terriennes, hors de la pièce, pour les mettre à l’abri. Le Grand Orateur ferma la porte. Les mûrs, les fenêtres et les portes tremblèrent. Un bruit assourdissant signale le fonctionnement de la technologie, à plein régime. La lumière aveuglante parvient à traverser les obstacles pour gêner sérieusement la vision des observateurs….. Puis le silence revient, comme il s’était évanoui. Les jeunes conceptrices de ce projet se rue de l’autre côté de l’obstacle.

 

Leurs amies et l’enseignant sont affalés, à même le sol. Apparemment, la sortie de bulle fut plus dure que prévue. Le comité d’accueil les relève avant de les serrer dans leurs bras. Rapidement, les sept amies accompagnées de la nouvelle venue quittent la pièce, sous les applaudissements de la vingtaine de personnes ayant assistées à la scène. L’Orateur de la Confédération Humaine les regarde partir d’un œil bienveillant avant de converser avec les représentants extranéens, à la tête desquels figurent les Andromédiens.

_ Maintenant, on sait que cela marche correctement.

_ En effet mais je vous conseille, Grand Coordinateur des Débats Humains, d’aménager un hangar spécial pour cette petite merveille…..

_ Avec une enceinte de protection dont les mûrs auront, un bon mètre d’épaisseur. Le mieux serait de l’éloigner de la ville car vous, comme nous, nous ignorons les impacts et les conséquences de l’utilisation de ce type de machine….

_ Ensuite, nous vous conseillerons de ne pas en faire un usage trop important. Ces cristaux ont des capacités phénoménales mais un surmenage les tuerait.

_ Rassurez-vous….. C’est ce que je comptais faire, de toutes manières, même si je ne pensais pas avoir recours à des mûrs d’une telle épaisseur….. Excusez-moi, un instant….

_ Faîtes donc, mon ami.

L’indien utilise l’un des communicateurs qu’il porte toujours sur lui. Il appelle un des médecins du Centre de Recherche.

_ Bonjour, Docteur….. Je souhaiterais que vous examiniez les sept jeunes filles qui ont conduit l’expérience, d’aujourd’hui.

Une voix féminine lui répond.

_ Avec plaisir, Grand Orateur Ashwenikhtéyan….. Je les ais justement en visuel….. Toutes les huit ?

_ Oui…. On ignore les effets de cette technologie sur les humains…. Ensuite, j’aimerais que vous en fassiez autant avec tous les gens présent, lors de la seconde utilisation de la machine.

_ Tous ?

_ Oui…. Enfin presque…. Des médecins Bantiniens, Wekhtah, Latviens, Viitians et Karthéens viendront examiner leurs compatriotes.

_ Très bien. Je m’en occupe de suite.

La conversation finit le haut fonctionnaire reprend place, non loin de ses invités.

 

Le Docteur Helena Ivckanovic s’approche, tranquillement d’un groupe de jeunes femmes aux tenues extravagantes qui déambulent vers le centre de la ville. Blonde, aux yeux bleus, la jeune femme observe attentivement cette troupe insolite. Pieds nus, comme elles, elles se frayent un chemin parmi la foule assez compacte dont certains individus chaussés chahutent entre eux. A chaque fois, elle peste contre ses gens qui mettent des chaussures même quant on ne peut plus en justifier le port…. Par le froid, notamment. Il est vrai que, à l’époque du grand chambardement, aux alentours de 2010, les prix de nombreux produits explosèrent. La plupart des gens décidèrent de devenir économe. Par exemple, les chaussures furent délaissées quant il faisait suffisamment chaud pour la peau de l’individu. Depuis, on conserva cette habitude par confort et par respect pour l’humanité, comme pour la Terre. Après de longues minutes de slaloms, d’accélérations, de ralentissements, elle parvient enfin à hauteur des huit jeunes femmes.

_ Bonjour, les filles….. Alors, que d’émotions ?

_ Je commençais à me dire que notre petite expérience était passée inaperçue…..

_ Loin de là, Liz chérie.

_ Je suis le Docteur Helena Ivckanovic. L’Orateur mondial m’a demandé de vous examiner….

_ Oh ! Non ! Depuis le temps qu’on attend cette soirée musicale.

_ Il n’y en a pas pour longtemps. Regardez. L’hôpital central fera l’affaire.

Il est situé au bout de la rue, à quelques encablures de là.

_ Dépêchons.

