|
Rubrique
A découvrir
Campagne membre |
Paris 2100
Paris 2100 _ Nos ancêtres nous envieraient ! _ Pourquoi ? _ Départ, hier soir, à 18 heures trente… Arrivée à Perpignan, un peu avant 21 heures…. Dîner aux chandelles face à la mer… Ballade sur la Promenade des Anciens…. Bain de minuit en tenue d’Eve et d’Adam…. Avant de dormir à la belle étoile sur la plage… Réveil matinal…. Douche rapide…. Petit déjeuner, face à l’océan…. Retour par le train de 7 heures et demi… _ C’était pas mal, on devrait se refaire cela plus souvent. Tous les deux sont affalés sur une banquette confortable d’un train dévalant les paysages à une allure conséquente. Aujourd’hui, ces engins n’ont plus rien à voir avec leurs devanciers. Ils n’avancent plus sur des rails. Ils survolent le sol de quelques centimètres. Une armada de cristaux de quartz jonche le sol. Ils délimitent les chemins que suivent ces engins. Les locomotives ont disparut. Les voitures sont spacieuses, confortables et disposent de toute la technologie existante à bord. Les matériaux utilisés ont une résistance phénoménale. Ils sont translucides pour permettre aux voyageurs d’apprécier la beauté des paysages visités. Dans le même temps, ils absorbent suffisamment la lumière solaire pour éviter l’aveuglement des usagers. L’énergie absorbée alimente ainsi les moteurs. Il en est de même pour le souffle généré par l’avancée du convoi. _ Tu dois y retourner à quelle heure ? Elle, une jeune femme de vingt-trois printemps, porte une simple robe d’été de couleur bleue. Pas de chaussures. Une longue chevelure brune, non coiffée. Elle s’appelle Léa. _ Quatorze heures. Et toi ? Lui, jeune homme de vingt-six ans, porte un pantalon blanc et une chemise hawaiienne aux couleurs bien voyantes. Lui se prénomme Chris. _ Midi. Pas de bagages avec eux. Pas de papiers d’identités, non plus. Ceux-ci ont disparut depuis belle lurette. De plus, ils ne risquent pas d’être contrôlés par qui que ce soit. La gratuité est planétaire. Les populations ne sont plus considérées comme d’éventuels terroristes. Depuis leurs départs, leurs yeux n’ont contemplées que montagnes, forêts, rivières, champs en fleurs. Peu de villes rencontrées et encore moins de traversées. On citera quand même, Narbonne, Montpellier et Clermont-Ferrand. La France a subi d’importantes modifications. Sa population est passée de 60 à moins de 20 millions d’âmes. Beaucoup ont quittés le pays pour se rendre sur les planètes du Centaure qui comptent désormais plus de français que la France, elle-même. Le train freine, lentement, depuis une quinzaine de minutes. Et pour cause, il approche de sa destination finale. Sa vitesse passe sous les cinquante kilomètres par heures lorsqu’il aborde un lac monumental. Autrefois, il y aurait vu des habitations à perte de vue mais aujourd’hui, ce n’est plus le cas. Une île centrale apparaît au loin, elle est à vingt-cinq kilomètres de la rive la plus proche. Tous les passagers regardent maintenant, en direction de leurs pieds afin d’y contempler les splendeurs lacustres. Ils espèrent y voir des dauphins et des tortues qui aiment à se ressourcer dans le secteur. Au lieu de cela, ce seront quelques plongeurs en maillot de bain qui se laisseront admirer au-dessus des ruines qui constellent les fonds. Vingt minutes plus tard, le convoi revient sur la terre ferme. Une grande plage fait le tour de l’île. Un grand nombre de personnes se prélassent sur une serviette de bain ou se baignent. Le train poursuit sa route. Il traverse un petit bois puis un jardin aux multiples variétés de fleurs. La ville se dévoile, enfin. Paris est complètement métamorphosée. Elle trône sur son île vaste de neuf kilomètres de long pour sept de large. Les bâtiments ont tous la même hauteur. Ils sont construits avec les mêmes matériaux, ils ont la même teinte. De vastes zones arborées et fleuries sont éparpillées, ça et là. Une multitude de fontaines offre leurs musiques aux passants. Le goudron a été remplacé judicieusement par des pavés, des dalles de marbres et des cristaux. Le train vient d’effectuer son dernier mètre. Il descend de quelques centimètres afin de se poser sur le plancher des vaches. Les portes s’ouvrent. Les passagers sortent. Ils posent leurs pieds (la plupart du temps, nus) sur des dalles de marbres. De multiples inscriptions souhaitent la bienvenue à ceux qui prennent le temps de les lire. Le flot de voyageurs ne tarit pas. Ils quittent l’engin, dans le plus grand calme. Il n’y a pas d’hommes d’affaire ultra pressés pour bousculer tout le monde. Léa et Chris hument enfin l’air parisien à pleins poumons. Ils le peuvent, la pollution fait partie de l’histoire. Leurs oreilles captent une multitude de chants d’oiseaux. Le couple traverse, d’un pas léger, une grande avenue. Ils n’ont pas regardés si ils pouvaient le faire en toute sécurité car ils ne risquent pas grand-chose. Voitures et Camions n’arpentent plus les rues depuis belle lurette. Aucune façade n’arbore d’affiches publicitaires, ni d’enseignes lumineuses. L’activité y est beaucoup plus calme. Le capitalisme ayant cessé son existence désastreuse, personne ne cherche à attirer d’éventuels clients. D’ailleurs, l’argent a lui aussi disparut. Ils empruntent, à présent, l’artère principale qui accueille une multitude de bâtiments importants. Les tourtereaux avancent en parlant et, sans prêter attention à leurs pieds. Ils ne risquent plus de marcher dans une crotte de chien. Il n’y a plus d’animaux domestiques depuis que la Confédération Humaine a rendu la liberté inaliénable pour tout être quel qu’il soit. Son application est effective pour de nombreux peuples animaliers mais il reste beaucoup à faire. En chemin, ils croiseront plusieurs édifices dont les façades arborent une multitude d’écrits. On y raconte comment Paris renaquit de ces cendres lorsqu’elle fût quasiment détruite de fond en comble. _ Les enfants, un peu de calme, s’il vous plaît…. Cet homme va vous expliquer ce qu’il s’est produit du temps de vos arrières grands-parents. _ Paris, notre ville bien-aimée, n’a pas toujours présenté ce visage là. Il y a un siècle, c’était une mégalopole qui grouillait de monde où les gens courraient tout le temps, après le temps, pour la gloire et la fortune. De hautes tours d’ivoires côtoyaient de vieilles bâtisses, des échafaudages. On venait de loin pour admirer des horreurs qui faisaient la fierté de la nation française… Le Louvre, la Tour Eiffel, l’Arc de Triomphe… L’espace entre tout ça était tapissé de goudron, une substance noire qui permettait à une armada de véhicules puants et bruyants de se déplacer… Le tout dans une cacophonie monstrueuse…. Le pire dans tout ça, c’est que tous, sans exception, passaient leurs vies à satisfaire leurs soifs de posséder, de consommer et de faire consommer. Personne n’était tourné vers l’amélioration du genre humain. Les technologies devaient être commerciales… Imparfaites, en sommes, voraces en énergie et surtout cassables de plus en plus cassables pour que le système puisse perdurer… Les dirigeants ne dirigeaient plus des peuples mais des entreprises, des ouvriers… A l’instar d’une quinzaine d’écoliers, de nombreuses personnes écoutent ses paroles. Léa et Chris sont de ceux-là. Quelques réactions fusent. _ Cela paraît incroyable _ Et pourtant, j’ai cent quatorze ans… Et c’était comme ça, même si il exagère certains aspects. Il y a un siècle, ce monde était déjà bien avancé dans sa chute… Le coup de grâce n’a pas eu lieu en France, mais il a provoqué d’épouvantables remous… _ Heureusement pour l’humanité que la Terre lui a donné l’occasion de revoir sa copie. Pour la région, la métamorphose commença à l’été 2015, une véritable fournaise durant plusieurs mois. La Seine fut presque totalement asséché lors de la fête nationale. Le lendemain, la pluie tomba. D’abord salvatrice, elle persista à tomber en grande quantité, pendant longtemps. Le fleuve déborda. De nombreux glissements de terrains emportèrent une multitude de vies. Plusieurs séismes vinrent aggraver la situation. Les modifications étaient telles que les franciliens mirent du temps à comprendre ce qu’il était en train de se produire. Un lac en formation… Notre lac. Le nombre de tués atteignit les cinquante mille et encore, sans l’action des Sentinelles de la Terre, le bilan aurait dû être beaucoup plus élevé. La région la plus peuplée de France devint, en une dizaine d’années, la plus délaissée. Il faudra la ténacité de quelques courageux et la force de persuasion de la toute nouvelle Confédération Française pour que Paris renaisse, au milieu de ce lac. _ Les Sentinelles de l’Air, qu’est-ce que c’est ? L’orateur regarde les deux tourtereaux, un petit sourire aux lèvres. _ Vous devez savoir ? _ En parlant d’eux, on doit y aller, ma compagne aimerait se doucher avant de devoir écouter la Terre. Léa et Chris reprennent leurs routes. Ils filent dans l’un des quartiers résidentiels. Les habitations comptent cinq étages. Les rues qui les abritent sont reconnaissables aux jardins fleuris qui bordent les allées dallées. Avant d’arriver dans ces rues champêtres, ils passent devant le Centre Mondial de la Communication Inter Espèce. Plusieurs milliers de personnes travaillent à améliorer la compréhension que nous avons des espèces animales grâce à la communication. A ce jour, elle est possible et relativement courante avec les Cétacés, les Equidés, les Pinnipèdes, les Eléphants et les Grands Singes. La télépathie a permis de grandes avancées, ce dernier demi-siècle même si, de nombreux progrès restent à faire. Des centaines, voire des milliers de langues restent à traduire. Les dauphins et les baleines parlent, tous les jours, avec les humains. De plus, les progrès sont tels que, depuis dix ans, une technologie permet la traduction sonore des langues humaines en certaines langues dauphins et inversement. Les savants furent abasourdis par l’extraordinaire diversité des langues cétacées. A l’image des humains, en somme. Dés lors, la coopération avec ce groupe d’intelligence fut possible. Il est onze heures et demi passé, Léa vient de quitter son conjoint. Les cheveux mouillés, elle avance d’un pas rapide, dans ce dédale de marbre. Elle salue les anciens assis sur un banc, qu’elle croise. Ceux-ci peuvent profiter de leurs vieux jours comme jamais, auparavant. Très souvent, on les voit en train de raconter leurs expériences, à des jeunes gens. Elle traverse la place centrale. Des arbres lui assurent une certaine protection vis-à-vis des rayons tapageurs du soleil. Des parterres de fleurs multicolores égayent sa vision. Vêtue d’une jupe légère qui danse au rythme du vent, et d’un paréo, elle emprunte une grande avenue. La blancheur de ses vêtements renforce cette impression d’avoir, en face de soi, un être mythique. Une fée, un elfe ou un ange…. La plante de ses pieds nus raconte à chacun de ses pas, l’histoire des pierres qui la soutiennent. Cent mètres plus loin, elle bifurque sur sa droite. Une autre avenue dévoile ses formes. La bibliothèque locale et les archives de la France offrent leurs imposantes statures à la vue de tous. Une vaste place permet d’y accéder. Des fontaines stylisées et des statues aux formes animales agrémentent les lieux. Les archives couvrent une période de deux cent mille ans. Tous les évènements y sont inscrits, enregistrés dans la pierre, dans le cristal, sur le papier, dans les réseaux informatiques….. Un groupe de personnes salue la jeune femme. Ce sont des prêtres, imams, rabbins, druides, chamans, moines, sœurs, prêtresses. De grands bouleversements ont secoués les religions. Toutes ont finis par s’entendre. La tolérance devint coexistence pacifique. On ne parle plus en terme de musulmans, catholiques, juifs mais bien en terme de terriens, d’humains. Les lieux de cultes furent repensés. Plus ouvert sur la Nature. Plus chaleureux. Plus convivial. Très souvent, les religieux de toutes confessions se réunissent entre eux. Au début, la priorité était d’engager le dialogue. Après un démarrage difficile, plusieurs décisions importantes furent émises. Au premier rang figurent la liberté et le respect du culte quel qu’il soit. Comme signe d’ouverture, on voulut remettre en état les lieux jugés comme tels. Les pyramides furent ainsi remises à leurs états d’origines…. Grâce à une contribution extranéenne. Les peuples qui furent bafoués, retrouvèrent une aura depuis longtemps dénaturée. L’année 2030 s’ouvrit avec la création du Centre mondial sur les Religions et les Spiritualités qui permit également d’entreprendre une multitude de recherche dans ce domaine. Deux cent mètres plus loin, l’avenue bifurque sur la gauche. Mais la jeune femme continue tout droit. Son lieu de travail est en face d’elle. Une imposante bâtisse aux allures mégalithiques avec cent mètres de longueur, quatre vingt de largeur et vingt cinq mètres de hauteur. La plus petite brique affiche une taille monumentale et un poids respectable de deux cent tonnes. Il s’agit du Centre mondial de Suivis des Evènements Naturels. Léa travaille dans la section qui écoute la Terre. Elle grimpe une dizaine de marche. La rampe d’accès est aussi large que le bâtiment. Les dalles sont en marbres ou en quartz. Ces derniers servent aussi à capter la puissance du regard solaire pour le bâtiment, comme pour la ville. Ils sont si puissants qu’ils arrivent même à capter l’énergie des plus faibles étoiles visible à l’œil nu. Les balustrades sont en granits. Des statues représentent des animaux vivants et mythiques. La licorne et le phoenix côtoient le cygne, le coq, le cheval, le sanglier, le dauphin et la tortue. Une importante cascade artificielle dévale une partie de la façade du monument. Un grand bassin récupère l’eau en bas avant qu’elle soit avalée par une baleine de pierre. Une porte s’ouvre devant Léa. L’intérieur se montre dans toute sa splendeur. Un Grand hall abrite une forêt de plantes tropicales, toutes plus exubérantes les unes que les autres. Une rivière s’écoule au milieu avant de rejoindre le bassin extérieur. De petites maisons de type Bali, servent de lieux de repos. La musique de l’eau apaise l’esprit du travailleur. Les senteurs florales le transportent sous d’autres contrées. Léa emprunte un petit pont de pierres qui enjambe le cours d’eau. Elle ne sait pas que le concepteur de ce bâtiment passait, en son temps, pour un fou doucement illuminé. La première ébauche est sortie de son esprit, en 2010. Personne ne voulut le suivre dans son projet jusqu’à ce qu’il rencontre un autre rêveur : le maire de Paris, en 2015. Léa monta au premier étage. Les marches sont en pierres. Les balustrades sont finement décorées d’or, d’argent et de pierres précieuses. Devant elle, une arche de pierres sert de porte. Une inscription figure dessus : Les Sentinelles de la Terre. Elle pénétra dans une grande salle. Le plafond culmine à plus de sept mètres. Une impressionnante peinture couvre toute sa surface. On y voit des hommes et des femmes profiter d’un magnifique paysage qui ne cache pas totalement une cité que l’on croirait tout droit sorti d’un rêve. Elle semble émergée d’une sorte de brouillard. Des pyramides et une statue complète cette scène, très verdoyante. Comme à chaque fois, elle la regarde, quelques dizaines de secondes. Des dizaines et des dizaines d’individus, peut être même davantage, s’affairent, dans cette pièce qui court sur tout l’étage. La jeune femme s’avance jusqu’au centre. Elle n’est pas moins habillée, ni plus que les autres fonctionnaires. La température est agréable. La luminosité, aussi, pourtant il n’y a pas de fenêtre. Elle s’assoit sur un fauteuil confortable. Un bureau circulaire prend forme, tout autour de son siège. Une multitude d’écrans virtuels et d’hologrammes apparaissent. Elle se fait rapidement briefer par son prédécesseur. Il l’informe des évènements de la matinée. _ Pas grand-chose de vraiment significatif à signaler. Trois séismes de 4,5 à 6 ont secoués la fosse des Mariannes. L’Antarctique a subi l’évènement le plus important avec une secousse de 8, aux abords du volcan Erebus. Une équipe devrait se rendre sur place, dans la journée. _ Le Congo est encore en crue. _ Oui. Il n’y a pas grand risque de conséquences pour nous. Par contre, les Eléphants ne semblent pas de cet avis. C’est la quinzième, depuis le début de l’année. Ils ont une dizaine de morts et signalent des changements mineurs, qui, selon eux, indiquent des modifications plus amples pour un avenir très proche…. Nos équipes n’ont rien trouvé de significatif pour le moment…. Nous maintenons une surveillance car le sixième sens des Eléphants ne s’est jamais trompé depuis que l’on communique avec eux…. Bon courage alors. _ Merci. Bonne journée. L’homme s’en va. Léa met sur sa tête, un dispositif qui lui permet de pouvoir visionner les images en provenance de dix endroits du monde, en même temps. Le système est simple. Pendant cinq heures, elle va visionner des tonnes et des tonnes d’images provenant de chaînes de télévisions, des satellites, des autochtones, du réseau Owl de suivi planétaire, des logiciels de prévisions d’évènements….. Tous les murs crépitent d’une multitude de cartes, d’images, de données qui suivent le mouvement des évènements terrestres. Un homme prend place au milieu d’un bureau surélevé. Il doit afficher les soixante ans au compteur. Rapidement, il prend la parole. C’est le chef de session. A chaque poste, il doit faire un compte rendu de la session pour les archives, comme pour l’information de la population et des gouvernements. _ Bonjour, mes chers collaborateurs. Je vous demanderais une très grande attention pendant ces quelques jours. Les modèles ont prédis la survenance de dix foyers de crises, dans la semaine à venir. Deux tempêtes tropicales sont susceptibles de se transformer en ouragan de niveau trois et quatre. Les zones à risques sont la Papouasie, l’Australie et le Vanuatu pour la première. Cuba, les Bahamas et la Floride pour la seconde. Pour ces phénomènes, la période à surveiller s’étend sur deux semaines…. Léa écoute attentivement son aîné. Il n’a pas pour habitude de s’inquiéter, sans raison. Ces ouragans n’ont rien à voir avec ce que fut Hercule, le destructeur, qui laissa, en 2073, l’Est des Etats-Unis en ruines et plus d’un demi million de morts. C’est le seul cyclone, à ce jour, qui avoir été classé en catégorie 7 sur le barème de Saffir-Simpson. _ Sans surprise, le Devin voit des pluies torrentielles et des inondations dans les secteurs du Congo et de l’Okavango….. Le Devin est un système informatique complexe qui reçoit, analyse et intègre toutes les données concernant tous les évènements qu’ils soient climatiques, telluriques ou externe à la Terre. En fonction de cela, il établit les mouvements à venir avec un taux de réussite, proche de 90 pour cent. La version qu’ils utilisent porte le numéro sept. C’est en 2018 que la première version fût élaborée, par l’équipe originelle du Centre Mondial. Tout d’abord accueillit par une multitude de rire, la technologie montra rapidement son utilité. _ … Alerte à la neige et au froid dans les Mascareignes, au Sud de Madagascar, au Cap et en Tasmanie. Trois volcans ont été passés en Alerte de niveau trois. Il s’agit du Pinatubo, de l’Erebus et du Krakatoa. L’évacuation des zones à risque est presque achevée…. Pour être complet, je vais finir avec les prévisions sismiques. Secousses de 7 à 8 en Antarctique. Il y en a déjà eue une, ce matin. Des mouvements sont à prévoir aux Iles Mariannes (jusqu’à 6,5), aux Iles Fidji (25% de probabilités pour un 9) et au Maghreb (de 5,5 à 8,8)…. Bonne session. Immédiatement, tout ce petit monde replonge dans le flux ininterrompu des données. Plusieurs jeunes femmes sont chargées de décrypter les signaux que la Terre envoie. Dans de nombreux cas, elles ont permis d’annoncer l’imminence des secousses telluriques, près d’une heure avant leurs venues. Ce qui est amplement suffisant pour rendre un évènement important presque inoffensif. Elles peuvent détecter les mouvements de magmas et en déduire les conséquences. Depuis une décennie, on peut même y surveiller les courants d’airs et les courants océaniques. Des dizaines et des dizaines de paramètres sont passés au crible. Un peu plus loin, quelques individus coordonnent les efforts des équipes sur le terrain et archivent tous les comptes rendus de missions. En ce moment, vingt cinq personnes sont à Kinshasa où les inondations se suivent à une vitesse affolante. Pas de victime à déplorer. Tout juste, une fracture du tibia à signaler pour un pompier. Les géologues craignent que la situation dégénère en syndrome de Paris mais eux, seront bien mieux préparés. Heureusement, ces syndromes de Paris sont rarissimes. Le seul phénomène s’y rapprochant est l’engloutissement du Caire par la Mer Méditerranée en grande partie à cause de l’affaissement du Delta, sous le niveau des mers. La salle s’emplit brutalement d’une atmosphère tendue. Des ondes pré sismiques viennent d’être enregistrées. Les calculateurs essayent de localiser la zone en question. Ils ont une à deux heures devant eux. D’autres ondes arrivent régulièrement. Leurs nombres et leurs amplitudes permettent de renseigner les facteurs temporels et de magnitudes. _ J’ai l’étrange impression que les ondes s’amusent avec nous. Le chef de session demande un peu de calme, à tout le monde. _ Je t’écoute. _ Un tiers des ondes semblent insinuer une secousse de 7,1 qui aurait lieu d’ici trente à quarante minutes. _ Localisation ? _ Minute. J’y travaille. _ Le deuxième tiers rapporte un 6,8 pour dans une heure. Et le dernier tiers, un gros morceau de 8,8 à 9. Trois quarts d’heures. L’homme expérimenté réfléchit, quelques secondes. _ Ce ne serait pas la première fois que trois secousses fortes ébranleraient le monde en quasi simultanée. Léa. Déclenche une Alerte tellurique de niveau 4. Informe, au plus vite, la population. On les tiendra au courant dés que notre amie Helen aura daigné se mettre au travail. Avertis toutes les bases de secours de se préparer à intervenir. Immédiatement, la jeune Léa tapote sur un clavier virtuel. Par le réseau Internet septième génération, elle place la Terre, sous alerte tellurique de niveau quatre. Comme la procédure le stipule, elle se met en liaison avec le Président de la Confédération Humaine, les chefs de gouvernements et la cinquantaine d’équipes de terrains de gestion des crises. Comme d’habitude, elle emploie un style clair et rapide de type télégraphique. _ Alerte tellurique. Niveau 4……. Lieu Indéterminé. Délai. Une heure maximum. Trois secousses. Richter Echelle. Force 9. Force 7 plus. Force 7 moins. Dès lors, elle entend les cinquante Commandants Secouristes sonner l’alarme. Toutes ses équipes sont basées dans d’anciennes bases militaires qui ont été aménagées, pour la circonstance. Toutes ont, au minimum trois mille personnes. Une bonne cinquantaine de métiers sont représentés. Il y a des médecins, des chirurgiens, des infirmiers, des pompiers, des cuisiniers, des ingénieurs de l’eau, des maîtres du bâtiment, des géologues…… Tout ce petit monde s’entraîne toute l’année et est opérationnel à toutes heures du jour comme de la nuit. Il dispose pour cela de simulateurs de crises dernières générations et de zones sinistrées reconstituées et transformables à souhait pour s’entraîner. Par soucis d’efficacités, on forma des spécialistes des dégâts sismiques, météorologiques et volcaniques. Quelques équipes se sont fait un nom en évacuant plusieurs millions d’individus en à peine trois-quarts d’heures. L’Alerte Niveau 4 est la mise à disposition de gros moyens. Ce sont des vaisseaux Super Squales (longueur : 150 mètres ; largeur : 110 mètres, Hauteur : 43 mètres) qui peuvent amener sur place et évacuer, plusieurs milliers d’individus à la fois. Le Centre en a une quinzaine à disposition. Cela signifie aussi l’interruption des programmes et leurs remplacements par les protocoles d’alertes ainsi que par une information continue de la situation. Les transports terrestres et maritimes sont suspendus. Les gens évitent les arbres ou rentrent dans les buildings de dernières générations. Les évènements sportifs et de loisirs sont suspendus. Les systèmes d’assainissements des eaux sont vérifiés avant et après l’évènement. Le personnel hospitalier mis à disposition. Les personnes âgées sont accompagnées et suivies médicalement, pour détecter d’éventuelles crises d’angoisses ou cardiaques. Les maternités sont surprotégées par un personnel sur entraîné et en nombre suffisant. Les nourrissons sont soigneusement calmés via la diffusion de musiques relaxantes et par la présence de leurs familles. L’angoisse est évacuée pour ne pas les perturber. Les architectes vérifient toutes les structures, avant et après. Dans les villes principales, le dernier effondrement date de 2030. C’était une église du douzième siècle, à Athènes. On ne peut pas stopper la Terre, dans ses mouvements mais on peut diminuer au maximum ses impacts. Le meilleur exemple est survenu, en 2083, où Honshu, la grande île japonaise, a subi un séisme de 9,9 qui a provoqué de profonds changements dans le relief local. Depuis, Honshu, Shikoku et Kyushu ne forment plus qu’une seule île qui a doublé de superficie. En tout et pour tout, il y a eu trois morts, sur crises cardiaques (on peut rien y faire), et une cinquantaine de blessés. Les bâtiments de dernières générations prouvèrent leurs solidités. Les impacts générés par l’évènement (tsunamis) furent destructeurs mais pas cataclysmiques. Pas une seule victime mais quelques villes à reconstruire en Chine, aux Etats-Unis, aux Philippines….. _ Cette fois, je te tiens. 35 degrés 33 Nord. 3 degrés 7 Est. Séisme 8,9. _ C’est en Algérie, dans la région d’Aïn Oussera. _ Ce n’est pas gagné. Les bâtiments ne sont plus de la première jeunesse. Ils ne résisteront pas, c’est sûr. _ Pas de panique, je vous prie. Lee, où en est la simulation ? _ Ça vient. _ On n’a pas toute la journée. _ Je sais. Merci. Lee Cheng Chenzu, trente-huit ans, fait preuve de toute sa dextérité et de tout son savoir-faire pour réaliser une simulation fiable dans un secteur où les données ne sont pas encore complètes. _ J’attends, Lee _ Je sais mais je te signale qu’il me manque une multitude de données sur la zone en question. _ Je ne veux pas le savoir. _ Je l’ai… _Alors. La simulation se déroule à la vue de tous. Les mines se crispent. _ Léa, un coup de fil s’impose. Avant qu’il ne prononce ces propos, la jeune femme a fait décoller trois Super Squales du Plateau d’Albion _ J’ai les deux autres localisations. Pour la secousse de 7,1. 18 degrés 23 Sud. 179 degrés 01 Ouest. _ Au large des Iles Fidji. _ 27 degrés 23 Sud. 109 Degrés 58 Ouest. _ Ile de Pâques…. Mais ce n’était pas vraiment prévu. _ Tiens… Tiens… Cela fait deux ans que Le Devin n’a pas été pris en défaut. _ Ne t’emballe pas. Ce n’est pas encore fait. Peut être avons-nous fait une erreur ? La dernière n’a pas plus d’une semaine. Vous vous rappelez de la fameuse éruption du Krakatoa qui n’a finalement pas eu lieu. _ Et pourtant, il est encore, en alerte. _ Comme tous les jours, depuis dix ans. Léa est, à présent, engagée dans une grande conversation avec les gouvernements algériens, fidjiens et pascuans. L’Alerte tellurique a été levée, sur toutes les zones qui ne seront pas secouées. Le point de souci semble se trouver en Algérie. Depuis un siècle, le secteur a complètement changé. De vastes forêts s’y sont développées. Les pluies y sont abondantes. Les inondations, régulières. La zone est de loin, la plus peuplée et la plus escarpée. Les préparatifs s’accélèrent nettement et la tension nerveuse grimpe en flèche. _ Pourquoi aucune navette n’est encore au-dessus de l’Atlas ? _ Patience, ce sont des Super Squales que l’on envoie, pas des Colibris. _ Hâtez-vous… Certains paniquent à Alger…. _ Ne vous inquiétez pas pour Alger, elle tiendra le choc. On va d’abord évacuer les blessés et les malades des hôpitaux de la région….. On doit se concentrer sur les montagnes. Un commandant de vaisseau s’invite dans la conversation. _ Bonjour. Ici le « Child of Gaïa », nous avons appris qu’une Alerte Niveau quatre était en cours. Si notre assistance est acceptée, nous sommes prêts à vous prêter main forte. _ Ce n’est pas de refus… Je vais avertir les trois Super Squales qui font route, actuellement, qu’ils pourront se servir de votre vaisseau, comme point d’appui. _ Sans problème…. Par ailleurs, nous avons une dizaine de Squales, Colibris, Rossignols et autres Phénix, dans nos soutes, qui sont prêt, si besoin. _ Vous avez le feu vert. Il y a une cinquantaine d’écoles et de collèges, dans la région, qui nécessiteraient une évacuation. _ Je leurs ordonne de décoller. _ De mon côté, je vais demander aux Affaires Spatiales, une autorisation d’entrée dans l’atmosphère. _ Très bien. On reste en contact. Huit minutes plus tard, l’appareil recevra l’autorisation demandée et approuvée par le Grand Orateur, en personne. Léa est fière d’annoncer à son supérieur qu’elle a obtenue le concours du « Child of Gaïa » _ Félicitation mais garde le cap…. La journée va être rude.
L’attente n’est pas trop longue. Trente huit minutes plus tard, les instruments enregistrent le premier des trois tremblements de terres annoncés par les ondes. Elle a lieu au large des Fidji. Pendant plus d’une minute et demie, les fonds sous marins et les îles les plus proches, sont ballottés dans tous les sens. La magnitude sera évaluée à 7, 2. Aucun dégât à signaler. _ Où en êtes-vous de l’évacuation ? Léa est de plus en plus anxieuse. De nombreux bâtiments sont flambants neufs et sismologiquement ultra résistants mais on ne peut s’empêcher de penser que l’on doit évacuer tout le monde avant au cas où. _ C’est en bonne voie. Vingt-deux écoles sont totalement évacuées. Huit autres le seront dans les minutes qui viennent… _ C’est tout ? Sa voix trahit sa déception et sa nervosité. _ Désolé, jeune fille mais je n’ai qu’une dizaine d’engins à disposition. Les Colibris et les Rossignols sont rapides mais ils ne peuvent pas transporter plus d’une dizaine de passagers à la fois. Quant aux Super Squales, ils devraient être venues à bout de l’évacuation des hôpitaux. _ Ce n’est pas ce que j’ai voulut dire. _ Je sais. La nouvelle est à peine diffusée que c’est au tour de l’île de Pâques d’être, sous les feux des projecteurs. L’évènement sera moins fort qu’attendu. _ La deuxième secousse a eut lieu, où en est-on ? _ La plupart des enfants de la région sont à l’abri…. Pas le temps de respirer pour les fonctionnaires, le troisième coup de bélier tectonique retentit. Les images algériennes sont sans équivoques. Gaïa est prise d’un spasme puissant. Les vieilles maisons s’écroulent comme des châteaux de cartes. Les fleurons du début du vingt et unième siècle font meilleures figures mais s’effondrent quand même. La ville est presque totalement en ruine. Pourtant, la secousse continue. Elle semble même s’amplifier. Les cartes, en temps réel, indiquent que la faille, victime de cela, tremble sur plus de cinq cent kilomètres. Les visages se crispent. C’est plus grave que prévu. Certaines portions du relief s’affaissent. De gros éboulements ravagent la région. Le sol s’ouvre, par endroit. Ailleurs, les montagnes grandissent. Des cours d’eaux sont détournés. Des cuvettes se forment. Certaines forêts ne sont plus qu’un cimetière d’arbres déracinés. Près de trois minutes plus tard, la Terre redevient calme. Dans la salle du Centre Mondial, c’est l’inverse qui s’est produit. Lorsque l’évènement a commencé, toutes les conversations stoppèrent net. Les regards se figèrent. Les gorges se nouèrent. Les muscles se tendirent. Et quand le calme est revenu sur l’Algérie, la salle explosa d’animations. La partie Nord-africaine de la gigantesque carte murale est criblée de points rouges clignotants. Les données, en provenance de la zone, sont épluchées prioritairement. Il faut comprendre, rapidement. La stupeur se lit sur tous les visages. Tous croyaient que l’humanité avait réussi à décrypter l’intégralité du complexe langage de la planète. Déjà, on envoie les premiers moyens sur place. Les équipes d’Agadir et de Tombouctou seront sur place, d’ici une petite heure. Les télévisions retransmettent le Chaos. Il n’y a toutefois pas vraiment de panique. L’évacuation des villes principales a permis d’éviter le pire. Ils l’ignorent encore mais cette secousse de 9,6 sur Richter n’aura tuée que six personnes, victimes d’un éboulement. Les sinistrés seront pour de nombreux mois contraint de vivre sous des tentes ou de s’exiler dans leurs familles. Des dizaines de grosses navettes de secours arrivent, déjà, sur les lieux. Celles-ci viennent des secours locaux qui se sont réfugiés dans les airs, quant ils le pouvaient. Quant aux autres, ils se joignent rapidement aux équipes. Dans la grande salle de surveillance, on se croirait au milieu du QG d’une campagne militaire. On s’active dans tous les sens. On coure. On hurle. On transpire. On frôle la crise de nerfs. Plus d’une fois, le chef de session doit ramener le calme. Léa jongle avec une dizaine d’interlocuteurs. Son crâne finit par être pris d’une violente migraine. Comme cinq autres personnes, elle coordonne le transfert d’information et l’envoi de nouvelles vagues de secours. _ Vous devriez envoyer d’autres équipes sur place, aussi vite que possible. C’est maintenant que l’on doit renverser la vapeur. Lui, c’est le grand orateur planétaire qui prend ses nouvelles à la source. _ Je vais en référer à mon supérieur mais je pense qu’il voudra attendre que les répliques principales soient passées. _ Je veux lui parler. _ Très bien, monsieur. D’autres ondes pré sismiques viennent d’être détectées. _ Une dizaine de secousses dans l’heure. Le responsable de groupe demande à son éminent interlocuteur de bien vouloir patienter quelques instants. _ Je t’écoute. _ Pour l’heure, j’ai pu en isoler deux. La première de magnitude 7,5 aura lieu dans le secteur d’Oran. Quant à l’autre, c’est peut être plus surprenant, dans le détroit de Gibraltar. _ Magnitude ? _ Vous voulez vraiment le savoir ? _ Oui, bien sûr. Sa gorge s’est nouée. La dernière fois que son collaborateur lui a posé cette question, c’était en 2083, vingt quatre heures avant le plus grand séisme jamais enregistré. _ 11,5. _ Fantastique…… _ Je crois que nos instruments sont surchargés par le niveau d’intensité qu’ils reçoivent, depuis quelques minutes. Je ne voudrais pas présumer trop vite mais je crois que le précédent tremblement de terre a déstabilisé toute la zone…. _ Lancez une simulation, s’il vous plaît… On reste calme. Il est train de se dire qu’il est trop vieux pour toute cette agitation. _ Grand Orateur ? _ Oui… Que se passe t’il, mon ami ? _ Si nous le savions… La Terre nous offre encore quelques cheveux blancs… Décrétons une Alerte de niveau 5 pour l’Afrique, l’Europe et le pourtour atlantique des Amériques. _ Simulation en cours, chef… _ Je vous tiens, au courant. Encore une fois, tous les yeux présents dans la salle se braque sur l’écran du fond. L’ambiance se fige mais pas les images. _ Quelle magnitude utilisée ? _ J’ai demandé au programme d’anticiper l’anticipation. _ Expliques-toi. _ Notre système nous permet d’incorporer toutes les données concernant tous les mouvements même mineurs de la Terre afin de réactualiser les prévisions. Dans ce cas, je lui ai demandé d’intégrer toutes les secousses engendrées dans les prochaines heures. _ Et alors ? _ Trente-huit secousses dépasseront les sept dans les prochaines vingt-quatre heures. La trente-neuvième provoquant ça. Il montre la simulation en cours. _ D’importants dégâts et des modifications physiques prononcées. _ Que l’on mette en alerte toutes les équipes disponibles….. Quand je dis toutes, je parle même des équipes situées sur la Lune, Cérès et Titan, elles ne seront pas de trop.
Les détecteurs indiquent une activité en Antarctique. Ces derniers temps, c’est quotidien. _ Léa, maintenez en alerte, tout le monde et ordonner l’évacuation de la partie sud de la Péninsule Ibérique et du Maghreb à hauteur de cinq cent kilomètres de part et d’autres des failles concernées ainsi que les îles Baléares, Malte, Corse, Sardaigne, Sicile, Açores ainsi que toutes celles qu’il faudra. _ On devrait donc envoyer sur place, pour quelques heures, les équipes de Vigo, Birmingham, Clermont-Ferrand et Athènes. _ Vu le monde concerné, cela vaudrait mieux….. Je vais en référer au Conseil planétaire. Essayes de voir si tu ne peux pas avoir les premiers rapports architecturaux de la région. Il faut que l’on sache si les édifices pourront résister aux secousses qui suivront. _ Où envoie t’on les réfugiés ? _ Bonne question. Que ceux qui ont de la famille loin des zones concernées, qu’ils s’y rendent…. Dans ce type de cas, nous pouvons compter sur Sélène, notre cité lunaire qui a en permanence, plusieurs centaines de milliers de places vacantes. CJ envoie une demande à toutes les Confédérations Locales, Nationales et Internationales afin qu’elles évaluent la possibilité d’accueillir dans les plus brefs délais, trois heures, les sinistrés. _ Bien reçu. _ Dans ce cas, faisons appel aux Affaires Spatiales ! _ Pourquoi, Léa ? _ Vous vous rendez compte du nombre de personnes à évacuer ? _ Parfaitement, oui… Une quarantaine de millions pour le Maghreb et une petite quinzaine pour le Sud de la Péninsule Ibérique. _ Donc il nous faut utiliser les plus gros moyens que nous ayons à disposition ! _ Sans aucun doute. Pendant ce temps là, le simulateur énumère les dégâts engendrés pendant cette activité tectonique intense. Plusieurs tsunamis sont annoncés, d’ici la fin de journée. Du coup, le flot de données ininterrompu devient limite insupportable. Les esprits surchauffent. Les sessions durent cinq heures mais durant la Crise Méditerranéenne, ce sera limite trop. _ Ici, les Affaires Spatiales, je t’écoute Léa. _ Nous aurions besoin de votre aide pour gérer le trafic aérien… Les opérations de sauvetages réclament l’appui de plusieurs vaisseaux. _ Nous venons d’être mis au parfum. Le Child Of Gaïa peut accueillir sept cent personnes par voyages. Il vient de déposer les évacués de la première heure à Ankara. Il sera de retour, sous peu, sur zone. Actuellement, nous détournons le Tiahuanaco qui devait prendre la direction de Véga, ce soir. Il peut prendre plus de deux mille personnes à la fois. _ Où se dirige t’il ? _ Rabat. _ Très bien. _ Le Celtic Dream, l’Atacama, le New Delhi et le Centaure s’occuperont de la région de Casablanca. Ils ont une capacité totale de vingt cinq mille personnes. Si tout va bien, ils peuvent faire deux rotations chacun, par heures. Un hologramme apparaît. Sa silhouette féline et le pyjama qu’il porte ne fait pas de mystère sur son identité. _ Les Viitians seraient enchantés de vous prêter main forte. Nous avons deux engins dans le secteur qui pourraient accueillir un total de quinze mille humains. _ Vu la vitesse de vos engins, vous pourriez déposer tout ce petit monde sur Titanium. Il y a trois cent mille places de libres. _ Nous nous acquitterons de cette tâche avec grand plaisir. _ Occupez-vous de Gibraltar. Ils sont une trentaine de mille, là-bas. Le félin disparaît. _ Pour ma part, je vais retourner trouver d’autres engins. La communication est rompue. Léa boit rapidement un verre d’eau. Une nouvelle secousse est en train de remuer le plancher Nord-Africain. _ Alors ? _ Comme prévu, un quasi huit. L’épicentre est non loin de Tunis. Les premiers rapports arrivent une petite dizaine de minutes plus tard. Rien à signaler dans la capitale tunisienne ainsi que dans son agglomération. A droite, à gauche, on s’organise dans l’urgence pour que l’évènement en cours ne soit pas le plus meurtrier depuis soixante dix ans. Régulièrement, un nouvel appareil vient prendre ces instructions pour connaître sa zone d’action. Le nombre d’évacués augmente rapidement mais pas assez au goût de tous. Ils ont l’impression qu’on les teste. _ Qui vérifie le déploiement des brises tsunamis ? _ C’est en cours, chef. _ Je t’écoute. _ Pas de soucis, le long des côtes cubaines, de Floride, du Brésil, de Trinidad et d’Hispaniola. Par contre, nous avons des équipes qui réparent les générateurs problématiques des autres zones. _ Qu’ils se hâtent. Il y a le feu. _ On le sait. A ce moment là, plusieurs dizaines de kilomètres de côtes viennent de voir leurs protections s’activer. _ Bon travail, les gars. La relève arrivera enfin. Un long briefing plus tard, elle quittera avec joie, cette salle dont l’atmosphère électrique est remplie de sueur. Son esprit demandera du repos. Elle s’en ira, sans tarder. On ne perturbe pas la suite des opérations. Une fois dehors, elle prendra une profonde inspiration. Elle laissera le vent, lui caresser sa longue chevelure. Finalement, elle laissera ses jambes l’emmener jusqu’à la plage. Pour elle, comme pour tous les parisiens, la crise méditerranéenne n’aura qu’un impact très limité. De nombreux promeneurs se tiennent au courant des évènements. Le tremblement de terre est le plus violent depuis plus de quinze ans. Depuis deux ans, les séismologues martèlent que la tempête tellurique qui frappe la Terre, est en train de se calmer. Un tel scénario ne semblait pas, selon eux, se reproduire avant plusieurs siècles. A l’évidence, c’est raté. Plusieurs répliques ont déjà eues lieux. Le paroxysme est encore devant eux. Plusieurs grosses navettes de secours viennent se ravitailler en eau, nourritures, pansements, médicaments, vêtements, tentes, personnels…..
Léa a quitté la ville. Quelques jeunes gens jouent, en toute insouciance. On ne peut pas leurs en vouloir. L’anneau de sable qui entoure l’île se dévoile, au détour d’un virage. Le sable chaud accueille la nouvelle arrivante. Il n’y a pas énormément de monde. On peut marcher, sans difficulté, et en gênant personne. Cent mètres plus loin, elle s’arrête. Elle quitte tous ces vêtements. En tenue d’Eve, elle s’allonge, à même le sable. Il n’y a pas si longtemps, une telle attitude aurait choqué beaucoup de monde. Ces mêmes individus trouveraient normal que des armes soient vendues et tuent hommes, femmes et enfants. Désormais, les armes n’existent plus, ne déchargent plus leurs chargements de morts à tous les coins de rues. La nudité n’est plus un délit. Après tout, qu’est ce que ça peut faire qu’un individu montre l’intégralité de son corps aux rayons solaires ? Sans s’en rendre compte, elle s’endort. Pas longtemps mais elle s’endort. Un rêve étrange l’en sort brusquement. Un regard de chaque côté pour se rendre compte que la plage n’est pas plus fréquentée, qu’auparavant. Sentant sa bouche pâteuse, elle comprend qu’elle a piqué un somme. Elle va se baigner. L’eau la ragaillardit. Elle avoisine les trente degrés. Des dauphins ne tardent pas à l’entourer. C’est leurs façons d’accueillir les visiteurs dans leurs domaines. Elle n’a aucun appareil pour comprendre ce que chantent ces compagnons. Par contre, elle utilise la télépathie pour converser avec eux. Comme à leurs habitudes, les cétacés jouent et chantent avec une aisance inouïe. . _ Comment vas-tu, chère terrestre ? On te sent lessivé….. Il y a de l’effervescence chez vous, les marcheurs ! Les dauphins emploient, très souvent, les termes terrestres et marcheurs quant ils parlent aux humains. Leurs modes de vies sont tellement différentes des nôtres qu’ils s’amusent à le signifier dans leurs rapports avec les gens de l’autre monde. _ Gaïa nous a encore gratifié d’un spasme dont elle a le secret. _ Comment ? Vous n’avez pas su interpréter les paroles de Terre Mère. Cela fait plus d’une semaine que, dans son murmure, elle dit que la partie Nord Africaine de son corps va se délester de la tension qu’elle a accumulée, depuis fort longtemps. _ On l’a détecté qu’une seule heure avant. _ Votre science, votre technologie a encore de beaux jours devant elle. Votre progression phénoménale ne doit pas vous faire oublier que l’on apprend de toutes choses, de touts êtres et à toutes heures. .. Nous ne sommes pas inquiets pour vous, vous arriverez à ré entendre le murmure de l’esprit planétaire. _ Ré entendre ? _ Ceux qui ont construit les grandes cités dont vous retrouvez les vestiges dans les fonds marins. Ceux là, ils savaient lire le murmure du vent, de l’eau, de la terre et du feu…. Ainsi que d’autres qui choisirent une vie plus spartiate…. _ Et pourtant ….. ? _ Nombreux sont ceux qui sont morts. Il y en a qui doutèrent de ce savoir. Enfin, il y en a d’autres qui n’ont jamais été mis au courant. Tout ceux là, ont été avalés par l’océan furieux. Certains avaient compris que la connaissance repoussait la peur. Ils voulurent profiter de la peur, induite par l’ignorance, pour asseoir leurs pouvoirs…… Voilà, comment on perd des dizaines de milliers d’années de recherches, en clin d’œil. Voilà, comment on est contraint de tout recommencer en suivant son orgueil, sa soif de richesses, de pouvoirs. _ Comment savez vous tout cela ? _ Nous sommes les gardiens du temple de l’eau. _ Où est il, ce temple ? _ Partout où coule l’eau. _ Je ne comprends pas comment vous avez connaissance de tout cela. _ C’est bien votre problème, les humains ! Vous êtes tellement imbu de votre apparente supériorité que vous ne faîtes pas attention à ceux qui vous entourent. Surtout quand vous les affublez d’une apparente infériorité. L’absence de technologie ne signifie pas intelligence inférieure. _ Tu vois, amie qui marche sur la terre, l’eau est notre cristal. Il emmagasine toute l’information de Gaïa, même la votre. A la différence de ton peuple, les humains, nous n’avons pas besoin d’une machine pour pouvoir le lire. L’eau a de très grands pouvoirs. Comme vous, nous la célébrons car elle est indispensable à la vie. Elle nous permet de communiquer avec tous nos frères cétacés, avec tous nos cousins, les phoques et les lamantins. Plus vite que le permettent vos technologies, nous avons connaissances de tout, avant même leurs venues. _ Vous finirez bien par y arriver….. Nous bourlinguons sur ce monde, depuis bien plus longtemps que vous ne le faîtes. Une tortue se laisse dériver tranquillement par le léger courant qui parcourt le lac. Elle semble perdue dans ces pensées. Peut être a-t-elle perdue son chemin ? Les dauphins l’entourent de leurs acrobaties mais pas longtemps. Ils reportent, illico presto, leurs attentions sur la jeune femme qu’ils trouvent pataude. « On n’a pas idée de vouloir nager alors que la nature ne nous a pas doté de nageoires. Un peu, comme si, nous, les Dauphins, il nous prenait l’envie de marcher sur la terre ferme alors que l’on n’a pas de pattes. On aurait l’air beau. » Le cortège amène Léa vers les fonds lacustres. Il y a de belles choses à y contempler. Il y a les nombreuses ruines des trop nombreuses villes englouties. Du corail d’eau douce s’y est fixé et avec lui, des anémones, des étoiles de mers, des crabes, des crevettes, des éponges, des holothuries…. De nombreux bancs de poissons se reposent sur les courants lacustres. Quelques loutres viennent semer la panique parmi ces petites créatures. L’agilité déployée rendrait presque jaloux les dauphins qui, immédiatement, se joignent à elles. On ne sait pas ce que se dirent les poissons. La surprise a dû être de taille. Il n’est pas courant pour un poisson d’avoir à faire à des loutres, des dauphins et des humains qui semblent collaborer. Lassée, elle s’éloigne un peu. Elle se ballade longuement en apnée. Mais une ou deux respirations plus tard, elle est à nouveau entourée de tout ce petit monde. Les loutres jouent à leurs façons. Un phoque gris se joint à cette curieuse formation. Finalement Léa retourne sur la terre ferme. La fatigue et la faim la tiraillent. Elle s’allonge à même le sable alors que la moitié de son corps est léchée par le lac. La plage est presque déserte. Il n’y a que trois ou quatre jeunes femmes dénudées qui profitent du soleil. Encore une fois, elle s’endort. Deux ou trois rêves se succèdent. Une ombre la réveille. Elle en regarde la cause. Une navette de grosse taille passe, au ralenti, au dessus d’elle. Une ou deux heures viennent de s’égrainer. Elle est complètement sèche. Elle se lève. Elle se rhabille alors qu’une dizaine de jeunes gens courent, à vive allure. Il s’agit de l’équipe de Nouvelle-Zélande. Un tournoi de Rugby à 7 aura lieu, ce week-end, dans la ville moderne. Elle ira certainement y faire, un tour. Un homme plus âgé les harangue, sans cesse. Apparemment, il n’est pas content de ces joueurs qui pourtant ont remportés trois des huit premiers tournois de la saison. Il en reste encore dix avant de connaître le nouveau champion. Peut être veut il éviter la déconvenue de l’édition précédente qui les voit terminer à une fade douzième position. L’année dernière, le titre était revenu à l’Argentine après une course-poursuite épique avec les Fidji, l’Australie et le Kenya. Les sportifs en profitèrent pour regarder la naïade qui leurs rendit un sourire. Sans doute pour la contempler une deuxième fois, ils font demi-tour. La jeune femme n’en est même pas surprise. Elle se rasseye, un peu amusée. L’entraîneur ne tarde pas à sérieusement les tancer. La troupe refait demi-tour pour obéir au grand chef et, accessoirement, pour regarder, une troisième fois, la charmante parisienne. Elle se dit que si ils font cela, à chaque fois, qu’ils rencontrent une jolie femme, ils ne sont pas arrivés. L’entraîneur leurs hurla qu’ils ont gagnés le droit de faire un second tour. Pensant qu’elle avait suffisamment profité du calme ambiant, elle se lève. Elle marche, dans le sable, jusqu’à ce qu’elle croise le chemin par lequel elle est venue. Elle rejoint la ville. Les rues ne sont pas plus bondées que d’habitude. Il faut dire qu’elles sont suffisamment larges pour éviter les bouchons. La ville étant moins peuplée et moins fréquentée qu’autrefois, on n’a jamais la sensation d’être les uns sur les autres. Quelques bancs sont vides. Les pelouses ont la côte, surtout chez les adolescents qui s’y sont installés en groupe. Tous débordent de vie. On chahute. On rigole. On s’aime. On rêvasse. On parle. Léa passe devant un grand bâtiment. C’est ici que l’on vient se ravitailler. Elle habite trois pâtés de maisons, plus loin. Un quartier, comme tous les autres, tranquille. L’immeuble fait cinq étages et compte dix appartements. Elle habite au dernier niveau. Sa chance est de pouvoir apercevoir, un peu, le lac. En effet, juste en face de chez elle, il y a une trouée au niveau des bâtiments et des arbres. Elle habite à une centaine de mètres de la plage, la plus proche. Elle arrive dans sa rue. Des parterres de fleurs sont répartis de chaque côté de la voie. Elle entre dans le troisième bâtiment, sur sa droite. La porte s’ouvre, toute seule. Un grand hall l’accueille. De nombreuses plantes s’épanouissent dans leurs pots. D’un pas léger, elle grimpe, à vive allure, les cent marches qui la séparent de sa demeure. En haut, elle n’a pas besoin de faire le moindre geste. Sa porte d’entrée s’écarte de son chemin. Immédiatement, elle se dirige dans la pièce principale. Une partie est consacrée à la cuisine. L’autre est considérée comme la salle de séjour. En tout et pour tout, elle totalise une superficie de cent cinquante mètres carrés. Des niches abritent quelques éléments décoratifs. Des licornes côtoient des dauphins, des elfes et des statuettes en argent. Par la pensée, elle demande l’activation des hologrammes audiovisuels. Immédiatement, la table de repas se pare d’une silhouette fantomatique. L’image est d’une qualité inouïe. On a l’impression que la présentatrice est juste devant nous. Pour l’heure, elle a une petite taille. Léa pourrait tout à fait faire en sorte qu’elle ait sa taille réelle. C’est l’heure des informations. Toutes les heures voire toutes les deux heures, il y a un rapide tour d’horizon de l’actualité. Le titre principal est…. _ …. L’Algérie se remet, tranquillement, du séisme qui l’a secoué, en début d’après midi. L’échelle de Richter affiche un phénoménal 9,6. Pour l’heure, on déplore six morts lors d’un éboulement et une cinquantaine de blessés. Le relief a été passablement modifié, sur certaines zones. Cinq cent kilomètres de failles ont tremblées. Les dégâts sont colossaux. Plusieurs années seront nécessaires pour la reconstruction….. Mais attention, l’alerte n’est toujours pas levée, on craint la venue d’une secousse dépassant les 11 pour le Détroit de Gibraltar. Des dizaines de villes sont évacuées, en ce moment même. Des images défilent, en même temps. Léa se prépare une salade composée. _ ….. Une vingtaine de répliques sont venues compliquer les secours….. Le reste de la planète a connu, elle aussi, sont lot de secousses. On citera, l’île de Pâques, les Mariannes, l’Antarctique…. La jeune femme s’assoit sur une chaise confortable. Elle pique sa fourchette, dans un saladier, au milieu d’un morceau de melon. Un écran virtuel s’ouvre. De nombreux tableaux y figurent.
En un seul coup d’œil, tous ont une vue d’ensemble des évènements naturels, en cours. Cela a l’avantage d’éviter les surprises, comme ce fût souvent le cas par le passé. Une série de cartes l’illustre ainsi qu’un flux incessant d’images. Les niveaux d’Alertes ont été définis en 2023, à la suite des deux tremblements de terres qui dépassèrent l’échelon 9,5. La force des évènements est calquée sur les anciennes échelles (Richter, Saffir-Simpson….) pour plus de simplicité. De plus, leur cohérence n’a jamais été mise en défaut. Pour le reste, les barèmes sont modifiés régulièrement et dépendent d’une multitude de facteurs ( densité de population, relief, états des villes, facilités d’accès, l’habitude, la prévisibilité, la diffusion des informations, le nombres de victimes et de sinistrés ). Pour atteindre le niveau dix, il faut plus de dix millions de sinistrés, des destructions à hauteur de 90%, un retour à la normal atteint après deux ans… Au niveau global, l’évènement algérien sera évaluée à un niveau proche de huit et ce, grâce au peu de victimes. Plusieurs grandes villes s’en sont sorties avec de légères plaies, à l’image d’Alger. Et pourtant, elle est sacrément proche de ligne d’impact de cet évènement. Le saladier est vide. Il ne tarde pas à échouer dans l’évier. Léa demande l’ouverture de la serre. La pièce double ainsi de superficie. Des centaines et des centaines de plantes étendent leurs feuilles, ouvrent leurs fleurs et diffusent leurs parfums enivrants. Quelques autres sont réparties, ça et là, dans la pièce principale et même, de chaque côté de la porte en verre. Elle s’installe, dans un fauteuil confortable, au milieu de sa verdure. Les hologrammes sont transférés, juste devant elle. La chaîne locale continue ses programmes. Actualité oblige, une émission est consacrée aux évènements en cours. Un homme d’une quarantaine d’années salue ceux qui le regardent. _ Bonjour, au vu des évènements récents, il nous a semblé opportun de chambouler nos programmes. L’émission consacrée au Rugby Seven de ce week-end est reportée jusqu’à ce soir, vingt-trois heures. Il avance de quelques pas, vers le centre du studio d’enregistrement. Plusieurs personnalités sont confortablement assises sur des canapés. _ Bonjour, Eric Lawsson. Vous êtes sismologues de terrain et vous êtes l’un de ceux qui défrayèrent la chronique en affirmant que la tempête sismique est loin d’être terminée. La Terre vient de faire la démonstration que c’est effectivement le cas. Il y en a-t-il d’autres à prévoir ? _ C’est fort possible, en effet. Après Gibraltar, il me semble que la zone Caraïbes est la plus soumise à ces facteurs de risques. Les tensions relevées y sont élevées et en constante augmentation. _ Passons, maintenant à mon deuxième invité…. La porte d’entrée s’ouvre. Un jeune homme entre. Avec le sourire, il rejoint sa compagne. Cette dernière se lève pour l’embrasser. Il mesure près de deux mètres. Des yeux bleus et des cheveux tirant sur le brun. Il porte un pantalon blanc et une chemise à manches courtes de même couleur. Lui aussi, il a laissé ses chaussures au placard. Il travaille dans le même bâtiment que Léa mais dans le service solaire….. _ Cette journée ? _ Usante. _ La Terre s’est bien secouée, à ce que j’ai entendu….. Elle confirme par un signe de la tête. _ Et toi ? _ La routine….. Le soleil a une activité toujours aussi déconcertante….. A part cela, rien… A si, deux astéroïdes se sont admirés de trop près. Un de nos vaisseaux a pu admirer le baiser….. Les Affaires Spatiales ont l’air d’être, un peu nerveuses. _ En quel honneur ? _ L’Alchimiste est en rade. Ils ne comprennent pas d’où vient cette foutue panne. _ Encore….. Ils feraient mieux de le remplacer. Cinquante années passées à bourlinguer dans l’espace, c’est amplement suffisant…. _ Oui, mais ils aimeraient bien le garder en service jusqu’au retour des flambants neufs vaisseaux de la Mission Mebsuta. _ L’Astronome, L’Explorateur et Le Baroudeur ? _ Ceux-là, oui. Sur ces paroles, elle lui prépare une salade estivale avant que celui-ci ne l’engloutisse en quelques bouchées. Ils se relaxent un moment avant de se déshabiller intégralement. Plusieurs baisers et caresses plus tard, ils se dirigent vers la salle de bain. La pièce est grande. Le centre est occupé par une piscine. Ils vont jusqu’au fond. Des jets commencent à leurs lancer de l’eau. Elle est, tout de suite, à la température voulue et au débit souhaité. De la musique calme commence à envelopper leurs oreilles. Une large baie vitrée permet au soleil de diffuser sa lumière. Une terrasse permet au couple de bénéficier d’une large vue. D’autant qu’elle courre sur les trois façades extérieures de l’appartement. Des plantes locales profitent de la pureté de l’air, depuis leurs pots en terres cuites. De petits systèmes d’arrosage diffusent, à proximité de leurs racines, de l’eau et les nutriments utiles. C’est la plante, elle-même, qui le déclenche, automatiquement et qui l’arrête quand sa soif est étanchée. Ils ne traînent pas, sous la douche. En synchronisme, ils badigeonnent l’autre d’un savon de douche aux senteurs exotiques. Vanille ou papaye. Aloé Véra ou monoï. Le rinçage ne traîne pas. Du shampoing à l’eucalyptus pour les cheveux. Et les voilà qui passent dans la piscine. En fait, une baignoire de dix mètres de côtés. Ils s’asseyent au fond. Seules leurs têtes émergent. Comme de nombreux jeunes couples, ils se câlinent et se parlent, tranquillement. Un dispositif régule la température et la qualité de l’eau, en continu. Le tout sans faire de bruit. En ce moment, elle est à trente degrés. Des remous commencent à se former. Les deux tourtereaux se font massés, dorlotés pendant de très longs instants. A vrai dire, leurs pensées sont dirigées vers l’être qu’ils regardent. Une heure, si ce n’est deux, plus tard, ils sortent de la baignoire. Un passage rapide par les jets avant de sortir de la pièce. Sans avoir eu recours à une serviette, ils quittent la pièce. En effet, un rideau d’air pulsé a bloqué toute l’eau qui perlait sur leurs corps. Direction, la chambre à coucher. Comme dans toutes les pièces, il n’y a que quelques meubles. Rien de superflu. Que du fonctionnel. Un grand lit trône au milieu. Les mûrs, le sol et le plafond sont recouverts d’une grande fresque. Rien à voir avec celles de notre époque. Celle-ci montre un visage différent, tous les jours. Elle va chercher sa source d’inspiration au plus profond des rêves du couple. Le moment le plus beau y est fixé, à la temporalité, comme tapisserie. Le tableau du jour offre la fluidité d’une grande cascade, sur le mûr du fond. Le plancher est recouvert, en grande partie, d’un bleu lacustre. Les autres mûrs montrent une forêt qui rend ce lieu, encore plus bucolique. Une petite clairière abrite un édifice circulaire. Sept piliers soutiennent une arche horizontale. Il n’y a pas de toit. A l’intérieur, ce jeune couple se regarde dans le blanc des yeux. Un chemin de sable conduit au petit édifice. Deux lunes verdoyantes diffusent une lueur tamisée. Une multitude d’étoiles scintillent. Certaines pierres se comportent comme nos lampadaires mais en moins lumineux. Une porte-fenêtre filtre la lumière solaire. Le décor mural est ainsi largement mieux mis en valeur. Fatigués, ils s’allongent dans le plus simple appareil. Le sommeil ne tardera pas à les trouver. L’angoisse liée aux évènements en cours compliquera leurs repos. Ils cumuleront une quinzaine de réveils en sursaut. Finalement, ils émergeront définitivement au petit matin. _ Bien dormi ? _ Pas vraiment, non…. Je ne suis pas arrivé à faire réellement le vide dans mon esprit. Et toi ? _ Pas mieux de mon côté. Tous les deux prennent un rapide petit déjeuner. Du jus de fruits fraîchement pressés. De grandes tranches de pains et une sorte de pâte à tartiner aux amandes et noisettes. Quelques respirations plus tard, ils prennent une rapide douche avant de s’habiller. Ceci fait, ils activent les appareils de communications et d’informations informatiques. Ils prennent connaissance des évènements de la nuit, des alertes en cours. Ils s’informent des visites prévues, aujourd’hui. Un vaisseau de recherches scientifiques Latviens est attendu pour y mener conjointement avec L’Andromède, une étude sur l’océan d’Europa, la lune de Jupiter. _ Allons humer l’air frais du matin, chérie. _ Pas de problème. Comme tous les jours, ils quittent l’appartement avec les pieds nus. Dehors, le mercure tutoie à peine les quinze degrés. Pas mal de parisiens profitent de la fraîcheur matinale pour se promener ou pour aller au ravitaillement. Les deux tourtereaux empruntent le chemin le plus court pour se rendre sur les plages locales. Ils traversent un chemin herbeux puis forestier qu’une averse nocturne a rendu humide à souhait. En 2100, on apprécie et on ne s’en cache pas. D’ailleurs, personne ne s’offusquera de cette bizarrerie. Main dans la main, ils parcourent plusieurs centaines de mètres, les pieds dans l’eau. Ensuite, ils retourneront en ville afin d’aller chercher quelques victuailles. Pour ce faire, ils se rendent sur la place centrale. Ils entrent dans un bâtiment quelconque. A l’intérieur, des fonctionnaires de la Confédération Humaine les accueillent. _ Bonjour, Chris et Léa. _ Bonjour, Elsa. _ Voici ce que vous avez demandé. La jeune femme passe deux paniers en osiers de grandes tailles. A l’intérieur, des fruits, des légumes, des boissons diverses et variées, des produits pour le corps… _ Merci. Deux jours avant, ils utilisèrent les réseaux de la Confédération Locale afin de noter leurs besoins. Le système en vigueur est basé sur le Service. Chaque habitant de l’île fournit ses compétences pour le fonctionnement de la civilisation, pour son amélioration, pour la recherche ou pour l’exploration de nouveaux horizons. En contrepartie, la civilisation fournit logements, accès aux soins et à l’hygiène, à l’éducation, aux loisirs et à la nourriture. Il est évident que tous mangent à leurs faims. Dans le même temps, elle veille à ce que les infrastructures planétaires soient sûres, belles, modernes et dans la mesure du possible, accueillantes vis-à-vis des peuples extranéens. Le couple est ressorti avec ses paniers en osiers qu’ils ramèneront plus tard, dans la journée. En chemin, ils croisent un groupe d’hommes et de femmes-nature. Ils vivent en permanence dans les immenses forêts tropicales, en harmonie avec la nature et à l’écart de ce monde étouffant car trop organisé. Néanmoins, ils acceptèrent de rejoindre la Confédération Humaine et de participer aux programmes d’éducations des enfants. Tous, à l’adolescence, passent une année en immersion, avec l’un de ses peuples, afin d’y apprendre une autre manière de vivre. Poliment, le duo salue les visiteurs qui leurs répondent. De retour à la maison, ils rangent leurs provisions avant que Léa se prépare à se rendre sur son lieu de travail. Chris prépare une bonne quantité de pâtes avec quelques légumes. Depuis près de cinquante ans, on a trouvé le moyen de remplacer les œufs par une plante ayant les même propriétés. Elle pousse dans la constellation du Centaure. Léa lit une nouvelle fois, l’inscription « Les Sentinelles de l’Air » avant d’entrée dans une grande pièce qui fourmille d’agitation. Pour la première fois de sa carrière, elle appréhende cette session. Elle salue son collègue puis elle regarde le mûr d’en face. Des milliers et des milliers de pages d’informations y sont cachées sous une bonne centaine d’icônes lumineux qui scintillent surtout dans la partie représentant le Nord de l’Afrique et la Péninsule Ibérique. De nombreux fronts sont en sueurs. Les consignes ont du mal à être passées tant il règne une cacophonie assourdissante. Une voix, cependant, passe au-dessus de tout cela. _ Silence, je vous prie…. La situation est certes tendue mais elle nécessite calme et écoute… Que l’équipe sortante quitte la pièce…. Merci. Les fonctionnaires en question s’exécutent. _ Je vais être bref… Nous sommes dans une situation inédite. Trente-cinq répliques ont déjà eut lieux. La plus faible affichait un costaud 7 et la plus forte, un presque 9. Les conséquences géologiques sont déjà importantes mais le plus dur reste à venir. La secousse principale est attendue dans une petite heure. Les populations locales sont en lieux sûrs mais nous sommes plus inquiets pour des secteurs plus lointains. Le Sud de l’Italie a été en partie évacuée. Les Brises Vagues ont déjà stoppés huit tsunamis mais sur certains secteurs, la technologie vient de lâcher. Plusieurs grandes villes côtières sont en cours d’évacuation mais il est peu probable que tous soit à l’abri, d’ici là…. Je voudrais que vous fassiez aussi attention aux deux ouragans et aux quelques autres points chauds de la planète. Merci et bon courage… Léa prend une profonde inspiration avant de se replonger dedans. Elle est rapidement contactée par plusieurs équipes au sol qui tentent de trouver d’éventuels retardataires dans les rues désertes de Casablanca. _ Je t’écoute. _ Cela fait une heure que l’on cherche un groupe d’adolescents ainsi qu’une jeune fille de 7 ans qui aurait échappée à la surveillance de ces parents. _ Aïe, la tuile. Avez-vous un appui aérien ? _ Non, ils sont tous mobilisés dans la montagne. _ Attends, j’ai une idée. Cette fois-ci, elle appelle le Rio de Janeiro fraîchement débarqué d’Iramia. _ Salut, Léa. _ Contente de t’écouter, frangin… Pourrais-tu m’aider ? _ Vas-y, je t’écoute. _ Pourrais-tu envoyer un colibri sur Casablanca afin d’aider à retrouver quelques enfants qui manquent à l’appel ? Plus vieux de quinze ans qu’elle, il ne répond pas tout de suite mais elle l’entend parler avec quelques collaborateurs. _ Pas de problème, soeurette… Ils seront sur zone, dans dix minutes. _ Merci. Elle reprend contact avec l’équipe au sol qui est heureuse de la nouvelle. _ Merci. On commençait à se demander si on trouverait quelqu’un pour nous ramener. _ Pas de problème. _ Attends…. J’ai la gamine en visu. Ils crient afin de se faire entendre par la fillette qui courre vers eux. _ Il n’y a plus qu’à attendre, le Colibri. Elle n’a pas le temps de respirer qu’elle doit faire face à un nouveau coup dur. Quelques fissures dans le dispositif anti-tsunamis viennent d’apparaître, ça et là. Elle appelle immédiatement le Centre Américain de Gestion et de Maintenance des brises vagues. _ Oui, j’écoute. _ Que se passe t’il ? _ Rien d’inattendu. Cette technologie n’est pas faîtes pour subir des assauts répétés. Bon nombres de générateurs arrivent à saturation quant ils n’ont pas cramés. Ces brises vagues sont un genre de boucliers électromagnétiques qui stoppent l’eau lorsque celle-ci génère de hautes vagues et rapides. Or, ils ont absorbés plus d’un millier de fois plus d’énergies qu’attendus. _ Combien de temps cela prendra pour tout réparer ? _ Trois ou quatre ans, j’en ai bien peur. Il nous faudra remplacer certains générateurs par des neufs. Je crois que, pour l’heure, on en a que trois en stock. _ Est-ce que certaines villes importantes risquent elles d’être menacées ? _ On est inquiet pour New York…. Le Générateur principal est lui aussi, mal en point. Douze des vingt-cinq barrières dont il a la charge sont hors d’usages… _ Très bien. Je vais voir ce que l’on peut faire. Elle en réfère à son chef de session qui ne l’écoute que d’une oreille. Il a beaucoup de choses à superviser. Une nouvelle secousse vient de faire trembler l’Atlas. Le moment fatidique est proche. La tension est palpable. Bon nombres d’infrastructures ont finit par céder. Une équipe de journaliste capte l’envol d’un colibri, depuis Casablanca. Des milliers de villes et de villages présentent le même aspect. Il n’y a que les fantômes qui arpentent rues et habitations. Partout, même les animaux semblent avoir déserté le secteur. Finalement, le coup de boutoir n’est pas évité. La Terre relâche une quantité phénoménale de tensions accumulées au fil des années. Pendant trois minutes, l’humanité retient son souffle. Elle regarde la multitude d’images qui lui parvient. Elle contemple impuissante, Gibraltar et son rocher être happée par les eaux furieuses. Lorsque le calme revient, on attend avec impatience, les premières images fournis. _ Misère, c’est pire que prévu. D’un côté, les fonctionnaires s’attèlent à analyser les milliards d’octets d’informations qui leurs parviennent. _ 10,2 sur l’échelle de Richter. On incorpore aussitôt les données au programme dénommé Le Devin pour qu’il anticipe la suite. _ Ça s’améliore à ce qu’il semble. Huit secousses de 6 à 6,5 dans l’heure avant un autre 9… Mais celui-ci touchera les Açores. Ensuite, on devrait respirer un peu. Ailleurs, on scrute attentivement les images que quelques vaisseaux en orbites, font parvenir. S’en suit, une litanie des bouleversements observés. _ Le Sud de la Péninsule Ibérique est, sous les eaux. Faro, Huelva, Cadix sont immergées. Malaga est à la limite alors que Séville est au bord de Mer. De l’autre côté, la côte a aussi morflée. Casablanca, Rabat et Tanger sont totalement hors d’usages…. Les Terres ont perdues jusqu’à une quinzaine de kilomètres. Par contre, les montagnes ont connue une poussée de croissance. Le point culminant atteint presque les cinq mille mètres. _ Vagues détectées… _ Hauteur présumée? _ Six à quinze mètres. _ Direction ? _ Nord-Ouest pour les principales. _ Que l’on active l’alerte au tsunami sur l’ensemble du pourtour atlantique et méditerranéen… _ C’est déjà fait… Le système est prévu pour lancer ça lorsque les évènements enregistrés ont dépassés l’échelon 7. Par chance, ce secteur est celui qui a le moins travaillé ces dernières heures. Les briseurs de vagues sont en bon état. Il n’y a guère que le Super Générateur New Yorkais qui connaît quelques difficultés. Les réparations en cours sont fastidieuses. Devant tant d’incertitude le Grand Orateur de la Confédération Locale entamera la procédure d’évacuation de sa ville. Là encore, la chance est avec l’humanité. New Atlantis, la petite sœur d’Océaniya et ses sept ans, traîne dans les parages. Elle se place de sorte à protéger les parties sans protections. En tout et pour tout, un millier de mort seront à déplorer. Le pire score, depuis près de trente ans. La salle de gestion des crises ne retrouva son calme qu’en fin d’année. Cet évènement sera nommé la crise méditerranéenne. Elle provoquera le déplacement de près de 40 millions d’habitants. Iramia en récupérera un grand nombre. Les autres s’éparpilleront un peu partout avant que l’on ne débusque deux nouvelles planètes, dans la constellation des Gémeaux. Cinq ans après les faits, la plupart de ces gens se retrouveront sur les vastes plaines d’Iyia. En attendant, Léa déambule dans les rues pavées de sa ville. L’esprit ailleurs, elle croise une multitude de personnes qui sont venue supporter leur équipe de foot préférée. Elle voit ainsi deux jeunes femmes croates consoler une jeune femme marocaine apprenant que son village d’enfance venait d’être noyée. Plus loin, elle voit plusieurs religieux de plusieurs confessions différentes, qui entament une grande prière. Epuisée, elle laissera ses jambes la ramener chez elle. Lasse, elle retirera ses vêtements trop lourds à porter avant de s’affaler sur un canapé. Elle plongera rapidement dans un profond sommeil. A son réveil, elle ne saura pas combien de temps elle aura dormi…. Mais elle verra son aimé la regarder tendrement. _ Depuis combien de temps, tu es là ? _ Pas longtemps. Tout juste le temps de me mettre à l’aise et de m’asseoir. Elle se jette sur lui, l’embrasse furtivement puis se blotti contre lui. _ Dure journée ? Elle ne répond rien. _ Je comprends. Il l’embrasse sur le cuir chevelu. _ Je vais t’en apprendre une bonne…. Les Affaires Spatiales ont remarquées la présence d’un engin inconnu dans notre système stellaire… Il apparaît et disparaît à sa guise… Il observe tout…. La dernière fois qu’ils l’ont vus, c’était en orbite autour de la Terre. Soudain, la jeune femme se lève. Elle disparaît dans la cuisine, pendant une ou deux minutes. Elle revient vers lui, en finissant de manger quelque chose. _ Qu’est-ce que c’était ? _ Une châtaigne d’Iramia. _ Et moi, j’en voulais aussi. Elle l’embrasse. Elle le force à se lever puis elle s’applique à activer les zones érogènes de son compagnon. _ OK, je vois où tu veux en venir. Il la prend dans ses bras puis l’entraîne dans la salle de bain. Bien plus tard, le couple marche dans des rues désertes. Le soleil est sur le point de se coucher. _ Où sont-ils ? _ Au stade, les footeux accueillent Split. Les footballeurs locaux défendent fièrement leurs chances face aux boulimiques joueurs de Split dans le cadre de la poule 20 de la première phase du championnat de la Confédération Européenne. Le monde ayant, lui-même, changé, le sport a dû subir quelques métamorphoses. Le professionnalisme ? C’est du passé. Les transferts ? Révolus, il faut habiter dans la ville, depuis au moins un an, pour pouvoir évoluer dans l’équipe. Pour les nations, les coupes continentales et mondiales demeurent le summum. Depuis 2075, une coupe interplanétaire crée l’évènement, tous les cinq ans, sous la forme des Jeux du Système Solaire. A ce jour, huit mondes concourent. Y sont représentés la Terre, bien sûr, la Lune, Mars, Cérès, Vesta, Pallas, Junon et Titan. Les deux colonies du Centaure, Iramia et Tia’Tura feront leurs entrées lors de la prochaine édition que la première nommée organisera. Au niveau géopolitique, de nombreux changements furent opérés. Les nations se regroupèrent en Confédérations. Le plus souvent, elles sont continentales. Ainsi, l’Union Européenne alors, en crise, modifia en profondeur ses statuts. En 2013, elle se mua en Confédération Européenne. Tout le continent européen s’y rallia. Et, pour cause, la spécificité de chacun y est respectée. Les continents asiatiques et africains ne tardent pas à prendre ce même virage et ce, malgré leurs tailles, leurs populations, leurs diversités et leurs politiques, autrement plus complexe à gérer. Il est vrai qu’ils eurent, en mémoire, les difficultés de l’Europe. De nombreux errements furent évités. L’Amérique latine et les Caraïbes sautèrent le pas, à l’orée 2020. Les Iles du Pacifique Sud, l’Australie et la Nouvelle-Zélande créèrent la Confédération des Iles. Resta le Nord de l’Amérique et le cas des Etats-Unis. Dans une impasse, le Congrès américain vota la dissolution. Les 50 états devinrent complètement autonomes avant de se joindre au Canada et au Mexique pour former la Confédération de la Tortue. 2030 est déjà commencé, c’est au tour de l’ONU de subir une cure de jouvence. La Confédération Humaine voit le jour. La pieuvre institutionnelle a vécue. Désormais, les choses sont on ne peut plus claires. Il n’y a plus de nations supérieures, à l’autre, qui siègent en permanence dans les différents conseils. Elles le sont à tour de rôle, sous une forme électorale. On y gère les sujets globaux comme la découverte spatiale, les relations inter stellaires, les évènements naturels…. La première session accoucha d’une nouvelle constitution des droits de l’humanité et du vivant. Les accès à la nourriture, à la santé, au logement, à l’éducation sont reconnus comme droit inaliénable et comme devoir absolu pour tout gouvernement. Elle proclame l’interdiction de la fabrication d’armes. La destruction de celles qui existent. Les comités sont l’équivalent des ministères nationaux. Ils regroupent une quinzaine de personnes appartenant à autant de nations différentes. La transparence a remplacée l’opacité de l’ancienne version. Les réunions sont diffusées, sur les réseaux d’informations, en direct et traduit dans toutes les langues. Le couple marche, tranquillement sur la plage. Un léger vent rafraîchit l’air. Le soleil ayant disparu, la nuit avance, lentement, son voile étoilé. Ils finissent par s’installer dans un coin tranquille tandis qu’un groupe de Dauphins exécute de nombreuses figures acrobatiques. En fait, ils se regroupent pour quitter le secteur et rejoindre la Manche. Les humains ne rechignent pas à les observer. Ce soir, pourtant, ils seront scrutés par un appareil silencieux. Celui-ci, d’abord invisible, se montre. Plusieurs humanoïdes vaporeux s’approchent. Ils contemplent le duo qui se demande à quel peuple, ils ont à faire. Un colibri stoppe la rencontre. Les étrangers disparaissent avant qu’un appareil plus vaste que le stade de foot ne se dévoile. Informe, il semble n’être que pure énergie. Il s’éclipse alors que la petite navette se pose. _ Que vous ont-ils dit ? _ Rien. Ils nous observaient. Léa leurs montre l’enregistrement. Vexés, les fonctionnaires s’en vont. Au poignet droit, ils arborent un appareil qui ressemble à s’y méprendre à une montre. Indiquer l’heure n’est pas vraiment leur utilité première. Une série d’écrans virtuels de petites tailles apparaissent. Ils ont, en tout et pour tout, une vingtaine de fonctionnalités. Les tourtereaux ont en douce, utilisé le mode caméra. Ensuite, ils s’en serviront comme on se servirait d’un télescope. Contrairement aux instruments de notre époque, ils voient l’intégralité du ciel, en même temps. Ils peuvent isoler n’importe quel engin, le grossir et afficher toutes les informations sur lui. De nombreux points se déplacent, relativement vite, dans la voûte céleste. Ce sont des vaisseaux spatiaux qui transitent par la Terre. Ainsi, par exemple, on a un point rouge clignotant qui stationne dans la constellation de l’Aigle. La couleur indique que le départ est imminent. Le dispositif leurs indique qu’il s’agit du « Tiahuanaco », un vaisseau spatial de catégorie 5 qui s’apprête à prendre la direction de Véga. Ces engins sont classés en huit catégories : La Catégorie 1 regroupe toutes les navettes continentales et intercontinentales qui normalement ne sortent jamais de l’atmosphère. Ils ont cependant la capacité de le faire. Ils ont une taille variable mais qui n’excèdent jamais le kilomètre de long. La Catégorie 2 regroupe les engins spatiaux qui voyagent dans le système solaire proche, situé à l’intérieur de l’orbite jovienne. De tailles similaires que ceux de la Catégorie 1. La Catégorie 3 regroupe les engins spatiaux qui desservent l’ensemble du système solaire. Ils peuvent atteindre les cinq kilomètres de long. Le légendaire Gaborone en fait partie. Aujourd’hui désoeuvré, il fait les beaux jours du dôme de la place centrale de la ville du même nom, au Botswana. La Catégorie 4 regroupe les véhicules qui desservent les systèmes stellaires proches, en dessous des 15 années-lumière. Ils ont une taille comprise entre deux et sept kilomètres. La Catégorie 5 regroupe les vaisseaux galactiques intermédiaires. Toute étoile, dans un rayon de 10000 années-lumière, est susceptible d’être visitée. De sept à quinze kilomètres de longs, leurs représentant principal est le « Child of Gaïa » qui explora les Pléiades. Des paysages naturels y sont même aménagés. La Catégorie 6 renferme les engins galactiques intégraux. Ils dépassent les quinze kilomètres de longs et abritent des biotopes reconstitués. A ce jour, il n’y en a qu’un seul représentant : L’Astronome fraîchement sorti des arsenaux de Titanium, sur Titan. La Catégorie 7 : Intergalactiques proches. Ils s’aventurent jusqu’à un million d’années-lumière. Ils ont, au minimum, une taille deux fois supérieures à la classe précédente. Il faudra sûrement attendre plusieurs décennies avant d’en construire un. La Catégorie 8 : Universels….. Les seuls qui pourraient appartenir à cette catégorie là sont les vaisseaux des Civilisations de la galaxie d’Andromède, les Bantiniens et les Ok’Itiniens. Le couple profite pleinement de ces quelques instants de calme. Un point bleu retient leurs attentions. Il s’agit d’un vaisseau Ethréens. Ils viennent fréquemment visiter les gens de la Terre, depuis que nos deux civilisations se rencontrèrent de manière impromptue. De nombreuses étoiles percent le manteau bleu du ciel nocturne. Dans le même temps, on prend véritablement conscience du l’ampleur du trafic, autour de la Terre. Les fonctionnaires du Centre mondial des Affaires Spatiales en ont des cheveux blancs. Les places de parkings orbitaux sont chères. Pendant leurs virées nocturnes, ils apercevront les engins fabriqués par une bonne quinzaine de civilisations différentes. Derrière eux, Paris est éclairée par une lumière tamisée. Sur ce, la ville éternelle vous dit…. A la prochaine. Fin Décembre 2006.
Tous droits réservés
Lundi 28 Septembre 2009Poster un commentaire
13 juin 2073, quelque part au-dessus de l’océan Pacifique.
L’aube s’avance, sur cette zone reculée. Une navette intercontinentale file à toute allure. A son bord, une quinzaine de personnes dorment ou, au mieux, somnolent. Ils sont en vol depuis trois heures. Ils ont quittés Paris pour la ville d’Océaniya. Ne la cherchez pas sur une quelconque carte. Cette ville n’existait pas jusqu’en 2055. Même en 2073, elle ne figure sur aucune d’elles. Et pour cause, elle a la particularité d’être mobile. Angèle Anna, une espagnole de trente deux ans, doit s’y rendre pour prendre un poste qu’elle occupera, pendant trois mois, jusqu’à ses prochaines vacances. Comme tout les passagers, elle est vêtue à la mode estivale. Une robe bleue et pieds nus, elle est relax. L’Europe subit une vague de chaleur depuis plus de quinze jours. Le mercure ne descend pas en dessous de vingt cinq degrés, même en pleine nuit.
L’avion du futur entame sa descente. Les passagers commencent à émerger de leurs sommeils plus ou moins profonds. Le vol 18-549-PHOENIX est en approche de la cité la plus récente de la planète. Moins de vingt ans d’existence, elle est déjà plus fréquentée que les destinations touristiques classiques que sont Paris, Pékin, Barcelone ou New York. Une bonne cinquantaine d’appareils vont et viennent, tous les jours. Le premier, en provenance de Cérès, un peu après trois heures du matin. Le dernier, à destination de Brasilia, vers vingt trois heures. Les voyageurs regardent l’extérieur, par les larges espaces transparents des parois. Sous leurs yeux, un vaste océan s’étend à perte de vue. Quelque chose retient néanmoins leurs attentions. Un objet de grande taille semble émerger de la surface liquide. Des bâtiments démesurés s’élèvent un peu partout. C’est Océaniya. La ville s’approche, rapidement. Deux minutes plus tard, ils la survolent. Elle se laisse admirer sur toute sa longueur. Un grand bassin trône au milieu. De forme carrée, il dépasse le kilomètre de côté tandis que la cité mesure quant à elle, plus de deux kilomètres et demi de long comme de large. L’engin se pose finalement sur la plate-forme numéro trois, au Nord-Est de l’île artificielle.
Le soleil ne s’est pas encore levé que déjà, les portes s’ouvrent. Les passagers sortent dans le calme. La ville dormant paisiblement, il n’y a pas grand monde pour les accueillir. Tout juste, deux ou trois personnes. Angèle Anna ne perd pas de temps. Elle se rend immédiatement dans ses appartements. Pour cela, elle emprunte la passerelle qui prend la direction du Nord. L’éclairage tamisé qu’offre la ville permet d’avancer normalement, tout en pouvant regarder où elle marche. Le niveau de l’océan est cinquante mètres plus bas, elle peut à loisir bénéficier de points de vues remarquables. Contrairement à ce que l’on pourrait croire, l’espace entre chaque building est large. L’architecte responsable du projet y a placé des jardins, des allées dallées, des cafés, des statues, des fontaines. Cet espace permet aussi au réseau de passerelles de pouvoir mener à n’importe quel point de la cité. Les croisements sont fréquents et peuvent être abondamment empruntés. Mais pour l’heure, elle n’a croisé que quelques individus. Le premier était un musicien en mal d’inspiration. Le second, un jeune homme, embrassait tendrement la troisième, une jeune femme, après une longue nuit festive. Quelques embranchements plus loin, elle rencontre une de ses amies. Une jeune française biologiste qui est toute heureuse de la voir. _ Angèle, que fais-tu là ? _ Je reviens de vacances. _ Tu aurais pu prévenir. _ Vue l’heure matinale, je ne voulais pas déranger. _ J’ai fait la fête, toute la nuit. J’ai deux, trois jours de repos, j’en profite donc. _ Je vois ça. Tu as été dans les parcs ? Elle rigole en regardant ses pieds nus maculés de boue. Il a beaucoup plu, ces derniers jours. Elles s’asseyent un moment, sur un banc. _ Tetsuya t’attends, aujourd’hui ? _ Oui, on a rendez-vous à dix heures. _ On se revoit, ce soir. _ Ça marche. Elles reprennent la route. Elles habitent dans le même immeuble, au même étage. _ Ton travail, ça se passe comment ? _ On avance pas à pas. L’équipe du Docteur Van Webbregger vient de rajouter deux nouvelles langues supplémentaires dans les traducteurs. _ Océaniya semble remplir la mission qu’on lui a confiée. En effet, la ville a été érigée, à l’origine, dans le but d’étudier les océans, de fond en comble. Des milliers de formes de vies supplémentaires furent rajoutées dans la vaste encyclopédie du vivant. Les peuples cétacéens se sont rapprochés de nous. Et pour cause, quelques unes de leurs nombreuses langues furent décryptées. Depuis, ils nous ont appris beaucoup sur leurs vies, leurs cultures, leurs connaissances et inversement, nous leurs avons appris beaucoup sur nous. Kathleen travaille dans ce domaine. Grâce à ses efforts, les humains comprennent maintenant la langue principale des Mégaptères que toutes utilisent en plus de leurs langues locales. Comme elle le dit elle-même, elle a traduit l’anglais baleiniens. _ Tu travailles sur quoi précisément ? _ Je continue de compiler une encyclopédie Mégaptères où figureront leurs modes de vies, leurs sociétés, leurs populations, leurs cultures, leurs légendes, leurs connaissances, leurs chansons. Tiens, voilà la dernière qu’ils m’ont permis de retranscrire en humain. Elle actionne l’un des boutons d’un objet qui ressemble à une de nos montres, en légèrement plus gros. La voix d’une baleine se fait entendre, pendant plusieurs minutes. A la fin de celle-ci, elle lui montre la traduction, sous la forme de lettres virtuelles qui flottent dans les airs.