 

Moins d’une demi-heure plus tard, toute la troupe quitte un vaste bâtiment dont l’allure cristalline trahit sa grande jeunesse. De nombreuses têtes se détournent, les regardent attentivement puis les saluent, d’une manière ou d’une autre, avant de diriger leurs regards sur quelqu’un d’autre. Helena achève un rapide entretien avec le Grand Orateur, par communicateurs interposés.

_ Tout le monde va bien….

_ Rien d’anormal ?

_ Non, elles réagissent comme d’habitude.

_ Dans ce cas, bonne soirée.

Elles avancent à l’allure de la foule. Bientôt, des citadins volontaires leurs donneront des écouteurs portatifs qu’elles mettront à leurs oreilles. Elles entrent dans un parc floral qui, aujourd’hui, connaît une fréquentation inhabituelle. Les jeunes générations sont de sorties entre copains, en couples, seuls. Beaucoup dansent mais pas tous, au même rythme. Un humain du vingtième siècle qui passerait, par hasard, dans le secteur, prendrait tous ces jeunes pour des détraqués. Tous ont dans les oreilles, des écouteurs de nouvelles générations qui permettent d’entendre la musique voulue dans les grands festivals, sans être forcément, devant la scène consacrée à l’artiste en question. En 2060, les concerts en plein air sont fréquents car ils ne dérangent plus les voisins avec de la musique trop forte. Autour de chaque scène, un appareil ressemblant à un haut-parleur modifie, atténue ou étouffe les vibrations sonores de l’air, comme le ferait un mûr. Dans leurs bulles, les artistes s’éclatent toujours autant à chanter, danser tandis que les spectateurs peuvent bénéficier de leurs performances, sans avoir d’interférences liés au concert voisin, au spectateur de gauche qui braille jusqu’à perdre haleine. La liberté conduit de nombreux individus à s’offrir des morceaux de plusieurs artistes, tout au long de la soirée. Dans le même temps, elles permettent de converser avec ses amis.

Le groupe des jeunes scientifiques rejoint une grande table où sont entreposées des dizaines de verres qui attendent d’être remplis. Une poignée de jeunes femmes servent boissons et gourmandises diverses. Toutes ont une oreille bercée par la musique tandis que l’autre écoute les demandes des spectateurs. Toutes les neufs sont servis, en quelques minutes. Elles se dirigent vers la première scène.

_ Je les aime bien….. Ils sont géniaux.

Sur ces mots, Liz commence à danser. Bientôt, toutes ces compagnes en feront autant et ce, pendant toute la nuit. De nombreux artistes chanteront encore lorsque le soleil reviendra.

 

 

17 septembre 2060, au sud de Vienne.

 

Le soleil a encore toute sa verve estivale. Les récents orages ont passablement inondés les champs et les bois situés aux alentours. Un vaste bâtiment s’étend là, où se trouvait auparavant un très vieux hangar. Le village le plus proche a été réhabilité pour accueillir la centaine de scientifiques qui viendront travailler sur une énigmatique technologie mise au point par sept jeunes femmes. Toutefois, celles-ci n’ont pas pu se pencher dessus, depuis le test inaugural. Elles ont parcourues le monde pour la présenter à toutes les nations de la Terre.  Dans quelques semaines, elles s’envoleront pour Iramia.

 

Deux silhouettes apparaissent, au loin. Elles traversent une prairie boueuse. Pendant ce périple, elles discutent beaucoup tout en regardant où leurs pieds déchaussés se posent.

_ Ils ne se sont pas moqués d’elles. Le secteur est vraiment agréable avec ses montagnes, à proximité.

_ Pour y être souvent venue, la Styrie est une région fort agréable.

Quelques hérons s’envolent à l’approche des deux jeunes femmes.

_ Toi aussi, tu viens travailler là ?

_ Oui, ils avaient besoin de médecins. Je me suis donc proposé. Moins d’une semaine plus tard, j’ai emménagé dans ce charmant petit village.

Plusieurs navettes intercontinentales se croisent au-dessus de leurs têtes. L’une se dirige en direction de Stockholm. L’autre est attendue à Gaborone au Botswana. Une troisième prend de l’altitude afin de quitter l’atmosphère terrestre pour rejoindre Sélène, la toute première ville lunaire qui fêtera bientôt sa septième année de peuplement.

_ Au moins quant il fera beau et pas trop froid, vous pourrez venir à pieds.

_ Au pire, la ligne de tramways sera complètement finit dans moins de deux semaines pour les fainéants et les jours de grands froids.

Elles débouchent sur une allée dallée de marbre blanc. Des haies de petites tailles, plantés dans la semaine, bordent cette allée. Quelques fontaines stylisées n’attendent plus que l’écoulement de l’eau.

_ Je crois qu’ils comptent les activer, demain.

_ Tout va être neuf, alors ?

_ Tu aurais vu dans quel état, c’était, il y a six mois. Ce coin était à l’abandon depuis plus d’un demi-siècle. Lorsque je suis venue en visite avec le Grand Orateur, on s’est demandé comment ce vieux hangar pouvait tenir debout.

Elles escaladent plusieurs marches d’escaliers dont les dalles et les cristaux se croisent comme dans un jeu d’échecs. Ces cristaux ont la particularité de s’allumer lorsque quelqu’un passe. Ils remplacent les anciens éclairages publics qui manquaient de discrétions. Une double porte transparente s’ouvre devant elles. Elles pénètrent dans un hall démesuré qui passe pour être le plus grand d’Europe. Une végétation luxuriante agrémente ces lieux. Bien qu’invisible, une cascade fait deviner sa présence par sa musique caractéristique. Elles empruntent un petit pont de bois qui traverse une petite rivière. Un chemin de sable les conduit vers le centre de la salle. Au détour d’un virage, une place apparaît au milieu duquel apparaît une colonne de pierre, haute de trois étages. Une cataracte s’en échappe, tout autour.

_ Autrefois, ils étaient rarement aussi bien décorés. Maintenant tous les halls d’entrées ont des dimensions phénoménales et un décor digne de la Nature.

Laissant la place derrière eux, elles replongent dans la forêt aux allures amazoniennes. Elles finissent par déboucher sur un escalier assez large et constitué de marbre. A l’étage, un couloir mène à une dizaine de salles et d’autres couloirs. La première porte est grande ouverte. Sept jeunes femmes s’y entretiennent, dans des robes aux couleurs extravagantes. En les observant silencieusement, les deux arrivantes comprennent qu’elles tentent de décider qui partira sur Akhtéana. Le débat semble compliquer entre celles qui aimeraient y aller et celles qui aimeraient y retourner mais le Grand Orateur vient clore les débats.

_ En fait, vous pourrez y aller toutes les neuf. Le Docteur Ivckanovic, ici présente, vous accompagnera. Au vu de ses fonctions, elle n’en sera que plus performante lorsqu’elle saura ce que l’on ressent pendant ses voyages. D’autant que l’on compte bien se rendre ailleurs que sur Akhtéana lors de nos prochaines utilisations…… Tout le monde vous attend, dans une heure. Rendez-vous, dans la salle du cristal numéro un.

Plusieurs cristaux sont, en effet, en cours de créations avec une multitude de changements qui feront du cristal originel, un ancêtre dépassé.

 

En attendant, les neuf femmes se saluent, s’embrassent. La plus jeune est câlinée par les sept conceptrices de cette nouvelle technologie.

_ Que deviens-tu ?

_ Rien de plus qu’avant. A ceci près que je suis en pleine forme, comme vous le voyez.

Elle montre ses pieds, sa main et son genoux que des bandages recouvraient. Elle est toute joyeuse de pouvoir se mouvoir, sans boiter.

_ J’ai même pu reprendre l’entraînement et les matchs, sans conséquences physiques malheureuses. 

_ C’est génial, non ?

 

       

Tout le monde se retrouve devant une grande porte qui ressemble à celle des anciens bunkers. Ultra lourde, elle est monobloc et constituée d’un alliage d’or, d’argent et de mica qui assure l’isolation, l’étanchéité de la pièce ainsi que l’absorption et la récupération de l’énergie dispersée par la technologie. Malgré ses deux cent cinquante tonnes, la porte s’ouvre facilement, sans l’aide de personne. Le large couloir du souterrain conduisant à la salle est aussi silencieux que si il avait été désert. Toutefois, quelques scientifiques continuent d’arriver. Tous viennent assister au spectacle et ainsi, satisfaire sa curiosité. Les voyageuses entrent dans une large cavité que l’on croirait avoir été creusée dans de la pierre, tant elle ressemble à une caverne, par son aspect.

_ Je ne sais pas qui est l’architecte mais, on dirait que Nicholaj Taboulakis a déteint sur lui par la démesure de cette pièce et ces décors.

Le bruit d’une chute d’eau résonne sur tout un pan de mûr. Une petite cuvette la réceptionne avant qu’un chemin l’escorte à travers la roche.

_ A combien de mètres, sous la surface, nous sommes ?   

_ Cinquante trois mètres, précisément.