Je suis l’esprit qui chante. Ma vie entière est un rêve. L’océan est mon corps. Le ciel est ma vie. L’esprit de la terre est mon inspiration.
Je suis le messager de l’élément eau. Ma vie entière est vouée à transmettre Le son de la fête remplit toutes mes veines Chaque respiration est le reflet de ce que je suis.
Je suis une inspiration. Je suis ce que je choisis d’être. Les difficultés ne sont jamais rien d’autre qu’une tempête Où chaque vague qui te secoue est une occasion d’avancer Je suis l’émissaire des océans. Chaque fois que l’on m’entend J’accomplis ce que je suis
Mon chant inspire ceux qui viennent à nous sur leurs barques Ces êtres sont mi-anges, mi-destructeurs Par eux est venu ce que nous craignons Mais par nous ils reviennent vers la vie Leurs perceptions les rendent imbus de leurs apparentes supériorités
Un jour viendra où ceux des terres comprendront ceux des mers Alors une fête sans précédent retentira Car ceux qui ont cherché leurs manques dans l’extérieur Ce chercherons en eux Dans les tréfonds de leurs âmes
Leurs cœurs brilleront d’une flamme jusque là contenue De tout le cosmos on viendra visiter ce joyau Ce qui semblait perdu se réveillera En leurs âmes le phoenix déploiera ses ailes brillantes Ou chacun sera considéré pour ce qu’il est
Un émissaire de vie Le dialogue ne sera plus jamais rompu L’Amour se révèlera l’arme la plus redoutable qui soit Tous les hommes chanteront les mêmes chansons Et danseront les mêmes danses
La harpe joyeuse ne se taira jamais Par leurs voix, Tout le cosmos dansera cet air qui balaiera Les dernières craintes et apportera un nouveau souffle Car ce qui s’achève permet le commencement d’une autre aventure
Leurs barques vogueront dans les cieux Ils rejoindront ceux qui les ont soutenus L’Univers les guidera vers de nouvelles révélations Car l’obscurité aura fuie pour l’éternité
Ce qui était détruit sera reconstruit Ce qui était pollué sera restauré Ce qui était oublié sera réappris Ce qui était humilié sera réhabilité Ce qui était chaos sera harmonie
Sur Les déserts deviendront des forêts luxuriantes Les cités obscures seront réaménagées en villes élégantes Où Où la méditation sera un état d’esprit permanent
Nous, peuples cétacéens, messagers des eaux Nous chantons cet air depuis la nuit des temps Car tel est notre souhait Le temps se rapproche où l’harmonie reviendra Tous nous le montrent, même ceux qui en doutent.
_ Intéressant. Je suis vraiment impressionnée par tes travaux. Moi, qui ne suis pas douée pour les langues humaines, je ne m’imagine pas être capable de faire ce que tu fais. _ Tout comme moi, je ne me sens pas capable de pouvoir gérer le bon fonctionnement d’une cité comme Océaniya. Elles arrivent quasiment au bout de la passerelle. Il fait jour, maintenant. L’astre roi ne va pas tarder à montrer sa face incandescente. Le chemin aérien se sépare en deux. Elles tournent à gauche. A présent, elles peuvent observer l’océan. La porte d’entrée de l’immeuble s’ouvre, juste devant elles. Un vaste hall les accueille. Elles marchent sur un sol qui imite parfaitement les allées pavées de certaines villes européennes. Une fontaine sculptée orne le centre. Des bordures délimitent des espaces floraux où cohabitent arbustes et fleurs exotiques aux parfums enivrants. Un ascenseur les emmène vingt-cinq étages plus haut. Un vaste couloir s’éclaire à leurs arrivées. Sur chaque paliers, il y a quatre appartements de plus de trois cent mètres carrés chacun. Celui d’Angéla est tout au fond. Elles y pénètrent, sans bruits. Leurs voisins, deux couples ayant des enfants, dorment profondément. _ Contente d’être revenue ? _ Oui, c’est sympa, ici. Elle dépose ses valises, non loin de l’entrée. Elle s’en occupera plus tard. La pièce principale est lumineuse et spacieuse. Elle couvre une superficie évaluée à deux cent mètres carrés, au bas mot. Son centre est occupé par un bassin d’inspiration japonaise. Deux fontaines et quatre cascades l’alimentent en eau par quelques petites rivières éparpillées au quatre coins de la pièce. Quelques poissons rouges y nagent tranquillement. De petits ponts en faux bois permettent d’enjamber ces cours d’eau. Le mobilier est limité. Un canapé en simili cuir, une table basse qui renferme le dernier cri de la technologie informatique et audio-visuelle ainsi que quelques meubles. De larges baies vitrées offrent un éclairage conséquent et permettent d’accéder à un balcon spacieux. _ Je te sers à boire, chère amie ? _ Bien que j’ai assez bue pour une nuit, oui. Angèle Anna file dans la cuisine pendant que sa voisine s’asseye sur le canapé. Elle revient avec deux verres de jus de raisins. Elles discuteront une dizaine de minutes avant que Kathleen ne rentre chez elle. Une fois seule, l’espagnole conduira ses valises jusque dans sa chambre. Pour ce faire, elle passe par la cuisine qui est ouverte sur le séjour. Un petit couloir la conduit jusque dans sa chambre où trône un lit plus grand que les anciens standards. Elle ôte ses vêtements puis elle se dirige dans la salle de bain. Elle entre dans la baignoire pour y prendre une rapide douche. Ensuite, elle ira se reposer un moment sur le canapé, en tenue d’Eve. Le sommeil ne tarde pas à la submerger.
Elle sera réveillée à neuf heures et quart par sa montre. Surprise de s’être endormie si longtemps, elle émerge doucement. Pour se donner un coup de fouet, elle va prendre l’air sur son balcon. Celui-ci court sur deux moitié de façades. Par chance, elle a reçut un appartement qui dispose d’une large vue sur l’océan. Elle profite de ces quelques instants de calme avant de reprendre ses fonctions. La température dépasse déjà les trente degrés. Elle mange rapidement un morceau avant de se diriger dans la salle de bain. Contrairement à ce que l’on pourrait croire son réfrigérateur n’est pas vide, ni son garde-manger. Et pour cause, quelqu’un est venu le remplir le jour de son arrivée. Elle finit par s’habiller avec une robe légère de couleur blanche. Elle se maquillera et se coiffera avant de partir. Elle ne s’est pas tracassée pour savoir quelle paire de chaussures, elle portera. Elle déteste en porter même en hiver où il n’y a guère que les jours de grand froid qui la résigne à en mettre. D’ailleurs, elle n’en a pas sur Océaniya. Avec son mètre quatre-vingt dix, elle se sent plus à l’aise les pieds, bien à plat, sur le sol.
Vingt minutes plus tard, elle sort de l’ascenseur, cent cinquante mètres au-dessus du niveau de la mer. Elle rejoint un homme dans la fleur de l’âge, de type asiatique. Il s’agit de Tetsuya Nektutzeya. Depuis treize ans, ce japonais de cinquante trois ans a la charge du bon fonctionnement de la cité, de son intégrité physique…. Ils s’embrassent. Depuis trois ans, ils se relayent, tout les trois mois. _ Comment tu vas ? _ Très bien. J’ai seulement hâte de rentrer chez moi. De revoir mon épouse et mes enfants. _ Je te comprends. Malheureusement, j’ignore encore ce que c’est. _ Ça viendra. A ton âge, j’étais encore célibataire. Je t’ai laissé sur ton bureau, un volumineux dossier. _ Un volumineux dossier de quoi ? _ Sur un projet concernant une cité sous-marine, Poséidos, je crois. Je l’ai parcouru vaguement comme ça, hier soir, mais la fatigue m’a vite submergée. On a un mois pour donner un avis, avant le Grand Conseil Planétaire. _ Je regarderais cela. Qu’attends-tu ? _ Rien. J’observe ce groupe de cétacés qui évoluent dans le secteur. Il y a des humains avec eux. _ Comme d’habitude ! _ En effet. Ce qu’il y a d’inhabituel, aujourd’hui, vient de la présence de quelques baleines à becs appartenant à des peuples inconnus. Il active bon nombre d’écrans virtuels en touchant certains hiéroglyphes qui ornent les rambardes de protections. En plus des images en tant réel, ils disposent de toutes les informations nécessaires. _ Qui nage avec eux ? _ Tu le demandes. Ce sont les jeunes femmes du Triton, bien sûr. Pour le prouver, il oriente le flux d’images sur les nageuses. Elle reconnut ainsi, Katya, la danoise blonde, Cassie, la mélanésienne, et Elise, la française rouquine. _ Ils sont là pour quinze jours, encore. Le navire a subi une sérieuse avarie, en traversant une forte tempête. _ Des blessés ? _ À part quelques bleus, non. Quelques hommes et quelques femmes arrivent sur le toit. Ce sont des scientifiques. La nouvelle de la présence de peuples inconnus, c’est vite répandu. Tetsuya et Angèle Anna quittent les lieux. _ Je te propose de faire un détour par le secteur des Cascades. _ Avec plaisir. Quoi de neuf sur notre chère Océaniya ? _ Comme d’habitude, des travaux de rénovation sont en cours, un peu partout. De nouveaux systèmes informatiques sont en cours d’installation. Cela concerne surtout la gestion et l’interface de la cité. La sensibilité des capteurs a été améliorée par 100. Le centre de contrôle pourra même pressentir certains évènements…… C’est ce que disent les concepteurs. J’attends de voir, pour ma part. La passerelle empruntée les conduit à un magnifique panorama. Les quatre gratte-ciel les plus proche sont le théâtre de quatre cataractes impressionnantes qui font la renommée de l’île. Chacun de ces immeubles est d’une couleur personnalisée qui leurs procurent l’allure de cristaux géants et donnent à l’eau des teintes différentes. Les deux fonctionnaires regardent alternativement des deux côtés de la chaussée car cette passerelle passe au milieu de la curiosité. C’est l’une des seules qui bénéficie d’une vue intégrale sur les cascades. Ces quatre cours d’eau se rejoignent pour former un petit étang qui escortera le liquide jusqu’au bassin intérieur. _ Tetsuya ? Ici, le Centre mondial de Suivi des Evènements Naturels. _ Je t’écoute. _ Bonjour. La tempête qui s’est formée, hier, se dirige vers vous. Elle risque de vous atteindre dans la nuit. _ Angèle Anna est à mes côtés. Elle sera contente d’apprendre que sa première nuit sera tourmentée. L’espagnole se branche sur le réseau mondial des communications. Automatiquement, elle est connectée à la conversation qui la concerne. _ Bonjour. La force de la tempête ? _ En ce moment, elle est classée en catégorie 1 mais les prévisions la voient passer en catégorie 3 quant elle sera au dessus de vous. _ Au moins, ça va me mettre dans le bain. Je vais demander aux contrôleurs aériens d’être le plus vigilants possible, de retarder ou d’avancer certaines rotations. Quoi d’autre ? _ L’activité sismique s’est soudainement accrue, depuis hier soir, dans votre secteur. Rien de grave, pour l’heure, mais nous vous avons placé en vigilance 1, au cas où. _ Très bien. _ On vous tient au courant, si il y a du changement. _ J’espère bien. _ Fin de transmission. _ Au fait, Tetsuya, j’espère qu’il n’y a pas de requins, dans le secteur. Je ne voudrais pas qu’un accident survienne à l’une des jeunes femmes. _ Je t’assure, il n’y a aucun risque. Ils ne se risqueraient pas, dans le secteur, avec toute l’agitation qu’il y a. Sans compter la présence de plusieurs bandes d’épaulards, au large. _ Il y a des épaulards, au large ? _ Oui. Tu devrais t’habituer, aux comportements étranges des cétacés. En ce moment, ils nous gratifient de quelques bizarreries. Les peuples les plus farouches se montrent de plus en plus facilement, certains se laissent même toucher alors que moins d’un an auparavant, c’était chose impensable. Les épaulards semblent même avoir fait la paix avec les autres nations cétacéennes. Eux qui ont la réputation d’être féroces envers les baleines, notamment. Est-ce leurs manières de nous encourager dans nos recherches ? Je n’en sais rien. _ Ils doivent encore fêter ce jour béni de juin 2012, où la chasse marine fut totalement interdite. _ Va savoir. Une jeune femme les joints, par communicateurs interposés. _ Salut, Océaniya. Ici, le bureau de la grande oratrice. C’était pour vous signaler qu’Erin Alicya O’Karakao est en route pour votre ville. Pouvez-vous préparer ses appartements ? _ On va transmettre au service des admissions. Le programme de sa visite ? _ Simplement quelques réunions avec le Comité de _ J’imagine qu’une salle de réunion sera nécessaire ? _ Oui, si vous pouvez lui en réserver une. _ Ce sera fait. _ Merci. Ils regardent la cascade, un moment, sans rien dire. _ Ta première journée va être éprouvante. Rendons-nous au QG, on sera bien mieux. En plus, c’est beaucoup plus calme pour recevoir les nombreux appels que nous aurons. Le bâtiment où ils vont est le plus petit de l’île. Une toute petite dizaine d’étages de haut mais la même largeur que les autres. Il contient tous les services, tous les organismes et toutes les administrations qui gèrent la ville. Pour s’y rendre, ils empruntent la passerelle qui conduit au Sud de la ville puis une seconde, vers l’Est. Le petit immeuble est au milieu d’une place de grande taille, très arborée et agrémentée de nombreuses fleurs. Un ascenseur les conduit jusqu’au plancher des vaches. Une fois dans le bâtiment, ils reprennent un autre ascenseur qui les conduira jusque sur les toits. Le bureau bénéficie d’une vaste terrasse. Ses mûrs sont transparents mais se teintent en fonction de la luminosité. La pièce occupe plus de deux cent mètres carrés. Ils s’installent à proximité d’un grand bureau en simili bois. Des centaines d’écrans flottent dans les airs. Le plan tridimensionnel de la ville trône au milieu. Il montre ce qui est visible comme ce qui est occulté par la surface des eaux. Une dizaine d’icônes empruntée aux anciens panneaux de signalisations routières indique les zones en travaux. Toutes les navettes présentes sur leurs plates-formes ainsi que dans un rayon de cinq kilomètres, tout autour de la ville, sont indiqués sous la forme d’un avion du début du vingt et unième siècle. Pour obtenir plus de renseignements sur telle ou telle icône, il n’y a qu’à la fixer, pendant une dizaine de secondes. Après vous n’avez plus qu’à lire tous les renseignements disponibles, comme la destination, la provenance, le modèle, la date de mise en service, le pilote, le nombre maximal de passagers, l’heure d’arrivée, l’heure de départ. _ Une dizaine de rapports journaliers attendent d’être lus. _ Je m’en occuperais dans l’après-midi. La jeune femme active, sur le mur du fond, une mosaïque d’écrans qui offrent de multiples points de vue sur la grande cité océanique. _ Comment tu peux travailler comme cela, Angèle Anna ? J’ai eu beau essayé, pendant plusieurs mois, je devais me résoudre à déclarer forfait à chaque fois, lorsqu’une migraine atroce me tenaillait. _ Je sais. Tout le monde me demande comment j’arrive à faire un tel prodige. Je ne me l’explique pas. Je le fais, c’est tout et je prends plaisir à le faire. _ C’est pour cela que tu es si efficace ? _ Je ne me pose pas la question. Quelques images montrent le groupe de cétacés s’approcher de la grande cité. Plusieurs dauphins et les humains suivis d’un Mégaptère pénètrent dans l’un des trois passages de l’aile Ouest, large de cent mètres et profond de vingt mètres. _ Tiens. Voilà que même les grandes baleines empruntent nos couloirs d’accès au bassin intérieur. _ Je sais…. En pointant son doigt sur le plus petit immeuble de la ville, au niveau du troisième étage, Tetsuya se connecte au service interactif. _ Je vous annonce l’arrivée de _ Merci, nous avons pris note de cette demande. Nous nous occupons de tout cela. _ Merci bien. En finissant la conversation avec la fonctionnaire administrative, il jette un coup d’œil sur l’ensemble des écrans. Rien d’anormal, à l’horizon. La vie suit son cours, tranquillement. Deux navettes survolent la zone. La première retourne à New York. La deuxième se prépare à atterrir sur la plate-forme 4, au Sud de la mégalopole. Le groupe de cétacés entre dans le bassin intérieur. Les gens qui les accompagnaient, finissent par sortir de l’eau. Nus, ils rentrent chez eux. D’autres citadins se joignent aux cétacés, après s’être déshabillés. Dans les passerelles, il est fréquent de rencontrer des personnes en tenue d’Adam ou d’Eve mais personne ne s’en offusque. Les trois quarts du temps, il s’agit d’individu allant se baigner ou en revenant. La population étant jeune, elle dévoile son corps plus aisément que les générations précédentes, les anti-nudités ayant depuis longtemps disparus et les lois restrictives, abolis.
_ Tiens, je te donne, avant d’oublier, le fameux dossier sur Poséidos. Pour tout dossier, il lui donne un cristal de deux kilogrammes qui contient plus d’information que le plus puissant ordinateur de notre époque. Et pour cause, il renferme la quinzaine de projets en course, l’intégralité des plans des futures cités, la topographie des lieux sélectionnés pour ce projet, les discours des concepteurs, la prévision de la durée des travaux, les moyens nécessaire, les modes d’approvisionnements….. _ Je crois qu’il faut une dizaine d’heures pour le parcourir intégralement. Comme je te le disais, on a un mois. La session du Grand Conseil qui en décidera est programmée pour le 17 juillet. _ En espérant qu’il ne finisse pas aux oubliettes comme la chimérique Eolia. _ C’est un risque, en effet. Eolia fut le dernier projet de Nicholaj Taboulakis. Une mégalopole volante gigantesque de cinq kilomètres de diamètre qui devait se servir des courants aériens mondiaux pour se maintenir en vol. Il fut jugé irréalisable et finit par rejoindre les projets mort-nés.
Un vaisseau spatial de catégorie 2 apparaît, au dessus de la ville. Il vient de Sélène, la capitale lunaire. Il transporte Erin Alicya O’Karakao.
L’engin spatial LICORNE-ALPHA-MOON B se pose délicatement sur la plus grande plate-forme de la ville, à une cinquantaine de mètres du bâtiment le plus bas. Les quarante passagers sortent dans le calme. La chaleur ambiante semble les surprendre. La fréquentation des passerelles, aussi. Comme à son habitude, l’irlandaise d’une quarantaine d’années est la dernière à voir le soleil. Ses cheveux blonds sont coupés courts. Elle paraît bien petite. Il est vrai que lorsque l’on ne mesure qu’un mètre soixante, on peut difficilement se faire plus grande. Même ses chaussures ouvertes à talon ne parviennent pas à l’occulter. Elle rejoint Tetsuya et Angèle Anna qui viennent l’accueillir, chez eux, dans leur ville. _ Comment tu vas, Erin ? _ Fatiguée. Certains semblent vouloir, à tout prix, empêcher l’humanité d’avancer vers une nouvelle civilisation. Déjà qu’ils n’apprécient guère l’existence de nos amis, les Daukyrans, et leurs régulières visites. Le fait que nous ayons trouvé les clés de certaines des langues marines les révoltent, davantage encore…. _ Oui…. On s’en rappelle. Six mois auparavant, quelques membres d’un groupuscule idéologique parviennent à détruire tout un laboratoire de recherche. Des milliers de pages de données furent partiellement ou complètement perdus. Ce genre d’agression ne s’était plus produit, depuis plus d’un demi-siècle. Les coupables reçurent le courroux de toute l’humanité. Certains, même, connurent par la suite quelques désagréments animaliers. Pour eux, pas de prisons, elles ont cessées d’exister du fait de la disparition des armes à feu, de la richesse, du vol, des crimes, des viols…. Pas d’exclusion du Grand Conseil, non plus. Un humain y participe, quoi qu’il arrive, jusqu’à son départ dans l’autre monde. Ils furent condamnés à embarquer sur un vaisseau-ambassade à destination de Daukyrans. Pendant sept ans, ils devront côtoyer cette civilisation de dauphins, hautement évoluée, et ne pas nuire à la réputation des humains. Ce peuple extranéen accepta volontiers cette présence, en toute connaissance des faits. Les organes structurels des religions prirent, des sanctions car, eux aussi, n’ont pas apprécié du tout cet acte moyenâgeux. De nombreux groupuscules furent, tout simplement, dissout.
_ Et ce n’est pas, l’évènement du jour qui va détendre l’atmosphère. _ Que ce passent ils encore ? _ Quelque chose de formidable….. Il sort d’une poche de son pantalon, un cristal de petite taille. Il le pose sur la rambarde de la passerelle, à l’un des endroits prévus à cet effet. Le cristal émet une lumière bleue, pendant quelques secondes, avant de devenir blanche. Une image apparaît sur la surface translucide. Elle montre un dauphin faisant face aux nombreux scientifiques présent dans le laboratoire possédant un vaste bassin relié à l’océan. Ce face à face n’est pas une première, bien au contraire. Le message, par contre, est inédit voire inattendu. Le film se poursuit. Les humains activent le système de traduction humain-cétacéen. Les terrestres ne prononcent pas la moindre parole, ils attendent que l’aquatique commence. Ces derniers apprécient cette politesse. Les humains sont décontractés, c’est toujours un évènement lorsqu’un dauphin vient leurs parler. _ Je suis celle que vous appelez New Dawn. Les peuples de l’océan m’ont choisit pour être leurs ambassadeurs auprès de vous, les humains. Ceux-ci souhaiteraient fonder une Confédération Inter Espèce avec vous. De notre côté, cette idée fait l’unanimité. Et du votre ? Je me tiens à votre disposition afin que vous puissiez nous faire parvenir votre réponse. Bonne journée. L’image se volatilise. Le cristal se désactive. Il redevient, comme avant, totalement transparent. _ On les a connu plus loquace. _ Ça suffit quand même, pour provoquer des séismes importants au sein de notre communauté interplanétaire. Certains ne vont pas apprécier de voir certaines de leurs dernières certitudes tomber. _ Qu’en dit le Pape ? _ Il est inquiet…. Le fait que la plupart des animaux se révèlent être intelligent et pourvue d’une âme, il l’a digéré depuis longtemps. Il pense même qu’intérieurement, il l’a toujours su. Ce qui l’inquiète, ce sont ces réactions disproportionnées. Le Saint-Siège se réjouissait, depuis plus d’une cinquantaine d’années, d’avoir vu la disparition de la guerre, des meurtres, du terrorisme. Or, en ce moment, on assiste à une résurgence de certaines manifestations belliqueuses….. Le débat est important. Il le dit lui-même, de nouveaux horizons sont à notre portée. Si nous sommes capables de créer cette nouvelle civilisation alors nous pourrons travailler ce Collectif Milky Way dont certains ont émis le projet….. Tout ça pour dire que j’aurais mieux fait d’écouter le médium qui m’avait prévenu et qui m’avait conseillé d’attendre une dizaine d’années pour occuper ce poste. _ Heureusement que tu as été assez clairvoyante pour programmer une réunion avec le comité de la communication inter espèce. _ A moins que ce soit eux, qui, ait choisit ce jour, en toute connaissance de cause. _ Encore une idée à creuser. Les Dauphins ont-ils un troisième œil ? _ Ne rajoutons pas du combustible, là où il y a déjà un feu….. Quelle heure est il ? _ Midi passé de cinquante minutes. _ Je vais manger et me reposer avant les deux réunions qui m’attendent. _ Bonne journée, Erin. _ A plus tard. _ Profitons en pour manger, nous aussi. On se retrouve, dans une petite heure au QG. _ A tout de suite. La jeune femme se fraye un chemin, dans ce dédale de passerelles abondamment fréquentées. Non loin d’une fontaine faisant office de rond-point, elle croise sa voisine en tenue d’Eve. Comme tout cétologue qui se respecte, elle ne rate jamais une occasion de nager avec les dauphins. Peut être arrivera t’elle à recevoir d’autres connaissances marines. Elles s’embrassent. _ Tu es au courant, j’imagine ? _ Bien sûr, mais dis-moi, pourquoi ce genre de choses arrive toujours pendant mes jours de repos ? _ Je ne sais pas….. Tu vas te baigner ? _ C’est obligatoire. _ Tu t’es enduite de crème solaire, j’espère ? _ Bien sûr, je n’ai pas envie de ressembler à une écrevisse. Chacune reprend sa route. Elle n’a pas le temps de parvenir jusqu’à son immeuble que, déjà, quelqu’un la joint. _ Ici, le Centre Mondial de Suivi des Evènements Naturels. _ Je vous écoute. _ Des nouvelles de la tempête. Il semblerait qu’elle atteigne le niveau 4, lorsqu’elle vous survolera. Attention, les services météos du pacifique annoncent une augmentation rapide du vent, dans le quart d’heure qui vient. _ Merci. Dans le même geste, elle active l’Alerte au vent de niveau 1. Elle en informe aussitôt Tetsuya qui était déjà, au courant. Dans une petite demi-heure, le souffle d’Eole atteindra la barre des La jeune femme prépare son repas. Rien de très compliquer, une salade composée de tomates, de melon, de pastèque, de maïs, de mâches, de betteraves, de carottes, de concombres…… Elle revient s’installer devant le flux d’images. Une jeune femme d’une vingtaine d’années annonce les faits du jour. L’évènement principal trouve son origine dans les paroles d’un dauphin, dans un laboratoire d’une ville exotique. L’enregistrement a déjà été visionné par des milliards de personnes sur plusieurs planètes. Les remous attendus se montrèrent moins importants que prévus mais personne n’est dupe, il faudra une longue série de sessions du Grand Conseil pour parvenir un accord. Celui-ci viendra, beaucoup plus tard, le 13 juin 2080 et aboutira à la création de _ …. Voilà ce que nous pouvions dire à l’heure actuelle sur cet évènement sans précédant. Passons au reste de l’actualité. La grande oratrice Erin Alicya O’Karakao est bien arrivée sur Océaniya où elle dirigera deux réunions avec les fonctionnaires de deux comités. Ces séances seront, bien sûr, retransmises sur Océaniya TV, en direct. La trente quatrième rencontre du futur Collectif Milky Way débutera, cette après-midi, dans la constellation du Centaure, en orbite autour de la gemme Iramia. Tout le monde est déjà sur place et profite de la douceur locale…… Pas le temps de finir sa salade, elle est, à nouveau, dérangée. _ Angèle Anna ? _ Je t’écoute. _ Ici, la salle de contrôle d’Océaniya. Un vaisseau spatial de catégorie 4 est en fâcheuse posture. _ Continue. _ Alors qu’il s’apprêtait à se positionner en orbite, un astéroïde grand comme un terrain de foot l’a percuté de plein fouet. _ Comment est-ce possible ? Aucun système de détection ne l’a détecté ? _ Personne n’est en mesure de nous répondre. Sur Sélène, on n’a pas d’explication. Quant aux autres vaisseaux, ils sont désolés. Le Texan a signalé une avarie sérieuse, au niveau de ses radars, deux heures avant l’impact. _ Peuvent ils atterrir ? _ Non. Par contre, ils vont s’écraser, non loin de votre ville. Les moteurs sont en train de brûler. Ils ne servent plus à rien. La coque n’est plus étanche, dans de nombreux secteurs. Mais ils doivent leurs survies, à la survivance des boucliers, ils vont cependant finir par lâcher. _ Je croyais que les boucliers devaient empêcher ce genre d’incident. _ Nous aussi, mais il semble, à première vue, que ceux-ci sont faiblards, depuis quelques temps, et très inconstants. _ Sa place devrait être sur Titan, pour une révision. _ Les Affaires Spatiales avaient décidés de le désaffecter et de le démembrer. _ Il y a-t-il des blessés ? _ Le dernier bilan connu est de 6 morts et 49 blessés dont plus de la moitié sont dans un état critique. _ Qu’attend t’on pour leurs porter secours ? _ Il n’y a pas de vaisseaux disponibles, en ce moment. _ Et l’Ellesmere, où est-il ? _ Ici, sur Océaniya mais personne ne l’a plus piloté depuis deux ou trois ans. _ Il est opérationnel ? _ Bien sûr….. _ Où est le Texan, exactement ? _ Encore dans l’espace, pour une dizaine de minutes. _ Personne ne peut les secourir, là-haut ? _ Non…. Il faudrait couper les boucliers. Le temps de s’arrimer et d’arriver jusqu’aux passagers, tous seraient morts. _ Très bien. Je vais donc piloter, moi-même, l’Ellesmere. _ Mais vous n’êtes pas pilote ? _ En effet mais, mes scientifiques de parents utilisaient ce vaisseau, dans leurs recherches. Ils m’ont appris à le piloter. Vu que je sais le faire, je vais donc contribuer à sauver ses personnes…. Dîtes à Tetsuya de me rejoindre, devant l’engin, et trouvez nous un maximum de médecins, d’infirmiers. Que tous soient, là-bas, dans un quart d’heure. _ Très bien. Rapidement, elle consulta le plan interactif pour connaître l’emplacement de son lieu de rendez-vous. Malheureusement, il est de l’autre côté de la ville. Sans se poser de questions, elle quitte la pièce en courant. En courant, elle emprunte de nombreuses passerelles, sous le regard des citadins qui se demandent bien ce qui peut bien se passer. Slalomer entre les personnes, lui demande beaucoup d’efforts de concentration, d’endurance et lui fait perdre un peu de temps. Elle arrive, toutefois, à temps, trois kilomètres plus loin, au pied de l’Ellesmere. Elle est à bout de souffle. _ Je croyais que tu étais une fana de course à pieds. _ Oui mais depuis que je suis là, j’ai la flemme d’en faire. L’engin déploie son escalier d’accès. Angèle, Tetsuya et la petite dizaine de secouristes embarquent, rapidement. _ Tour de contrôle ! Ici l’Ellesmere. Nous sommes prêt pour le décollage. _ Bien reçu, Ellesmere. Nous préparons votre tunnel d’envol. La petite navette scientifique est dans un hangar qui ne contient que trois engins, tout en occupant un espace conséquent de l’étage, une dizaine de mètres sous la surface. Il faut dire que ces moyens de transports ont une taille respectable qui dépasse, tranquillement, la centaine de mètres. Un long cylindre énergétique, évidé en son centre, grandit depuis le bâtiment jusqu’à la surface. _ Allez-y, Ellesmere. Le Texan est en train de rentrer dans l’atmosphère. Les boucliers tiennent toujours….. C’est un miracle. Angèle Anna décolle, aussitôt, sans que l’engin ne fasse de bruit. Délicatement, il s’élève dans les airs avant de prendre la direction du tunnel. Des éclairs parcourent la paroi énergétique et effleurent la carlingue. Moins d’une minute plus tard, ils fendent la surface du bassin intérieur. Aucune baleine, aucun humain, aucun dauphin ne se trouvait dans les parages immédiats sinon le décollage aurait été retardé ou déplacé. _ Donnez-nous toutes les coordonnées de la trajectoire empruntée par le Texan. _ Tout de suite. L’ordinateur de bord reçoit tout ce qui est nécessaire à la poursuite de l’opération. Le vaisseau en détresse traverse l’épaisse atmosphère à vive allure. Depuis son poste de commande, on tente par tous les moyens de le ralentir et de maintenir une trajectoire digne d’un engin de sa classe mais les importants dégâts subis ne leurs facilitent pas la tâche. Les équipes médicales font tout ce qu’elles peuvent pour soigner les blessés mais les secousses incessantes et l’instabilité électrique ne les aident pas vraiment. Du coup, il y a énormément de tensions qui s’installent. Il faut toute la sagesse du Commandant bolivien pour ramener un semblant de calme. Plusieurs malades lui en seront gré. _ Combien de temps encore avant l’atterrissage ? _ Ce ne sera pas long. Une dizaine de minutes, tout au plus. _ J’ai bien peur que certains soient passés de l’autre côté, d’ici là. _ On fait ce qu’on peut. Je te signale, pour ton information, qu’on n’est pas loin de tous y passer. _ Que tout le monde garde son poste, s’il vous plaît….. Vous devriez mettre toutes vos énergies dans ce que vous faites, au lieu de vous disputer… Alors, comme on dit chez moi, tant qu’il y a de la vie, il y a de l’espoir.
_ Je ne comprends pas très bien ce que tu veux faire…. C’est un vaisseau de catégorie 4, je te rappelle alors que ton vieux coucou ne doit même pas être classé. _ Pour ton information, si. C’est un catégorie 2. Respectes un peu, celui qui m’a sauvée la vie, une bonne dizaine de fois, déjà. L’Ellesmere a beau mesurer près de deux cent mètres de long pour une cinquantaine de large et dix de haut, il ne tient pas la comparaison avec le Texan dont la longueur dépasse les cinq kilomètres, la largeur excède les trois kilomètres et la hauteur culmine à mille trois cent mètres. Par contre, si le premier affiche près de trente années de bons et loyaux services, le second vient tout juste d’atteindre sa huitième année d’existence. _ Ce vaisseau, c’est une plaie pour les Affaires Spatiales. Certains américains voulaient montrer au monde entier qu’ils étaient encore les meilleurs dans le domaine spatial….. Le résultat, c’est ce Texan. Ils ont voulus, à tout prix, le construire dans les arsenaux vieillissant du Nord-Texas alors que plus aucune Confédération Continentale ne fabrique ces engins sur Terre. Aucun de ces nombreux voyages ne s’est déroulé, sans imprévus considérables. Les américains auraient de quoi faire des centaines et des centaines d’épisodes pour une de ces séries burlesques dont ils ont le secret et qu’ils affectionnent.
Le Texan est encore aux prises avec le bouclier surchauffé de _ Où en sont les boucliers ? _ Ils fluctuent entre 25 et 60 pour cent de leurs capacités, selon un cycle d’une dizaine de secondes. _ Combien de temps tiendront ils encore ? _ Vu les paramètres que j’ai, une minute ou deux, tout au plus. _ Texan, ici, l’Ellesmere, nous allons tenter de vous ralentir puis de vous maintenir sur les flots, le temps de votre évacuation. _ Vous ne ferez jamais le poids. _ Ellesmere. Ici, les Affaires Spatiales ne prenez pas de risques inconsidérés.
Le Texan descend à vive allure. L’Ellesmere monte à sa rencontre. Les boucliers sont activés des deux côtés. Le choc fut malgré tout brutal. Il causa des blessures dans les deux engins. Certaines portions du Texas furent irrémédiablement endommagées. Néanmoins, la manœuvre a réussit. Le vaisseau de poche soutient son homologue en perdition. Angèle Anna contrôle la descente du mieux qu’elle le peut. _ Que tout ceux dont la présence n’est pas expressément indispensable filent dans les capsules de secours. _ Quant on pense qu’avec des boucliers eurasiatiques, tout ceci aurait pu être fait, avant…. Et oui, ils ne peuvent pas être coupés et rallumés rapidement, contrairement aux autres. En plus, ils sont gourmands en énergie. Les boucliers du Texan viennent de lâcher. Le brasier qui sévissait dans certains secteurs en est ravivé. _ Ejecter les capsules de secours…. Vus qu’elles flottent, un navire les récupèrera, plus tard. Elles ont une autonomie en eau, en vivre et en air, d’une journée. Contacte les Affaires Maritimes qu’ils en déroutent un. Immédiatement, une quinzaine de cubes de vingt mètres de côtés s’éjectent de la grande carcasse interstellaire. Ce sont ainsi près de deux cent personnes qui s’écartent du danger. Leur vitesse d’éjection les écartera de la trajectoire empruntée par leurs vaisseaux-mères, d’une bonne quarantaine de kilomètres. Pendant ce temps là, Angèle Anna surveille attentivement la suite des évènements. L’ensemble du trafic aérien a été écarté de la région pour ne courir aucun risque. La surface océanique est encore à deux ou trois kilomètres en contrebas.
Bien sûr, toute l’humanité est au courant de la situation. Près de trois milliards de paires d’yeux sont rivées devant les toutes dernières générations d’écrans audiovisuels. Dans le Centre mondial des Affaires Spatiales, le calme est loin d’être revenu. Les uns sont crispés devant leurs écrans. D’autres pestent contre cet astéroïde qui ne devait pas se trouver là. Une troisième catégorie d’individus cherche calmement à comprendre comment cela a pu bien arriver. D’autres encore ne peuvent pas vraiment suivre cette affaire car ils ont d’autres occupations. _ Electrode, vous avez le feu vert pour quitter votre place de parking et rejoindre votre destination. _ Merci beaucoup, Gaborone. Nous vous enverrons une carte postale du secteur de Spica de _ Très bien. Le soleil qui brille dans nos cœurs, vous, accompagne. Je vous contacterai dans trois heures. _ Ici, Erin Alicya O’Karakao. Au nom de toute l’humanité et en tant que représentante du Grand Conseil de
La descente se poursuit, tant bien que mal, mais les moteurs de l’Ellesmere ne peuvent pas totalement contrecarrer les effets de la gravité sur le Texan, beaucoup plus volumineux. Angèle Anna et Tetsuya ont leurs cœurs qui battent à plus de cent soixante à la minute. Certaines parties de l’engin en détresse menacent de se détacher. _ Pouvez-vous éjecter les compartiments les plus esquintés ? _ Oui. Nous sommes tous réunit dans la quinzaine de secteurs viable, au centre de la structure. Les portes étanches de séparation des compartiments sont closes. Par contre, elles ne s’écarteront que d’une centaine de mètres….. Pas plus. _ Cela suffira. Une grosse vingtaine de blocs se détachent. Le convoi gagne en équilibre tandis que le vaisseau porteur parvient enfin à ralentir, un peu, la vitesse de chute. _ On va quand même, faire un splash monumental. _ L’Ellesmere en a vu d’autres, tu sais. _ Question importante : Comment vas t’on faire pour les récupérer ? _ Un sous-marin sera sur zone, dans une quinzaine de minutes. Le duo rentre brutalement, dans l’eau. Il en résulta un choc monumental qui bouscula tous les passagers ainsi que les blessés du Texan. _ Ici, le Récupérateur polyvalent, Le Lémurie. Où est le Texan ? _ Il vient d’entrer dans l’eau. _ C’est juste, on le voit sur le radar. Vous pouvez partir, Ellesmere. Nous allons réceptionner le colis. Vous avez parfaitement géré une situation qui aurait dû tourner au cauchemar. Je vous tire mon chapeau. Celui qui dit cela compte une vingtaine d’années d’expérience dans les sauvetages désespérés qui bien que rares, sont trop nombreux, à son goût. Pendant ce temps, l’Ellesmere s’est désolidarisé. _ Ici, le Gaborone. Nous entamons la récupération des capsules de secours. _ Qu’est-ce que vous faîtes-là ? _ Nous venons donner un coup de main. Nous traînions dans les parages. _ Votre vieux coucou a l’air de bien se porter. _ Comme un charme. On s’occupe des capsules situées à l’Est de votre position. _ Bien noté, Gaborone. _ Ici, Les Falkland, le navire de classe Espadon. Nous commençons le sauvetage des capsules de secours. Tout le monde sera au sec, dans moins d’une heure, sur Océaniya. Sans attendre, l’Ellesmere rentre au bercail.
Une demi-heure plus tard, l’engin a retrouvé sa place, dans son hangar. Tetsuya et sa jeune collègue ont reçus quelques soins. Plusieurs plaies et contusions sont à déplorer. Ils rejoignent le point de vue le plus proche pour apprécier le fil des évènements. Déjà, de nombreux nuages menacent de verser leurs réservoirs d’eaux. Le vent forcit de minutes en minutes. La mer est démontée. Les vagues culminent à cinq mètres. _ Activation des brises vagues. _ Tout de suite. Angèle Anna cherche la confirmation visuelle. Sur plusieurs lignes, des champs énergétiques, de toutes tailles, apparaissent. Les vagues viennent s’y fracasser avec une force inouïe qui fournit l’énergie nécessaire à la survit de ce système de défense. Un groupe de baleines évite cette armada pour s’approcher de la ville. Elles s’éloignent les unes des autres. _ Les pares-vagues sont activés. Tout va bien se passer……. Tour de contrôle….. Vous pouvez basculer le trafic aérien en mode tempête. Dès que les rafales d’Eole atteindront les cent quatre-vingt kilomètres à l’heure, tous les vols qui devaient arrivés en ville seront soit déroutés, soit reportés, soit carrément annulés. Au même instant, la base de secours numéro vingt sept sera placée en état d’alerte. Tout le personnel présent sera prêt à intervenir, dans le secteur, si le besoin s’en fait sentir. _ Il n’y a plus qu’à attendre. Un chant monumental vient de l’océan. Il est aussitôt repris par d’autres individus, de part et d’autres de la ville. Toute l’activité humaine semble s’être suspendue comme pour mieux communier avec les Léviathans des mers. Toutes les baleines effectuent des bonds spectaculaires, hors de l’eau, tout en chantant. Plusieurs citadins en ont les larmes aux yeux, tout comme Angèle Anna. _ Je ne sais pas pourquoi mais à chaque fois, c’est la même chose. Dès que j’entends leurs voix, j’en pleure. _ Tu n’es pas insensible à leurs messages, voilà tout. _ Espérons seulement que la tempête, aussi, n’y soit pas insensible. Un vaisseau de grande taille surgit, à vive allure, sans que quiconque le remarque. Il ralentit juste avant de survoler la mégalopole. Personne n’a encore levé le nez en l’air qu’il est en vol stationnaire, au-dessus de la ville. Plusieurs navettes de liaison en sortent. _ Ici le Gaborone…. Nous terminons actuellement le transfert des rescapés éjectés du Texan dans votre ville. Ce sera à vous de gérer leurs séjours et de veiller à leurs retours dans leurs foyers. Les Falkland et le Lémurie ne devraient pas trop tarder. Ravis de vous avoir prêté main forte… Angèle Anna et Tetsuya lèvent les yeux pour regarder l’engin. Ils ne l’avaient pas encore remarqués. Pourtant, sa taille excède les quatre kilomètres de longs pour trois de large. _ Bien reçu, Gaborone….. Bon retour. Toutes les navettes de liaisons reviennent. _ Votre prochaine destination ? _ On n’en sait rien. Peut-être allons-nous faire un petit tour en direction d’Europa. Certains aimeraient se rendre une dernière fois, dans son mystérieux océan. _ Dans ce cas-là, bon voyage et merci pour le coup de main. _ Tout le plaisir était pour nous. Cinq secondes plus tard, le Gaborone reprend sa route. Discrètement, il s’en va comme il est venu. En tout et pour tout, il n’y a qu’une poignée de citadins qui se sont rendus compte de sa présence. Le concert offert par le chœur des Nations Cétacéennes n’en fut pas interrompu, ni même perturbé. Il se poursuit ainsi, dans l’écoute, pendant une grosse demi-heure durant laquelle même Eole semble avoir stoppé son souffle pour mieux écouter le message des baleines.