Toutes se retournent pour mettre un visage à cette voix qu’elles n’ont pas réellement reconnue. Un homme qui fait la fierté de la ville de Bombay, tant par son ancienne carrière de sportif (Hockey et Cricket) que par sa carrière d’architecte et de Grand Orateur, les salue avec un sourire radieux.

_ J’imagine que vous êtes impatientes…. En tout cas, moi, je serais ultra pressés de me retrouver, là-bas…. A ce propos, je vous présente Helena Tchavosy qui a patiemment visionné à de nombreuses reprises, les enregistrements du voyage inaugural par vos attrapeurs de rêves.

Une femme de grande taille, aussi blonde qu’un champ de blé, se présente à elles. A peine plus âgées qu’elles, elle arbore un look tout aussi inhabituel que la bande des sept. Des pieds nus arborant des bagues, un bracelet, des tatouages, du vernis aux couleurs dépareillés. Une minijupe taillée à la serpette, rose fluo. Un soutien-gorge jaune canari. Des dessins sur le ventre et les bras. Des cheveux en batailles. Une liasse de colliers de coquillages, de pendentifs en or, en argent et des figures d’inspirations tribales.

_ En effet, elle vous fait sérieusement concurrence…. Et pourtant, à Vienne, vous avez une renommée légendaire dû à vos goûts vestimentaires pas vraiment conventionnels…. Tout comme vous, c’est une tête dans son domaine qui va de l’astrophysique au dessin, de la nano ingénierie à la mécanique spatiale, de l’imagination au rationalisme extrême.

_ Nos attrapeurs de rêves t’ont appris quoi ?

_ Des tas de choses extraordinaires qui nous ont notamment permis d’améliorer le prototype et de valider la croissance de ses enfants. Même le cristal a imprégné ses pensées, ses besoins, ses impressions, ses craintes. Grâce à vous, nous avons fait un bond de plusieurs siècles dans la compréhension et le dialogue avec le monde minéral qui vont déboucher sur les projets les plus fous…..

_ Les villes-cristals.

_ Et oui…. Si tout va bien, avant un demi-siècle, la Terre, Iramia, Tia’Tura, Mars et Titan arboreront une ou plusieurs villes de ce type….. Les systèmes de transport vont certainement subir une cure de jouvence qui leurs ferait le plus grand bien. Ensuite, Akhtéana a l’air d’être une personne charmante et ayant un niveau d’évolution tellement inaccessible, pour l’heure, que nous aurions plus la prendre pour un ange, ou un archange, si elle c’était montrer sur notre monde.

_ Qui dit qu’elle ne l’a pas fait ?

_ Personne, bien sûr…..

_ Au nom de la Confédération Humaine Interplanétaire, je vous serais grés, chères amies, de passer nos amitiés à la grande civilisation d’Akhtéana…. Même si, j’ai la sensation qu’ils sont représentés, non loin d’ici.

_ Les Bantiniens ?

Bien que discrets, il y a deux Andromédiens qui assistent à l’évènement, en tant qu’observateurs. Les Wekhtah, les Latviens, les Viitians et les Karthéens sont également représentés.

_ Non, je ne pense pas….. Ce Machaon est un bon candidat, par exemple.

Un papillon blanc que personne n’avait encore remarqué, volette tranquillement à la recherche d’un perchoir confortable et tranquille mais, décidément, il y a beaucoup de monde, aujourd’hui, qui traîne sur son chemin.

_ Ben quoi ?… Ce papillon a l’air tout à fait normal.

Quelques hommes et femmes viennent équiper les neuf voyageuses. Ils accrochent un petit objet noir au poignet de chacune d’elles puis ils vérifient le bon fonctionnement de leurs attrapeurs de rêves personnels. Moins de cinq minutes plus tard, ils donnent le feu vert pour le lancement de l’expérience. Déjà, la plupart des convives ont rejoint l’enceinte de sécurité et de contrôle situé derrière une épaisse baie vitrée, elle-même, derrière la cataracte. Le Grand Orateur les rejoints, après avoir adressé ses derniers encouragements à l’équipe en partance. La voie libre, les jeunes femmes reportent leurs attentions sur le gigantesque amas de cristal.

_ Il n’est pas plus grand que l’autre fois ?

_ Bien vue, Anaïs.  De soixante kilos, il est passé à près de deux cent cinquante kilos.

_ En combien de temps ?

_ Le Conseil de suivi décida de le replonger dans son bassin de croissance pour en augmenter sa puissance pour faciliter les voyages qui apparemment, demande beaucoup plus d’énergies que prévue initialement…. Même nos attrapeurs de rêves l’auraient perçus. Du coup, sa puissance nominale a été multipliée par dix.