La représentation s’arrêta net, au bon milieu d’une phrase. Dans l’assistance humaine, c’est l’incompréhension. Les voix marines répètent « Séisme, séisme ». _ Tetsuya. Le système de sécurité anti-Tsunami vient de s’activer, automatiquement. _ Et de deux. _ Et de deux quoi ? _ Et de deux signes. Les baleines disent, en ce moment, séisme. _ Qu’en disent le Centre Mondial de Suivi des Evènements Naturels ? _ On va les contacter. Angèle Anna s’atèle à cette tâche. _ Ici, Océaniya….. _ Je vous écoute. _ Nous avons deux indications de tremblement de terre, dans le secteur. Avez-vous une confirmation à me donner ? _ En fait, il y en a eu plusieurs dans la dernière demi-heure. _ Il y en a bien une qui aurait pu déclencher notre alerte anti-sismique. _ Non….. Attends…… Oui, il y en a bien une…… Un séisme de magnitude 8,3 vient de secouer la fosse des Mariannes, à environ trois cent kilomètres de votre position. Il y a effectivement une probabilité qu’un tsunami se forme. Les satellites qui scrutent les mouvements des plaques ont détectés une déformation qui pourrait provoquer une faible vague de vingt à cinquante centimètres mais il n’y a que vingt pour cent de probabilité qu’elle vous atteigne. _ Merci…… On surveillera, tout de même, le visage de l’océan. La communication est rompue. La jeune espagnole fait un rapide compte-rendu de la situation. _ Moi qui croyais qu’on allait s’ennuyer, aujourd’hui, c’est raté.
Tout au long de l’après-midi, le temps continue de se gâter. Il n’est pas encore, tout à fait, cinq heures lorsque les bourrasques dépassèrent la barre des cent quatre-vingt kilomètres à l’heure. Le trafic aérien est aussitôt suspendu mais avant, sept arrivées, six départs et trois visites extra-terrestres purent avoir lieu. Des trombes d’eaux s’abattent sur la ville. Les systèmes d’évacuations sont mis à rude épreuve mais ceux-ci remplissent parfaitement leur office. La mer déchaînée parvient tout juste à éclabousser quelques jeunes gens qui roucoulaient dans l’un des bas quartiers de la ville, bien à l’abri de la pluie. Tetsuya et Angèle Anna ont repris possession de leurs bureaux. Ils peuvent contempler les illuminations de la ville que l’obscurité a activée. Ils surveillent surtout, les réactions du monstre de technologies. Ils suivent, en direct, l’efficacité du système d’évacuation, des éventuels dégâts occasionnés et des blessés qu’il peut y avoir. Toutes les dix secondes, un nouveau rapport d’état est édité par l’intelligence centrale de la ville. Pour l’heure, rien d’inquiétant n’a été signalé. La tempête atteindra le niveau 5, juste au dessus de la ville, mais il y aura peu de dégâts. Les structures résisteront une fois de plus. Il n’y aura en tout et pour tout que : cinq vitres de cassées, trois blessés coupés par du verre, deux angines (dans la semaine qui suivra) et trois malades du mal de mer.
L’horloge informatique affiche 23 heures. Comme chaque soir, Tetsuya termine sa journée sur la terrasse d’un café, sur le toit d’un des nombreux buildings. La ville a repris son visage nocturne habituel, comme si rien ne s’était passé. Ayant droit à un minimum de cinq tempêtes par ans, les citadins ont aussi repris leurs bonnes vieilles habitudes. En tout cas, ceux qui le peuvent. Et oui, plusieurs équipes de spécialistes inspectent la ville, sous toutes les coutures. Déjà, on répare ce qui doit l’être. On informe l’équipe de l’oratrice sur les dégâts occasionnés. Angèle Anna vient s’asseoir à la table de Tetsuya, accompagnée de sa voisine de palier. La dernière chaise libre trouve rapidement preneur en la personne de Erin Alicya O’Karakao. Celle-ci est très fatiguée. Une jeune serveuse, pieds nus, vient les servir. _ Merci. _ Il y en a au moins une que la tempête n’a pas perturbée. _ On a tous l’habitude donc on ne s’en offusque pas Elle repart en souriant. Quelques bourrasques viennent rappeler la violence de la tempête passée. _ Malgré des pointes à deux cent quarante-quatre kilomètres à l’heure, elle ne figure même pas dans le Top Ten des Ouragans les plus violents ayant sévi sur Océaniya. _ J’en suis presque déçue. _ Et votre journée à vous, Chère Erin Alicya ? _ Usante. Deux réunions fastidieuses à la suite, c’est trop. _ _ Le dossier brûlant du moment risque de l’être pour de longues années encore. On a sans cesse été interrompu par des appels intempestifs de tout bord. Tantôt pour nous informer de la tenue de manifestations anti-dauphins par quelques fanatiques, tantôt pour nous dire que les pro communications inter espèces en faisaient autant, tantôt pour nous dire qu’il y avait des échauffourées entre les deux rassemblements, tantôt pour nous insulter, tantôt pour nous encourager….. C’est désolant…. Il faut toujours qu’il y ait un évènement pour nous montrer que finalement nous n’évoluons pas vite. _ Cela finira bien par passer. Ils vont finir par ce faire à cette idée-là puis ils viendront t’embêter en te reprochant de ne pas aller assez vite. Des talents de médiums, elle a, cette jeune femme. Et en effet, cette tension ne durera pas. Dans trois ou quatre ans, tout le monde aura accepté cette idée mais il faudra encore travailler pour parvenir à la création de cette civilisation élargie. Le ciel étoilé gagne rapidement l’attention des convives. Une navette intercontinentale s’apprête à atterrir alors que tous là-haut, plusieurs monstres interstellaires attendent le moment du départ.
Tous droits réservés
Lundi 28 Septembre 2009Poster un commentaire
Briser la glace
Dans la banlieue de Jupiter. Année 2036.
Quatre vaisseaux arpentent le système jovien. Ils ont pour nom, L’Alchimiste, L’Atlante, L’Ancien et Le Marcheur. Bientôt, ils seront rejoints par quatre autres engins de la catégorie 3. Le Gaborone, le Buenos Aires, L’Amsterdam et Le Calcutta viennent pour une durée de quatre mois. Dans quelques jours, ils prendront la relève des quatre précédents. En attendant, tous devront s’atteler à quelques explorations. Par exemple, Le Calcutta s’aventurera dans les fins anneaux de la géante de gaz. Une première.
Jupiter a été approché, pour la première fois, en 2025. Depuis, des vaisseaux transitent en permanence autour de ce système miniature. Plusieurs satellites ont été visités, comme la volcanique Io. Maintenir une activité jovienne ne fut pas sans mal. En effet, de grands chantiers ont la priorité. Les constructions de la première cité lunaire (Sélène) et des arsenaux de Titanium réclament de gros moyens. Ajoutez y les relations avec les civilisations extranéennes et les préparatifs de la toute première mission extrasolaire, vous aurez une idée des obstacles rencontrés.
Aujourd’hui, jour de
En orbite stabilisée, on s’active sur les vérifications d’usages. Dans les plus brefs délais, on transmet un rapport au Comité des Affaires Spatiales qui, dans le même temps, le transmettra à la population mondiale. Dès la septième heure de présence, les équipements scientifiques sont opérationnels. Les explorateurs se mettent en condition qu’elle soit physique, mentale et spirituelle. Chacun y va de son petit grigri. Le commandant algérien du Gaborone est si nerveux qu’il casse tout ce qu’il touche. Son commandant en second jamaïcain est éminemment plus détendu. Ses longs cheveux dreadlocks ont le don d’agacer au plus haut point son supérieur.
Les agences spatiales ont connues quelques petits changements. L’Agence européenne prit le leadership suite aux difficultés américaines. Une agence asiatique s’est créée en 2021 autour du Japon, de
La situation géopolitique, en cette année 2036, est sereine. Tous les brasiers armés se sont éteints, faute de combattants. Les armées ne trouvèrent plus personnes à recruter. Sous la pression des peuples, les armes sont démantelées. Des chantiers jusque là délaissés se voient accorder une plus grande importance. Ainsi, la famine a disparue. A peine, doit on constater quelques insuffisances, ça et là. Plusieurs villes se font faire une nouvelle beauté. On citera les victimes de catastrophes naturelles tels que Paris, Brasilia, Londres, New York et Helsinki. Parmi les autres, on trouve Lyon, Détroit, Chicago, New Delhi, Moscou et Canberra.
Un briefing pesant s’éternise, juste avant le lancement des opérations. Bons nombre d’individus s’y seraient endormis. _ Le monde compte sur nous. Le monde a les yeux rivés sur nous. _ Tu parles. Ils ont d’autres chats à fouetter. D’autres préoccupations. Les hauts conseils Wekhtah, Karthéens, Viitians et Latviens sont attendus, en fin de semaine, pour un rendez vous galactique. Dans les rangs : _ Ajoute à cela, les rencontres sportives, la découverte de ruines sous les glaces du Groenland. _ D’ailleurs, cela me fait penser que je vais rater le match de mon frère. _ Que fait-il ? _ Il est troisième ligne dans l’équipe malienne. Ils affronteront au deuxième tour de _ Quart de finaliste contre l’Angleterre, l’an dernier, cela avait fait grand bruit. Sur un match sec, tout est possible. _ Dites donc tous les deux, cela vous ennuierait de m’écouter ? Je vous signale, quand même, que tout à l’heure, quand vous serez dans le module, il vous faudra être autrement plus attentif. Votre vie en dépendra. _ On le sait….. Cela fait quatre ans que l’on nous casse les oreilles avec çà. On connaît toutes les procédures par cœur. Des milliers d’heures dans des simulateurs alors dé stressé, un peu. Ce n’est pas comme si c’était votre propre vie qui était en jeu. _ Et à votre avis qui payera pour les pots cassés ? A qui reprochera t’on de ne pas avoir su vous remettre sur le droit chemin ? _ Ecoutez le avec ses grands mots….. C’est lui, le jeune diplômé qui va nous apprendre notre métier alors que la moitié de l’équipage traîne sa carcasse, dans le vide sidéral, depuis une vingtaine d’années. _ Je vous ai assez vu, dégagez……. Vous avez une heure pour être à vos postes. Le teint du commandant a viré au rouge. Il n’aime pas particulièrement ses vieux eurasiatiques qui le prennent pour un gamin. La moutarde lui monte rapidement aux narines. Lui, le méditerranéen au sang chaud n’aura sans doute jamais le flegme légendaire d’un anglais. Et pourtant, il devra s’y faire. Pendant 32 ans, le Gaborone assurera une multitude de missions, de voyages dans le système solaire. Pendant 32 ans, il en sera le seul commandant de bord. Pendant 32 ans, il en verra passer du monde qui tentera de le pousser à bout.
Une heure s’est écoulée. Le commandant algérien est en grande discussion avec ses homologues des sept autres bâtiments. Rapidement, il ordonna le lancement de la mission Europa. Pendant ce temps, il recevait une foule de données récentes. Jupiter y dévoile deux nouvelles tempêtes aux inhabituelles teintes vertes et violacées. La plus petite pourrait facilement contenir
Pendant de nombreux mois, les ingénieurs hésitèrent sur le mode opératoire à suivre pour s’enfoncer dans la glace. Certains voulaient se servir d’une foreuse. Les autres voulaient faire fondre la glace en utilisant la chaleur que l’on aurait générée sur la carrosserie. Des capteurs auraient permis de stocker et utiliser l’énergie récupérée pour toutes les applications. Finalement, on opta pour la première solution. Des récepteurs d’énergies sont quand même placés sur les coques latérales. Les parois chauffées par le frottement feront fondre une partie de la glace. L’énergie générée pourra y être récupérée.
L’ambiance est montée d’un cran. Tout l’équipage, dix individus, est installé. Chacun à son poste. Bien sûr, l’attente commence à être longue. Ces engins n’ont plus rien à voir avec les antiques coques de noix qui servaient aux pionniers de l’espace. Chacun dispose d’une pièce pour se ressourcer et s’isoler des autres. Musiques, films, objets fétiches sont même du voyage. Finalement, le compte à rebours s’approche tout doucement du zéro.
Le garage du vaisseau de quatre kilomètres de longs pour trois de large et un de haut, s’ouvre. Le vide interplanétaire se dévoile. Le pilote du petit engin a les doigts qui se crispent. Aussitôt, l’une des cinq femmes met de la musique. Pas n’importe quelle musique. Une de celles qui décontracte. Les propulseurs s’allument, dans le plus grand silence. Dans une dizaine de secondes, ils pourront s’élancer. Les yeux fixent tous, ce compte à rebours qui, décidément, est beaucoup trop long. Les chiffres passent, de l’un à l’autre, avec une extrême lenteur. Le temps semble comme être figé. Certains ronchonnent contre ce rebours.
Cette fois, l’horloge n’affiche qu’une succession de zéro. Sans attendre, le pilote cabre l’engin de poche. Sans perdre de temps, ils prennent le plus court chemin. Le satellite jovien n’est qu’à un millier de kilomètres. Une dizaine de minutes, et ils seront arrivés. Le Gaborone est en liaison constante. Toute la mission est retransmise en direct dans tout le système. C’est, sans doute, l’une des raisons qui le rend aussi irascible, anxieux. Ces ongles sont rongés jusqu’au sang. Les médecins recouvrèrent ses doigts d’un bandage imbibé de répulsif. Inutile de vous retranscrire ce qui leur a répondu. Inutile aussi de vous faire partager la réaction qu’eut son second, le jamaïcain. Je crois que vous pouvez aisément l’imaginer.
La banquise planétaire couvre, à présent, toute la baie de la salle de commande. Le pilote ralentit sa monture. On ne veut surtout pas provoquer un impact qui scellerait le sort de cette mission. A cent mètres du sol, il exécute un vol stationnaire. Tous les appareils embarqués se braquent sur la surface blanche. Ils vont essayer de trouver un endroit qui permettra de creuser la glace. En cela, ils sont aidés par le vaisseau mère. Comme il fallait s’y attendre, les spécialistes eurent quelques difficultés à se mettre d’accord. En attendant, le Pégase pose son corps sur la banquise. Sans se conformer aux hurlements de ses supérieurs, le pilote décida d’aller se dégourdir les jambes, un peu. L’atmosphère qui entoure le corps désolé est très riche en oxygène. Les astronautes utilisent un dispositif pour éviter d’être saoulé par l’abondance de cet élément. La température au sol est de moins cent cinquante degrés. Les vêtements spatiaux ne seront pas de trop. Grâce à eux, on pourrait même faire une grande randonnée sur les petits corps qui orbitent au-delà de Pluton, sans y prendre froid. Ils furent élaborés en 2011 et améliorés depuis, une petite dizaine de fois.
Le commandant du Gaborone hurle à pleins poumons. Sur le satellite, on en a cure. Il faut dire qu’ils sont les premiers à fouler le corps gelé d’Europe. _ Profitons en pour effectuer quelques prélèvements. Quelques carottages. Au moins, il y en aura quelques uns qui seront aux anges. _ À en juger, par les noms d’oiseaux qu’il prononce, en ce moment, le commandant n’en fera pas parti. Une jeune femme de 25 ans, blonde aux yeux bleus, s’affaire avec une petite sonde qui roule, toute seule. Haute de son mètre quatre vingt, elle utilise cet appareil pour extraire la toute première carotte effectuée sur ce monde. Elle en fera une petite dizaine qui feront jusqu’à trois mètres. Bien sûr, le but n’est pas de battre le record de longueur pour entrer dans le livre des records. Il s’agit juste de permettre aux scientifiques de résoudre quelques unes de leurs spéculations. Immédiatement, les échantillons sont placés dans un caisson étanche et isotherme. Sur le champ, la canadienne ramène ce caisson dans une petite chambre frigorifique spéciale qui couvre les huit mètres de la largeur de l’engin et tout au plus, deux mètres de profondeur. A l’extérieur, on ne s’éloigne guère. Ce n’est pas vraiment le moment de se perdre.
Là haut, l’équipe scientifique est enfin arrivée à un accord. La zone où ils viennent d’atterrir semble solide. Ils ont donc le feu vert pour poursuivre leur avancée. L’équipe ne tarde pas à reprendre possession du siège qu’ils occupaient, auparavant. Aussitôt, la foreuse est mise en action. L’engin décolle, un peu. A cinq mètres de hauteur, il incurve sa course. Il pique du nez. Sa tête rotative tourne à plein régime. De manière contrôlée, le convoi commence à creuser la glace. Tout les quart d’heures, ils ont avancés de quelques cent cinquante mètres. D’après les estimations, la banquise fait cent kilomètres d’épaisseur. Ils ne sont pas près de voguer au cœur des courants de l’océan qu’ils trouveront en dessous. Les parois translucides ne leurs offrent qu’un paysage monotone. Que ce soit devant, derrière ou sur les côtés, il y a toujours cette même vue. Un fidjien deviendrait vite dépressif.
Au bout d’une petite demi-heure, les voyageurs décidèrent d’organiser des tours de présence dans les salles de commandes. Trois dans celle du bas et deux, à l’étage. Les autres peuvent se reposer, s’isoler…. Le français rallume la musique. Rien de tel pour décrisper les nerfs. Rien de tel pour trouver le temps, moins long. Dans le compartiment inférieur, il est accompagné de la japonaise et de la sud-africaine. En haut, ce sont le russe et l’australien qui prennent place. Dans quatre heures, les cinq autres membres de l’équipage viendront les relever. En attendant, certains montent à l’étage. La canadienne, par exemple, va prendre une douche dans l’une des quatre salles de bains. En haut des escaliers, elle emprunte le couloir central. Elle parcourt quelques mètres. Elle ouvre une porte. C’est sa chambre. C’est un rectangle de six mètres, dans le sens du couloir, sur huit. Deux placards sont insérés dans un mûr. Le plafond étant à plus de deux mètres et demi, elle dispose d’une mezzanine avec un canapé, un bureau, un ordinateur, un hologramme. En bas, il y a un grand lit, quelques affaires pour se maintenir en forme. Un vélo, un rameur et un marcheur de salle de sport. Quelques fleurs profitent de l’éclairage artificiel. Elle pourra aussi y lire la cinquantaine de bouquins qu’elle a sous la main. Elle pourra écouter la centaine d’enregistrements musicaux que contient sa collection.
Bien qu’à la verticale, les passagers n’ont aucune difficulté à se mouvoir. Le Pégase génère sa propre gravité. Rien à voir avec celle de
Rapidement, la canadienne se déshabille. Avec une serviette qui lui cache ses parties intimes et pieds nus, elle quitte sa chambre. Elle revient sur ses pas. Elle ouvre la deuxième porte, sur sa droite. Elle traverse la première salle de bains pour entrer dans la seconde. Six mètres dans le sens du couloir contre quatre de profondeur. On y trouve un lavabo, une vaste baignoire et une douche. Elle opte pour la troisième option. Une douche rapide. Vingt quatre heures depuis la dernière. L’eau chaude lui procure un bien fou. Son corps semble enfin respirer. Elle en profite pour masser ses jambes qui en ont fait des kilomètres. D’abord dans le Gaborone puis ensuite, entre les deux appareils. Il fallait bien que quelqu’un se charge d’embarquer le matériel à bord. Et ce fut elle. Dix minutes plus tard, elle sera de nouveau dans sa chambre. Elle s’allongera dans une tenue décontractée. De la musique viendra lui bercer les oreilles. Par sécurité, elle mettra son réveil à sonner.
Pendant ce temps, dans les salles de commandes, on surveille attentivement les instruments. La foreuse ne faiblit pas, bien au contraire. Elle ne chauffe pas, non plus. Il est vrai qu’elle a la chance de travailler dans un congélateur planétaire. Comme attendue, l’avancée se fait sans difficulté majeure. Les équipements de vie ne signalent aucune avarie. A tout moment, ils peuvent envoyer ou recevoir des informations au Gaborone. Là-haut, le commandant est allé se calmer dans ses quartiers. Le jamaïcain partage sa bonne humeur avec ses voisins.
_ Combien de temps avant de pouvoir arpenter l’océan ? _ D’après les estimations….. Une semaine. _ Et dire que je trouvais le voyage, déjà monotone. _ Ne parle pas trop vite….. Ce genre d’épopée ne se passe jamais, sans surprise….. Personne n’a été capable de nous dire si on ne risquait pas de rencontrer des trous. _ Préparons-nous, à cette éventualité. _ C’est du solide mais il vaudrait peut être mieux ne pas trop le brusquer, cet engin….. Ce n’est pas l’endroit, ni le moment pour avoir une avarie sérieuse. Personne ne pourrait venir nous secourir. _ En attendant, on pourrait presque faire une petite partie d’échec interplanétaire.
L’épopée d’Europa est retransmise en simultanée dans toutes
L’hyperespace vient de lâcher deux de ces occupants, en provenance de Karthéa. Ce sont certainement les membres du Grand Conseil planétaire. Ils sont en avance mais c’est dans leurs habitudes. Ils viennent d’une planète comme
Ce sont de grands voyageurs. Ils firent notre rencontre lorsqu’ils étudièrent notre secteur galactique. 2015 fut une année faste pour eux, comme pour nous. Quelques jours auparavant, les Wekhtah entrèrent dans notre vie. Du coup, ce sont trois civilisations qui apprirent à se connaître, en même temps. Nous avons un niveau d’évolution similaire, même si de grandes différences existent dans certains domaines. Par exemple, ils ont une bonne cinquantaine d’années d’avance sur nous dans le secteur spatial. Par contre, nous avons près d’un siècle d’avance dans le domaine de la communication avec d’autres peuples. Il faut dire que, eux, n’utilisent pas des milliers de langues. Déjà, à cette époque, nous commençons à dialoguer et à comprendre d’autres êtres comme les cétacés. Les balbutiements feront rapidement place à une révolution monumentale.
Ces visiteurs amphibies en profiteront pour mesurer nos progrès dans la communication inter espèce car, eux aussi, sont impatients de pouvoir profiter d’un tel partage. Ils feront, sans doute, une virée dans nos océans. Comme à chaque fois, ils nous apporteront énormément de connaissances. Et oui, ils ont un savoir sur l’eau que l’on serait bien, en peine d’imaginer. D’ailleurs, leurs technologies sont totalement différentes des nôtres. Ils stockent la connaissance dans cet élément quand nous, nous utilisons des cristaux. Essayez d’imaginer un peu l’échange que cela peut entraîner. Ses vingt dernières années furent riches en partage, en acquisition de connaissances. D’ailleurs, on ne tarda pas à créer un Complexe par peuples extranéens. Une gigantesque bibliothèque où est stockée la connaissance issue de ces rencontres.
Le Pégase creuse la banquise depuis près de dix heures. La surface est à six kilomètres au-dessus. Les voyageurs ne peuvent que constater la monotonie de la blanche surface gelée. Les relèves suivent aux relèves dans une quasi-routine. On commence à s’ennuyer ferme. _ Et dire qu’il y a cent kilomètres à traverser. Si j’avais su, j’aurais amené toute ma collection de livres. La petite quinzaine que j’ai choisi ne me suffira jamais. De petits grésillements viennent les sortir de leurs conversations. Une voix irritante provient de loin. _ De toutes manières, vous n’êtes pas, là-dedans, pour lire. _ Bonjour, commandant. Comment allez-vous ? Pas de réponse. _ En attendant, on vous envoi le bonjour de la petite Europa.
Le vaisseau a parcouru quatre à cinq kilomètres de plus. Les appareils ne donnent aucun signe de fatigue. La japonaise, la sud-africaine, le russe, le français et l’australien sont de garde. La fatigue marque les visages. Bien sûr, ils ont pu dormir mais que quelques courtes heures. Ils envieraient presque la canadienne, l’allemande, la chinoise, le malien et l’argentin qui peuvent voyager dans le monde des rêves. Le calme ambiant n’aide pas à éloigner les brumes du sommeil. Oui, mais voilà, les surprises sont légions dans l’univers. Le Pégase commence à tomber en chute libre. Il n’y a plus de glace. Il n’y a pas d’océan, non plus. Juste de l’air, rien de plus. L’effet de surprise est vite passé. Les cinq membres de l’équipe s’attellent à remettre les pendules à l’heure. Par tous les moyens, ils essayent de rallumer les moteurs interplanétaires, éteints depuis l’entrée dans la glace. _ Une caverne. Comme sur terre, la banquise est trouée. Les propulseurs toussotent. Ils sont quelques peu engourdis, par le froid. L’engin est stoppé net. Le choc est rude à amortir. Il n’y aura pas de blessés mais c’est in extremis. Un dernier basculement remet l’appareil à l’horizontal. _ On est bon pour une vérification générale. _ J’avertis le Gaborone.
Vingt minutes plus tard, les dix astronautes sont en plein travail. La foreuse est inspectée sous toutes les coutures. Le malien et son homologue venu d’Auvergne inspectent les moteurs. Ceux-ci semblent connaître quelques soucis. La coque et les parois transparentes sont vérifiées. A première vue, elles n’ont subi aucune déformation. Des détecteurs de fuites sont passés dans toutes les parties du vaisseau.
Les Viitians entrent, à leurs tours, dans notre système stellaire. Trois véhicules d’une dizaine de kilomètres de longs entament leurs approches. En passant au niveau de l’orbite plutonienne, ils informent les Affaires spatiales de leurs présences. _ On ne vous attendait pas, si tôt. _ On se languissait de vous revoir. On est donc venu avec une journée d’avance. Certains de vos scientifiques se feront une joie de nous voir, plus longtemps. Cet ensemble de peuple s’est fait connaître, il y a tout juste quatre ans. L’Altaïr, de construction européenne, arpentait le système du même nom. A la stupéfaction générale, ils n’étaient pas seuls. Un engin de grande taille y était aussi. Le peuple d’origine est constitué de félins bipèdes utilisant une dizaine de langages, dans leurs vies de tous les jours. Depuis, ils sont venus nous rendre une petite visite, chaque année.
Plusieurs heures se sont écoulées. Les dix membres d’équipages s’attèlent, sans relâche. Le système de propulsion est, à nouveau, opérationnel. En ce moment, ils servent à maintenir l’engin à un mètre du sol. Patiemment, la coque est vérifiée. Il ne reste plus que cela à terminer. Le commandant du Gaborone vocifère contre ce temps perdu, contre cette bande d’amateurs qu’on lui a collé, contre son second qui l’énerve par sa désinvolture, contre les Affaires Spatiales qu’il juge trop bureaucrate…… En bref, mieux vaut ne pas trop le contrarier. La canadienne finit par ressortir avec son nécessaire de prises d’échantillons. Elle collecte une dizaine de carottes qu’elle range automatiquement dans des compartiments prévus à cet effet. _ A quelle profondeur sommes-nous ? _ Quatorze kilomètres cinq cent. _ Combien de temps avons-nous perdu ? _ Près de huit heures. _ Vue les circonstances, je vous propose d’aller vous reposer. Vous repartirez, dans douze heures. _ Espérons, seulement, que cela n’arrivera pas trop souvent. Sinon, nous aurons de sérieuses avaries.
Cette fois-ci, ce sont deux appareils Wekhtah qui, nous, gratifient de leurs présences. Un voyage de 120 années-lumière à travers la constellation de _ Nous voulons une place de parkings avec vue sur votre magnifique planète. Heureux de vous revoir, chers amis. _ C’était prévu…. Ravi de votre visite. Faîtes attention, le trafic est soutenu. Nous avons une dizaine d’engins qui convergent en direction de Titan. _ On fera un détour, dans ce cas. Certains des nôtres voulaient s’offrir un petit survol de Mars. C’est l’occasion rêvée….
Le Pégase a repris sa descente. L’ambiance est beaucoup plus détendue. Il faut dire qu’ils n’entendent plus leurs supérieur geindre. Et pour cause. Il a d’autres soucis. Il a reçu l’ordre de ne plus manifester son humeur tant que les notables stellaires seront en visite. D’autre part, les propulseurs du Gaborone connaissent leur première avarie sérieuse. Une surchauffe inhabituelle pourrit leurs performances. Toutes les équipes de maintenance sont à leurs chevets. En bas, les explorateurs en rigolent. Ils ne sont pas mécontents d’avoir la paix.
Les Latviens font une première halte, autour de Jupiter. Comme d’habitude, ils viennent faire un rapide coucou. _ Comment allez-vous, les humains ? Ce sont des oiseaux bipèdes de grandes tailles dont l’allure générale est celle d’un rapace. Leurs têtes tiennent de celles des aigles. Un bec prononcé. Un front qui cache un cerveau de grande taille. Contrairement à leurs cousins hantant Gaïa, ils n’ont pas d’ailes. En fait, elles sont remplacées par des bras et des mains. Comme nous, nous perdons, régulièrement, des cheveux. Eux, ils leurs arrivent de perdre leurs plumes duveteuses. Rapidement, ils s’intéressent plus particulièrement aux dénommés Calcutta et Gaborone. Après quelques minutes, certains sont conviés à bord. Evidemment, l’invitation est courtoisement acceptée. Peu après, les engins galactiques reprennent leurs marches vers
Au cœur de la banquise d’Europa, les choses suivent leurs cours. Pour passer le temps, on tente de comprendre les évènements ayant eu lieu dans la caverne. _ Que s’est il passé, au juste ? _ Rien d’anormal, si tu veux aller par là. Le Pégase est de fabrication européenne. Comme tous leurs engins, ils sont ultra performants dans l’espace, dans les airs, dans les mers. Ils ont cependant quelques soucis majeurs. Tout d’abord, ils ont une fragilité déconcertante. Pas au niveau de la coque, de la structure de l’appareil. Ce sont les moteurs qui pêchent. Ils sont d’une extrême lenteur. Il faut de nombreuses minutes pour les démarrer. Plus il fait froid, plus ils sont lents. Vous en avez eu l’illustration. Ils ont été choisit parce qu’il n’y a que ces modèles qui résistent à des pressions phénoménales. D’après les tests effectués, ils peuvent explorer des zones situées jusqu’à mille kilomètres de profondeur. Ce qui devrait être amplement suffisant pour cette mission. Le deuxième point est la vitesse. Les américains, les russes et les chinois atteignent, sans soucis, l’hyperespace mais cassent beaucoup de moteurs. _ C’est donc, pour cela, qu’ils embarquent toujours plusieurs moteurs de rechanges lors des voyages extrasolaires…… _ Quant Titanium sera achevé. Il est fort probable que le meilleur de toutes les technologies soit pris, sans distinction d’origine. Les coques seront d’inspirations européennes.
La réunion interstellaire est sur le point de débuter. Beaucoup de tractations eurent lieu. De nombreuses villes se portèrent candidates. On refusa Tokyo, par exemple, pour son risque sismique. Cela aurait fait mauvais genre. Après de nombreux mois, on ne parvint toujours pas à se mettre d’accord. La date approchant, il fallut faire vite. On opta donc pour la seule solution qui semblait convenir à tous. L’idée est de se servir d’une navette. On transforma donc l’une d’elles. La coque est translucide. Une longue table transparente avec de nombreuses chaises autour. Une dizaine de personnes s’attèlent à installer tous les accessoires. Des microphones, des écrans virtuels, des verres, des assiettes, de l’eau, des jus de fruits, des fruits, des biscuits….. Les traducteurs s’installent, dans une autre pièce. Tout ce petit monde décolle de Santiago. Le premier arrêt est à New York. Les représentants des six continents, de toute l’humanité y embarquent. En tout, une dizaine d’individus. Vingt minutes plus tard, le petit engin s’arrime à l’un des vaisseaux Latviens. Il en fera de même avec les Viitians, Karthéens et les Wekhtah. Au final, ce sont une cinquantaine de personnes qui participeront à cette réunion au sommet. Ce sera la toute première de ce genre pour toutes ces civilisations interplanétaires et interstellaires.
La grande salle de contrôle du Gaborone est suffisamment vaste pour permettre à une trentaine d’individus de coexister et d’y surveiller l’appareil et ses alentours. Quelques uns, justement, surveillent la mission Europa. Celle-ci est à _ Commandant…. Je crois que l’on a un souci. _ De quel ordre ? Pour la première fois, il n’y a aucune agressivité dans sa voix. _ La température grimpe à une allure anormale. C’est inhabituel. D’après les données collectées jusqu’ici, ça ne devrait pas arriver. _ Pourtant, les instruments ne mentent pas. Cette fois, les détecteurs repèrent une activité sismique, dans les entrailles de la petite planète. Une dizaine de secousses en trente minutes. La plus forte atteint 7,5 sur notre échelle ouverte de Richter. L’emballement thermique ne cesse de s’amplifier.
Le Pégase continue sa descente. Jusque là, ce fût facile mais les choses changent. La zone dans laquelle ils sont, est victime d’une surchauffe. _ Que se passe t’il, Gaborone ? _ Vous brûlez. _ Quoi ? _ La planète est prise de convulsions. La température s’emballe. La banquise craque. Tout s’emballe. Pendant quelques secondes pesantes, il n’y a que le silence. Même les instruments de bord ne peuvent pas cacher ses irritantes anomalies. Quelques minutes suffisent pour que la glace passe de 152 degrés en dessous de zéro à 75 degrés en dessous. _ Eteignons la foreuse. Allumons les propulseurs tout en mettant le frein à main. La consternation se lit sur les neuf visages du petit véhicule. _ Vous ne voyez vraiment aucune explication ? Les communications n’éructent que de la gêne, de la confusion. _ Si, bien sûr….. Une éruption volcanique pourrait…… Pourquoi n’y a-t-on pas pensé plus tôt ? _ Et pourtant, on a bien Io, comme exemple…… Il serait peut être judicieux de braquer, une fois encore, les caméras thermiques sur la zone…… Si c’est un volcan, on le verra très vite.
Les représentants des cinq civilisations sont prêts à entamer la réunion. Le pilote et son équipe ramènent la navette sous la protection de l’atmosphère terrestre. La coque inférieure ne va pas tarder à dévoiler les richesses de ce petit monde vert et bleu. L’ambiance se révèle ni trop pesante, ni trop décontractée. L’anxiété et l’impatience furent oubliées sur la plate-forme d’embarquement. Le premier individu à parler est une femme, bien de chez nous. C’est l’orateur du Grand Conseil de _ Bonjour et bienvenue, amis des étoiles….. Le peuple de Gaïa est heureux de vous accueillir pour cette première réunion entre nos différentes civilisations. Nous espérons tous qu’elle en appellera d’autres. Que ces séances fassent naître une plus grande complicité entre nos peuples. Que de ces séances émergent de grandes idées, de grandes imaginations….. Je déclare donc ouverte cette rencontre…. Merci. L’asiatique s’assoit. Un chat bipède enchaîne. Il mesure un mètre 60, à peine. Comme nous, il porte des vêtements mais ceux-ci ont plus l’allure de nos pyjamas voire de certains habits traditionnels. Ils sont originaires de Viitiana, une étoile de la constellation du Dauphin, qui a la particularité de compter 7 mondes habités. Tous ces mondes se peuplèrent de félins bipèdes, sans que ceux-ci disposent d’une technologie spatiale. Cet individu là vient de la plus peuplée. Son pelage est roux et blanc. Il utilise sa langue maternelle qui est immédiatement traduite dans une multitude de langage. _ Au nom de tous les mondes, de tous les peuples et de tous les individus de Viitiana, qu’ils maîtrisent la technologie ou non, merci de cette invitation. Nous sommes un peu surpris et déçu d’avoir appris que certaines civilisations avaient refusées cette invitation. Sans doute les anciens Viitians qui nous précédèrent, avaient raison. Les étoiles nous offriront nos meilleurs amis mais tous n’en feront pas partis. En tout cas, nous nous avons choisit d’être présent dans cette aventure. Il reprend place dans son confortable fauteuil. Un oiseau avec une tête d’aigle prend la relève. Il sourit. Son être dégage une sagesse phénoménale et un calme olympien. Avec lui, ce sont les Latviens qui entrent de pleins pieds dans un processus irréversible qui mènera à la création du Collectif Milky Way. _ Pour nos hôtes que cette magnifique planète a choyée, nous sommes originaire d’une région du ciel qu’ils ont appelées du nom d’un instrument de musique : la constellation de Une femme de grande taille s’éjecte de son siège. Elle est aussi haute que deux personnes, l’une sur l’autre, mesurant un mètre soixante quinze. Elle porte une jupe blanche qui scintille d’une multitude d’étoiles. _ Beaucoup d’étoiles nous séparent, les uns des autres. Et pourtant, nous sommes, tous là, réunit dans un même but…. Renforcer cette amitié naissante qui nous unit. Permettre l’accumulation de connaissances par l’échange de nos expériences respectives….. Cela prouve bien, si il en était encore besoin, que l’Univers est bien plus que ce que l’on saurait en dire ou imaginer. C’est avec confiance que, nous autres Wekhtah, nous avons parcouru les 120 années-lumière qui nous sépare d’Hélios pour participer à cette rencontre. Comme ce fut le cas pour les autres intervenants, elle se rassoit sous les applaudissements. Un homme vêtu d’une étrange combinaison se dresse fièrement de toute sa hauteur. _ Nous portons tous une grande responsabilité et ce, malgré les bonnes circonstances. L’absence de contrainte. La paix qui habite nos vies. La non attente de résultat ne doit pas nous empêcher de réussir notre entreprise. Après tout, ce sont, au bas mot, des centaines et des centaines de milliards de personnes de toutes espèces qui suivront attentivement ce processus. Tâchons d’être aussi courageux que le phénix qui, sans cesse, renaît à lui-même et surfe sur l’énergie que lui offre la vie…….
Au même moment, sur Europa. _ Si ça continue, on va se croire quelque part au milieu d’un atoll corallien. J’aurais dû prendre mon maillot de bain. _ Pour une première européenne ? _ Je suis asiatique…… OK ! J’ai saisi le jeu de mots. L’heure n’est pourtant pas à la rigolade. La muraille de glace est sur le point de céder. Les cinq membres de gardes surveillent attentivement les craquelures qui constellent le mûr blanc. Les instruments indiquent qu’il ne reste que trois kilomètres, en dessous. Elle disparaît aussi vite que la neige au soleil. _ Bon alors….. Ces données ? Elles arrivent, aujourd’hui ou dans dix ans ? _ On y travaille……. Mais pour votre information, le phénomène a un impact sur un secteur ayant un diamètre de _ On est bien content pour vous. Il ne reste plus beaucoup d’épaisseur pour les retenir. Par sécurité, on prévient le reste de l’équipage. Ils doivent s’attacher. Un craquement. De gros blocs se détachent. Un océan les accueille, dix mètres plus bas. Le Pégase ne tarde pas à les suivre. Un plouf retentissant vient signaler leurs entrées dans ce monde inconnu. _ On va enfin pouvoir s’amuser. _ Pas trop, quand même. Vous avez une mission à exécuter. _ On le sait…. Je n’aimerais pas décevoir nos chères blouses blanches. De puissants projecteurs viennent d’être allumés. Ils peuvent désormais regarder ce qui les entoure. Pour le moment, ils se contentent d’avancer à un train de sénateur. _ La température de l’eau est à vingt degrés. Elle est totalement transparente. Les détecteurs ne semblent pas repérer la trace de planctons.
_ C’est un volcan, Pégase ! _ On le sait…… Merci. _ Vous pouvez répéter, Pégase ? _ On l’a en visu. C’est un beau bébé. _ D’après les capteurs thermiques, il mesure _ Il pète le feu…. Je vous le garantis. De grandes quantités de lave se déversent sur les flancs. Il éjecte, également en continu, des pierres. L’engin s’est placé à bonne distance pour observer ce spectacle. Plusieurs caméras immortalisent cet instant unique. _ Pégase, pourriez-vous prendre d’autres points de vues ? _ Ça peut s’arranger. _ Qu’en dites-vous ? _ Une éruption pour nous accueillir, ça réchauffe le cœur. _ Les blouses blanches aimeraient que vous plongiez plus bas pour qu’ils puissent observer ses flancs plus attentivement.
La réunion au sommet survole le sud du delta du Nil et le célébrissime plateau de Gizeh. Une forêt naissante commence à modifier sérieusement le paysage local. Quelques litres de jus de fruits divers et variés ont déjà été bu. Des écrans permettent de visionner la progression des équipes d’explorations spatiales. Quelques protagonistes ont présentés un projet qui pourrait changer la face de toutes ces civilisations. Deux terriens, deux latviens, deux karthéens, deux wekhtahs et trois viitians prêchent pour que le Collectif Milky Way voit le jour, rapidement. Les autres ne sont pas forcément de cet avis. _ L’idée est bonne mais prématurée…… _ La sagesse nous dicte d’attendre…. Nous nous connaissons que trop peu….. Tous, autant que nous sommes, nous sommes de jeunes civilisations spatiales. Nous ne faisons qu’effleurer ce qu’impliquent des contacts avec d’autres peuples….. Nous n’avons pas assez de recul même si il est vrai que cette idée est très intéressante. _ Je ne suis pas convaincu….. Ce serait accroître nos difficultés… Nous ne pouvons nous permettre d’être dépendant d’un peuple, autre que le nôtre….. _ Tu confonds tout, Ech’nia’ty. Il ne s’agit pas de créer une dépendance mais d’unir nos énergies pour créer une structure galactique qui permettrait à chacun de faire entendre sa voix…. _ Une telle structure existe déjà…. _ Oui, c’est évident mais elle ne concerne que des peuples qui ont atteints un degré de développement spirituel, scientifique et technologique que l’on atteindra que dans des milliers d’années…. La seule chose que l’on ait à faire est de montrer notre capacité de gestions de relations avec des civilisations extranéennes, sans avoir recours à la force…. _ Ce sera un des tests que nous devrons passer….. Et ce ne sera pas forcément aisé…. Après tout, il n’y a pas si longtemps que cela, nos planètes respectives étaient en guerre. Il y a 30 ans, _ Les Viitians vivaient une période de querelles intestines qui a bien faillit tourner au cauchemar. _ Vous avez raison, nous étions tous aveuglé par notre.…. Par quoi, au juste, je n’en sais rien. Ce que je sais, par contre, c’est que l’on s’est tout de suite plut. _ Un respect mutuel….. Peut être parce que l’on se connaissait que trop. _ Le Collectif existera bel et bien, dans un futur que j’espère proche….. Nos cinq civilisations en seront les piliers…… _ En attendant, nous devons consolider ceux qui existent. Les échanges et les collaborations doivent s’intensifier……
Dans le Pégase, on s’apprête à faire un changement d’équipe. C’est la troisième relève depuis leurs immersions dans l’océan d’Europe. Ils ont parcouru une longue distance. Le volcan est loin, à présent. Tout autour, l’eau se montre désespérément vide. _ Alors, quoi de neuf ? _ Rien. Le paysage est beau mais monotone. _ Il parait que c’est normal. Un son de faible amplitude emplit les salles de commandes. De nombreux appareils placés contre la coque, permettent d’enregistrer et de suivre une foule de données. _ Vous avez entendu ? _ Entendre quoi ? La japonaise scrute toutes les images captées par les caméras. Une présence fantomatique semble se jouer d’elle. _ Là, regardez. Malheureusement, il n’y a qu’elle pour le voir. _ Je crois que c’est le moment d’aller au lit….. Tu es très fatiguée, ma chère. Et pourtant, l’océan cache quelques grands secrets. La fille du Soleil levant se retire complètement abasourdie. Elle imagine qu’on la prend pour une cinglée qui entend des voix et voit des choses qui n’existent pas. Il est vrai que, pour l’heure, l’élément liquide est d’une inertie totale. Même les fonds marins sont totalement invisibles. Personne ne peut dire à quelles profondeurs ils sont. Des dizaines et des dizaines de kilomètres plus bas.