_ D’où la nécessité de ces parois large de trois mètres.

Le démarrage de la technologie est imminent. Les néophytes ont un peu le trac. Certaines se demandent encore si c’est douloureux. Une voix à l’accent québécois annonce le décompte.

_ Cinq…… Quatre…… Trois……. Deux…… Un…… Zéro.

Une main active la machine depuis un pupitre volumineux. Aussitôt, les spectateurs qui ne l’avaient pas encore fait posent sur leurs nez, une paire de lunettes quasi opaque. Dans le même élan, le temps semble se suspendre. Les respirations ralentissent. Les corps se figent.

 

Le cristal géant ne tarde pas à émettre une faible lueur qui forcit régulièrement. La pièce est rapidement submergée par une lumière aveuglante dont la couleur tire sur le bleu, à moins que ce soit du blanc, du violet ou du jaune. Des éclairs commencent à siffler dans l’atmosphère. Déjà, les parois murales sont mises à rude épreuve. Les chocs se multiplient, à vive allure. Les bulles de plasmas se forment autour des voyageuses. L’une d’elles entourent deux d’entre elles qui se tiennent par la main : Anaïs Kathleen et Elya. Comme lors du test initial, elles ont une parfaite vision sur ce qui se produit mais cette fois, plus de détails sont visibles. L’amas change de couleur à la vitesse de la lumière. Chaque unité cristalline semble obéir à sa propre volonté, à sa propre fantaisie. Certains même s’amusent à se parer de couleurs encore inconnues des terriens. Malgré tout, ils vibrent sur le même tempo. Régulièrement, ils laissent échapper une bouffée d’énergie, de chaleur et de lumière sous la forme d’éclairs plus puissant que le soleil, lui-même. Elles ont l’impression d’être enfermées depuis un temps infiniment long alors qu’en fait, il n’y a guère qu’une poignée de secondes que l’engin laisse libre cours à son imagination. Leurs attrapeurs de rêves ont déjà enregistrés une vingtaine de minutes d’images. Des impressions, des émotions étrangères, des visions, des paroles commencent à envahir l’esprit de toute l’assistance. Beaucoup en sont perturbés. Certains pensent même devenir complètement cinglés. Il n’y a guère que les voyageuses, les Bantiniens, l’Orateur, quelques anonymes et certains extranéens qui, au pire, restent de marbre. Natalya et d’autres en trouvent une certaine satisfaction. Ils ne le savent pas encore mais les neuf attrapeurs de rêves en partance, ainsi que ceux de cinq observateurs montreront que chaque être humain ou assimilé présent reçoit un flux cérébral personnalisé. Elya revoit, par exemple, des morceaux agréables de sa vie qu’elle pensait bien terne, jusque là. Anaïs est plongé, dans un monde inconnu, au cœur d’une romance, entre deux femmes, loin de toute vie humaine. Helena perçoit les rêves inimaginablement chaleureux d’un cristal.  

 

Sans que le moindre signe avant-coureur ne l’annonce, la machine s’emballe. Des milliers d’éclairs partent dans tout les sens, en simultanée. Les parois en alliage amortissent, captent, transmettent et absorbent une énergie colossale, même pour la civilisation bantinienne. Elle viendra réénergiser l’amas. Les neuf voyageurs disparaissent discrètement au milieu de ce spectacle son et lumière avant que la technologie revienne à son état initial.

_ Cela semble plus intense que la première fois ?

_ Sans aucun doute.

 

Les bulles de plasma s’évaporent, dans un endroit inconnu. Les neuf voyageuses font quelques pas pour contempler les lieux.

_ A moins que cela ait changé depuis la dernière fois, nous ne sommes pas à Akhtéana.

_ Ça me fait penser à une cathédrale. Pas vous ?  

_ Faut voir.

Elles ont beau cherché dans toutes les directions. Elles ne voient que du cristal. Le sol réagit, sous leurs pas, en vibrant sur une note de musique particulière. Elle diffère à chacun de leurs pas, ce qui finit par former une chanson différente suivant les filles. Toujours main dans la main, Anaïs Kathleen et Elya s’approchent de l’une des parois. Elles ne se sont pas rendues compte que la bulle de plasma les avait liée pour un moment. Elles touchent ce mûr. Des images apparaissent dans leurs esprits.

_ Sans ces musiques, cet endroit serait vraiment très glauque.

Sur ces paroles, l’édifice s’illumine par le sol d’une douce lueur bleue. L’air se fait plus chaleureuse. L’ambiance générale, moins froide. Quelque chose prend forme, au milieu de la pièce. D’abord, incertaine. Cette entité se décide à prendre une forme humaine masculine.