Les discussions reprirent après une courte pause. Les Seychelles dévoilent leurs plages de sables fins. Un coucher de soleil renforce le côté bucolique de ce coin. Bien sûr, de nombreuses paires d’yeux en profitent pour regarder ce spectacle. _ Nous aimerions que vous, autres, vous puissiez confirmer ou infirmer notre histoire. Nous nous disons que plusieurs points de vues valent mieux qu’un seul. En plus, vous n’aurez aucune raison de mentir, cacher ou détruire des artéfacts…… _ Pourquoi pas mais vos scientifiques risquent de ne pas apprécier. _ Il y a de fortes chances mais notre population aimerait que vous nous rendiez ce service. _ Dans ce cas, autant le faire pour tous. Autour de Viitiana, nos musées sont pleins d’objets que personne ne prend le soin d’étudier. _ C’est vrai, chez nous aussi, nous avons des difficultés pour traiter tout ce que la planète a bien voulue nous dévoiler de son passé. _ Comment allons nous procéder ? _ On va devoir user de diplomatie, je penses. D’un autre côté, ils risquent d’être flattés par une telle mission. Ils râlent, tout le temps, contre notre lenteur à les envoyer sur d’autres mondes. _ Ils vont être servis. _ Faisons de même pour la paléontologie, l’archéologie…… _ Et utilisons nos techniques habituels. _ Du style carbone 14, pour les terriens. _ Il va surtout falloir que l’on bâtisse des lieux de vies qui conviennent à toutes les civilisations. Nos constructions viitians ne conviennent pas vraiment aux Latviens et aux Karthéens. Ils sont trop petits pour les géants que sont les Wekhtah. Quant à nos hôtes, ils ne semblent pas en dire trop de mal mais c’est bien loin de leurs standards. _ Quelle durée ? _ Un épineux problème….. Ni trop courtes, ni trop longues…. _ D’après nos études, cinq années représentent le maximum, sans avoir de problèmes de santé. _ Au-delà, on s’expose grandement au syndrome d’éloignement. _ Qu’est ce que c’est ? La civilisation féline se sent, tout à fait, à l’aise dans ce domaine. _ Une maladie que l’on a découvert au début de notre ère spatiale et des rapports interplanétaires….. Pour simplifier, cela touche tout individu qui reste trop longtemps, hors de sa planète d’origine. _ Ce n’est pas foudroyant mais à la longue, cela entraîne de sérieuses dysfonctions de l’organisme. _ Comme une drogue ? _ Pas vraiment. Nous avons découvert que tout être vivant est attaché à sa planète. C’est ce qui nous trahit tous. En fait, nous sommes tous conçus et adapté pour évoluer sur un seul astre. Pour prendre un exemple, vous autres, enfants de Gaïa, vous auriez quelques difficultés à vivre aussi bien sur Vénus….. Si bien sûr, elle était habitable, selon vos critères. Au bout d’une décennie, tout au plus, vous développeriez des maladies comme des cancers, des dépressions inexplicables, des troubles psychiques divers, un vieillissement excessif….. _ La cause de tout cela est énergétique. _ Il n’y a aucun remède ? _ A part des dangereux, non….. La modification de l’empreinte énergétique n’a pas eue les conséquences que l’on espérait. On a eue quelques surprises, notamment avec les auras des individus concernés. _ Parce que ce n’est pas la même chose ? _ L’aura est une énergie spirituelle qui n’existent pas sous une forme physique contrairement à l’empreinte énergétique qui concerne le corps….. _ On a découvert, cependant, que l’aura, elle-même, était liée à tout le reste. Et qu’il ne fallait pas grand-chose pour lui nuire. _ Qu’avez-vous fait ? _ On a tout stoppé…. Les cobayes ont finis par retrouver un état normal, en peu de temps. Les latviens qui n’ont guère participé à cet échange, demandent à ce que l’on revienne au sujet. _ Ce n’est pas que cette discussion m’ennuie mais notre programme étant chargé, il serait, sans doute, utile d’avancer.
La jeune japonaise est assise, au sommet d’une colline que la lune éclaire. Des milliers d’étoiles constellent, de leurs éclats colorés, un ciel sans nuage. Un bruit de cascade dévoile la présence invisible de l’eau, à proximité. Son regard se perd au milieu d’un torrent aérien de couleurs qui approche. Ce sont des papillons qui arrivent par multitude. Ils l’entourent par vagues successives qui…… Un vacarme assourdissant la tire de son sommeil. Toujours ce satané réveil qui ne lui accorde jamais une nuit complète. Elle a dû mal à s’habituer à cette cadence. Le sommeil ne vient jamais quant il faut. Elle se détache. Eh oui, par sécurité, les dormeurs spatiaux s’attachent fermement pour éviter de désagréables surprises. Elle a moins d’une demi-heure pour se préparer. Armé d’un café bien fort, elle se pointe dans la salle de contrôle du haut. Rapidement, elle fait le point avec sa collègue. Comme d’habitude, rien à signaler. _ On est là pour combien de temps, déjà ? _ T’occupes et va te reposer, tu en as besoin. Elle s’assoit tranquillement. _ Soleil levant, en position. _ Vodka caramel, en position. _ Kangourou bondissant, au rapport. _ Lion austral, en position. _ Coq au vin. Tout le monde est en place. A vous, Gaborone. La réponse n’est pas immédiate. Le véhicule interplanétaire a d’autres obligations. _ Salut, Pégase…. Il semblerait que vous deviez de votre route….. Trois kilomètres, tout au plus. _ Pourtant….. _ Les blouses blanches viennent de se rendre compte qu’un faible courant marin vous entraînait vers le Sud. Non loin devant eux, l’eau se pare d’une palette de couleur. Elle a l’allure d’un fleuve large et profond. _ Il y a quelque chose qui nous fait face. _ Quoi ? _ Difficile à dire. C’est opaque. Multicolore et cela a l’allure d’un fleuve. L’engin d’exploration se rapproche. _ Pénétrons à l’intérieur. Ça n’a pas l’air solide _ Accordé, Pégase. La chose ne réagit pas à cette intrusion. La japonaise revoit quelques flashs de ces derniers rêves. L’immense troupe de papillons l’obsède. Qu’est ce que cela signifie ? _ Suivons cette traînée. _ Vu qu’on a rien d’autres à faire, je ne suis pas contre.
_ Alors qu’en est il ? _ C’est étrange. On dirait que ça n’a pas plus de consistance que l’eau. _ Du plancton. On dirait du plancton. _ Les appareils penchent plus pour une nuée de papillons. _ Quoi ? _ On vous envoie cela. Tous les écrans du Gaborone affichent ces êtres minuscules. Certains scientifiques en dénombreront une dizaine de variétés. _ Bravo, Pégase. Vous venez de découvrir une forme de vie sur Europa. _ Attendez…… Sans criez gare, les petites créatures disparaissent. _ Qu’avez-vous fait ? _ Rien. Tout autour de l’engin, des mugissements font résonner les haut-parleurs. _ Voilà, autre chose. Le vaisseau est rapidement entouré par une cinquantaine d’animaux de grandes tailles. _ D’où sortent ils ? Les appareils sont formels, ces pachydermes viennent d’apparaître, comme par magie. _ On nage en plein délire ou quoi ? _ En attendant, ils sont monstrueux. Ils mesurent _ Pour une rencontre inattendue. Toutes les caméras filment ces autochtones évoluer dans leurs milieux naturels. Des milliers d’écrans virtuels sont regardés attentivement par des milliers de biologistes. Inutile de dire qu’ils vont se battre pour pouvoir les étudier de beaucoup plus près. En attendant, les créatures semblent avoir remarqués la présence incongrue du navire. Certains vont même jusqu’à renifler l’intrus. Ainsi, ils offrent de magnifiques gros plans. Les animaux émettent une lueur verte, violette ou bleue. De gros yeux globuleux leurs permettent de capter cette lumière qui leurs dévoile ce monde liquide. De grosses branchies assurent la respiration. _ Profondeur estimée à _ 7 degrés 53 Sud. 63 degrés 09 Est. Vous évoluez en direction du Sud, Sud-Ouest à une vitesse de _ Mais c’est ce qu’on fait ? De manière inattendue, les cinq autres équipiers rejoignent le poste de commande. Le sommeil tardant à venir, ils scrutaient les images prises sur la coque. _ Au moins, on ne pourra pas regretter ce voyage. _ On ne peut pas dire que notre présence leurs fait peur. _ Je trouve qu’ils forment une formidable compagnie. _ Ils forment une escorte que je trouve attachante bien que leurs formes soient surprenantes. _ Une idée de leurs destinations ? D’autres créatures s’invitent dans le groupe. Elles sont beaucoup plus petites. Elle ressemble énormément à nos Loutres. Leurs pattes sont remplacées par deux paires d’ailes. Comme les Léviathans, elles ont une queue aussi longue que le reste du corps. La curiosité semble être leurs pêchées mignons. Tous les individus viennent renifler et observer de près toutes les créatures qu’elles croisent. Le sous-marin est de tout de même l’objet de toutes les attentions. A l’intérieur, on apprécie le spectacle. _ Comme quoi, ça valait la peine de s’être ennuyé jusqu’ici. Par inadvertance, l’astronaute malien change de fréquence. Les mugissements rauques des Géants de l’Océan sont remplacés par le chant mélodieux des Loutres. _ Qu’avez-vous fait ? _ Rien de grave. On a juste fait une erreur de manipulation. _ Le chant vient d’où ? _ Je crois qu’ils viennent des petites curieuses. _ Les loutres ne parlent pas comme cela, d’habitude. _ C’est vrai….. A ceci près que les loutres vivent sur Terre. Nous observons les enfants d’Europa qui bien qu’ayant quelques ressemblances à nos attachantes voisines, n’ont rien à voir avec elles. La troupe change son cap. _ Ils plongent. _ Suivez-les….. Les blouses blanches n’aimeraient que vous laissiez filer. Avec presque autant de grâce que les autochtones, l’engin incurve sa course. La descente s’effectue à raison de
La découverte a fait sensation. Bon nombre d’astronomes, d’exobiologistes et de biologistes sabrèrent le champagne, sous les yeux écarquillés de nos invités d’outre espace. Ceux-ci trouvent ce genre de breuvage, déroutant. Les canaux médiatiques d’informations lancèrent de nombreuses éditions spéciales où l’on montrait les images, en direct, comme en différées. Des scientifiques les commentaient tout en insistant sur le côté phénoménal de cet évènement. Sur le réseau Internet de troisième génération, les maisons de presses écrites réalisèrent une dizaine d’éditions, dans la même journée. Bien sûr, les rédacteurs planchèrent ardemment pour trouver les gros titres les plus accrocheurs. De nombreuses activités furent momentanément interrompues. De Pluton à la fosse des Mariannes, nul ne put échapper à cette déferlante. L’avancée des travaux sur les chantiers spatiaux fut quelque peu troublée. Sur Titan, six engins furent bloqués au sol ou en orbite. Le superviseur général eu quelques cheveux blancs de plus. On ne gère pas 5000 personnes comme cela.
La nouvelle fit aussi l’effet d’une bombe, dans le cocon de la toute première réunion interstellaire. On en profita donc pour stopper les discussions. Le Mont Fuji Yama fut passablement snobé. C’est dommage car sa vue vaut toujours autant le détours. Tant pis, ce sera pour plus tard. Les échanges vocaux ne cessèrent pas, ils changèrent simplement de sujet. _ Etait-ce prévu ? _ Pas vraiment, non. C’est une première, pour eux, sur cet astre….. _ Ils ne savaient pas grand-chose, jusque là…. A peine de quoi écrire, une page……. Sous peu, ils pourront en faire un livre. L’orateur du Grand Conseil Planétaire s’entretient avec les conseillers scientifiques et le commandant du Gaborone. _ Je vous écoute….. _ Il y a de la vie. L’eau a une température variable. Nos relevés indiquent une fourchette de moins trois à cinquante degrés….. _ ….. En raison de l’activité volcanique.….. _ Parlez-moi de ces créatures…….. Il y eut un petit temps d’attente. _ Comme vous le voyez, on n’a pas à faire à une obscure vie microscopique. Par contre, certains phénomènes nous laissent perplexes….. _ L’apparition soudaine, par exemple. _ Ou la disparition de ces papillons…….. Pour le reste, les images parlent d’elles même. _ Je le vois…..
_ Où nous emmènent-ils ? Le Pégase suit la centaine d’animaux par quinze kilomètres de fond, à une vitesse constante de 80 à l’heure. Quelques loutres les ont rejointes. Elles aussi inspectent, sans relâche, la coque de cet étrange animal qui traverse leurs territoires. _ Regardez d’autres Léviathans se joignent à nous. Une soixantaine d’individus gigantesques prennent place dans ce grand groupe. Les plus jeunes et les plus petits individus se placent au centre de la formation. _ On dirait une attitude défensive……. _ Des prédateurs ? _ Ce serait logique……. Après tout, la vie doit fonctionner de la même manière, un peu partout……. Ceci dit, ce rassemblement est peut être, une sorte de migration ou d’association gastronomique….. _ Ou alors nous sommes sur une route touristique très fréquentée avec des risques élevés de bouchons. _ Avez-vous une estimation de la profondeur, Gaborone ? _ Non, absolument aucune….. Par contre, dans le secteur du volcan alpha, la lave continue sa lente descente sur les flancs de la montagne alors que sa tête de pont est à vingt kilomètres de profondeur. _ Vue sa fluidité et sa chaleur, elle n’est pas prêt de se solidifier. _ On s’est rendu compte que des fissures se sont constituées sur les parois de la montagne, à la suite de plusieurs séismes…… C’est très intense, dans le coin.
Une montagne leurs fait face. Le groupe monumental passera juste à côté. _ _ Regardez…. On dirait un monument sculpté, à même la roche. _ Vous êtes à 21 degrés 56 Sud et 43 degrés 34 Est. _ On vient de trouver une chaîne de montagne. _ Le point culminant s’élève jusqu’à Le Pégase ralentit son avancée pour s’extraire du peloton. Il se rapproche du relief sous –marin. _ C’est dommage. Leur compagnie était plaisante. _ Nous voilà devant la preuve de la présence d’une intelligence technologique. Un vaste complexe émerge de la roche. On devine des reflets argentés, dorés, cristallins. Ils n’ont pas le temps de le contempler. Ils sont comme aspirés par une bouche géante. Pourtant, rien ne semble avoir bougé.
Dans tout le système solaire, on est dans l’expectative. Tout le monde a vu le petit engin être happé par la montagne. Depuis, c’est le black-out total. Toutes les tentatives de contact sont restées vaines. Alors, bien sûr, on commence à s’inquiéter. Le commandant du Gaborone fait les cent pas, sans arrêt. Ce n’est pas de la colère mais de l’anxiété. Il n’aimerait pas que le voyage inaugural de son bâtiment soit marqué du sceau de la perte d’individus. Son second laisse lui aussi transparaître, une certaine appréhension. _ Envoyons une autre équipe, sur place. _ Inutile. Le temps d’arriver sur place, plusieurs jours se seront écoulés. _ Il aurait mieux valu envoyer plusieurs vaisseaux, sur ce monde. _ Pour tous les perdre ? Sur Terre, les Affaires Spatiales sont décontenancées. Personne n’avait imaginé un tel scénario. Ce qui était une simple visite sans grand espoir de découvertes sensationnelles s’est transformé en une mission qui est entrée dans la légende de l’Histoire spatiale. Le tout nouveau siège mondial grouille d’agitation. Imaginez dix mille personnes courant dans un édifice totalisant quatre kilomètres carrés. Gaborone a trouvé une nouvelle fierté avec cette structure. On vient de loin pour le contempler. Une centaine, ou peut être davantage, de vaisseaux, de missions, de chantiers sont surveillés de près. Gérer un tel trafic n’est jamais chose aisé. Les opérateurs sont souvent au bord de la crise de nerf. _ L’Albatros, vous déviez de votre plan de route. _ On sait, merci. Encore un de ces foutus astéroïdes non répertoriés qui, nous, oblige à modifier notre route….. Il serait, peut être, tant de remédier à ce souci. _ Ne vous éloignez pas trop, Albatros.
_ Vous êtes en retard, l’Erable. Comme d’habitude. _ Désolé mais nos vieux moteurs diesels ont du mal à chauffer. Ils sont un peu lent mais comme d’habitude, ce retard sera comblé…..
_ Gaborone, où en êtes vous ? Le Pégase n’apparaît plus sur les écrans. _ Merci de votre aide. On ne s’en était pas rendu compte. _ Arrêtez vos sarcasmes. Cette mission est de la plus haute importance. _ Veuillez libérer cette fréquence, s’il vous plaît. On n’aimerait pas louper le Pégase. _ Rappelez dés qu’il y a du nouveau.
Le Pégase est à quai, un peu à la manière des sous-marins. Devant lui, une immense salle de cent cinquante mètres de côtés. Depuis une bonne demi-heure, l’équipage contemple cet édifice. Les appareils indiquent une atmosphère respirable. Vingt et un pour cent d’oxygène. Soixante huit pour cent d’azote. Une température de 23 degrés pour un taux d’humidité élevé. _ Si on sortait ? _ D’abord….. Communiquons, ils doivent être morts d’inquiétudes. _ Bizarre…. Ce silence radio. Les tentatives seront vaines. Ces communicateurs bien que performant ont du mal à transpercer les épaisses murailles de roches, surtout quant celles-ci cachent une constitution exotique. _ Je vais essayer de remédier à cela……. Sortons tout le matériel. Cinq minutes plus tard, la porte s’ouvre. Le premier à fouler cet étrange sol est la jeune canadienne suivit, de peu, par les quatre autres femmes. Plusieurs petits robots sortent en file indienne. Immédiatement, ils analysent le plancher, les mûrs, l’eau, la présence de vies, la présence d’une forme d’écriture. Les équipiers masculins apportent appareils photos, caméras panoramiques, lampes de poches, sacs à dos avec quelques vivres…….. _ D’où vient cette lueur ? Sans avoir eu besoin d’un éclairage artificiel, les yeux n’ont aucune difficulté à voir à ce qui les entourent. La couleur générale tire dans le bleu, vert violacée. _ Des mûrs ? De ces colonnes qui ne montent même pas jusqu’au plafond ? Celui-ci trône une cinquantaine de mètres plus haut. Des arches, des motifs, des décorations lui confèrent un aspect beaucoup plus monumental. _ On verra cela plus tard…… Les autres, là haut, doivent être dans tous leurs états. _ Pendant ce temps, ceux qui ne feront rien iront faire une petite reconnaissance….. N’oubliez pas les caméras et appareils photographiques. La capitale du Botswana est surchauffée par un soleil brutal. Les 40 degrés ne sont pas loin. Les citadins se réfugient le plus possible sous l’ombre généreusement offerte par la végétation ou par l’architecture. Heureusement pour eux, la météo va leur offrir un épisode de pluie bienvenu. L’ambiance est orageuse dans le complexe des Affaires Spatiales. Une réunion de crises va réunir de nombreux fonctionnaires de la structure. Plusieurs salles sont prévues pour ce type d’évènement. L’une d’elles est le siège d’une activité soutenue, depuis quelques instants. Des individus la préparent. La technologie est vérifiée. Les tables sont lavées. Les sièges sont époussetés et testés. L’éclairage solaire est adoucit. L’hologramme du système solaire est activé. Une multitude de petits points clignotants apparaissent, au milieu des corps célestes. Les préparateurs sont à peine de retour dans les salles de contrôles que les conférenciers entrent dans la salle. Les sourires sont rares. En tout, ce sont plus de trois cent personnes qui prennent place à cette session. Ils viennent de toutes les nations. Certains sont vêtus de costumes qui les font transpirer à grosses gouttes. D’autres portent des tenues plus décontractées. Beaucoup de paires de chaussures sont restées aux placards. Les pieds ainsi libérés respirent bien mieux. Plusieurs minutes seront nécessaires pour que le calme s’installe. A chaque fois qu’un fauteuil trouve preneur, de nombreux écrans virtuels s’allument. Un homme d’un âge avancé ouvre la séance. _ L’ordre du jour étant fourni, nous devrons être efficace. Pour l’heure, deux vaisseaux ont disparut, une vingtaine sont en retard, en panne ou dans une situation délicate. _ Ça devient une habitude. _ Tout d’abord, nous avons L’Insaisissable qui ne répond plus depuis ce matin. _ Avec un nom pareil, ce n’est pas étonnant. _ Et ce n’est pas la première fois. Le commandant de bord est très facétieux. Je pense que l’autre absence est beaucoup plus inquiétante. _ Le Pégase ne répond plus depuis plusieurs heures. Les dernières images semblent indiquer que le monument les a aspiré. _ Sans tout de suite imaginer le pire, il se peut tout à fait que la structure empêche nos technologies de fonctionner correctement. _ Je ne vois pas pourquoi. Nos communicateurs permettent le lien avec des engins placés derrière des corps tels que le soleil ou des planètes qui sont censés être plus épais.
La dizaine d’instruments scientifiques est en place. Le plus spectaculaire est un petit engin motorisé qui est capable de lire la composition de tous les matériaux, sans avoir recours à une quelconque analyse chimique. Pour ce faire, il lui faut, en général, moins d’une minute. Jusqu’ici, ce type d’appareils n’a rencontré aucun problème. Il est vrai que jusque là, il n’a jamais rencontré des métaux ou des alliages exotiques. Les civilisations extranéennes rencontrées n’ont guère corsés l’opération, de fait de leurs développements similaires au nôtre. _ Si j’avais pu imaginer un truc pareil. L’épaisseur du mûr océanique dépasse allègrement les cent mètres. Un alliage étrange le compose. De l’or, de l’argent, du platine et un composé ressemblant au kevlar mais en beaucoup plus perfectionné, sont associés à plusieurs métaux jusque là inconnu. _ Comment ont-ils pu fabriquer ça ? _ La question est plutôt : Qui a pu construire ça ? Et quant ? La canadienne vient de remarquer une étrangeté sur le sol. Elle s’accroupit puis pose sa main, dessus. Une sensation inhabituelle la parcourt. Pour en avoir le cœur net, elle se déchausse. Bientôt, elle sera imitée par ses compagnons. Les dix corps seront parcourut par un champ électrique. _ Un scanner ! _ Pardon ? _ On dirait un scanner….. Les concepteurs ont dû programmer une intelligence artificielle comme gardien de ce lieu. _ C’est inquiétant ? _ Va savoir. Peut être ? Tout dépend si ils nous considèreront comme une menace ou non. _ On sera fixé dans…. ? _ Rapidement. En effet, ils peuvent dés à présent observer quelques changements. La luminosité se fait plus chaleureuse. Certaines façades invisibles se dévoilent. Le sol révèle sa nature véritable. C’est du carrelage. Autour de chaque pied, des motifs se forment, s’épanouissent puis disparaissent. _ Vous avez vu ? _ C’est intéressant. A ton avis, qui fait cela ? _ Apparemment…. Le contact de notre peau avec cette surface. Pour l’illustrer, elle pose sa main sur le sol. Et en effet, une figure de type florale apparaît. Sa couleur change sans arrêt. La canadienne fait une dizaine de pas pour voir si les dessins sont toujours identiques. Ce n’est pas le cas. _ Notre esprit, nos émotions, nos sentiments, nos pensées influencent la forme. Cette chose évalue notre être, notre âme….. Dans quels buts ? Je l’ignore. L’exposé du compagnon chinois semble surprendre.
Quelques uns retournèrent vers l’engin pour essayer de communiquer avec l’extérieur mais la tâche ne sera pas aisée. Les appareils semblent indiquer que les parois ont une épaisseur qui équivaudrait à trois années-lumière de pierres…. Ce qui est bien sûr impossible. Les autres explorateurs explorent le moindre recoin de la salle gigantesque. Les parois dévoilent une multitude de dessins, de sigles, d’inscriptions quasiment invisible. Rien à voir avec l’état qu’elles peuvent avoir en Egypte. Ici, elles ont l’air d’être récentes. Les façades révèlent une petite surprise. _ Il y a une porte, ici. Rien à voir avec les nôtres qui grincent ou qui claquent. _ C’est un champ d’énergie. De petites particules blanches se croisent, s’évitent pour former une barrière impalpable. _ Il y a un léger champ magnétique et un soupçon d’électricité. Rapidement, on fera passer un petit robot pour voir ce qu’il y a plus loin. Il passera, sans encombre. Une nouvelle salle les attend de l’autre côté, à moins que ce soit un couloir. Il y a une hésitation sur la conduite à tenir. Finalement, le français passe la main. Une sensation bizarre l’assaille mais rien de douloureux. Dans le même mouvement, il passe la muraille. _ Géant….. Il est aussitôt rejoint. Un large couloir se dévoile avec cette lueur toujours aussi tamisée. Le plafond est beaucoup plus bas. Le robot est rapidement inspecté. Il ne semble pas avoir souffert. On communique immédiatement avec le reste de l’équipe qui a d’autres soucis, en ce moment. _ Tenez nous, au courant. Une cinquantaine de mètres plus loin, une autre porte énergétique se dévoile. Le petit engin sur roue ouvre la voie. Une nouvelle pièce de moyenne dimension s’allume. Toutes les façades abritent des écrans transparents. Des bureaux abritent de nombreuses consoles à l’allure étrange. _ Voilà quelque chose d’intéressant. Tous les écrans s’activent en même temps. Ils montrent des évènements qui se passent sur Terre, des retransmissions d’émissions télévisuelles ainsi que les aventures du Gaborone et de l’équipage du Pégase. _ Les zones d’ombres sont éclaircies. _ J’ai bien peur que l’on ne nous croira pas, là-haut. Certains ont déjà du mal à intégrer l’arrivée des extranéens. Par inadvertance, la japonaise met en action un mécanisme inconnu. Les parois se volatilisent. Les écrans deviennent virtuels. La pièce voit sa taille quadruplée. Une multitude de symboles apparaissent un peu partout que ce soit sur les mûrs, le plafond, au sol et dans l’air. Ils clignotent. Ils changent, régulièrement. _ Comme si quelqu’un tournait les pages. _ Quelle galère pour traduire tout cela. _ Moi, ce qui me préoccupe, c’est plutôt : Comment lire un tel livre ? Il y en a partout, c’est sidérant. Une carte spatiale s’activa. Le système solaire s’étale de toute sa longueur. Les planètes circulent le long de leurs orbites. L’ensemble rapetisse. Les étoiles proches apparaissent puis, toute _ Laquelle est la notre, déjà ? J’ai perdu mes repères. Un astérisque signale une étoile de la plus grosse concentration. Un autre émerge de sa sœur à peine plus petite. _ Galaxie d’Andromède et Voie Lactée. Des symboles animaliers révèlent le nom de chacun d’eux. L’un d’eux se révèle être un oiseau légendaire. _ Le Phénix. Quant à l’autre, il demeure inconnu. _ Le Phénix signale _ Mais pourquoi prendre un animal qui n’existe que dans nos antiques légendes ? _ Encore une question qu’il faudra leurs poser. _ A qui ? _ Aux propriétaires.
L’installation semble s’emballer. Des écrans apparaissent dans tous les sens. Des inscriptions les imitent. Les humains en attrapent vite des maux de têtes carabinés. _ Stop. Arrêtez de penser. Une incrédulité incroyable s’empare de toute l’équipe. _ Pourquoi ? _ J’ai comme l’impression désagréable que nos esprits commandent cette machine…… Vu que ceux-ci sont un peu chaotiques, l’appareil le reflète….. Je sais que cela va être dur mais une seule personne devrait dialoguer avec cette entité. _ D’accord. Je vais aller voir nos collègues, près du Pégase. _ Quant à moi, je vais explorer plus loin. _ Attendez…… Cet engin doit être un communicateur….. Enfin, je veux dire qu’il doit forcément y avoir un communicateur….. Cette structure est là, depuis peut-être des millions d’années. Elle épie les activités terrestres. Les concepteurs doivent forcément se tenir informer. Immédiatement, les écrans se connectent sur la salle de contrôle du Gaborone, sur le quartier général des Affaires Spatiales. _ Ils ne nous entendrons pas. Dans le vaisseau spatial, on se retourne dans tout les sens. _ Qui parle ? _ L’équipe du Pégase, commandant. Sur Terre, comme dans l’espace, on essaye de localiser le signal, sans grand succès. _ Ne cherchez pas…. C’est au dessus de nos capacités. _ Où êtes-vous ? _ Sous la montagne, qui nous, a gobée. On y a trouvé une installation extranéenne autonome. _ Qui aurait pu construire ça ? _ Pas nous. Pas les Viitians. Pas les Wekhtah. Pas les Karthéens. Pas les Latviens. Ni même aucune des civilisations connues, à ce jour. _ Et ce n’est pas tout !? _ En effet. Nous nous trouvons dans une salle où l’on peut suivre ce qui se passe sur Terre ou dans votre vaisseau. _ Pardon ? _ Oui. On peut même vous dire que vous faîtes une tronche à faire fuir une meute de requins. _ Que comptez-vous faire ? _ Pour le moment, nous allons étudier ce lieu de fond en comble puis nous chercherons le moyen de sortir. _ Au fait, comment communiquez vous ? _ Par l’intermédiaire de la technologie locale. Les parois externes ont une épaisseur évaluée à cent mètres avec un alliage inconnu. Or, argent et platine y côtoient des métaux inconnus. _ La technologie réagit à nos pensées, à nos émotions……. _ Continuez votre exploration. Rappelez nous d’ici vingt-quatre heures.
La nouvelle ne met que quelques secondes pour être connue par plus d’un milliard de personnes. Décidément, cette expédition est riche en surprise et ce n’est pas pour déplaire à l’oratrice du Grand Conseil. La réunion interstellaire qu’elle préside, gagne en intensité. Les pourparlers sont conduits sereinement. Les séances bien qu’interminables ne sont guère épuisantes. Les débats avancent à une allure tranquille. Chaque parole est mûrement réfléchit. Chaque proposition est évaluée, dans le calme. Quand quelqu’un parle, personne ne vient l’interrompre. Tous bénéficient d’une vue imprenable. En ce moment, les participants survolent Teotihuacan, l’une des merveilles du Mexique. _ C’était prévu, toutes ses découvertes ? _ Non. Ce devait être une simple mission d’exploration sous-marine. _ Plaignez-vous. Il y en aura une multitude qui se révèlera être ennuyeuse et qui finiront par être oubliée. _ Avouez quand même que question timing, on ne peut pas faire mieux. Vous nous invitez pour une réunion interstellaire et nous sommes souvent interrompu par ce Pégase. Nous n’aurions pas fait mieux. _ Qui sait ? Peut être n’est-ce qu’un début ? _ Vous nous ferez bien l’honneur de participer à d’autres missions sur Europa ? _ Ou ailleurs ? Avec plaisir. Je crois que nous n’aurons pas de peine à trouver des volontaires. Sur ces mots, on boit un grand verre de jus d’ananas. La navette prend la direction du Pacifique.
La structure est gigantesque. D’après les premières données fournit par les sondes du Pégase, l’installation étrangère dépasse les rêves les plus fous. Chacun d’eux donne un résultat différent des autres. La fourchette va de cinquante à cinq cent kilomètres. Question précision, on aurait pu espérer bien mieux. _ Je suis rassuré. Mes arrières petits-enfants auront encore du pain sur la planche. _ Surtout si la bonne réponse approche des cinq cent kilomètres. _ On va vite le savoir. _ Comment ? _ Il n’y a qu’à le demander…. Sésame, ouvres-toi. Immédiatement, un hologramme tridimensionnel dévoile toute l’étendue de l’installation. Une certaine stupéfaction s’empare des membres de l’équipage. Le plan dévoile le relief local, la géo localisation de toutes les pièces, de toutes les technologies, les couloirs et les escaliers d’accès…… _ C’est gigantesque. Je n’aimerais pas y faire le ménage. _ Un mois pour tout faire….. _ Quand tu as finit, tu n’as plus qu’à recommencer.
Le système jovien accueille trois nouveaux vaisseaux spatiaux. Ils ont l’allure du disque que l’on lance dans les stades d’athlétismes. Des particules tournent autour d’eux dans tous les sens, avec une vitesse variable. Le Gaborone, le Buenos Aires, l’Amsterdam et le Calcutta les remarquent aussitôt. L’un des intrus prend la direction d’Europa. Les deux autres s’immobilisent. Les commandants autochtones commencent à échanger leurs impressions. Une grande silhouette apparaît au milieu de chacune des salles de contrôle. Un humanoïde, haut de trois mètres, observe ce qui l’entoure. Il est entouré par une vingtaine de lumières qui tournent à vives allures, autour de lui. Une jeune femme pousse un cri strident. Tous se retournent. Ils aperçoivent le visiteur. On commence à chuchoter à son insu. _ Comment est-il entré ? _ Qui est-il ? _ Que veut-il ? _ D’où vient-il ? Pour une fois, le commandant algérien rivalise de calme et de sérénité avec son second jamaïcain. _ Moi qui toujours rêvé d’être plus grand. Là, c’est un peu trop grand. _ Remarque avec une taille pareille, tu ne dois pas trop forcer dans certains sports. _ J’aimerais voir le lit dans lequel il dort. L’entité feint d’être pris d’une quinte de toux. _ Il est malade ? _ Mais non, il veut juste prendre la parole. _ Comment va-t-il parler ? Avec ses cordes vocales ? Télépathiquement ? _ Avec mes cordes vocales, petits frères de _ Qui ? _ Pas qui, mais comment ? Tout simplement en pénétrant dans notre base scientifique sous les glaces de celles que vous appelez Europa. _ Vous tombez bien. _ On sait. _ Je pense que les Affaires Spatiales seraient ravies de recevoir votre visite. _ On attend simplement l’invitation. L’hologramme d’un haut fonctionnaire du QG africain apparaît. Il émet une invitation à visiter _ Au fait, d’où venez vous ? Comment vous appelez-vous ? _ Je suis étonné de voir que ce ne fût pas votre première interrogation. Nous venons de la grande galaxie d’Andromède. M 31, si mes souvenirs sont bons. C’est ça ? _ Oui. _ Notre civilisation porte de nombreux noms. Nous vous en donnerons deux. Nous sommes les Bantiniens ou Ok’Itiniens. _ Votre monde d’origine s’appelle Bantinia ou Ok’Itinia ? _ Oui et non. C’est beaucoup plus compliqué que cela.
Alors qu’un des vaisseaux Andromédiens prend la direction de notre belle planète bleue, l’autre traverse la banquise sans la fendre, la briser ou la toucher. Quelques minutes plus tard, la montagne est juste en face. Sans attendre, cette dernière le gobe. Les équipiers du Pégase sont surpris par une telle entrée. Certains piliers s’effacent pour laisser place nette à l’engin qui s’immobilise rapidement. Les portes s’ouvrent. Des êtres de grandes tailles en sortent. Ils portent des combinaisons bleu nuit. Leurs mains ont six doigts. La chevelure est translucide, avec des formes inhabituelles. Parfois, elle émet de la lumière. Sans attendre, ils s’approchent et saluent les explorateurs. _ Chapeau bas, les terriens. Je crois qu’il n’y aurait pas eu grand monde sur nos mondes pour tenter un tel voyage avec une telle coquille de noix. _ On fait avec ce qu’on nous donne. _ Je sais bien. Nous nous avons perdu l’esprit des pionniers. C’est un peu dommage. _ C’est normal, non ? _ D’un certain point de vue, oui.
La canadienne et le français sont toujours dans la salle aux écrans. Tant bien que mal, ils essayent de comprendre le fonctionnement de cette technologie. _ Tous ces écrits me mettent un de ces maux de tête. _ Je me demande si ce n’est pas prématuré de vouloir jouer aux apprentis sorciers….. Une présence invisible les détourne de leurs occupations. _ Qui est là ? _ Tu le vois bien. Il n’y a que nous deux. _ Pourquoi t’es tu retourné alors ? _ Juste la sensation d’être observé. Un andromédien apparaît. Il arbore un large sourire. Les terriens ne semblent pas partager sa bonne humeur. _ Je savais bien qu’il y avait quelqu’un. _ Cet engin qui croise au large de Gaïa, c’est à vous ? _ Oui. _ D’où venez-vous ? La carte spatiale en trois dimensions s’étale dans toute la pièce. Des dizaines de galaxies de toutes tailles montrent leurs corps. La plus grande d’entre elles s’agrandit. Des centaines et des centaines de milliards d’étoiles la peuplent. Plusieurs milliers deviennent blanches, clignotantes et très brillantes. _ Nous sommes les Bantiniens ou Ok’Itiniens. Nous vivons autour de trois mille cinq cent étoiles. _ Ce n’est pas un peu grand comme territoire ? _ Attendez, je crois qu’il y a un malentendu. Il ne s’agit pas du résultat d’une conquête effrénée mais d’une association de civilisations technologiques. Apparemment, vous aussi, vous semblez vous orienter dans cette direction là. _ Depuis combien de temps explorez-vous l’espace ? _ Vous n’existiez pas encore. Nos archives qui couvrent dix millions d’années indiquent que nous avons attendu plus de cinq cent mille ans avant de tourner nos efforts vers le haut. Moins de deux siècles plus tard, la civilisation interstellaire bantinienne est née. _ Et depuis ? _ Nous avons exploré chaque recoin de la zone représentée par la carte. Pas un seul astre, être vivant, atome, nous est inconnu. Si cela vous intéresse, on vous montrera comment accéder à la bibliothèque de l’installation et comment s’en servir. _ Pourquoi vous feriez cela ? Qu’avez-vous à y gagner ? _ Ah je vois. Vous pensez que nous allons vous demander une contrepartie ? Et bien vous avez tord. Qu’est-ce qu’une civilisation adolescente, comme la votre, pourrait nous apporter ? _ On ne voulait pas vous offenser. Qu’est-ce que tous ces signes signifient ? Quelle est cette langue ? _ Ce n’est pas une langue comme vous l’entendez. Il s’agit de la transcription galactique écrite de notre langage télépathique. _ Transcription galactique ? _ Comme pour vos langues, celle-ci est issue d’une convention. Pour la petite histoire, il nous a fallu plus d’un millénaire pour finaliser cette transcription. _ Votre peuple particulier vient d’où exactement ? Une petite étoile anodine bleuit puis une vingtaine d’autres l’imitent. L’ensemble est coincé entre deux bras spiraux. Les planètes les plus lointaines, l’une de l’autre, ne sont séparées que de deux mille années-lumière. _ Mon peuple habite quarante sept mondes. Dans ce même secteur, il y en a des milliers d’autres qui portent la vie. _ Bantinia, où est-elle ? _ Bantinia est l’une des deux capitales de notre confédération galactique. A ce titre, elle n’appartient à personne et à tout le monde. Deux petits clignotants verts émergent d’une obscure zone reculée. _ Nous les avons débusqués dans un désert stellaire. _ Quel âge a cette station scientifique ? _ Il faudrait que je vérifie mais si mes souvenirs sont bons, il avoisine les cinq millions d’années. _ Il y en a d’autres ? _ Dans votre système, non. Dans les galaxies du groupe local, oui. On en a mit dans tous les systèmes stellaires où la vie a émergée.
La japonaise se trouve plus profondément dans l’installation. A l’intuition, elle s’est arrêtée dans une pièce, à plusieurs centaines de mètres de l’entrée. Elle marche au bon milieu d’un vaste espace, sans obstacle. Devant elle, une multitude d’étagères portent une quantité astronomique de cristaux de diamants, de quartz pesant chacun plusieurs kilogrammes. Ses pieds nus ressentent la nature cristalline du sol. Celui-ci ne demande qu’à s’activer. L’éclairage tamisé bleu et vert renforce le côté mystérieux de l’endroit. Par la pensée, elle cherche à activer la technologie. Sans succès. Vexée, elle se concentre sur ses membres inférieurs. L’un des géants d’Andromède la rejoint. Elle le regarde, surprise. Il sourit. Elle sourit. _ On vous a fait venir ? _ En effet. _ Vous êtes de proches voisins, vu votre promptitude de réaction. _ Nous venons du fin fond de la galaxie d’Andromède. _ Je ne suis pas une spécialiste mais il me semble que ce n’est pas la porte à côté. _ Pour vous, sans aucun doute mais pour nous, c’est un petit trajet. _ Si vous le dîtes…. _ Personnellement, mon plus long voyage m’a fait parcourir une centaine de millions d’années-lumière. _ Dans ce cas-là, celui-ci est une petite excursion…… Si j’ai bien compris, cette salle est comme une bibliothèque ? _ En quelque sorte. _ Comment fonctionne t’elle ? _ L’activation se fait par de la méditation. Ensuite, il suffit de penser à ce que l’on cherche. Essaye si tu veux ! La jeune femme s’asseye. Bientôt, elle sera imitée par l’andromédien. _ Pour éviter de te stresser. Plusieurs minutes se passent, sans changement. _ Il manque de la musique, à votre installation. _ Imagine la, c’est plus intéressant. Le temps défile tranquillement. Lentement, les cristaux s’illuminent. _ Continue. Tu es sur la bonne voie. Tu peux ouvrir les yeux. C’est ce qu’elle fait. Le cristal qui la supporte, est rectangulaire. Il s’étend sur plus d’un mètre, dans sa longueur. Bientôt, ce sont les mûrs puis le plafond qui réagissent. _ Très bien. Maintenant, on va donner un peu plus de vie à cet endroit. Tu vas nous créer un paysage. Pour ce faire, tu vas le représenter mentalement. _ Quelle utilité ? _ Amener un confort supplémentaire. Je ressens au plus profond de ton être, une certaine claustrophobie. _ Et ce n’est pas cet endroit qui me le fait oublier. _ La solitude est un catalyseur. Une minute plus tard, le décor est beaucoup plus accueillant. Ils ont l’impression d’être au sommet d’une montagne. Ils bénéficient d’une vue imprenable. Une multitude de cimes enneigée les entoure. Une épaisse forêt s’y épanouit. Le bruit d’une cascade chatouille les oreilles. Un léger vent vient les frôler. Des troupes de mouflons, bouquetins et autres chamois broutent en toute quiétude, ça et là. _ On s’y croirait. _ C’est le but. On a conçu certaines salles spécialement pour dénicher et visualiser certains évènements oubliés de notre parcourt personnel ou de nos rêves. _ Comme dans la plus petite enfance ? _ Pas seulement. Plus loin. Beaucoup plus loin. Bien au-delà de ton imagination…. Mais celle là concerne plus particulièrement l’histoire de _ Et l’Univers ? _ On lui a réservé plusieurs salles, plus loin dans l’installation…… L’avantage de votre peuple arc-en-ciel est son imagination fertile… C’est inouïe la quantité astronomique de rêves que l’on a pu capter. Certains, toutefois, nous rappelèrent des paysages que l’on a croisés en lisant le Grand Livre de l’Univers. Je vais te faire une petite démonstration. Rapidement, le paysage change. Une cascade dévale une falaise. L’eau termine sa chute dans un petit étang. Un pont le traverse. Une rampe d’escaliers creusée à même la roche permet d’accéder au sommet du relief. Le couple se trouve au milieu d’une clairière. Une forêt les entoure sur trois côtés. _ Qu’est-ce que c’est que ce bâtiment ? _ Un temple. Ils sont assis au milieu d’une structure cristalline ronde. Son diamètre dépasse les trente mètres. Sur ses extérieurs, sept piliers soutiennent une arche dont le centre est absent. _ Quant il pleut, ça ne doit pas être très pratique ? _ Le but est d’être en contact étroit avec la nature, tout en bénéficiant de l’énergie cristalline. _ Le bassin d’eau, à quoi sert-il ? _ A de multiples choses ? Celui-ci est entouré par un pot de fleurs sur les trois quarts de son pourtour. _ Si j’ai bien compris le futur de notre civilisation se fera avec le cristal. _ En effet, toute les civilisations hautement évoluées que nous avons croisés jusqu’ici utilisent le pouvoir des cristaux. Bien que ceux-ci diffèrent de l’une à l’autre. _ C’est un rêve ou un endroit réel ? _ Les deux. Un jeune français a rêvé de cet endroit, il y a une trentaine d’années. En fouillant dans les archives de l’Univers, on s’est rendu compte qu’une planète lointaine d’une obscure galaxie abritait un tel lieu. Sans le savoir, nous sommes tous connectés à des êtres, à des lieux qui peuvent être accessible que par le rêve. C’est pourquoi nous attachons beaucoup d’importance aux décryptages de ceux-ci, qu’ils viennent de l’esprit andromédien ou d’ailleurs. _ Vous avez donc des attrapeurs de rêves ? _ En effet. Mais les nôtres sont bien plus évolués que les vôtres. Les vôtres sont personnels, ils ne peuvent donc lire qu’un seul rêve, à la fois. Les nôtres lisent tous les rêves effectués en simultanée sur une planète. _ C’est bien beau tout cela mais qui peut bien vouloir les lire tous ? _ Je trouve qu’ils marchent très bien. _ Quelle galaxie ? _ Quelle importance ? De toute manière, elle n’est même pas référencée dans vos catalogues. De plus, vous ne pourriez même pas vous y rendre. _ Ne nous sous-estimez pas ? _ On a évaluée la distance actuelle à près de 35 milliards d’années-lumière avec leurs déplacements mutuels. _ Je vois. Ce n’est pas près d’être à l’ordre du jour. Votre maximum à vous, Andromédiens ? _ Un milliard d’années-lumière. _ Pas plus ? _ Non, quel serait l’intérêt d’une course au record ? Nous nous cherchons la connaissance de la vie sous toutes ses formes. Acquérir le savoir prend du temps, beaucoup de temps. Elle finit par être expérience.
Une navette bantinienne atterrit à l’aéroport du Botswana. Ils effectuent une sortie très remarquée…. Vu leurs tailles, le contraire aurait été inquiétant. Quelques fonctionnaires les accueillent au nom de l’humanité. Rapidement, ils sont conduits dans le grand bâtiment des Affaires Spatiales. La chaleur accablante surprend les visiteurs. Comme de coutume, on fait visiter les installations. _ Ici, vous avez la première salle de contrôle qui gère le trafic global de notre système planétaire. _ On le sait. _ Comment vous pouvez ?…. Je m’en rappelle. Dans ce cas, on va vite passer en salle de réunion. Les grands conseillers de cinq civilisations sont déjà sur place. _ C’est parfait. On brisera ainsi la glace avec cinq peuples en une seule et même fois. Une fois dans la salle, ils s’asseyent sur les tables. Aucune chaise n’est à leurs tailles. Les concepteurs ne pensèrent pas que l’on puisse accueillir des êtres aussi grands. _ Bienvenue sur Terre, nobles visiteurs. Nous sommes désolés d’avoir souillé votre sanctuaire. _ Rassurez vous, ce n’est ni un sanctuaire, ni notre territoire. Il s’agit seulement une base scientifique, comme vous en possédez en Antarctique. Bien des choses se cachent, là-dessous. _ Nous allons demander à notre équipage de quitter les lieux. _ Mais non, elle a été pensée pour que d’autres peuples puissent y pénétrer. Profitez en, vous pourrez accumuler bien plus de connaissances sur le passé récent de votre monde. Cela risque de profondément modifier la perception que vous en avez. On vous expliquera comment en sortir, comment accéder aux connaissances par l’esprit et manuellement. Je pense que c’est ce qu’ils font déjà, là-bas, sous les glaces d’Europa. D’ici quelques mois, vous pourrez confronter vos connaissances avec les enregistrements des archives que nous vous offrons. _ Pourquoi ? _ Parce que vous avez réussi le test en parvenant, là-bas. N’en cherchez pas d’autres, il n’y en a qu’un seul dans votre système planétaire. C’est amplement suffisant. D’autant que vous aurez du travail jusqu’à l’an cinq mille ou davantage encore.
Tous droits réservés
Lundi 28 Septembre 2009Poster un commentaire
La ville aux milles cascades.
24 avril 2060, dans le Centre de Recherche Continental de Vienne (Autriche)
Il fait beau sur la capitale autrichienne. La température agréable permet aux tenues estivales et aux pieds nus de se montrer. Un nouvel édifice attire l’attention. On l’imagine tout droit sorti de l’esprit d’un célèbre architecte grec qui a notamment, construit Océaniya. Et pourtant, ce n’est pas lui qui en est l’auteur mais bien, un de ces héritiers. Une vaste place borde les trois ailes de la structure en U. Au bon milieu, une arche-tunnel la traverse de part en part. Il mène à un grand parc que bon nombre de citadins apprécient. Sur chacune de ces ailes, une cataracte haute de cinq étages. Le bassin de réception se transforme en petits cours d’eau qui eux-mêmes rejoignent un étang central bordé de pierres taillés dans le granit. Ces pierres couchées de tailles monumentales sont gravées de phrases écrites dans toutes les langues existantes, et ayant existées, dans
La toute première version est apparue en 2027, grâce à la ténacité d’une jeune amérindienne. Comme toute innovation, elle se révéla perfectible. Les images récupérées revenaient avec une qualité faible. Régulièrement, les ondes cérébrales du sujet parvenaient à parasiter le système voire à le déconnecter. Néanmoins, la chercheuse obtint, une décennie plus tard, la récompense suprême, la plus grande distinction de la toute nouvelle Confédération Humaine pour service rendue. Il faudra attendre une vingtaine d’années pour voire une évolution. Celle-ci vient de sa propre fille qui miniaturisa cette technologie tout en la recadrant avec la tradition amérindienne. Dés lors, tous peuvent en porter un, autour du cou, sous la forme d’un pendentif agrémentée de plumes, de feuilles et de cristaux. Là encore, de nombreux problèmes subsistèrent. Ils ne pouvaient enregistrer qu’un seul rêve. Parfois, les ondes cérébrales du sujet le déréglaient ou provoquaient une réinitialisation. Comme le modèle précédent, il y avait beaucoup de progrès à faire dans le rendu des signaux captés (images, sons, impressions, ressentis du corps,…..). Malgré tout, vingt pour cent de l’humanité s’en sert tout les jours. On estime que sept milliards de personnes ont pu comprendre certains de leurs songes grâce à cela.
Toutes les sept entrent dans l’arche de la plus grande façade. Leurs attrapeurs de rêves personnels se balancent, au bout d’une chaîne, au gré de leurs pas. Elles tournent sur leurs droites quant elles croisent la première porte. A présent, les pierres sont remplacées par du carrelage glacial qui provoque, grâce à leurs pieds nus, un long frisson dans tout le corps. Un grand hall désert les accueille. Quelques dizaines de plantes s’épanouissent dans un vaste pot de fleurs dont la bordure émerge du sol, de quelques millimètres. Trois escaliers mènent à trois destinations différentes. Le premier conduit au département astronomie qui accueille une vingtaine de travailleurs. La seconde rampe vous entraîne au cœur de la section Botanique qui compte une quarantaine de fonctionnaires. Les jeunes européennes empruntent la troisième voie. Elles grimpent quatre étages avant de pénétrer dans le service Innovation technologique qui voit deux cent cerveaux se pencher sur de nouvelles technologies. Comme chaque jours, leurs arrivées ne passent pas inaperçues. Toutes les têtes se détournent pour les contempler à travers les baies vitrées. Même si les costumes cravates et les blouses blanches n’existent plus, les gens n’ont pas l’habitude de voir des personnes vêtues d’habits aux coupes inhabituelles et aux couleurs voyantes. Sans s’en soucier, elles rejoignent leur atelier, tout au fond du couloir. Elles y entrent calmement puis s’asseye un moment. _ Il va falloir le tester. _ Qui se porte volontaire ? Un homme plus âgé se joint à elles. _ Moi, j’ai hâte de pouvoir noter votre travail. L’Europe attends beaucoup de vous puis si vous êtes à la hauteur, ce sera Liz prend les quatre bracelets fabriqués pour cette machine. Elle tend le premier au seul homme présent. Elle se garde le second puis tend les deux derniers à Elya et Natalya. Quant aux quatre autres (Katia, Aline, Irina et Monica), elles activent leurs interfaces de suivies. L’ambiance est décontractée malgré l’importance du moment. Les quatre observateurs souhaitent bonne chance aux quatre acteurs. Les trois jeunes femmes qui s’apprêtent, ont du mal à retenir leurs calmes. Les autres ne sont pas pour autant beaucoup plus détendues. _ Vous savez comment ça marche ? Vous avez le mode d’emploi ? _ Evidemment que non…. Ce n’est qu’un test. C’est quand vous voulez, professeur. _ Dans ce cas, allons-y. A la surprise générale, l’engin s’active seul. Un grand amas de cristaux blancs trône au milieu de la pièce. Sa masse avoisine les soixante kilos. Chacun d’eux se réveillent. Des lueurs vont et viennent de l’un à l’autre. Les mûrs et les fenêtres se mettent à vibrer. Les gorges se crispent. Les cœurs battent à tout rompre. La respiration se fait haletante. Les pensées défilent à la vitesse de la lumière. Les membres s’ankylosent. Les corps se font lourds. Même le temps semble se figer et puis tout s’accélère.
Le cristal émet une lueur qui devient rapidement une lumière aveuglante. Des arcs énergétiques se créent puis vont s’écraser contre les parois qu’ils rencontrent. Les capteurs disposés, ça et là, sont vite saturés par une énergie considérable alors que les sondes électriques ne captent qu’un faible courant. Les quatre porteurs de boîtiers sont entourés par une bulle de plasma haute densité, sans masse. Contrairement à leurs amies, ils voient toute la scène. L’observateur-éducateur analyse froidement les données que ses yeux lui envoient. Déjà, il apparaît que la phase de lancement mériterait d’être amélioré. Heureusement, il n’y a pas de blessés. Il s’avoue toutefois qu’il n’avait jamais rien vu d’aussi spectaculaire. Bien que très loin de ses réflexions, tous les appareils scientifiques confirmeront ses postulats. Mais quelque chose cloche, son cerveau sent que quelque chose ne tourne pas rond. Le temps est infiniment long. Quant est-ce que la machine s’activera, pour de bon ?
Pourtant, en dehors des bulles, le temps défile rapidement. A chaque centième de seconde, une cinquantaine d’éclairs zèbrent la pièce. Par chance, aucun humain ne se trouvait sur la trajectoire. Les vibrations s’accentuent. On pourrait même craindre que les mûrs ne s’écroulent. L’énergie dégagée s’accroît, elle aussi. Elle est, à présent, si colossale qu’elle pourrait en fournir suffisamment pour un vaisseau de catégorie 9 lors d’un voyage en hyperespace. Dans un dernier sursaut, la machine atteint son maximum avant de revenir à son état initial. Lorsque les observateurs ont pu ouvrir leurs yeux, plusieurs surprises les attendent. Elles remarquent immédiatement la disparition des quatre volontaires. La panique s’empare d’elles lorsqu’un hurlement les ramène à la réalité. Katya est étendue au sol. Elle grimace tout en se tenant l’épaule gauche. Ses partenaires l’auscultent. Rapidement, elles en arrivent à la conclusion qu’un éclair l’a touchée. Aline se dirige vers le communicateur de la pièce. _ Nous aurions besoin d’une équipe médicale, au département Innovation et Technologie, dans la salle du fond. _ Ne bouges pas, Katya. Tu ne fais qu’attiser la douleur. _ Où sont-ils ? _ On va s’en occuper mais toi, tu vas rester tranquille jusqu’à ce que l’équipe de secours arrive. La porte s’ouvre. Cinq personnes entrent, avec un brancard. Aussitôt, ils s’occupent de la blessée. _ Tu vas devoir passer quelques tests pour connaître l’ampleur des brûlures. Katya est hissée sur la civière puis rapidement, évacuée vers l’hôpital le plus proche. Avant de la laisser, ses amies l’embrassent. _ Retrouvez-les. _ A tout à l’heure, mon allemande préférée. Elles la regardent s’éloigner puis pendant deux ou trois minutes, elles semblent comme absentes. Personne ne bouge. Personne ne réagit. Le résultat n’est pas celui qu’elles avaient escompté. Finalement, c’est Monica qui sonne le rassemblement. _ Allons-y. Irina et toi, Aline, vous allez commencer à éplucher les données recueillies. Cela nous aidera fortement. Pendant ce temps, je signalerai la disparition de nos testeurs, au grand conseil Les deux jeunes femmes se penchent aussitôt sur le travail de récupération des données. Première étape : Reconstituer le film des évènements. La dizaine de caméras préalablement installées pour l’évènement devraient être d’un grand secours
_ Je souhaiterais entrer en communication avec le Grand Orateur, s’il vous plaît. _ Sans souci. Qui le demande ? _ Monica Belleni Morin. C’est au sujet du test de ce matin. _ Je l’averti. Je te prie de patienter un instant.
Comme il fallait s’y attendre, la lumière éblouissante des instants cruciaux de l’expérience est un frein pour l’enquête. _ Tu te rappelles comment on fait pour filtrer la lumière, après coup ? _ Tu oublies que je suis pas très douée pour ce type de manipulations informatiques. _ Moi, je peux vous aider. Elles se retournent pour savoir à qui appartient cette voix agréable à écouter. Une jeune femme vêtue d’un pantacourt et d’un débardeur blanc se tient adossée à l’entrée. Bien que libres, ses pieds sont couverts de bandages, tout comme sa main droite. _ Ces pansements, c’est le fruit de ? _ De mon habilité naturelle, dés qu’il est question de sport. Acceptez-vous mes services ? _ Disons qu’elle est la bienvenue. _ Je m’y jette. Elle s’avance en boitant. L’un des genoux reste désespérément immobile. _ Le genou a trinqué à ce qu’il semble aussi. _ En effet. _ Combien de chutes ? _ Une seule. Elle s’asseye devant la première console. Immédiatement, elle s’active sur un clavier virtuel mais rapidement, elle grimace de douleurs. Ses collègues le remarquent. _ Pas de commentaires, s’il vous plaît. _ Il est inutile de te demander ce qu’il t’est réellement arrivé ? _ Sans aucun doute. Quand je m’y mets, je suis d’une grande maladresse.
_ Ici, le Grand Orateur Nairan Ashwenikhtéyan. Je t’écoute, jeune Monica. Le test est une réussite ? _ En fait, on en sait rien. _ Que s’est-il passé ? _ Nous n’avions jamais testé la machine….. Le hic est qu’elle a fait disparaître, nos quatre testeurs. A cela s’ajoute, un blessé…… A part cela, notre engin fonctionne plutôt bien…. _ Il y a eu bien pire comme première.
L’orateur originaire de Bombay était en pleine réunion avec une poignée de Bantiniens, tout heureux de pouvoir voir notre monde directement de leurs propres yeux. Dans la pièce, il y a aussi des représentants Wekhtah, Karthéens, Latviens, Viitians ainsi que les représentants d’Iramia, de Tia’Tura, des Confédérations Continentales Terrestres auxquels il convient d’ajouter toute l’équipe du Haut Fonctionnaire Terriens. Personne n’a perdu une miette de la conversation. L’ambiance décontractée de cette réunion informelle n’en souffre pas. L’un des Bantiniens prend la parole. _ La recherche comporte des risques. Nous en savons quelque chose. _Pour l’instant, nous ne sommes pas inquiets….. Après tout, le Pégase nous a montré que tout était possible. L’un des membres de l’équipe de l’Orateur activent quelques écrans pour consulter les images prises par les caméras. Tous les regardent mais elles déçoivent fortement. Pour en savoir plus, ils se connectent à l’un des moniteurs de suivis pour savoir où en sont les filles.
La nouvelle venue ne met que trois petites minutes pour accéder aux paramètres de filtrages via ce système complexe qu’est l’informatique de son temps. Tout en visionnant, une nouvelle fois, l’évènement avec une vitesse réduite quatre fois, elle parvient avec brio à réduire la lumière reçue. _ Heureusement que nos caméras sont insaturables car vu l’intensité lumineuse reçue, il y aurait eu de quoi….. Au fait, vous devriez songer à passer une petite visite médicale, vous aussi, pour vous assurer que vos yeux n’aient pas de séquelles. _ On y pensera. Tu ne nous as pas dit ton prénom ? _ C’est Anaïs Kathleen. Elle doit beaucoup s’employer pour parvenir à un résultat. A chaque réussite, elle enregistre les paramètres dans le fichier vidéo afin de pouvoir le lire tel quel. Dix minutes lui suffiront pour traiter tout l’enregistrement qui dure près de trois minutes. Une fois terminée, elle le relance. Cette fois, les images sont limpides. Les jeunes femmes commencent sérieusement à paniquer. _ Avez-vous regardé les données recueillies sur le cristal ? _ Pas encore. Anaïs va aussitôt les chercher dans la multitude de fichiers existants. Trente secondes lui suffisent. Elle cède sa place pour que les autres puissent mieux voir.
Dans la salle de réunion, on digère les images vues. Quelques uns boivent, d’autres mangent un peu. Certains parlent, les autres sont silencieux. Certains sont perdus dans leurs pensées, les autres se contentent d’observer. _ Amis terriens, je vous propose nos services…… Les miens plus particulièrement. _ Que pensez-vous pouvoir faire ? _ Tout d’abord, je pense pouvoir localiser les quatre disparus. Nos localisateurs sont les meilleurs. Ensuite, je pense que nous pourrions aider à les ramener. Après tout, notre civilisation cumule quatre ou cinq milliards d’années d’expériences de plus que vous autres. Dans le même temps, on aimerait bien en profiter pour examiner l’engin de plus près. Nous n’avons jamais rien vu de tel. Nous aimerions savoir de quoi il en retourne, exactement. _ Le monde doit être déjà, au courant de l’affaire ? _ Sans aucun doute. _ Oui, je sais les nouvelles vont vite. Lancer une consultation. Que tous donnent leurs avis, dans la demi-heure qui vient. _ J’applique la procédure habituelle. Trente sept secondes plus tard, tous les écrans du système solaire et du centaure affichent la question juste avant que l’évènement lié soit diffusé.
_ Ça dit quoi ? _ Comment peut-on dire ce qui cloche quant on sait pas ce qui est normal ou pas ? _ Rassurez-moi…. Vous avez bien étudié ces cristaux ? _ Bien sûr. _ Ont-ils eu un comportement normal ? _ En tout cas, je ne vois rien d’anormal dans toutes les données collectées. _ De mon côté, j’ai un doute sur certains capteurs. Il y en a quelques uns qui indiquent des résultats totalement contradictoires par rapport aux autres. _ De toutes manières, on ne cherche pas au bon endroit….. Avant de se volatiliser, des bulles se sont formés autour de vos amies. C’était prévu ? _ On en sait rien. _ En fait, non…. On pensait avoir créé un nouveau modèle de Dream Catcher. C’est raté. _ Réjouissez vous quand même. Votre prototype fonctionne mais reste à savoir de quoi il s’agit au juste….. Au vu de cette première, vous devriez peut-être songer à créer une enceinte de protection pour les observateurs.
C’est la deuxième remarque d’Anaïs à faire mouche auprès de l’orateur. Les Bantiniens, quant à eux, s’entretiennent avec leur galaxie. Les ministres de cette civilisation donnent leurs accords pour cette participation aux affaires scientifiques de l’Humanité. Juste après, le volontaire reçoit plusieurs communications. Certains de ses amis aimeraient, eux aussi, être de l’aventure. _ Monica….. La réponse à la consultation vient d’être émise. Quatre vingt pour cent des humains ont répondu positivement, la requête est donc autorisée. _ Je vous écoute, Grand Orateur Nairan. _ Quelques scientifiques plus âgés viennent vous rejoindre ainsi que plusieurs Bantiniens qui vont être d’un grand secours. _ Dans combien de temps ? _ Le temps d’arriver…. Une petite heure. _ Je vais rejoindre mes amies. _ Gardez avec vous, cette jeune fille qui vient de se joindre à vous. Elle a l’air particulièrement douée. _ Je l’ai aperçue, tout à l’heure. Je vais lui dire. _ Bon courage et tenez-moi informé, toutes les heures. _ Bien reçu.
Anaïs s’est penchée sur l’interface de contrôle de la machine. Systématiquement, elle passe en revue tous les éléments qui la constituent. Elle note tous les résultats donnés par l’informatique avant de les vérifier manuellement avec un testeur universel. Monica entre dans la pièce. Immédiatement, elle vient s’asseoir, à même le sol, juste aux côtés de la nouvelle venue qui est ravie d’être aidée dans sa tache. _ Le Grand Orateur te demande de rester avec nous. Acceptes-tu ? _ Oui, j’accepte. Depuis mon accident, il y a deux mois, je ne peux plus poursuivre mes recherches. _ Rien de plus normal, je crois. Tu en as pour combien de temps ? _ On en sait rien. Je dois encore me faire opérer des ligaments croisés du genou. Vu que mon corps a l’air très lent pour réparer ce qui doit l’être, les médecins ne veulent pas en rajouter davantage. D’autant, qu’il a mis plus de trois semaines à dégonfler….. L’un des capteurs a grillé. _ Il va falloir le changer. Sa compagne note la référence et va immédiatement en chercher un neuf. _ Apparemment, il faudra améliorer nos réglages. _ C’est normal. _ Elle a raison. On ne pouvait pas espérer un meilleur résultat. On aurait dû faire des essais à blancs, auparavant. _ Tu sais très bien qu’on n’en a pas eu le temps. C’était aujourd’hui, la date du test.
Plusieurs individus, à la peau de couleur chlorophylle, doivent se courber pour entrer dans la pièce. Cette porte-là, à beau faire deux mètres cinquante, elle est trop petite pour un Bantiniens. Ils font plus de trois mètres. Ils saluent les quatre jeunes filles. Pendant quelques instants, ils contemplent l’installation. _ C’est brillant, mes enfants. _ C’est vrai, ça l’est…. Par contre, si le but recherché était un Attrapeur de Rêves, c’est bel et bien raté et pas qu’un peu. _ Qu’est-ce que c’est ? _ Pour l’heure, pas la moindre idée. Il recula jusque dans un coin. Ensuite, il remonte la manche d’une espèce de combinaison incolore. Il regarde quelques secondes son bras comme si il y avait quelque chose mais Aline qui l’observe n’y voit rien. A peine le temps d’une respiration plus tard, une machine translucide fait son apparition au milieu de la pièce. _ Et oui, jeune Aline de _ Vous avez un téléporteur personnel ? _ En quelque sorte. Katya rejoint le groupe. Elle est immédiatement entourée par ses trois amies. _ Comment tu vas ? _ A priori, ça va. Ils m’ont laissés sortir. L’éclair a brûlé quelques tissus, une partie de l’omoplate. Il semblerait que j’ai été transpercé sur un diamètre d’un centimètre. Je dois juste me tenir tranquille jusqu’à ma prochaine visite dans une semaine. Quant à vous, mes amies, vous devrez me passer de la pommade, pendant quelques jours. Le Bantiniens fait appel au Grand Livre de l’Univers pour vérifier quelque chose. Il visionne le test, récupère toutes les données que ces connaissances lui permettront de comprendre. _ On peut dire que vous avez eu de la chance. Votre engin ne produit aucune énergie électrique, ni thermique. Par contre, il utilise un type d’énergie très rare qui, par chance, n’a que peu d’effet sur la vie, sauf en grande quantité….. Dans votre cas, il y en avait suffisamment pour nourrir les étoiles pendant de nombreux siècles. D’où votre blessure ?.... _ Vu notre expérience et vu notre connaissance de votre anatomie, vous risquez d’en subir les effets pendant de nombreux mois…. Ce sera des douleurs passagères, des démangeaisons que vous ne pourrez soulager que par la méditation, le calme, la relaxation….. Les Andromédiens se remettent à la tache. _ Comment allez-vous procéder ? _ Grâce à cette merveille. Il montre un cristal de bonne taille et multicolore. _ Qu’est-ce que c’est ? _ Le cristal le plus merveilleux qu’il soit. Il rend vos Diamants et vos Cristaux de Quartz bien faibles. C’est le cristal le plus performant de l’Univers…. Si l’on exclut l’eau, bien sûr. Tous les deux peuvent contenir une quantité phénoménale d’informations. Par exemple, la somme des connaissances et des expériences de l’Humanité ne serait pas suffisante pour occuper un centième de ses capacités. Si on sait comment s’y prendre, l’eau permet d’accéder à tout ce que l’Univers renferme. Ce cristal permet d’en faire autant même si il est plus performant quant il s’agit de rechercher quelque chose de précis….. _ En fait, nous allons d’abord recueillir l’empreinte des quatre voyageurs pour ensuite pouvoir les localiser. _ L’empreinte ? _ En fait, on recherche l’empreinte énergétique. Elle est particulière à chaque être. Tiens, pose ta main sur le moniteur. Katya s’exécute. L’extranéen effectue quelques manipulations avant de tourner son visage vers le milieu de la pièce. La jeune femme ressent une impression de chaleur lui parcourir le corps. Une forme ressemblant à un humain apparaît sur l’écran. Ses couleurs changent sans arrêt, passant du bleu au vert, du violet au jaune, du rose à l’orangé. Sa forme fluctue, rapidement, même si elle est toujours vaguement humanoïde. _ Avec ceci, je peux, par exemple, faire apparaître ton essence cosmique, c’est-à-dire ton âme. Regarde la voici. Une forme énergétique blanc-bleutée bouge dans l’air comme danserait une flamme, sous le vent. Elle ne ressemble à rien de connue mais semble réagir à quelque chose. Informe, elle évolue sans cesse. Parfois, elle grandi. Parfois, elle se rétracte. Quelque fois, elle devient si petite qu’elle manque de devenir invisible. D’autre fois, elle est si grande qu’elle occupe toute la pièce. _ Toutes les âmes disposent de l’intelligence suprême. Parfois, elles se choisissent un corps pour apprendre par l’expérimentation. Quelque fois, c’est une réussite. D’autre fois, non. _ Je me vois ? _ Bien sûr, tout le temps. La forme disparaît. _ Occupons-nous de vos amis. Il isole du film, les quatre testeurs. Il exécute les mêmes manipulations que pour la démonstration. Quatre formes énergétiques dansent, dans l’air, à présent. Chacune d’elles est différente. Il y en a qui sont plus vivace que d’autres. Certaines sont plus visibles que d’autres. Il y en a une qui tend vers le bleu. Une autre où le violet domine. La troisième est blanc fantomatique. La dernière est arc-en-ciel. _ Localisation en cours. Une immense carte de l’Univers apparaît tandis que le noir se fait dans la pièce. L’un des Bantiniens vient, d’un geste de la main, de teinter les vitres. Des milliards de galaxies apparaissent comme de petites formes lumineuses. Il y en a partout, dans toutes les directions. _ C’est juste l’affaire de deux, trois minutes. _ Comment vous pouvez vous repérer, là-dedans ? _ Grâce au Grand Livre de L’Univers. Il renferme tout. Quant on sait le lire, on peut même obtenir les cartes les plus élaborées qui soient pour l’instant T. Vous pouvez même avoir, instant par instant, un journal complet des évènements actuels (Supernova, Naissances d’étoiles, Emplacements des Vaisseaux Spatiaux, Rassemblements de Civilisation,…..). Le seul problème, c’est que cela réclame du temps. La localisation est terminée. Deux petites étoiles clignotantes apparaissent dans deux galaxies différentes. La consternation se lit dans le visage des extranéens. _ Qui a-t-il ? _ Je ne sais pas ce que vous avez inventé mais vos amis se trouvent en deux endroits différents. _ Que voulez-vous dire ? _ Ils sont ici, dans cette pièce, et dans le même temps, quelque part dans une galaxie à quatorze milliards d’années-lumière. Les filles cherchent à nouveau dans la pièce mais personne n’est là. _ Où alors, je suis aveugle. Où alors votre technologie vous joue des tours bien que je ne remette pas en doute vos compétences. _ Ils doivent se tromper ! _ Et bien, non, terriennes. Ils sont justes dans une autre dimension…. Une autre fréquence vibratoire. _ Pour les récupérer cela va être la galère ! _ On verra cela…. Continuons l’inspection de la machine.
Très loin de là, les quatre testeurs viennent d’être libérés de leurs bulles. _ Vous allez bien ? _ Oh ! Oui. Les trois jeunes filles bougent leurs orteils pour en avoir le cœur net. _ Plus agréable que je le pensais, ce voyage. _ Où sommes-nous ? Ils se décident enfin à jeter un coup d’œil sur ce qui les entoure. Une grande salle. D’épais mûrs de roches. Un plafond haut. Pas d’angles droits. D’ailleurs, il n’y a aucune séparation entre sol, mûrs et plafond. Le sol est plat mais sur les extérieurs, ils s’élèvent de plus en plus pour finir à la verticale, sauf en trois endroits, large d’un mètre, tout au plus. Au milieu de la roche, quelques cristaux de bonnes tailles. _ J’adore cet endroit même si je ne sais pas pourquoi ? _ C’est compréhensible. Cet endroit dégage une chaleur inouïe, une bienveillance absolue. _ Je ressens la même chose…. _ Un peu comme si notre présence est connue et qu’elle est acceptée. _ D’où vient cette lueur ? _ Bonne question. _ Pas des parois, en tout cas. _ Il n’y a qu’une seule solution alors…. L’air, ils ont peut-être réussi à créer de la lumière, sans supports physiques tels que les nôtres. _ Pourquoi pas ? Une nouvelle piste de recherche ? _ Il faudra en toucher deux mots au Comité de _ Vous avez remarqué cette douce température ? _ Oui…. Mon corps me gratifie de réactions agréables, depuis notre arrivée. _ J’ai comme l’impression que cet endroit revivifie notre corps, voire le rajeuni. _ Alors ça, si c’est vrai, je suis pas contre…. J’ai plus de soixante ans mais j’aimerais retrouver mon corps de jeune homme. Toutes éclatent de rire. Elya s’approche d’un des côtés de la structure. Elle prend soin de se choisir le coin qui reste plat jusqu’au bout….. Quelque chose qui s’avère une porte rocheuse s’ouvre, sans bruit. L’air extérieur vient les caresser. Un son caractéristique, amplifier par les vents, vient chatouiller ses oreilles. _ Des cascades. Tous quittent la pièce. Une terrasse les accueille. Ils s’approchent d’une rambarde de protection pour s’apercevoir qu’ils se trouvent sur une falaise, à grande hauteur du sol. Une bonne partie de la vue est occultée par une cascade monumentale. Le restant dévoile une vue inexistante sur ce monde ou presque. Des dizaines et des dizaines de stalagmites rocheuses essayent de tutoyer le ciel. Arrondis aux sommets, elles sont toutes parcourues par plusieurs cascades. Sur chacune d’elles, les visiteurs devinent des terrasses. _ Comment fait-on pour passer de l’une à l’autre ? La roche semble l’avoir entendue. Un morceau de la rambarde disparaît, à la stupéfaction des visiteurs. Pendant ce temps, ce qui était occulté se dévoile. Un pont constitué d’une seul pierre monumentale relie leur poste d’observation à une autre montagne, située une cinquantaine de mètres plus loin. _ Quelqu’un d’impressionnable pencherait pour de la magie. _ En effet….. D’où l’expression « la haute technologie n’est pas distinguable de la magie »…. Cela me conforte dans l’idée que les bâtisseurs étaient très avancés…. A un point tel que les Bantiniens pourraient passer pour des enfants. Regardez…. Il leurs montre les pierres. L’absence d’angles droits. _ Ce n’est pas commun comme caractéristique. Aucun peuple extranéen rencontré à ce jour ne peut faire cela. L’impression que tout l’ensemble est constitué d’un seul bloc. _ Vous nous imaginez réaliser une telle prouesse. Moi pas. Nous sommes déjà incapable de faire un mûr d’une seule pierre alors tout un bâtiment ou toute une ville. Faut pas rêver. Le fait que l’abondance d’eau ne semble pas avoir d’effet sur la pierre… _ Pas d’érosion. Aucune pierre naturelle ne peut lui résister. Le fait que les bâtiments se fondent dans le paysage…. _ Ça aussi. C’est une belle leçon pour nous. L’absence de mobilier…. _ Leurs spiritualités devaient être élevés…. Ils ont compris que simplicités, qualités et parcimonies valent mieux que quantités, complexités et surabondances…. Encore une belle leçon d’humilité, en perspectives. Natalya s’approche du lieu où la rambarde a disparue. Elle balaye l’air de sa main puis de son pied. Elle ne trouve rien. Pas rassurée du tout, elle s’avance suffisamment pour se retrouver sur le pont. Ses pieds semblent avoir activer un système énergétique de protection. Des rambardes d’énergies viennent de se créer. Une multitude de formes, de couleurs dansent tout le long de l’édifice. Elle s’approche d’un pas, le tout se solidifie. Elle touche la barrière pour en avoir le cœur net. Cette fois, ses mains font mouches. Ses membres sont parcourus de frissons, de sensations agréables, de chaleurs…..
Le groupe se décide à explorer plus avant cette ville, sans en imaginer l’étendue. Au milieu du pont, ils bénéficient d’un meilleur point de vue. Des stalagmites rocheuses s’étendent vers le soleil, de tous les côtés. Tout au plus, elles ont un diamètre d’une vingtaine de mètres. Une brume épaisse formée par la grande multitude de cataractes rend invisible ou presque le fond de la curiosité. _ Dommage qu’on ne puisse pas évaluer la hauteur à laquelle nous sommes. _ Au minimum, une centaine de mètres. _ Regardez….. On dirait qu’il y a plusieurs étages de constructions. Elya montre une autre terrasse, une dizaine de mètres plus bas, sur le support le plus proche, devant eux. _ Ça peut se comprendre…. Non ? _ Quel gâchis, cela aurait été de ne pas utiliser plus d’espace ? _ Dans ce cas-là, quel est l’intérêt d’avoir construit, tout cela, à cette hauteur ? _ Quel est l’intérêt de produire cent milliards d’ordinateurs quand on en a besoin de seulement cinq ? _ C’était la logique de l’époque, le capitalisme….. _ Même si elle est incompréhensible, il y a une logique dans toutes choses. Pendant un instant, ils se contentent d’observer la curiosité aquatique. A part le bruit des chutes d’eaux, rien d’autre n’est perceptible à leurs oreilles. Sans dire le moindre mot, ils finissent par poursuivre le chemin. Le pont est rapidement derrière eux. Ils se retournent pour le voir être à nouveau occulté. La rambarde de protection se reforme. Cette fois-ci, elle n’est pas encombrée par une cataracte. La pierre, elle-même, semble différente. Déjà, sa couleur n’est pas grise comme avant mais bleue. Certaines portions sont carrément cristallines. Liz se dirige immédiatement vers la portion de la roche qui ne s’élève pas avant d’être verticale. _ En fait cette absence d’angles droits entre les parois, cet excellent pour repérer les portes cachées. _ Sauf qu’ici toutes les portes sont cachées. _ Je trouve que c’est plus esthétique comme cela. Chez nous, les portes peuvent rompre l’ambiance d’un lieu. Une ouverture est créée par le haut. Ce qu’il y a derrière provoque une certaine stupeur chez les explorateurs. _ Alors ça, c’est encore plus étrange. En effet, les terriens n’ont pas l’habitude de construire des bâtiments aussi insolites. Si sa forme, son haut plafond sont classique, il n’en est pas de même pour son sol. Celui-ci est bosselé. S’y déplacer ne doit pas être chose aisée. Néanmoins, le groupe s’y risque, à tâtons. Petits pas par petits pas. Pieds nus, les humains ressentent sur quoi ils marchent. La peau de leurs voûtes plantaires retransmet une foule de données sur la texture, la nature, la température du support qu’ils foulent. Est-ce agréable ? Est-ce désagréable ? Ils ne s’en posent pas la question. A chaque contact, l’information est différente. Tantôt froid, tantôt chaud. Tantôt de pierre, tantôt de terre, tantôt de sable, tantôt d’herbe. Chaque pas donne des informations totalement contradictoires du précédent. Ils en viennent même à douter de leurs corps mais peut-être est-ce le sol, lui-même, qui se joue d’eux. En bon scientifique, le plus âgé des quatre pose ses mains au sol pour avoir une confirmation de ce que lui disent ses pieds. A chaque fois, il est rassuré. Ses terminaisons nerveuses font correctement leur travail. _ Qu’est-ce que j’aimerais rencontrer les habitants de ce monde ? _ Faut pas désespérer, professeur. Cela viendra sûrement. De son côté, Elya a portée toute son attention sur sa voûte plantaire. Elle se concentre sur les sensations reçues lorsque, sous ses pieds, le sol bouge. Elle ne peut s’empêcher de crier. _ Qu’est-ce que c’est que cela ? Tous se retournent pour constater que le parquet est effectivement pris de convulsions locales. La jeune femme essaye tant bien que mal de tenir debout. D’un seul coup, le sol s’ouvre. Elle tombe. Contrairement à ce qu’elle pensait, elle ne se fera pas mal. Le support pris la texture d’un matelas qui épousa les formes de son corps. Ses pieds et ses jambes sont sous la surface du sol mais celui-ci lui a laissé un espace suffisant pour s’en extraire si elle le souhaite. _ Pas de bobo ? _ Bien au contraire. J’ai l’impression d’être allongée sur le meilleur des matelas. C’est agréable. _ Ne me dîtes pas que tout cela est juste destiné au repos ? _ J’en doute. Les trois autres jeunes femmes s’allongent, elles aussi, pour voir si le sol ferait de même avec elles. Elles se rendent compte qu’elles ont choisit un endroit bien inconfortable. Les bosses dans le dos, ce n’est pas génial. Pendant quelques minutes, elles se contentent d’attendre. Il ne se passe rien. Quelques douleurs apparaissent, ça et là. L’une est contrainte de se relever, les autres ne renoncent pas. _ Comment as-tu fait ? _ Je n’en sais rien. Je me suis concentré sur mes pieds et puis voilà….. Immédiatement, elles écoutent leurs corps. En quelques minutes, elles sont totalement absorbées par les paroles corporelles. Un cocon protecteur se forme sous les deux jeunes femmes allongées tandis que la troisième basculait, à la renverse, la structure intelligente eue une poussée de croissance dans sa direction pour la protéger. Elle se retrouva ainsi allongée avec une inclinaison de quarante cinq degrés par rapport à l’horizon. La partie inférieure de son corps avait disparu sous la structure. Le scientifique ne peut que constater les propriétés de cette chose ou de cet être. Son esprit, autrefois si sûr de son savoir, n’est plus sûr de rien. Pendant quelques secondes, il est désemparé, presque en colère. Rapidement, il se reprend. Comme dans sa jeunesse, il se dit que de nouvelles découvertes l’attendent. Aussitôt, il fulmine contre lui-même. Il s’était promis de ne jamais croire qu’il sait tout sur tout….. Et pourtant, c’est-ce qu’il a fait, inconsciemment. Il jette un coup d’œil rapide sur ces protégées. Elles ne sont pas rendues compte du conflit intérieur secouant l’enseignant. Et pour cause, elles se sont endormies. Sa respiration est apaisée. Elya rêve mais elle ne s’en rend pas compte et pour cause, son rêve a l’allure de la réalité. Elle se voit dans la même pièce, allongée dans son cocon. Elle médite profondément. Ses yeux ouverts fixent le vide. Quelque chose d’informe s’invite dans ses songes. En quelques secondes, elle prend forme humaine. Ses traits sont ceux d’une jeune femme à la longue chevelure blonde. Elle sourit le plus naturellement du monde. _ Bienvenue, jeune terrienne. _ Merci mais qui êtes-vous ? _ Je suis Akhtéana. Mes parents m’ont baptisés du nom de cette magnifique planète….. Votre monde et le nôtre sont distant de plus de quatorze milliards de vos années-lumière. _ Voilà qui répond à l’une de nos questions…… Nous avons donc inventé un téléporteur. _ Désolé de te décevoir mais non….. Tu crois être physiquement là mais non. Moi, je le suis bien qu’invisible, à vos yeux. _ C’était quoi cette forme vaporeuse ? _ Juste notre manière de passer d’un plan d’existence à un autre. _ Apparemment, vous êtes humain ? _ Disons que notre évolution nous a permit d’être polymorphique….. Si je l’avais voulu, je te serais apparu sous la forme d’un petit humanoïde à la peau verte…… C’est comme cela, je crois que vos anciens ironisaient l’éventualité de formes de vies évoluées, hors de votre monde. _ On n’en est pas fier, à vrai dire. _ Mon peuple est fier de vous accueillir nobles étrangers, même si l’heure de vrais rencontres n’est pas encore venue. _ Vous entendez quoi par « de vrais rencontres » ? _ Des rencontres où vous comme nous, nous sommes réellement physique…. Ce qui n’est pas votre cas…. Mais pour l’heure, on s’en contentera. Je t’écoute. Poses-moi toutes les questions qui te brûlent les lèvres. _ Vous semblez avoir une parfaite connaissance de ma langue maternelle, comment faîtes-vous ? _ Rien de plus simple. Nous maîtrisons la télépathie depuis une trentaine de millions d’années. Bien qu’elle fût difficile à assimilée, cette faculté fut améliorée. Elle nous permet, à présent, de converser avec toutes entités existantes dans l’Univers, de voir ce qu’ils voient, de savoir ce qu’ils pensent, de connaître leurs passés et même de mesurer leurs potentiels d’avenir…. Même avec vous autres, la plupart du temps lorsque vous dormez. Les cheveux de l’étrangère deviennent roux. Ils bouclent. Ses yeux virent au vert. Elle grandit, légèrement. _ Quel est l’utilité de ce lieu ? _ Une sorte d’école. Nos jeunes viennent y apprendre à utiliser leurs capacités psychiques, cérébrales et spirituelles. Par exemple, ils sont capables, dés la naissance, de communiquer par télépathie. _ Dis m’en plus sur l’éducation, s’il te plaît. _ Je suis ravi que tu te décides enfin à me tutoyer….. Les enfants passent les cinq premières années de leurs vies à découvrir ce monde, avec leurs parents…. Ceux-ci sont tout heureux de pouvoir répondre à toutes les questions de leurs bambins et ainsi satisfaire leurs insatiables soifs de connaissances. Ensuite, le système d’éducation de civilisation prend le relais. Vu que nous sommes là, je vais m’en servir d’exemple. Ici, les enfants apprennent la télékinésie, la visualisation, la méditation, la maîtrise de soi, l’observation, l’écoute, la matérialisation d’objets, la création de lieux sortis de leurs imaginations, la gestion de mondes, de systèmes planétaires, des galaxies puis d’Univers….. Et j’en passe. Il y en a pour plus de cent cinquante ans. _ Plus que toute ma vie. _ Oui, mais la vie étant éternelle, tu ne dois pas t’en faire. Ton âge atteint allègrement le milliard d’années. _ Comment leurs apprenez-vous tout cela ? _ Par le jeu… Par l’expérimentation…. Par l’observation…. Par l’écoute de leurs êtres intérieurs, cela joue beaucoup….. Nous n’utilisons pas de programme fixe…. Chaque enfant apprend à son rythme, suivant son désir. Ce type de pièce est idéal pour cela. La pierre enregistre, sans juger. D’ailleurs, personne n’est là pour cela. Il n’y a pas comme chez vous, d’examens, de mises à l’épreuve. Cela n’a plus aucune utilité tant les facultés développés ne sont pas étalonnables et diffèrent d’un individu à l’autre. L’Akhtéanéenne fait apparaître une boule de lumière blanche… Juste, de l’énergie pure. A présent, elle l’a fait grandir. Des pattes se forment. Une tête apparaît, munie d’une longue corne. Le corps s’allonge. Une longue queue apparaît. Ses yeux brillent comme deux diamants purs. Elya n’a aucun mal à reconnaître une licorne. _ Vous adorez ces êtres, je crois. _ Oui, le seul problème est qu’ils sont issus de mythes. Certains essayent de les créer, via la génétique. _ Ils y arriveront, cela ne fait aucun doute. Quant à vos certitudes, sur l’existence ou non, de telle ou telle créature, je vous invite fortement à ne pas être aussi catégoriques. Les mythes et les légendes, d’où qu’elles viennent, ont toujours un fondement de vérités. _ Tu parlais de création et de gestion. Veux-tu m’en dire plus ? _ Bien sûr…. Chacun de nous est entraîné à parer à toutes les éventualités d’une situation donnée. Pour ce faire, on s’entraîne à gérer une multitude de paramètres…. On peut, par exemple, simuler une situation précise puis nous réagissons comme nous pensons devoir le faire. Ensuite, il n’y a qu’à regarder les résultats. _ Où est l’adrénaline de la vie ? _ Toujours là. Chaque situation est unique. L’individu évolue sans cesse, il réagit différemment en fonction du temps. En fait, le but de tout cela est de permettre d’agir lorsque cela est nécessaire, tout en disposant d’une expérience suffisante. Moi, par exemple, j’ai été envoyé, en orbite d’une planète où une civilisation technologique venait d’apparaître, pour y minimiser les effets de l’explosion d’une Supernova. Ils ne s’en sont même pas rendus compte. Tout au plus ont-ils pu constater l’éclat phénoménal d’un astre inconnu, quelques phénomènes étranges et un climat planétaire chamboulé pendant quelques temps. _ Personne ne vous a ressenti ? _ Quelques uns, si mais c’est normal. Sur tous les mondes, il y a des sensitifs qui ressentent la présence d’entités invisibles à leurs yeux…. Il m’est même arrivé d’empêcher une guerre interstellaire entre deux civilisations de votre réalité. _ Qui décide de tout cela et pourquoi ? _ Notre groupe de civilisations….. Nous agissons ainsi dans le but de maintenir un certain équilibre dans l’Univers. Nous regroupons des milliards de civilisations ayant atteint l’accès à toutes les réalités. Nous essayons de prévenir toutes les situations qui pourraient plonger notre univers dans un chaos éternel. Dans le même temps, nous sommes aux prises avec une faction qui s’est jurer de parvenir à manipuler, à contrôler, à dominer toutes formes de vie. Ils vont même jusqu’à s’imaginer qu’ils pourraient contrôler _ Attendez-vous êtes en train de me dire que toutes ces histoires d’anges et de démons sont réelles ? _ En quelque sorte, oui….. Sauf qu’ici, certains ne se focalisent que sur eux tandis que les autres intègrent l’Univers entier, dans leurs champs de vision. Il ne peut donc plus y avoir de profits personnels d’où deux visions totalement opposées qui ne peuvent qu’aboutir à des conflits. Le décor qui entoure Elya devient flou. _ Il semblerait que tu te réveilles…. _ Quoi ? Je dormais. _ Oui. Je t’ai pourtant mis sur la piste en te disant que l’on communiquait avec votre peuple, pendant vos périodes de sommeils. _ Merci pour cette conversation intéressante….. _ Mais elle n’est pas finit, je vous retrouve dans le plan que vous visitez….. A tout de suite.