_ Qu’en dîtes-vous ? C’est la première fois que nous faisons prendre aux molécules, aériennes, votre allure.

C’est un homme d’une trentaine d’années, mal rasé, qui se tient devant elles. Il arbore une tenue vestimentaire déconcertante avec des couleurs osées, criardes.

_ Qui êtes-vous, exactement ?

_ Nous sommes un collectif d’intelligences cristallines….. Vous avez d’ailleurs contribués à nous réveiller.  

_ Comment cela ?

_ En nous sortant d’une collection privée puis en nous faisant grandir….. Notre véritable demeure est ici, dans cette dimension qu’aucun être vivant de votre lignée n’a jamais parcourue. Toute notre énergie vient de là.

_ Nous sommes donc à l’intérieur de l’amas ?

_ En quelque sorte, oui. Comme sur Terre, vous pourriez y passer de nombreuses vies, sans en avoir fait le tour….. C’est ici que vos enveloppes charnelles resteront pendant que vos esprits s’en iront rendre visite à nos frères d’Akhtéana. Votre voyage ressemble à un rêve d’où l’activation de vos Attrape rêves…. Grâce à notre présence, l’enregistrement à une qualité bien supérieure à ce que vous êtes capables de faire.

Elya s’interroge intérieurement. L’entité a utilisé le mot réveillé et cela perturbe son activité cérébrale.

_ Tout simplement parce que d’antiques civilisations sont parvenues à comprendre et à utiliser certaines de nos propriétés.

_ Vous m’avez entendu penser ?

_ Evidemment… C’est tellement facile pour nous…. D’ailleurs vous seriez étonnés de connaître l’étendue de nos perceptions… Elles vous feraient prendre conscience que bien que nos enveloppes aient l’airs inertes, nous sommes tout aussi vivant que vous….

La mégalopole cristalline commence à vibrer partout. Une douce lueur aveuglante, de la musique envoûtante, une température agréable viennent les étreindre alors qu’elles plongent dans l’inconscient. Elles ne le savent pas mais leurs corps s’étendent lentement à même le sol.

 

Moins d’un dixième de seconde plus tard, neuf terriennes apparaissent dans le sanctuaire planétaire d’Akhtéana. Comme la première fois, elles arrivent dans une pièce circulaire n’ayant aucun angle droit entre les mûrs, le plafond et le sol.

_ Voilà quelque chose qui me semble familier.

Les quatre portes de sorties s’ouvrent en simultanée et pourtant, personne n’en a demandé l’ouverture.

_ Notre présence est détectée ?

_ Bien sûr, mais c’est normal.

Une forme vaporeuse se matérialise sous une forme féminine bien connue.

_ Akhtéana…. On a faillit t’attendre.

_ En fait, je vous ais devancée mais j’ai conservée une forme invisible pour pouvoir mieux communiquer avec mes semblables, éloignés dans l’Univers……. Heureuse de vous revoir parmi nous, jeunes terriennes.

_ Qui a ouvert les portes ?

_ Regardes… Et tu verras.

La plus jeune de toutes s’approche lentement de l’ouverture la plus proche. Elle n’est plus qu’à trois pas de l’extérieur. Une gigantesque cascade se dévoile, un peu. D’étranges créatures hyper lourdes avec de nombreuses paires d’ailes montrent leurs savoir-faire au cours d’un ballet aérien. A ce moment là, une tête pleine de poils apparaît par le haut de l’ouverture. Instinctivement, elle se retourne pour savoir si les autres voient la même chose. L’animal saute sur le sol. La créature ressemble étrangement à un écureuil qui aurait été victime de gigantisme et qui aurait hérité d’un pelage coloré digne des perroquets. Il est plus grand que la plus grande des filles. Avec vivacité, il entre puis inspecte chacune des présentes. A chaque fois, il fait un geste amical en direction des terriennes. Pour finir, il reprend sa route comme si de rien était.

_ Ils adorent interrompre les enfants dans leurs recherches et les enfants adorent jouer avec eux.

_ En ville ?

_ Leurs escapades finissent toujours dans la grande forêt.

L’autochtone les invite à la suivre. Par le réseau de passerelles habituelles, elle les conduit jusqu’au poste d’observation le plus proche. L’astre solaire tape fort. Il fait chaud.

_ On se croirait en plein mois d’août.

_ Il fait toujours chaud, ici…. Même quant il pleut….. Ceci dit vous devriez être capable d’y remédier.