Tout comme Elya, ses deux compagnes et leur tuteur de projet se réveille. _ J’ai fait un rêve étrange. _ Ne me dîtes pas que vous avez discuté avec une fille d’ici ? _ Et pourtant, si _ Ce n’était pas un rêve comme les autres. La jeune femme de leurs rêves est là, devant eux. Les cheveux bouclés et longs. Les yeux verts et une formidable fraîcheur pour un individu existant depuis des millénaires. _ Cette ville et sa multitude de cascades existent dans 86 plans d’existences différents. Jusqu’à ce matin, on pensait avoir protégé une trentaine de ces plans contre des intrusions étrangères mais votre arrivée prouve que ce n’est pas vraiment le cas. _ Désolé, on en savait rien. _ Ne vous angoissez pas. On ne vous en veut pas. On sait que votre situation provient d’une nouvelle technologie qui a juste besoin d’être correctement réglée mais on fait toute confiance aux Bantiniens pour vous aider dans cette tache. Certains composants ont grillés lors de votre voyage jusqu’ici. Il y en a qui ont été montés à l’envers. Vous avez eu de la chance car votre amas monumental en cristal aurait pu être fortement endommagé. Vous devrez simplement le régénérer, après votre retour. Les Andromédiens vont certainement vous faire changer d’autres composants qu’ils jugeront trop faibles. Il se pourrait même qu’ils vous en offrent. Quant ceci sera fait, vous reviendrez ici mais dans un plan plus adapté à votre évolution. _ Que veux-tu dire ? _ Ils ne vous semblent pas étrange de n’avoir rencontré personne alors que cet endroit est très peuplé ? _ Maintenant que tu le dis, oui mais je m’étais dit que les bâtisseurs avaient disparus. L’autochtone utilise un petit boîtier qui révèle une dizaine d’entités saluant les visiteurs. _ Retournons à l’extérieur, s’il vous plait. Tout ce petit monde sort de cette pièce par une porte inconnue. La vue est la même que de l’autre côté. Des cascades en veux-tu en voilà. Des montagnes, par centaines. _ Il y a des animaux ? _ Bien sûr. Encore une fois, elle se sert de son petit boîtier. Une multitude d’arc-en-ciel égayent à présent le ciel. Certains semblent même reliés les cascades, entre elles. Quelques êtres ressemblant à d’étranges oiseaux dansent, à proximité de ces ponts mystiques. En y regardant de plus près, ils utilisent ces manifestations naturelles dans leurs ballets. Vingt fois plus grand et beaucoup plus lourd que le plus grand de nos oiseaux, ils se sont dotés de six paires d’ailes dépassant, toutes, les dix mètres. Leurs quatre pattes sont acérées par de puissantes griffes. Une tête volumineuse qui se termine par un volumineux bec d’aigle qui ne laisse aucun doute sur la nature de son alimentation. _ Détrompez-vous, ils sont frugivores mais les fruits qu’ils mangent sont une véritable forteresse. Inutile de vous dire que vos dents, comme les nôtres, ne sont pas adaptées. _ Tiens, en parlant de manger. C’est étrange mais je n’ai toujours pas faim. _ C’est normal. Sentez-vous ces petits picotements, ces frissons qui vous parcourent le corps ? _ Oui, même si je ne comprends pas très bien comment, au vu ce que tu nous as dit ? _ En fait, c’est la roche qui vous envoie cette énergie, dans le but que votre organisme synthétise ce dont il a besoin. En plus, ils envoient des vibrations nécessaires à vos corps. Pour faire simple, nous nous sommes rendus comptent que toute planète avait sa mélodie propre. Lorsque la vie y évolue, elle puise son bien être dans cette musique….. Lors de votre arrivée, la pierre a analysé la mélodie que, vous-même, vous émettez. C’est comme ça que l’on sait, si on a de la visite et qui nous visite. _ Donc tu veux dire qu’en ce moment, votre sanctuaire imite le chant de _ Oui, cela vous permettra de rester une semaine, sans problème, dans le cas où votre retour tarderait, un peu. Les Bantiniens sont performants mais vous avez déniché une technologie qu’ils n’ont jamais pu découvrir. Il leurs faudra un peu de temps pour comprendre où votre système pêchent. Les visiteurs semblent surpris. Comment eux ont-ils pu découvrir une technologie inconnue d’une civilisation ayant des millions d’années d’avance sur eux ? _ Et pourtant, c’est fréquent… Tout dépend de l’orientation prise par la dite civilisation….. Revenons à Akhtéana, s’il vous plaît. La ville est vaste. Si on veut en faire le tour, il faut tout de même se hâter… Le boîtier étant toujours actif, ils saluent quelques résidents. Aucun d’eux ne semblent avoir un grand âge….. _ C’est un des effets de notre symbiose avec le vivant, nos corps ont appris à s’entretenir continuellement, sans qu’il y ait, une dégénérescence comme chez la plupart des formes de vies….. _ Moins évoluées ? _ Oui…. Tu peux dire ça comme cela. _ Ne soyez pas aussi nerveuses, les filles….. Ce qu’elle dit est intéressant…. Tu parlais de symbiose ? _ Oui, même si ce n’est pas exactement le meilleur terme que j’aurais pu employer….. Contrairement à vous, les terriens, nous n’ingérons pas de nourriture solide. Tout nous est fournit par l’énergie que nous envoie les pierres….. Celles-ci ont la capacité de lire ce que nous avons besoin et de réagir en fonction. Parfois, nous recevrons une quantité suffisante d’énergie pour irradier plusieurs étoiles pendant toutes leurs vies. D’autres fois, cet apport se traduira par la répétition, à intervalles réguliers, d’une note particulière que nos oreilles, comme nos cellules, capteront…. Vous devinez bien que notre système digestif, où ce qui pourrait passer pour tel, s’est adapté. L’organe le plus important est un répartiteur énergétique. Son rôle est de répartir l’énergie à chaque cellule, en fonction des besoins. Cet organe est interdépendant avec notre cerveau. Ensuite, nous avons le Synthétiseur car, comme vous, nous sommes constitués d’acides nucléiques, d’acides aminés…… Nous avons donc besoin d’en fabriquer pour régénérer nos corps, vu que nous ne pouvons en récupérer via notre alimentation. A cela, on ajoute d’autres systèmes indispensables. Comme vous, nous avons besoin de la mélodie de notre planète. Notre cœur la récupère et la renvoi sous formes de pulsations synchronisées. Comme vous, nous respirons. Comme vous, nous avons un système sanguin qui nous permet de conserver une température adéquate, tout le temps. Notre peau est un gigantesque capteur de lumière solaire que nous stockons pour un usage particulier…. La création, la matérialisation, la métamorphose nous demandent une quantité d’énergie que seule notre étoile peut nous fournir. _ Je ne suis pas sûre d’avoir tout compris mais vous semblez être infiniment plus compliqué que nous. Elle acquiesce d’un signe de la tête. _ Déjà que je ne suis pas douée en anatomie…. Un pont se constitue devant eux. Des formes lumineuses prennent corps. Elles servent de rambardes. Le petit groupe s’engage, tout en prenant le soin, de ne pas se gêner mutuellement. _ Notre premier arrêt se trouve juste devant nous. Juste derrière cette cascade aux teintes vert émeraude. Le passage emprunté se dissout dans l’invisible. Certains des visiteurs ont encore quelques frissons devant cette technologie inconnue. Cela semble amuser leur guide. Elle les invite à regarder derrière eux. Quelques enfants s’apprêtent à l’emprunter. Lors de sa réapparition, l’objet suspendu dans le vide est différent. La teinte est celle du marbre. Les balustrades ressemblent désormais plus à des tableaux mouvants. _ À chaque passage, les ponts changent d’aspects. Les jeunes gens arrivent souvent, grâce à cela, à se perdre ou, dans le meilleur des cas, à être complètement désorienté. Elle s’avance, en direction de la porte occultée. Elle entre la première, avec sur ses pas, toute la bande. Comme d’habitude, l’ouverture se referme derrière eux. Cette fois, les parois semblent uniquement constituées de cristaux bleu nuit. Certains éclairent d’une lumière tamisée, la pièce. _ On vient de toutes les galaxies pour compulser le contenu de ces cristaux de lapis-lazulis et d’Altyna…. Si vous regardez bien, ces derniers sont légèrement plus clairs, plus volumineux avec des reflets violacés. Immédiatement, les Terriens scrutent les mûrs, le plafond et le sol, à la recherche de ces énigmatiques cristaux. _ En voilà un…. Je suis désolé, j’ai marché dessus. _ Ils sont là pour ça, justement. _ Quel est leurs rôles ? _ Ils ont emmagasinés tous les évènements ayant eu lieu dans l’Univers. Ils ne se passent pas une seule journée, sans qu’il y ait une mise à jour. Cet endroit est unique. Ici, il y a toutes les cartes de l’Univers. Aucune planète, aucune étoile, aucun nuage cosmique, aucun astéroïde ne manquent. La précision de notre chef d’œuvre est de l’ordre du picomètre. Ce qui fait d’elle, la carte la plus précise qui soit. Elle évolue, sans cesse, au rythme de l’évolution naturelle des choses. Pour éviter que vous me posiez la question, Oui, les vaisseaux spatiaux et autres structures artificielles apparaissent…… Elya, s’il te plaît, veux-tu te repositionner sur le cristal d’Altyna ? Un signe de tête de la jeune femme lui répond. Immédiatement, ses pieds foulent le cristal, en question. Gênée, elle s’asseye au centre de celui-ci. Sans attendre de nouvelles instructions, elle se concentre, sous le sourire ravi de l’indigène. La lumière tamisée faiblit puis elle finit par disparaître totalement. Une sphère bleu, verte, blanche, couverte de nuages apparaît, au centre de la pièce. Une petite boule blanche l’escorte, à quelque distance. Il est inutile de dire que les visiteurs l’ont immédiatement reconnus, leur planète. L’hologramme de _ Attendez, je vais remédier à cela….. C’est l’affaire de quelques secondes. Avec sa main droite, elle matérialise un petit objet qui passerait volontiers pour un cristal de Quartz, informe, grossièrement taillé. Calmement, elle touche quelques irrégularités (bosses, trous). L’écriture devient compréhensible pour un humain de _ Cent cinquante huit milliards de formes de vies sur notre Gaïa ? Vous êtes sûrs ? _ Absolument mais cela concerne la vingtaine de plans où la vie s’est développée. _ Et c’est beaucoup ? _ Pour un monde de cette taille, oui. Bien sûr, les chiffres de la population humaine ne passent pas inaperçus. _ Cinq milliards sept cent trente cinq millions d’habitants ? Vous êtes sûr de ça, aussi ? _ Evidemment. Les données évoluent, sans cesse, tantôt à la hausse, tantôt à la baisse. L’autochtone touche, à nouveau, la commande en cristal. Deux autres sphères se joignent à _ Vous voulez que l’on discute du taux de natalité chez les Quetzals élégants ? Parce qu’on peut le faire ? _ Je pense que ça ira…… Donc vous vous êtes constitués une base de données universelle mais je n’en vois pas bien l’utilité….. J’imagine que personne n’essaye d’apprendre, par cœur le nom de toutes les planètes, de toutes les civilisations, leurs niveaux d’évolutions… ? _ Non, bien sûr, mais vu les missions que nous réalisons, et qui concernent tout l’Univers, cette encyclopédie est d’une grande utilité. _ Je le veux bien mais quel est l’intérêt quant on parle des naissances de Quetzal, par exemple ? _ Cela peut donner une évaluation de la santé des populations et, à plus grande échelle, sur la planète, elle-même…..Il est toutefois vrai que ce qui nous occupe davantage, ce sont toutes les civilisations spatiales car elles sont susceptibles de générer de grands chamboulements dans leurs galaxies….. Certains paraîtront magnifiques, d’autres totalement ignobles mais c’est juste une question de points de vues. _ Ne me dîtes pas qu’il y a des guerres, en ce moment ? _ L’Univers est si vaste, le nombre de galaxies tellement élevés qu’il y a forcément des guerres, quelque part. Et vous pouvez me croire quand je vous dis, que certaines ont été particulièrement violentes….. Des systèmes stellaires entiers ont été rayés de la carte, des zones ne pourront, peut être, plus jamais accueillir la vie. _ Comment ça ? _ C’est simple. Durant certains conflits, les protagonistes sont aller jusqu’à annihiler des multitudes de planètes, d’étoiles, de formes de vies. Sur tous les plans, c’est un cataclysme. On ne tue pas une vie, sans qu’il y ait, quelque part, sur le responsable, un retour de flamme. Imaginez donc ce qui se passe lorsque des milliards et des milliards de formes de vies meurent violemment, en même temps. L’Univers ne s’en remet pas vraiment……. Vous apprendrez, comme tout l’Univers, que chaque vie est importante et que le meilleur moyen de ne pas s’attirer d’ennuis et encore, de toutes les respecter, même celles qui vous dégoûtent….. _ Mais il y a autre chose, j’imagine ? _ Oui….. Ces évènements annihilent toutes vies, toutes matières, toutes énergies. Il n’y a plus que le néant et rien d’autre….. Ceci dit, rien n’est définitif….. Notre groupe est capable de générer tout ce qu’il faut aux univers….. _ Vous pouvez créer des Univers ? L’enseignant se laisse emporter par son intérêt. _ Bien sûr….. Un jour, vous saurez le faire, vous aussi. _ Comment ? _ Par l’esprit….. Par notre technologie…. Par notre expérience…. Par notre sagesse….. Par notre réflexion…… Elle semble amusée par les regards médusés qui la dévisagent. _ Allons prendre l’air…. Ce n’est pas encore aujourd’hui que vous endosserez de pareilles responsabilités…. Et puis, j’ai encore de nombreuses choses à vous montrer. Une porte s’ouvre. Le concert des cascades emplit, à nouveau, toute l’ambiance de leurs oreilles. Akhtéana les précède sur un nouveau balcon, bordé par deux chutes d’eaux. La nuit commence, à présent, d’étendre son voile. Une arche protectrice se forme pour permettre au groupe, d’emprunter la passerelle, cachée par la cataracte, sans se mouiller. Cette fois-ci, leurs pieds sont posés sur une surface lumineuse dont la couleur change, avec le contact physique et dépendant de l’individu. Les visiteurs prennent grand soin de contempler les figures qui sont ainsi créées. Ils parcourent des centaines et des centaines de mètres, au milieu du vide. Des centaines et des centaines de cristaux translucides, dispersés sur les parois rocheuses, diffusent une lumière tamisée. Même l’eau semble se parer d’habits de lumière. Tout semble presque irréel. Des couleurs, jusque là, inconnues, se révèlent aux yeux des terriens. Certaines ouïes perçoivent quelques chansons venues d’on ne sait où….. Des mélodies, sans doute, portées par les vents qui soufflent constamment en ce monde. Plus tard, bien qu’ils ne sachent pas combien de temps, ils passèrent sur ce pont, ils retrouvent le sol rocailleux d’une montagne. Sans s’en rendre compte, ils viennent de grimper d’une bonne centaine de mètres. Sur le sommet plat d’une montagne, ils disposent d’une vue imprenable. Les cristaux se comportent comme l’éclairage public de nos villes mais en plus agréable. Le vert, le bleu, le violet, le blanc, le rose sont agréablement répartis pour donner le meilleur résultat possible pour les yeux de l’observateur. Comme le disent les amérindiens, la beauté est dans l’œil de celui qui regarde. En conséquence, chacun voit quelque chose de différent. Chacun voit un paysage qui lui est propre par les couleurs…. Montagnes et cascades s’étendent à perte de vue, dans toutes les directions. _ Je vous laisse, un moment. Je dois me rendre quelque part. Profitez bien de la vue…. Si vous voulez dormir, ne vous gênez pas…. C’est endroit est aussi prévu pour cela….. Je ne serais pas longue. Akhtéana disparaît. Les invités sont subjugués par l’endroit. Elya s’asseye, à bonne distance du bord. Ses yeux n’arrivent pas à tout analyser, en même temps, tellement il y a de choses qui s’offrent à son regard. Elle ne sait pas si c’est vrai, ou si c’est son imagination, mais l’eau semble danser comme danserait sa robe si, elle-même, dansait. Chaque rayon de lumière cristalline semble imiter les paillettes dont se parent les femmes dans certaines occasions. Rapidement, ses oreilles se laissent bercer par une envoûtante mélodie que les gens pressés n’entendraient pas. D’ailleurs, à ce moment là, elle est la seule à l’entendre, à y prêter attention. Ses compagnes sont absorbées par le spectacle aquatique, son et lumière. Une autre des jeunes femmes finit par s’asseoir. Liz leva ses yeux vers le ciel. Rapidement, elle se dit qu’elle n’avait jamais vu un ciel aussi étoilé, avant cette nuit. Des milliards et des milliards d’étoiles lui font des clins d’oeils. Des centaines de galaxies lui montrent leurs contours dorés ou argentés. Des nuages stellaires la laissent contempler leurs formes brumeuses. Partout où ses yeux se posaient, elle pouvait détailler son contenu avec une précision qui ferait envie au meilleur télescope humain. _ Nos yeux sont vraiment très performant, ce soir. _ Je trouve aussi. Il ne me semble pas que, sur Terre, on puisse voir avec une telle précision des objets qui doivent être à de nombreux kilomètres. Liz replonge aussitôt son regard, dans l’océan d’étoiles. Elle se demande si, on pense à elles, tout là-bas, sur notre monde natal.
En effet, tout là-bas, au bout de cet océan infini qu’est l’Univers, on n’arrête pas de penser à eux. De longues heures se sont écoulées. Les recherches se sont poursuivies, sans relâche, jusqu’à maintenant. De nombreuses questions ont trouvé réponses. Une dizaine de composants ont été remplacés par des neufs, des plus performants, des plus adaptés….. Tout cela sans que les Bantiniens n’interviennent trop. Les jeunes femmes démontrèrent, à chaque instant, leurs professionnalismes, au grand étonnement des visiteurs andromédiens. Toutefois, ils les conseillèrent quelques fois. Ils obtinrent même quelques technologies non encore officialisées. _ Quant on observe une civilisation telle que la votre, elle n’a plus de secrets. Aucune de vos recherches ne nous ait inconnus. La fatigue se faisant sentir, chez ses jeunes femmes, ils les prièrent de céder à l’invitation du sommeil. A contrecœur, elles vont s’affaler sur les divans d’une grande salle de repos. Entièrement déserte. Elles n’ont eues le temps d’échanger que deux ou trois phrases, lorsque survient le sommeil. Katya bouge sans cesse, sa brûlure la gêne. Bien qu’endormie, Aline semble méditer. Sa position assise est typique. Irina est, de temps en temps, parcourue par de petits spasmes qui se produisent lorsque l’on rêve. Monica continue de chercher le moyen de ramener ses amies, mais elle dort. Quant à Anaïs Kathleen, elle a pris la position la plus confortable, vis-à-vis de ses blessures puis elle a fait en sorte d’être plus rapide que ses douleurs. Elle n’a pas remarquée que deux paires d’yeux l’observent, en ce moment. Mais même si cela avait été le cas, sa vue n’aurait rien perçue. Le Grand Orateur de _ Vraiment brillante, ces filles… Je ne peux pas te cacher que votre découverte fait sensation en ce moment, dans la galaxie-sœur de la votre. _ Qu’est-ce que c’est, exactement ? _ Un autre moyen d’explorer l’Univers…. Peut-être même le plus sûr…. Apparemment, votre engin produit une réplique intégrale de vous-même qui est envoyé à destination, pendant que vous-même êtes en état de méditation….. Si on a vu juste, les filles et leur accompagnateur sont, dans une sorte de temple invisible car dans une autre dimension. Elles enregistrent tout ce qu’elles vivent là où sont leurs copies….. Ce sont elles qui se dirigent malgré la distance….. Je pense même que les attrapeurs de rêves qu’elles portent, auront tout enregistrés….. _ Donc avec un peu d’entraînement, nous serons capable d’aller où l’on veut, quant on veut ? _ Oui, mais comme je vous l’ai dit, ce sont des copies de vous-même qui voyagent, vous ne pourrez donc pas vous installer sur d’autres mondes, par cette voie. _ C’est vraiment dommage car cela aurait coûté moins cher que de construire tous ces vaisseaux et d’organiser des voyages. _ Et pourtant, il faudra vous en contenter, comme toute civilisation galactique qui se respecte. D’autant plus, qu’il vous faudra revitaliser, après chaque utilisation, ce cristal, sous peine de le voir perdre de ses propriétés. Nos connaissances sur ce cristal induisent l’utilisation de musique relaxante et de bains prolongés….. _ C’est étrange cela. Nos scientifiques nous ont dit la même chose. Auraient ils été à l’école andromédienne ? Le ton ironique de l’indien provoqua un éclat de rire partagé par les deux compères. Un éclat de rire bruyant qui aurait réveillé les jeunes filles si le Bantiniens n’occultait pas les voix, aussi. _ Allons retrouver, nos autres amis des étoiles. Ils doivent s’impatienter. Irina pousse un soupir puis se retourne sur le côté. Les deux observateurs s’éclipsent, en laissant les jeunes femmes à leurs rêves. Anaïs Kathleen est réveillée par une forte douleur. Elle ne peut empêcher un cri de s’échapper. Elle réveilla tout le monde. Par chance, aucune ne lui en tient rigueur. Quelques coups d’oeils sont jetés en direction de l’horloge. Elles ont dormies sept heures. Brumeuses, elles boivent un café, tout en mangeant un peu. Ensuite, elles se dirigent dans la salle des douches, prévue pour celles et ceux qui doivent rester ici, plusieurs jours. Elles y vont toutes, même celle qui arbore de multiples bandages. Depuis une vingtaine d’années, les bandages et pansements médicaux n’ont plus grand-chose à voir avec leurs ancêtres. L’eau n’est plus un ennemi, bien au contraire. Leur constitution est la même qu’autrefois. Les médecins y ont ajoutées des micro capsules intelligentes contenants des composés chimiques naturels faisant offices de médicaments. En plus, ces bandages ont été imprégnés de substances odorantes ayant des vertus thérapeutiques pour le corps. Bien qu’inodore pour les nez humains, les pores de la peau respirent ces substances et permettent la guérison. Parmi celles-ci, certaines sont cicatrisantes, énergisantes, détraumatisantes, apaisantes,…… La douche que prend Anaïs Kathleen réactive les molécules diffusants ce parfum. C’est peut être le seul endroit au monde où la douleur est absente. Et elle en profite, en traînant, comme ses collègues d’ailleurs. Avant qu’elle n’ait eu le temps de dire quoi que ce soit, l’une des autres jeunes femmes lui lave ses cheveux. _ Merci. _ Ça va ? _ Il n’y a que, sous la douche, où je suis bien à condition d’éviter les gestes brusques….. Une idée du programme ? _ On va vérifier l’état du cristal mais je pense qu’ils ont dû le mettre sous musique énergisante. On en profitera donc pour revoir le plan de base et l’appareil. Il y a certaines parties qui nous ont toujours laissées sceptiques. Je crois que c’est le moment de nous pencher dessus, même si on ne pourra faire des changements conséquents qu’après le retour des filles. Maintenant, reste à savoir dans combien de temps nous pourrons les récupérer. _ D’ici notre prochaine nuit…. Tu verras ! _ En plus, tu es médium ? _ Non, pas vraiment. Mais, quelques fois, il m’arrive d’avoir raison. Notamment quand je suis sur le point de me vautrer…. Et vu que cela arrive souvent….. La porte s’ouvre. Elles ne la voient car les douches sont protégées par une autre porte mais elles le sentent. Une femme les informe qu’elles ont toute la journée devant elles. Le cristal est sous revitalisation. _ Merci. _ Le Grand Orateur vous conseille d’aller prendre l’air. Il fait beau, profitez en. Une fois reposée et aérée, vous pourrez retravailler votre œuvre, tout en sachant que vous ne pourrez rien changer d’important avant le retour des voyageurs. Bonne journée. _ Bonne journée à vous aussi. Cette nouvelle ne les remue pas plus que cela. Elles continuent de traîner. L’eau chaude réveille la peau blessée d’Anaïs. Comme toujours, elle aimerait y rester indéfiniment. Même les brûlures de Katya cessent. _ Comme ça, je saurais comment calmer la douleur….. Une douche, et c’est reparti.
Vingt minutes plus tard, tout ce petit monde hume l’air pas encore surchauffée de la capitale autrichienne. Direction, le grand parc de la ville situé juste derrière le complexe européen de la recherche scientifique. Déjà, quelques viennois courent. En short, en pantacourt, en jupe sportive, en robe de sport. Tout le monde est pieds nus. Et oui, depuis près d’un demi-siècle, les instances sportives interdirent leurs usages pour palier aux mauvais gestes croissants dans certains sports, pour éviter les débordements inévitables liés aux nanotechnologies. Un célèbre fabricant de l’époque inventa une paire de chaussures qui faisait courir plus vite que ne le pouvait l’individu. Un de ses concurrents répondit en sortant des baskets intelligentes qui prenaient le contrôle du joueur pour employer la meilleure tactique. Bafoués, le public, les sportifs, les politiques demandèrent une réaction. Ce que les instances ne tardèrent pas à faire. Bien sûr, il y eu l’exception des sports d’hivers que l’on encadra encore davantage mais ceux-ci sont de plus en plus délaissés. Il est sûr que certains tentèrent de résister à cela en organisant des compétitions parallèles largement boudées par les spectateurs. En deux ans, elles disparurent. Des nations, jusque là, très discrètes se révélèrent au grand jour. On citera les Seychelles, les Fidji, _ Je sais bien que l’on ne passe jamais inaperçus, avec nos tenues vestimentaires excentriques, mais là, il y a des limites. _ A mon avis, ils regardent Anaïs en se demandant ce qu’elle fout avec nous….. _ Cela aurait été marrant de te fringuer comme nous….. _ Je crois plutôt que vos exploits, d’hier, ne sont pas passés inaperçus….. _ Je pense qu’elle a raison. Toutes se retournent, surprises par cette intrusion impromptue. Un homme d’une cinquantaine d’années, au faciès typiquement hindous, leurs sourit. _ Belle journée, vous trouvez pas ? Elles approuvent d’un signe de tête, légèrement crispé. _ Vingt-trois degrés, de bon matin…. C’est agréable. Personne ne lui répond. _ Ne soyez pas aussi tendues, je suis un humain comme vous…. Comme vous, j’ai perdu quelqu’un dans mes jeunes années. _ Comment cela ? _ Vous avez entendu parler du fiasco de l’expédition d’Aldébaran ? _ Vaguement. _ À l’époque, je travaillais à Gaborone, au Centre Mondial des Affaires Spatiales. On a perdu trois vaisseaux similaires au renommé Gaborone. C’était il y a près de vingt ans. Un ou deux ans après la découverte d’Iramia et Tia’ Tura du Centaure, par trois autres engins. Des dizaines et des dizaines de liaisons avaient permis d’y installer près de cinquante milles personnes et d’y construire les embryons d’une dizaine de villes et de zones agricoles. Néanmoins, les Affaires Spatiales décidèrent de maintenir les missions d’explorations prévues, de longues dates….. Comme aujourd’hui, on ne suivait pas toujours la même mission. Certains jours, je participais à la régulation du trafic dans notre système solaire. D’autres fois, je travaillais sur des missions galactiques, comme ce fut le cas avec la mission Centaures. D’ailleurs, si mes souvenirs sont bons, ce jour-là, j’étais sur cette dernière mission. Je contactais la dizaine de vaisseaux liés pour savoir si tout allait bien quand la nouvelle est arrivée….. Il reprend rapidement, ses esprits. _ Tout ça pour vous dire de ne pas vous faire trop de soucis. Dés que tout le monde sera revenu, on discutera des mesures à prendre, avec cette technologie. Je pense que le tout nouveau bâtiment, à
Il fait toujours nuit, là-bas, sur Akhtéana. Les milliards et les milliards d’étoiles luisent encore, sous le regard de l’enseignant qui n’arrive pas à trouver le sommeil. Ses yeux ne savent plus à quoi, s’en tenir. De sa demeure, il n’avait pas besoin de faire beaucoup d’efforts pour reconnaître et pour imaginer des formes géométriques et des constellations. Par moment, il fixe une galaxie tout juste découverte et dont il apprécie la beauté. A chaque fois, il est abasourdi par ses performances visuelles. Un objet, d’ordinaire invisible pour nos yeux humains, se pare, ici, d’une multitude de teintes et de couleurs différentes. Las, il reporte son attention sur le paysage environnant. L’horizon accueille des teintes verdâtres, blanchâtres, violacées…. Les centaines de cataractes génèrent des volutes de vapeurs qui semblent prendre, à leurs guises, les teintes les plus diverses, les plus inattendues, les plus changeantes. Akhtéana réapparaît mais personne ne s’en rend compte. Elle s’asseye à côté du doyen qui lui sourit. _ Alors qu’en penses-tu ? _ C’est épatant et déconcertant, à la fois….. Je n’arrive pas à m’imaginer le nombre d’années qu’il a fallu pour réaliser tout ça, acquérir tout ce savoir, toute cette sagesse…. _ Au bout d’un moment, on devient intemporel…. Un peu comme si on avait toujours existé et que l’on existera toujours. L’avantage est de voir, avec les mêmes yeux, l’Univers évolué, de pouvoir suivre la progression des civilisations, de rigoler lorsque, vous les jeunes, vous inventez des théories amusantes, là où il n’y en a pas forcément… C’est toujours drôle, sauf lorsque vous partez en guerre au nom de vos idées. _ Tu ne nous as pas parlé d’habitations, est-ce normal ? _ En effet, nous n’avons jamais eu de maisons individuelles, comme vous, ni de possessions. Tous les édifices sont accessibles à tous. Si tu as envie de dormir ici, sous les étoiles, tu le peux. _ Ce n’est pas gênant ?… Côté intimité ? _ Je vois ce que tu veux dire…. Mais non, il n’y a pas le moindre problème de cet ordre là. Nous avons créé suffisamment de bâtiments, nous avons imaginé et matérialisé suffisamment de lieux, sur tellement de mondes et de plans différents qu’il y a peu de chance que nous rencontrions ce type de problèmes. Et si vraiment, on veut de la tranquillité, on a un système qui bloque l’accès aux lieux fréquentés…. Enfin, on a la possibilité de créer nos sanctuaires personnels, à l’instant. _ Vu sous cet angle…. Toutes les jeunes filles sont, à présent, réveillées. Debout, elles fixent l’horizon. Sans doute, pour observer un lever stellaire qu’elles trouvent lent à venir. _ Vous pouvez attendre un moment, les filles. Ici, la nuit est aussi longue que le jour. Il y a de grandes chances que vous soyez partis avant son lever. Quelques étoiles filantes luisent puis s’effacent, à toute allure. _ Pas de vaisseaux spatiaux ? _ Nous n’en avons qu’une utilité limitée…. Par ailleurs, ils sont tous, au mieux, de l’autre côté de la galaxie… Sinon, à l’autre bout de l’Univers voire carrément dans un autre Univers. Il est donc inutile d’en chercher dans le ciel étoilé…. Nous nous déplaçons très bien, sans ce mode de transport primitif…. _ Ils servent à quoi, vos vaisseaux ? _ De postes avancées… De quartiers généraux.... On les cache tous, à la vue des autres formes de vies, et des indésirables. Une grande étoile rapide illumine le ciel, comme le ferait la pleine lune. Tous la regardèrent. _ C’est sans risque ? _ Absolument aucun. Sur ces mots, Akhtéana se lève. _ Je vous invite à poursuivre la visite. Le groupe quitte son point d’observation par une passerelle qui s’étend, au-delà de l’horizon. Toutefois, ils avalent la distance, rapidement. Tout le monde resta silencieux, pendant ce temps. Certainement, s’interrogeaient ils sur la nature de la prochaine salle. Une montagne, plus haute et plus impressionnante que les autres, leur fait face. Sept cascades l’habillent d’un vêtement en continuel mouvement. Une arche les protège de l’une d’elles lorsque les visiteurs approchent. La terrasse est recouverte d’un vert émeraude rutilant. En y prêtant, une plus ample attention, Natalya remarque c’est toute la montagne qui scintille d’un vert profond. _ Qu’est-ce que c’est, ce coup-ci ? Une machine à voyager dans le temps ? _ Ça aurait pu, en effet, mais non. Il nous arrive, en effet, de revivre des fragments du passé, dans des circonstances spécifiques mais pas, ici. Akhtéana les entraîne dans une pièce de grande taille ayant trois larges ouvertures sur l’extérieur. Comme toujours, l’absence d’angles droits trahit les constructeurs. _ L’absence de mobiliers me surprend encore. _ Nous n’avons pas besoin de mobiliers, chers amis. Nous sommes ici dans un générateur de réalité alternative. Les jeunes terriennes se lancent des regards interrogateurs. _ En fait, ce monument sert à évaluer les potentiels générés par une situation donnée que nous pouvons, à souhait, modifier par une ou deux actions. _ Intéressant. En fait, vous évaluez les conséquences que peuvent avoir, dans une situation données, telles ou telles paroles, tel ou tel actes….. _ Exactement. On essaye d’éviter d’aggraver une situation déjà difficile ou de ternir un tableau quasi parfait. Pour être digne de cette machine, il ne faut pas avoir d’attente particulière vis-à-vis de la situation en question… Certaines fois, les réponses apportées ne vont pas dans le sens souhaité alors il faut savoir faire preuve d’une grande sagesse pour ne pas déraper vers la frontière…. _ Quelle frontière ? _ Celle qui délimite ce que vous appelez le bien et le mal. Le bon respecte la vie sous toutes ses formes et ne s’offusque pas, ni ne juge celle-ci lorsqu’elle fait un choix différent du notre. Nous n’aimons pas, ce terme, le mal…. Il ne représente rien… Les êtres qui entrent dans cette catégorie cherchent à dominer la vie, à la contrôler… Bien souvent, ils le font par héritage… Leurs parents et ancêtres ont fait de même, par peur, par paresse, par cupidité, donc ils font pareils…. Jusqu’à ce que…. Ils changent de point de vue, de façon de faire….. Vous aussi…. Vous y arriverez pleinement…. _ Nous sommes dans le deuxième camp ? _ Il n’y a pas de camp…. Il n’y a pas vraiment, non plus, de batailles. En ce qui vous concerne, vous venez de vous sortir d’une situation tellement périlleuse que vous faîtes partie des nôtres, plus que jamais. D’ailleurs cela a été un sacré camouflet pour ceux qui veulent avoir la main mise sur la vie, les mondes, les richesses. Et dire qu’ils s’imaginaient avoir gagné, moins de deux ans plus tôt. Ils se préparaient déjà à faire leurs apparitions en tant que sauveurs de l’humanité. Mais tout cela, c’était avant que les élites s’effondrent et que les peuples de Quelques secondes de silence sont nécessaires aux terriens. _ …. En fait, grâce à l’actualisation continuelle des données, nous nous sommes rendus compte d’une évolution discrète mais réelle. Nous conduisant à espérer secrètement un dénouement heureux pour tout le monde…. Quant on voit le résultat, il y a de quoi se réjouir. En moins d’un demi-siècle, la planète et l’humanité, vous avez réussis à effacer plus de quatre-vingt pour cent des dégâts créés. _ Je me demande si ce n’est pas, au dessus de nos capacités actuelles….. _ C’est possible, en effet. _ Où allons-nous maintenant ? _ Non loin d’ici, dans l’antre de l’Université vivante. _ Qu’est-ce que c’est ? _ Allons-y… Vous verrez. Sans vraiment se presser, la troupe quitte le monument puis emprunte une nouvelle passerelle. Elle descend de plusieurs mètres, en pente douce. Les terriens ont eu beau retenir le chemin, essayer de prendre quelques repaires visuels, ils sont complètement perdus. _ C’est pire que de se repérer dans une de nos mégalopoles. _ Non… Le plus facile est de se fier à son instinct, de ne pas paniquer, et de se dire que tous les chemins mènent…. _ A Rome ! _ Oui et pour ceux qui se perdraient, il y a suffisamment de cartes tridimensionnelles pour retrouver son chemin. Une nouvelle montagne les accueille. La passerelle n’a pas le temps de s’occulter que tout ce petit monde est déjà entré dans la cavité locale. Akhtéana active la technologie cachée. _ Natalya place toi, au centre. Immédiatement, la jeune femme se met en position. Debout, bien droite, sa respiration ne peut cacher son angoisse. _ Détends-toi. Ce n’est pas douloureux. Quelques secondes plus tard, une double hélice d’Acide DésoxyriboNucléique apparaît puis se déploie dans l’espace. _ Grâce à cela, on a toute les données concernant l’individu…. Son état de santé, sa filiation génétique, l’évolution de son âme, le parcours de celle-ci…. Le visage de l’enseigna changea radicalement lorsqu’une troisième, puis une quatrième, une cinquième, une sixième, une septième et une huitième hélice se joignent à la valse des deux premières. _ Qu’est-ce que c’est que cela ? _ Son ADN en totalité….. Vous n’avez pas encore remarquée la mutation opérée par votre structure génétique depuis plus d’un siècle…. Et pourtant, vos instruments devraient être capable de voir les cinq premières… _ On mute ? _ Comme toutes formes de vies, vous évoluez….. Dans quelques siècles, vous et tout vos amis stellaires, vous aurez douze ou treize hélices….. _ Comment c’est possible ? _ On s’est rendu compte de la chose en suivant le manège des Semeurs de vies. Ils sont à nouveau, très actifs dans votre secteur galactique. Ils se sont beaucoup attardés, dans votre système stellaire…. Sur Gaïa, bien sûr. Sur Europe, aussi. Titan, Vénus et Mars ne furent pas délaissés. _ Quoi ? Il y a de la vie, là-bas ? _ Sur certains plans existentiels, elle y foisonne. Même si cela vous semble si surprenant concernant celle que vous nommez la sulfureuse Vénus. Une multitude de données sur la jeune femme apparaissent, tout autour d’elles mais beaucoup de ses écrits demeurent obscures pour le novice. A vrai dire, elle n’y comprend pas grand-chose. _ Tout ce bla-bla, c’est quoi ? _ Tes caractéristiques, tes aptitudes révélées ou non, ton état de santé, les derniers acquis…. Tout un tas de choses qui me permettent de te dire…. Fais attention à ta cheville gauche, elle est faiblarde, ces temps-ci. Ta dernière chute, il y a trois jours, l’a passablement endommagée…. Une entorse sérieuse est à prévoir…. Ton allergie au pollen devrait refaire surface, d’ici deux semaines…. _ Vous pouvez voir tout cela ? _ Oui, regardez. Elle fait apparaître la reproduction virtuelle de tous les visiteurs. Chacun de ces corps est colorisée. Certaines régions sont bleues ou blanches, d’autres sont encore jaunes, oranges, rouges, marrons ou noirs. _ Le système a utilisé votre technique de représentation. Les zones bleues et blanches sont en bonnes santés. Celles qui arborent du jaune et du orange ont subis quelques dégâts mineurs et réversibles. Quant aux trois autres couleurs, pas besoin de vous faire de dessins. Il n’y a que les poumons de l’enseignant qui entrent dans cette catégorie. _ C’est le résultat de mes trente années passer à fumer comme un pompier. _ Que pouvez voir d’autre ? _ Votre profil génétique et celle de votre âme. Normalement, cela nous permet de deviner le secteur qui est le plus en phase avec vous et celui, vers lequel, vous aller vous orienter. Je dis, normalement, car on s’est visiblement trompée sur toi, Liz. Ton profil est clairement celui d’une artiste qui devait s’orienter vers une carrière de chanteuse…. Toutes éclatent de rire. _ À l’évidence, c’est raté. _ Au grand désespoir de nos spécialistes, eux qui ne s’étaient plus trompés depuis très longtemps. _ Le pire, c’est qu’elle est douée. Elle chante comme une déesse. Aucun instrument de musique ne reste de marbre, entre ses mains. _ C’est ce qu’on leurs dit pour se moquer. _ Donc vous pouvez en déduire de nombreuses choses sur notre potentiel, notre avenir… ? _ Exact. _ Combien aurais-je d’enfants ? _ Je ne peux pas te le dire avec certitude….. Autant je peux déduire ton profil humain, psychologique, émotionnel, professionnel,….. Autant je ne peux pas savoir combien d’enfants tu auras, combien de partenaires sexuels….. Car ils dépendent de ton libre-arbitre, pas de ton bagage cellulaire….. Dix minutes plus tard, leurs pieds les ont conduit, à un train soutenu, dans une montagne proche. Les filles ont l’impression d’être à l’intérieur d’une boule de cristal tant les parois rocheuses sont transparentes et semblent refléter une brume énigmatique. _ On appelle cette pièce…. La diseuse de bonne aventure…. L’oiseau de mauvais augure…. Le prophète…. Le devin….. _ Cela situe, tout de suite, le contexte. _ À la base, Akhtéana a été construit comme une base scientifique, dans un immense cratère météoritique de notre monde que la vie avait laissée à l’abandon. Notre but était d’en faire un observatoire universel. Le temps passant, elle est devenue une ville accomplit tournée vers l’observation et l’intervention. Ce lieu est un des points névralgiques de notre infrastructure. Il reçoit, analyse et enregistre toutes les données émises par l’Univers et travaillées en plusieurs points….. Grâce à cela, on peut en déduire les évènements futurs mais ils sont, sans arrêt, fluctuants en fonction des évènements se produisant, un peu partout dans l’Univers…… Les explosions de supernova sont prédites avec plusieurs milliers d’années d’avances, ce qui nous laisse le temps de protéger les planètes mises en danger et d’en minimiser les conséquences pour la vie. L’évolution de toutes les civilisations technologiques et pré technologiques est attentivement suivie même si leurs avenirs respectifs sont très fluctuants et imprévisibles….. Certaines s’autodétruisent. D’autres partent en guerre, à tout va. Certaines sont rapides. D’autres empruntent un chemin plus long et tortueux mais toutes méritent qu’on les s’intéresse à elles…. Discrètement pour ne pas interférer. Un chemin se dévoile, sous la forme d’une succession de pavés, en pente douce, sur le sol. _ Cela mène à notre Temple de _ Que peut nous dire l’Oracle sur l’avenir de Quelques secondes plus tard, les parois dévoilent une image de la planète bleue entourée d’une phénoménale escorte de vaisseaux spatiaux. Ils ne se ressemblent pas tous…. Certains sont clairement identifiables comme Terriens, Wekhtah, Viitians, Latviens ou Karthéens. Les autres semblent appartenir à des peuples dont le chemin n’a pas encore croisé le nôtre. _ Dans combien de temps ? _ Entre cinquante et cent de vos années….. On a identifié sur ces images treize peuples… Dont le vôtre. Le Collectif Milky Way est né, un peu plus tôt. Huit lignées à l’origine, rapidement, rejointes par cinq autres….. _ Génial….. Apparemment, nos enfants se préparent à un meeting…. _ En effet, l’Assemblée Interstellaire se réunit pour traiter une liste impressionnante de sujet…. Akhtéana prend le temps de lire les ressentis des quatre terriens présents. _ Vous êtes allez plus loin ? _ Bien sûr, mais plus la projection est éloignée dans le temps, plus la fiabilité est faible. Concernant _ Ceci dit, ce n’est pas bien grave, l’an trois mille, c’est loin…. Très loin. _ C’est ce qui caractérise le vivant, il est d’une nature imprévisible. Il cherche la diversité et il reçoit une aide précieuse de son imagination. Ajoutez y l’intelligence, la technologie, une culture diversifiée et exubérante, une politique complexe, un climat instable, une agriculture aléatoire, une population élevée, une planète et un soleil ayant des spasmes et des sauts d’humeurs imprévisibles, la présence d’une civilisation extranéenne rendent toutes projections lointaines complètement aléatoires et inutiles….. De toutes manières, même en restreignant sur cent ans, nos projections nous donnent beaucoup de travail. Rien que dans votre galaxie, nous avons sept enfantements stellaires, trois naissances planétaires, une dizaine de super éruptions volcaniques, une grosse poignée de collisions d’astéroïdes, quelques découvertes mal maîtrisées…… _ Multipliés par toutes les galaxies ? _ Le plus souvent, nous nous contentons d’observer mais certaines fois, nous faisons tout pour minimiser les effets de certains évènements, à la tête desquels les Supernova, les comportements un peu trop belliqueux de certaines civilisations…. _ Argumente ! _ Certains peuples profitent de leurs grandes supériorités pour détruire, parasiter voire même se faire passer pour des divinités auprès de civilisations plus jeunes….. Nous n’aimons pas bien cela mais nos ennemis ont réussit quelques fois à nous nuire….. Par contre, il arrive fréquemment que l’agresseur soit intimidé ou repoussé par d’autres civilisations spatiales n’aimant pas leurs manières. A ce sujet, les Bantiniens détiennent le record d’interventions de ce genre avec un total de cent soixante quatorze sauvetages. Certains des sauvés les ont d’ailleurs rejoints en tant que membres récents. _ Tu as dit, tout à l’heure, que l’Oracle réactualisait, sans cesse, ces prédictions….. _ Oui… Certains évènements finissent par être écartés…. D’autres seront avancés ou retardés, amplifiés ou amoindris. D’autres encore apparaîtront en tant que conséquence d’un évènement précédent. Une bulle bleue se forme, autour des quatre visiteurs, que l’on finit par remarquer, une dizaine de minutes plus tard. _ Qu’est-ce qui se passe ? _ Il semblerait que vos amies, sur Terre, tentent de vous ramener à la maison. _ Vont-elles réussir ? _ Bien sûr. _ Comment vous savez cela ? _ Nous avons un vingt et unième sens. Sans exclure, bien sûr, l’Oracle que nous avons consulté pour connaître le dénouement de votre petite escapade. La bulle est de plus en plus présente. Petit à petit, elle insinue un voile qui les coupe d’Akhtéana et de son monde. _ On s’en rappellera, j’espère….. Je n’ai pas envie que cela face, comme avec nos rêves…. Qu’il s’évapore lorsque revient la lumière du réveil. _ Pour cela, je vous rassure…. Vous vous en souviendrez toute votre vie. Je serais vous, je jetterais un œil sur vos capteurs de rêves. La manifestation est de en plus présente. Elle change régulièrement de couleurs. Des particules énergétiques sont clairement visibles. Elles dansent tranquillement, en tout sens, sur le rythme de la valse. _ A bientôt, Akhtéana. _ A bientôt….. La voix de la jeune femme se perd au milieu du nuage de points lumineux qui, en même temps, commence à devenir sérieusement bruyant. Il n’y a plus que leurs yeux qui captent encore des informations du monde qu’ils quittent à regrets, mais pas pour longtemps. Leurs cocons deviennent opaques à mesures que les petites billes de lumières prennent de la vitesse. Elles donnent l’impression d’être de plus en plus nombreuses.