_ Comment cela ? A part en enlevant nos habits, je ne vois pas comment ?

_ Même si vous avez l’air d’être corporel, ce n’est qu’une illusion. Vos esprits ont, par habitude, remodelé l’énergie en imitant vos corps…. Vous pouvez donc tout faire.

Anaïs Kathleen se retrouve nue mais cela ne l’émeut pas plus que cela.

_ Le pire, c’est que c’est vrai.

Deux secondes plus tard, elle porte une robe légère totalement blanche ainsi qu’une paire d’ailes larges dont l’envergure rendrait fou de jalousie les plus grands oiseaux.

_ J’ai toujours rêvé de voler.

Avec la grâce d’un aigle, elle décolle de quelques mètres avant de se poser.

_ Je suis bien contente d’être venue.

Elle regarde, un instant, l’horizon avant de reporter son attention sur le reste de la troupe.

_ Bon alors…. C’est pour aujourd’hui ou pour demain. Ce n’est pas demain que nous aurons de vraies ailes pour voler, sur Terre, alors profitons-en.

Sur ces paroles, elle se jette dans le vide. Elya l’imite alors qu’elle n’a pas encore d’ailes sur le dos. Déjà, les autres jeunes femmes modifient leurs apparences pour prendre une forme chère aux Ethréens, encore inconnus à leurs époques. Natalya s’est déjà ruée, telle une cascade, dans le royaume aérien. D’abord en chute libre, elle redresse la situation comme le font les virtuoses à plumes de notre monde. Elya et Anaïs semblent beaucoup plus à l’aise. Elles exécutent des figures acrobatiques gracieuses tout en rigolant, sans arrêt. Un être à la tête volumineuse et aux nombreuses paires d’ailes s’invite dans le ballet. Son allure monstrueuse et sa tête d’aigle impressionnent au premier abord mais il ne montre aucune agressivité. Rapidement lassé, il s’éloigne de ce groupe d’excités.

_ Dommage que la Nature ne vous ait pas doté d’ailes car vous avez l’air particulièrement doués.

Après de nombreux piqués suivis de remontées, Irina rase l’eau calme que les cataractes n’arrivent pas à perturber.

_ On peut tout faire ?

_ Oui.

Aussitôt nue, la jeune femme se laisse happer par l’eau. Sa fraîcheur l’envahie.

_ Elle est bonne ?

_ Bien sûr.

Deux minutes plus tard, elle est à nouveau, en vol, sèche et bien dans ses vêtements. Akhtéana conduit le groupe, hors du cratère. De l’autre côté, une épaisse forêt s’étale à perte de vue. Aucune trace de construction. De temps en temps, une rivière large et profonde rompt la monotonie. Plus tard, la troupe se laisse guider par un de ces cours d’eau.

_ Ça à l’air plus facile que de courir…..

_ Et moins crevant.

Les méandres, les kilomètres sont rapidement avalés avec une aisance inouïe. De grands oiseaux blancs se joignent à elles. La curiosité est réciproque.

_ Ce sont des migrateurs perpétuels… Il ne reste sur la même zone que lorsqu’il y a des naissances à prévoir.

_ Où nous emmènes-tu ?

_ Je vais vous montrer l’une de nos autres villes….. La plus proche est, tout de même, relativement loin.

Bien qu’avançant à vive allure, les jeunes femmes sont dépassées, puis larguées, par leurs compagnons à plumes.

_ Aucun volant dans l’Univers ne pourrait les battre…. A part, peut-être, vos Faucons pèlerins quant ils piquent du nez.

Plus loin, un virage à gauche dévoile une clairière.

_ Voilà nous y sommes.

_ Je ne vois rien.

_ Patience.

Comme si une technologie de furtivité avait été désactivée, la ville apparaît instantanément.

_ Si je m’attendais à cela.

La cité ne ressemble à rien de connue mais on n’en attendait pas moins de la civilisation locale. Un champ de plasma délimite la zone concernée. Transparent, il ne laisse rien apparaître.

_Une ville, ça ?

_ Et oui….. Mais tu oublies que nous sommes polymorphes et que notre civilisation a toujours laissée libre cours à l’imaginaire de chacun…. Ce que vous y verrez dépendra de vous.

_ Comment on entre ?

_ Je vous propose d’utiliser vos ailes pour cela.  

Sans les attendre, elle pénètre dans l’enceinte. Tour à tour, les terriennes font de même. Anaïs Kathleen est la première à la suivre. Une étrange sensation l’assaille. L’intégralité de son corps réagit à ce contact. Instantanément, le décor changea. Elle est sur le point de survoler une cascade dont le sommet est occupé par une spacieuse maison. Intriguée, elle atterrit sur une terrasse disposant d’une vue imprenable. Elle se penche pour mieux contempler la cascade et les appuis de la demeure. Des roches servent de soutient aux quelques piliers de pierres portant la maison. Akhtéana se pose à ses côtés.

_ J’aime bien. Il faut toutefois ne pas avoir le vertige.

Ses yeux se portent sur ce qu’il y a plus loin. Une chaîne de montagnes dont les cimes sont enneigées. Un lac s’étale à leurs pieds avec au milieu, une île. Sur cette île, une petite ville sert de refuge pour quelques milliers de résidents. Des édifices colossaux, en pierre blanche, sont séparés par de larges avenues arborées, à moins que ce ne soit des parcs. Des bâtiments plus petits sont dispatchés, çà et là, sans que l’on ait l’impression d’être dans une ville.

_ Je vois. Tu n’aimes pas vraiment les villes…

_ Je suis mal à l’aise quant il y a trop de monde dans le secteur…. Je deviens maladroite. C’est exaspérant quant on a passé toute sa vie dans une grande ville comme Vienne.

_ Tu es une contemplative, plus qu’une aventurière…

_ Exactement….

_ J’ai visité…. Tu as bon goût.

Quelque chose de lumineux décolle puis s’élève, à la verticale, toujours à la même allure.

_ Tiens, un vaisseau ? 

L’objet s’arrête à la hauteur d’une plate-forme qui se montre, enfin. Deux minutes plus tard, un vaisseau spatial en forme d’arc décolle avant de s’élever, à vive allure, puis de disparaître.

_ C’est assez bucolique, je trouve…. Pour une citadine des mille chutes d’eaux, la présence d’une cascade n’est pas pour nous déplaire.

_ Au fait, où sont les filles ?

_ Derrière toi, Anaïs.

En se retournant, elle voit ses amies qui, bien que dans son salon, regardent dans des directions dont la vue est bouchée par un mûr, le toit ou tout autre chose.

_ Que regardent ils ? La déco ?

_ Elles ne voient pas la même chose que toi, je te le rappelle.  

_ Attends…. Tu veux dire que l’on voit toutes les personnes présentes dans le champ de force même si nous ne partageons pas la même vue ?

_ Oui.

_ C’est déroutant…

_ Pour les novices, certainement. Bien qu’à vous observer de plus près, vous prenez cela avec des yeux d’enfants. Donnes-moi la main, jeune terrienne.

Anaïs Kathleen s’exécute aussitôt. A sa grande surprise, son décor idyllique s’évanoui pour être immédiatement remplacée par une autre.

_ Attends deux petites minutes.

Elles profitent de ce laps de temps pour toucher toutes les terriennes. Une succession d’yeux écarquillés, d’exclamations incontrôlées claquent dans l’air. A présent, toutes profitent d’un décor inconnu.

_ Qui a imaginée cela ?

_ L’association de vos neuf imaginaires.

_ Et cela donne ça ?

_ Comme tu le vois….

_ Je n’aurais pas cru qu’associer plusieurs imaginations donneraient ce résultat. Je me serais attendu à quelque chose de plus conventionnel.

Tout ce petit monde est à une bonne centaine de mètres du sol, au bon milieu d’une vaste forêt. Derrière elles, une petite maison prend appui sur un arbre très large. En tout et pour tout, elle ne contient que trois pièces. La première sert de chambre à coucher. La seconde est destinée à y vivre en journée. La dernière pièce est le siège de la salle de bains et des commodités. De nombreuses plantes s’épanouissent, côte à côte. Toutes ensemble, elles forment un véritable mûr végétal. Des allées relient les demeures entre elles. Le tout arbore une imitation couleur chêne. Des escaliers permettent d’accéder aux étages supérieurs et inférieurs de la ville. Les rambardes de sécurité imitent à souhait les lianes avec une solidité à toute épreuve. Le palier supérieur est clairsemé car réservés aux points d’observations qui servent aussi de lieu de relaxations, de méditations, de créations artistiques. Toutes vont volontiers plus en hauteur pour bénéficier d’un meilleur point de vue et elles seront servis, tant leurs yeux ne sauront pas où donner de la tête. A perte de vue, des arbres et des maisons quasiment invisibles. De ci, de là, il y a quelques personnes qui discutent, qui lisent, qui se promènent, qui se relaxent ou qui dorment, seul, en duo ou en groupe.

 

 

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J'kaz !
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Le Lundi 28 Septembre 2009
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