Akhtéana a beau avoir vue cette technologie à l’œuvre, maintes et maintes fois, elle l’impressionne toujours autant avec ses éclairs qui fendent l’air de tout côtés et qui pourraient l’atteindre, sans difficultés, si son esprit n’était pas capable d’anticiper les trajectoires et de les modifier. Sans oublier, sa luminosité excessive qui aveuglerait n’importe quelle forme de vie.
L’astre solaire est en train de se coucher, sur Vienne. Déjà, de nombreux promeneurs se ruent vers le centre de la ville qui accueille le concert d’une vedette internationale, originaire de la région. Même le Centre Européen de
Leurs amies et l’enseignant sont affalés, à même le sol. Apparemment, la sortie de bulle fut plus dure que prévue. Le comité d’accueil les relève avant de les serrer dans leurs bras. Rapidement, les sept amies accompagnées de la nouvelle venue quittent la pièce, sous les applaudissements de la vingtaine de personnes ayant assistées à la scène. L’Orateur de _ Maintenant, on sait que cela marche correctement. _ En effet mais je vous conseille, Grand Coordinateur des Débats Humains, d’aménager un hangar spécial pour cette petite merveille….. _ Avec une enceinte de protection dont les mûrs auront, un bon mètre d’épaisseur. Le mieux serait de l’éloigner de la ville car vous, comme nous, nous ignorons les impacts et les conséquences de l’utilisation de ce type de machine…. _ Ensuite, nous vous conseillerons de ne pas en faire un usage trop important. Ces cristaux ont des capacités phénoménales mais un surmenage les tuerait. _ Rassurez-vous….. C’est ce que je comptais faire, de toutes manières, même si je ne pensais pas avoir recours à des mûrs d’une telle épaisseur….. Excusez-moi, un instant…. _ Faîtes donc, mon ami. L’indien utilise l’un des communicateurs qu’il porte toujours sur lui. Il appelle un des médecins du Centre de Recherche. _ Bonjour, Docteur….. Je souhaiterais que vous examiniez les sept jeunes filles qui ont conduit l’expérience, d’aujourd’hui. Une voix féminine lui répond. _ Avec plaisir, Grand Orateur Ashwenikhtéyan….. Je les ais justement en visuel….. Toutes les huit ? _ Oui…. On ignore les effets de cette technologie sur les humains…. Ensuite, j’aimerais que vous en fassiez autant avec tous les gens présent, lors de la seconde utilisation de la machine. _ Tous ? _ Oui…. Enfin presque…. Des médecins Bantiniens, Wekhtah, Latviens, Viitians et Karthéens viendront examiner leurs compatriotes. _ Très bien. Je m’en occupe de suite. La conversation finit le haut fonctionnaire reprend place, non loin de ses invités.
Le Docteur Helena Ivckanovic s’approche, tranquillement d’un groupe de jeunes femmes aux tenues extravagantes qui déambulent vers le centre de la ville. Blonde, aux yeux bleus, la jeune femme observe attentivement cette troupe insolite. Pieds nus, comme elles, elles se frayent un chemin parmi la foule assez compacte dont certains individus chaussés chahutent entre eux. A chaque fois, elle peste contre ses gens qui mettent des chaussures même quant on ne peut plus en justifier le port…. Par le froid, notamment. Il est vrai que, à l’époque du grand chambardement, aux alentours de 2010, les prix de nombreux produits explosèrent. La plupart des gens décidèrent de devenir économe. Par exemple, les chaussures furent délaissées quant il faisait suffisamment chaud pour la peau de l’individu. Depuis, on conserva cette habitude par confort et par respect pour l’humanité, comme pour _ Bonjour, les filles….. Alors, que d’émotions ? _ Je commençais à me dire que notre petite expérience était passée inaperçue….. _ Loin de là, Liz chérie. _ Je suis le Docteur Helena Ivckanovic. L’Orateur mondial m’a demandé de vous examiner…. _ Oh ! Non ! Depuis le temps qu’on attend cette soirée musicale. _ Il n’y en a pas pour longtemps. Regardez. L’hôpital central fera l’affaire. Il est situé au bout de la rue, à quelques encablures de là. _ Dépêchons.
Moins d’une demi-heure plus tard, toute la troupe quitte un vaste bâtiment dont l’allure cristalline trahit sa grande jeunesse. De nombreuses têtes se détournent, les regardent attentivement puis les saluent, d’une manière ou d’une autre, avant de diriger leurs regards sur quelqu’un d’autre. Helena achève un rapide entretien avec le Grand Orateur, par communicateurs interposés. _ Tout le monde va bien…. _ Rien d’anormal ? _ Non, elles réagissent comme d’habitude. _ Dans ce cas, bonne soirée. Elles avancent à l’allure de la foule. Bientôt, des citadins volontaires leurs donneront des écouteurs portatifs qu’elles mettront à leurs oreilles. Elles entrent dans un parc floral qui, aujourd’hui, connaît une fréquentation inhabituelle. Les jeunes générations sont de sorties entre copains, en couples, seuls. Beaucoup dansent mais pas tous, au même rythme. Un humain du vingtième siècle qui passerait, par hasard, dans le secteur, prendrait tous ces jeunes pour des détraqués. Tous ont dans les oreilles, des écouteurs de nouvelles générations qui permettent d’entendre la musique voulue dans les grands festivals, sans être forcément, devant la scène consacrée à l’artiste en question. En 2060, les concerts en plein air sont fréquents car ils ne dérangent plus les voisins avec de la musique trop forte. Autour de chaque scène, un appareil ressemblant à un haut-parleur modifie, atténue ou étouffe les vibrations sonores de l’air, comme le ferait un mûr. Dans leurs bulles, les artistes s’éclatent toujours autant à chanter, danser tandis que les spectateurs peuvent bénéficier de leurs performances, sans avoir d’interférences liés au concert voisin, au spectateur de gauche qui braille jusqu’à perdre haleine. La liberté conduit de nombreux individus à s’offrir des morceaux de plusieurs artistes, tout au long de la soirée. Dans le même temps, elles permettent de converser avec ses amis. Le groupe des jeunes scientifiques rejoint une grande table où sont entreposées des dizaines de verres qui attendent d’être remplis. Une poignée de jeunes femmes servent boissons et gourmandises diverses. Toutes ont une oreille bercée par la musique tandis que l’autre écoute les demandes des spectateurs. Toutes les neufs sont servis, en quelques minutes. Elles se dirigent vers la première scène. _ Je les aime bien….. Ils sont géniaux. Sur ces mots, Liz commence à danser. Bientôt, toutes ces compagnes en feront autant et ce, pendant toute la nuit. De nombreux artistes chanteront encore lorsque le soleil reviendra.
17 septembre 2060, au sud de Vienne.
Le soleil a encore toute sa verve estivale. Les récents orages ont passablement inondés les champs et les bois situés aux alentours. Un vaste bâtiment s’étend là, où se trouvait auparavant un très vieux hangar. Le village le plus proche a été réhabilité pour accueillir la centaine de scientifiques qui viendront travailler sur une énigmatique technologie mise au point par sept jeunes femmes. Toutefois, celles-ci n’ont pas pu se pencher dessus, depuis le test inaugural. Elles ont parcourues le monde pour la présenter à toutes les nations de
Deux silhouettes apparaissent, au loin. Elles traversent une prairie boueuse. Pendant ce périple, elles discutent beaucoup tout en regardant où leurs pieds déchaussés se posent. _ Ils ne se sont pas moqués d’elles. Le secteur est vraiment agréable avec ses montagnes, à proximité. _ Pour y être souvent venue, Quelques hérons s’envolent à l’approche des deux jeunes femmes. _ Toi aussi, tu viens travailler là ? _ Oui, ils avaient besoin de médecins. Je me suis donc proposé. Moins d’une semaine plus tard, j’ai emménagé dans ce charmant petit village. Plusieurs navettes intercontinentales se croisent au-dessus de leurs têtes. L’une se dirige en direction de Stockholm. L’autre est attendue à Gaborone au Botswana. Une troisième prend de l’altitude afin de quitter l’atmosphère terrestre pour rejoindre Sélène, la toute première ville lunaire qui fêtera bientôt sa septième année de peuplement. _ Au moins quant il fera beau et pas trop froid, vous pourrez venir à pieds. _ Au pire, la ligne de tramways sera complètement finit dans moins de deux semaines pour les fainéants et les jours de grands froids. Elles débouchent sur une allée dallée de marbre blanc. Des haies de petites tailles, plantés dans la semaine, bordent cette allée. Quelques fontaines stylisées n’attendent plus que l’écoulement de l’eau. _ Je crois qu’ils comptent les activer, demain. _ Tout va être neuf, alors ? _ Tu aurais vu dans quel état, c’était, il y a six mois. Ce coin était à l’abandon depuis plus d’un demi-siècle. Lorsque je suis venue en visite avec le Grand Orateur, on s’est demandé comment ce vieux hangar pouvait tenir debout. Elles escaladent plusieurs marches d’escaliers dont les dalles et les cristaux se croisent comme dans un jeu d’échecs. Ces cristaux ont la particularité de s’allumer lorsque quelqu’un passe. Ils remplacent les anciens éclairages publics qui manquaient de discrétions. Une double porte transparente s’ouvre devant elles. Elles pénètrent dans un hall démesuré qui passe pour être le plus grand d’Europe. Une végétation luxuriante agrémente ces lieux. Bien qu’invisible, une cascade fait deviner sa présence par sa musique caractéristique. Elles empruntent un petit pont de bois qui traverse une petite rivière. Un chemin de sable les conduit vers le centre de la salle. Au détour d’un virage, une place apparaît au milieu duquel apparaît une colonne de pierre, haute de trois étages. Une cataracte s’en échappe, tout autour. _ Autrefois, ils étaient rarement aussi bien décorés. Maintenant tous les halls d’entrées ont des dimensions phénoménales et un décor digne de Laissant la place derrière eux, elles replongent dans la forêt aux allures amazoniennes. Elles finissent par déboucher sur un escalier assez large et constitué de marbre. A l’étage, un couloir mène à une dizaine de salles et d’autres couloirs. La première porte est grande ouverte. Sept jeunes femmes s’y entretiennent, dans des robes aux couleurs extravagantes. En les observant silencieusement, les deux arrivantes comprennent qu’elles tentent de décider qui partira sur Akhtéana. Le débat semble compliquer entre celles qui aimeraient y aller et celles qui aimeraient y retourner mais le Grand Orateur vient clore les débats. _ En fait, vous pourrez y aller toutes les neuf. Le Docteur Ivckanovic, ici présente, vous accompagnera. Au vu de ses fonctions, elle n’en sera que plus performante lorsqu’elle saura ce que l’on ressent pendant ses voyages. D’autant que l’on compte bien se rendre ailleurs que sur Akhtéana lors de nos prochaines utilisations…… Tout le monde vous attend, dans une heure. Rendez-vous, dans la salle du cristal numéro un. Plusieurs cristaux sont, en effet, en cours de créations avec une multitude de changements qui feront du cristal originel, un ancêtre dépassé.
En attendant, les neuf femmes se saluent, s’embrassent. La plus jeune est câlinée par les sept conceptrices de cette nouvelle technologie. _ Que deviens-tu ? _ Rien de plus qu’avant. A ceci près que je suis en pleine forme, comme vous le voyez. Elle montre ses pieds, sa main et son genoux que des bandages recouvraient. Elle est toute joyeuse de pouvoir se mouvoir, sans boiter. _ J’ai même pu reprendre l’entraînement et les matchs, sans conséquences physiques malheureuses. _ C’est génial, non ?
Tout le monde se retrouve devant une grande porte qui ressemble à celle des anciens bunkers. Ultra lourde, elle est monobloc et constituée d’un alliage d’or, d’argent et de mica qui assure l’isolation, l’étanchéité de la pièce ainsi que l’absorption et la récupération de l’énergie dispersée par la technologie. Malgré ses deux cent cinquante tonnes, la porte s’ouvre facilement, sans l’aide de personne. Le large couloir du souterrain conduisant à la salle est aussi silencieux que si il avait été désert. Toutefois, quelques scientifiques continuent d’arriver. Tous viennent assister au spectacle et ainsi, satisfaire sa curiosité. Les voyageuses entrent dans une large cavité que l’on croirait avoir été creusée dans de la pierre, tant elle ressemble à une caverne, par son aspect. _ Je ne sais pas qui est l’architecte mais, on dirait que Nicholaj Taboulakis a déteint sur lui par la démesure de cette pièce et ces décors. Le bruit d’une chute d’eau résonne sur tout un pan de mûr. Une petite cuvette la réceptionne avant qu’un chemin l’escorte à travers la roche. _ A combien de mètres, sous la surface, nous sommes ? _ Cinquante trois mètres, précisément. Toutes se retournent pour mettre un visage à cette voix qu’elles n’ont pas réellement reconnue. Un homme qui fait la fierté de la ville de Bombay, tant par son ancienne carrière de sportif (Hockey et Cricket) que par sa carrière d’architecte et de Grand Orateur, les salue avec un sourire radieux. _ J’imagine que vous êtes impatientes…. En tout cas, moi, je serais ultra pressés de me retrouver, là-bas…. A ce propos, je vous présente Helena Tchavosy qui a patiemment visionné à de nombreuses reprises, les enregistrements du voyage inaugural par vos attrapeurs de rêves. Une femme de grande taille, aussi blonde qu’un champ de blé, se présente à elles. A peine plus âgées qu’elles, elle arbore un look tout aussi inhabituel que la bande des sept. Des pieds nus arborant des bagues, un bracelet, des tatouages, du vernis aux couleurs dépareillés. Une minijupe taillée à la serpette, rose fluo. Un soutien-gorge jaune canari. Des dessins sur le ventre et les bras. Des cheveux en batailles. Une liasse de colliers de coquillages, de pendentifs en or, en argent et des figures d’inspirations tribales. _ En effet, elle vous fait sérieusement concurrence…. Et pourtant, à Vienne, vous avez une renommée légendaire dû à vos goûts vestimentaires pas vraiment conventionnels…. Tout comme vous, c’est une tête dans son domaine qui va de l’astrophysique au dessin, de la nano ingénierie à la mécanique spatiale, de l’imagination au rationalisme extrême. _ Nos attrapeurs de rêves t’ont appris quoi ? _ Des tas de choses extraordinaires qui nous ont notamment permis d’améliorer le prototype et de valider la croissance de ses enfants. Même le cristal a imprégné ses pensées, ses besoins, ses impressions, ses craintes. Grâce à vous, nous avons fait un bond de plusieurs siècles dans la compréhension et le dialogue avec le monde minéral qui vont déboucher sur les projets les plus fous….. _ Les villes-cristals. _ Et oui…. Si tout va bien, avant un demi-siècle, _ Qui dit qu’elle ne l’a pas fait ? _ Personne, bien sûr….. _ Au nom de _ Les Bantiniens ? Bien que discrets, il y a deux Andromédiens qui assistent à l’évènement, en tant qu’observateurs. Les Wekhtah, les Latviens, les Viitians et les Karthéens sont également représentés. _ Non, je ne pense pas….. Ce Machaon est un bon candidat, par exemple. Un papillon blanc que personne n’avait encore remarqué, volette tranquillement à la recherche d’un perchoir confortable et tranquille mais, décidément, il y a beaucoup de monde, aujourd’hui, qui traîne sur son chemin. _ Ben quoi ?… Ce papillon a l’air tout à fait normal. Quelques hommes et femmes viennent équiper les neuf voyageuses. Ils accrochent un petit objet noir au poignet de chacune d’elles puis ils vérifient le bon fonctionnement de leurs attrapeurs de rêves personnels. Moins de cinq minutes plus tard, ils donnent le feu vert pour le lancement de l’expérience. Déjà, la plupart des convives ont rejoint l’enceinte de sécurité et de contrôle situé derrière une épaisse baie vitrée, elle-même, derrière la cataracte. Le Grand Orateur les rejoints, après avoir adressé ses derniers encouragements à l’équipe en partance. La voie libre, les jeunes femmes reportent leurs attentions sur le gigantesque amas de cristal. _ Il n’est pas plus grand que l’autre fois ? _ Bien vue, Anaïs. De soixante kilos, il est passé à près de deux cent cinquante kilos. _ En combien de temps ? _ Le Conseil de suivi décida de le replonger dans son bassin de croissance pour en augmenter sa puissance pour faciliter les voyages qui apparemment, demande beaucoup plus d’énergies que prévue initialement…. Même nos attrapeurs de rêves l’auraient perçus. Du coup, sa puissance nominale a été multipliée par dix. _ D’où la nécessité de ces parois large de trois mètres. Le démarrage de la technologie est imminent. Les néophytes ont un peu le trac. Certaines se demandent encore si c’est douloureux. Une voix à l’accent québécois annonce le décompte. _ Cinq…… Quatre…… Trois……. Deux…… Un…… Zéro. Une main active la machine depuis un pupitre volumineux. Aussitôt, les spectateurs qui ne l’avaient pas encore fait posent sur leurs nez, une paire de lunettes quasi opaque. Dans le même élan, le temps semble se suspendre. Les respirations ralentissent. Les corps se figent.
Le cristal géant ne tarde pas à émettre une faible lueur qui forcit régulièrement. La pièce est rapidement submergée par une lumière aveuglante dont la couleur tire sur le bleu, à moins que ce soit du blanc, du violet ou du jaune. Des éclairs commencent à siffler dans l’atmosphère. Déjà, les parois murales sont mises à rude épreuve. Les chocs se multiplient, à vive allure. Les bulles de plasmas se forment autour des voyageuses. L’une d’elles entourent deux d’entre elles qui se tiennent par la main : Anaïs Kathleen et Elya. Comme lors du test initial, elles ont une parfaite vision sur ce qui se produit mais cette fois, plus de détails sont visibles. L’amas change de couleur à la vitesse de la lumière. Chaque unité cristalline semble obéir à sa propre volonté, à sa propre fantaisie. Certains même s’amusent à se parer de couleurs encore inconnues des terriens. Malgré tout, ils vibrent sur le même tempo. Régulièrement, ils laissent échapper une bouffée d’énergie, de chaleur et de lumière sous la forme d’éclairs plus puissant que le soleil, lui-même. Elles ont l’impression d’être enfermées depuis un temps infiniment long alors qu’en fait, il n’y a guère qu’une poignée de secondes que l’engin laisse libre cours à son imagination. Leurs attrapeurs de rêves ont déjà enregistrés une vingtaine de minutes d’images. Des impressions, des émotions étrangères, des visions, des paroles commencent à envahir l’esprit de toute l’assistance. Beaucoup en sont perturbés. Certains pensent même devenir complètement cinglés. Il n’y a guère que les voyageuses, les Bantiniens, l’Orateur, quelques anonymes et certains extranéens qui, au pire, restent de marbre. Natalya et d’autres en trouvent une certaine satisfaction. Ils ne le savent pas encore mais les neuf attrapeurs de rêves en partance, ainsi que ceux de cinq observateurs montreront que chaque être humain ou assimilé présent reçoit un flux cérébral personnalisé. Elya revoit, par exemple, des morceaux agréables de sa vie qu’elle pensait bien terne, jusque là. Anaïs est plongé, dans un monde inconnu, au cœur d’une romance, entre deux femmes, loin de toute vie humaine. Helena perçoit les rêves inimaginablement chaleureux d’un cristal.
Sans que le moindre signe avant-coureur ne l’annonce, la machine s’emballe. Des milliers d’éclairs partent dans tout les sens, en simultanée. Les parois en alliage amortissent, captent, transmettent et absorbent une énergie colossale, même pour la civilisation bantinienne. Elle viendra réénergiser l’amas. Les neuf voyageurs disparaissent discrètement au milieu de ce spectacle son et lumière avant que la technologie revienne à son état initial. _ Cela semble plus intense que la première fois ? _ Sans aucun doute.
Les bulles de plasma s’évaporent, dans un endroit inconnu. Les neuf voyageuses font quelques pas pour contempler les lieux. _ A moins que cela ait changé depuis la dernière fois, nous ne sommes pas à Akhtéana. _ Ça me fait penser à une cathédrale. Pas vous ? _ Faut voir. Elles ont beau cherché dans toutes les directions. Elles ne voient que du cristal. Le sol réagit, sous leurs pas, en vibrant sur une note de musique particulière. Elle diffère à chacun de leurs pas, ce qui finit par former une chanson différente suivant les filles. Toujours main dans la main, Anaïs Kathleen et Elya s’approchent de l’une des parois. Elles ne se sont pas rendues compte que la bulle de plasma les avait liée pour un moment. Elles touchent ce mûr. Des images apparaissent dans leurs esprits. _ Sans ces musiques, cet endroit serait vraiment très glauque. Sur ces paroles, l’édifice s’illumine par le sol d’une douce lueur bleue. L’air se fait plus chaleureuse. L’ambiance générale, moins froide. Quelque chose prend forme, au milieu de la pièce. D’abord, incertaine. Cette entité se décide à prendre une forme humaine masculine. _ Qu’en dîtes-vous ? C’est la première fois que nous faisons prendre aux molécules, aériennes, votre allure. C’est un homme d’une trentaine d’années, mal rasé, qui se tient devant elles. Il arbore une tenue vestimentaire déconcertante avec des couleurs osées, criardes. _ Qui êtes-vous, exactement ? _ Nous sommes un collectif d’intelligences cristallines….. Vous avez d’ailleurs contribués à nous réveiller. _ Comment cela ? _ En nous sortant d’une collection privée puis en nous faisant grandir….. Notre véritable demeure est ici, dans cette dimension qu’aucun être vivant de votre lignée n’a jamais parcourue. Toute notre énergie vient de là. _ Nous sommes donc à l’intérieur de l’amas ? _ En quelque sorte, oui. Comme sur Terre, vous pourriez y passer de nombreuses vies, sans en avoir fait le tour….. C’est ici que vos enveloppes charnelles resteront pendant que vos esprits s’en iront rendre visite à nos frères d’Akhtéana. Votre voyage ressemble à un rêve d’où l’activation de vos Attrape rêves…. Grâce à notre présence, l’enregistrement à une qualité bien supérieure à ce que vous êtes capables de faire. Elya s’interroge intérieurement. L’entité a utilisé le mot réveillé et cela perturbe son activité cérébrale. _ Tout simplement parce que d’antiques civilisations sont parvenues à comprendre et à utiliser certaines de nos propriétés. _ Vous m’avez entendu penser ? _ Evidemment… C’est tellement facile pour nous…. D’ailleurs vous seriez étonnés de connaître l’étendue de nos perceptions… Elles vous feraient prendre conscience que bien que nos enveloppes aient l’airs inertes, nous sommes tout aussi vivant que vous…. La mégalopole cristalline commence à vibrer partout. Une douce lueur aveuglante, de la musique envoûtante, une température agréable viennent les étreindre alors qu’elles plongent dans l’inconscient. Elles ne le savent pas mais leurs corps s’étendent lentement à même le sol.
Moins d’un dixième de seconde plus tard, neuf terriennes apparaissent dans le sanctuaire planétaire d’Akhtéana. Comme la première fois, elles arrivent dans une pièce circulaire n’ayant aucun angle droit entre les mûrs, le plafond et le sol. _ Voilà quelque chose qui me semble familier. Les quatre portes de sorties s’ouvrent en simultanée et pourtant, personne n’en a demandé l’ouverture. _ Notre présence est détectée ? _ Bien sûr, mais c’est normal. Une forme vaporeuse se matérialise sous une forme féminine bien connue. _ Akhtéana…. On a faillit t’attendre. _ En fait, je vous ais devancée mais j’ai conservée une forme invisible pour pouvoir mieux communiquer avec mes semblables, éloignés dans l’Univers……. Heureuse de vous revoir parmi nous, jeunes terriennes. _ Qui a ouvert les portes ? _ Regardes… Et tu verras. La plus jeune de toutes s’approche lentement de l’ouverture la plus proche. Elle n’est plus qu’à trois pas de l’extérieur. Une gigantesque cascade se dévoile, un peu. D’étranges créatures hyper lourdes avec de nombreuses paires d’ailes montrent leurs savoir-faire au cours d’un ballet aérien. A ce moment là, une tête pleine de poils apparaît par le haut de l’ouverture. Instinctivement, elle se retourne pour savoir si les autres voient la même chose. L’animal saute sur le sol. La créature ressemble étrangement à un écureuil qui aurait été victime de gigantisme et qui aurait hérité d’un pelage coloré digne des perroquets. Il est plus grand que la plus grande des filles. Avec vivacité, il entre puis inspecte chacune des présentes. A chaque fois, il fait un geste amical en direction des terriennes. Pour finir, il reprend sa route comme si de rien était. _ Ils adorent interrompre les enfants dans leurs recherches et les enfants adorent jouer avec eux. _ En ville ? _ Leurs escapades finissent toujours dans la grande forêt. L’autochtone les invite à la suivre. Par le réseau de passerelles habituelles, elle les conduit jusqu’au poste d’observation le plus proche. L’astre solaire tape fort. Il fait chaud. _ On se croirait en plein mois d’août. _ Il fait toujours chaud, ici…. Même quant il pleut….. Ceci dit vous devriez être capable d’y remédier. _ Comment cela ? A part en enlevant nos habits, je ne vois pas comment ? _ Même si vous avez l’air d’être corporel, ce n’est qu’une illusion. Vos esprits ont, par habitude, remodelé l’énergie en imitant vos corps…. Vous pouvez donc tout faire. Anaïs Kathleen se retrouve nue mais cela ne l’émeut pas plus que cela. _ Le pire, c’est que c’est vrai. Deux secondes plus tard, elle porte une robe légère totalement blanche ainsi qu’une paire d’ailes larges dont l’envergure rendrait fou de jalousie les plus grands oiseaux. _ J’ai toujours rêvé de voler. Avec la grâce d’un aigle, elle décolle de quelques mètres avant de se poser. _ Je suis bien contente d’être venue. Elle regarde, un instant, l’horizon avant de reporter son attention sur le reste de la troupe. _ Bon alors…. C’est pour aujourd’hui ou pour demain. Ce n’est pas demain que nous aurons de vraies ailes pour voler, sur Terre, alors profitons-en. Sur ces paroles, elle se jette dans le vide. Elya l’imite alors qu’elle n’a pas encore d’ailes sur le dos. Déjà, les autres jeunes femmes modifient leurs apparences pour prendre une forme chère aux Ethréens, encore inconnus à leurs époques. Natalya s’est déjà ruée, telle une cascade, dans le royaume aérien. D’abord en chute libre, elle redresse la situation comme le font les virtuoses à plumes de notre monde. Elya et Anaïs semblent beaucoup plus à l’aise. Elles exécutent des figures acrobatiques gracieuses tout en rigolant, sans arrêt. Un être à la tête volumineuse et aux nombreuses paires d’ailes s’invite dans le ballet. Son allure monstrueuse et sa tête d’aigle impressionnent au premier abord mais il ne montre aucune agressivité. Rapidement lassé, il s’éloigne de ce groupe d’excités. _ Dommage que Après de nombreux piqués suivis de remontées, Irina rase l’eau calme que les cataractes n’arrivent pas à perturber. _ On peut tout faire ? _ Oui. Aussitôt nue, la jeune femme se laisse happer par l’eau. Sa fraîcheur l’envahie. _ Elle est bonne ? _ Bien sûr. Deux minutes plus tard, elle est à nouveau, en vol, sèche et bien dans ses vêtements. Akhtéana conduit le groupe, hors du cratère. De l’autre côté, une épaisse forêt s’étale à perte de vue. Aucune trace de construction. De temps en temps, une rivière large et profonde rompt la monotonie. Plus tard, la troupe se laisse guider par un de ces cours d’eau. _ Ça à l’air plus facile que de courir….. _ Et moins crevant. Les méandres, les kilomètres sont rapidement avalés avec une aisance inouïe. De grands oiseaux blancs se joignent à elles. La curiosité est réciproque. _ Ce sont des migrateurs perpétuels… Il ne reste sur la même zone que lorsqu’il y a des naissances à prévoir. _ Où nous emmènes-tu ? _ Je vais vous montrer l’une de nos autres villes….. La plus proche est, tout de même, relativement loin. Bien qu’avançant à vive allure, les jeunes femmes sont dépassées, puis larguées, par leurs compagnons à plumes. _ Aucun volant dans l’Univers ne pourrait les battre…. A part, peut-être, vos Faucons pèlerins quant ils piquent du nez. Plus loin, un virage à gauche dévoile une clairière. _ Voilà nous y sommes. _ Je ne vois rien. _ Patience. Comme si une technologie de furtivité avait été désactivée, la ville apparaît instantanément. _ Si je m’attendais à cela. La cité ne ressemble à rien de connue mais on n’en attendait pas moins de la civilisation locale. Un champ de plasma délimite la zone concernée. Transparent, il ne laisse rien apparaître. _Une ville, ça ? _ Et oui….. Mais tu oublies que nous sommes polymorphes et que notre civilisation a toujours laissée libre cours à l’imaginaire de chacun…. Ce que vous y verrez dépendra de vous. _ Comment on entre ? _ Je vous propose d’utiliser vos ailes pour cela. Sans les attendre, elle pénètre dans l’enceinte. Tour à tour, les terriennes font de même. Anaïs Kathleen est la première à la suivre. Une étrange sensation l’assaille. L’intégralité de son corps réagit à ce contact. Instantanément, le décor changea. Elle est sur le point de survoler une cascade dont le sommet est occupé par une spacieuse maison. Intriguée, elle atterrit sur une terrasse disposant d’une vue imprenable. Elle se penche pour mieux contempler la cascade et les appuis de la demeure. Des roches servent de soutient aux quelques piliers de pierres portant la maison. Akhtéana se pose à ses côtés. _ J’aime bien. Il faut toutefois ne pas avoir le vertige. Ses yeux se portent sur ce qu’il y a plus loin. Une chaîne de montagnes dont les cimes sont enneigées. Un lac s’étale à leurs pieds avec au milieu, une île. Sur cette île, une petite ville sert de refuge pour quelques milliers de résidents. Des édifices colossaux, en pierre blanche, sont séparés par de larges avenues arborées, à moins que ce ne soit des parcs. Des bâtiments plus petits sont dispatchés, çà et là, sans que l’on ait l’impression d’être dans une ville. _ Je vois. Tu n’aimes pas vraiment les villes… _ Je suis mal à l’aise quant il y a trop de monde dans le secteur…. Je deviens maladroite. C’est exaspérant quant on a passé toute sa vie dans une grande ville comme Vienne. _ Tu es une contemplative, plus qu’une aventurière… _ Exactement…. _ J’ai visité…. Tu as bon goût. Quelque chose de lumineux décolle puis s’élève, à la verticale, toujours à la même allure. _ Tiens, un vaisseau ? L’objet s’arrête à la hauteur d’une plate-forme qui se montre, enfin. Deux minutes plus tard, un vaisseau spatial en forme d’arc décolle avant de s’élever, à vive allure, puis de disparaître. _ C’est assez bucolique, je trouve…. Pour une citadine des mille chutes d’eaux, la présence d’une cascade n’est pas pour nous déplaire. _ Au fait, où sont les filles ? _ Derrière toi, Anaïs. En se retournant, elle voit ses amies qui, bien que dans son salon, regardent dans des directions dont la vue est bouchée par un mûr, le toit ou tout autre chose. _ Que regardent ils ? La déco ? _ Elles ne voient pas la même chose que toi, je te le rappelle. _ Attends…. Tu veux dire que l’on voit toutes les personnes présentes dans le champ de force même si nous ne partageons pas la même vue ? _ Oui. _ C’est déroutant… _ Pour les novices, certainement. Bien qu’à vous observer de plus près, vous prenez cela avec des yeux d’enfants. Donnes-moi la main, jeune terrienne. Anaïs Kathleen s’exécute aussitôt. A sa grande surprise, son décor idyllique s’évanoui pour être immédiatement remplacée par une autre. _ Attends deux petites minutes. Elles profitent de ce laps de temps pour toucher toutes les terriennes. Une succession d’yeux écarquillés, d’exclamations incontrôlées claquent dans l’air. A présent, toutes profitent d’un décor inconnu. _ Qui a imaginée cela ? _ L’association de vos neuf imaginaires. _ Et cela donne ça ? _ Comme tu le vois…. _ Je n’aurais pas cru qu’associer plusieurs imaginations donneraient ce résultat. Je me serais attendu à quelque chose de plus conventionnel. Tout ce petit monde est à une bonne centaine de mètres du sol, au bon milieu d’une vaste forêt. Derrière elles, une petite maison prend appui sur un arbre très large. En tout et pour tout, elle ne contient que trois pièces. La première sert de chambre à coucher. La seconde est destinée à y vivre en journée. La dernière pièce est le siège de la salle de bains et des commodités. De nombreuses plantes s’épanouissent, côte à côte. Toutes ensemble, elles forment un véritable mûr végétal. Des allées relient les demeures entre elles. Le tout arbore une imitation couleur chêne. Des escaliers permettent d’accéder aux étages supérieurs et inférieurs de la ville. Les rambardes de sécurité imitent à souhait les lianes avec une solidité à toute épreuve. Le palier supérieur est clairsemé car réservés aux points d’observations qui servent aussi de lieu de relaxations, de méditations, de créations artistiques. Toutes vont volontiers plus en hauteur pour bénéficier d’un meilleur point de vue et elles seront servis, tant leurs yeux ne sauront pas où donner de la tête. A perte de vue, des arbres et des maisons quasiment invisibles. De ci, de là, il y a quelques personnes qui discutent, qui lisent, qui se promènent, qui se relaxent ou qui dorment, seul, en duo ou en groupe.
Tous droits réservés
Lundi 28 Septembre 2009Poster un commentaire
La lignée
Trois personnes pénètrent dans la lumière. Le premier est un vieil homme tout ridé, tout courbé, tremblant de tous ses membres. Il est si ridé qu’une fois tendue, sa peau pourrait servir de tapis pour toutes les pièces du château de Versailles. Ses jambes supportent, tant bien que mal, le poids de son corps. Sa main gauche tient une canne avec fermeté. Sa main droite pendouille le long de son tronc. Deux de ses phalanges manquent à l’appel et une troisième se trouve dans un état lamentable. Son visage est moins expressif que la pierre. Son nez semble sur le point de s’écrouler sous ses lunettes. Rien ne semble le toucher, ni la souffrance, ni la douleur, ni le froid glacial de ses lieux, ni le souvenir intégral de ses pérégrinations. Son corps est secoué par des convulsions. Le second, la trentaine, semble dans la fleur de l’âge. De grande taille, il inspire le calme mais aussi, les résidus de certains de ces caractères de jeunesse. Chacun de ses gestes semble calculé. Un air anxieux est, pourtant, ainsi inscrit sur son visage. Une peur de ne pas être à l’heure à son bureau ? Peut-être est-ce la peur de décevoir son supérieur hiérarchique. Le troisième est un enfant âgé de moins de dix ans. Il court et saute dans tout les sens. Ses yeux sont remplis d’insouciance, de fougue. Chacun de ses individus sont des symboles. Le vieillard représente l’ancêtre dont la vie est en majorité dans son dos. Comme les temps anciens, il est à garder en mémoire dans un coin de sa bibliothèque. Les incantations, prophéties, formules magiques et recettes sont des signes distinctifs. Le passé est une certitude dont il faut soigneusement conserver le culte à portée de main. L’homme qui s’aventure dans la trentaine représente celui qui alimente l’actualité. Comme la modernité, il apprivoise les nouvelles technologies sans difficulté. Il se nourrit grâce aux images. La télévision, l’ordinateur, Internet sont ses signes distinctifs. Le présent est une passion qu’il ne faut pas oublier de vivre intensément. Le jeune bambin représente la nouvelle vague, la nouvelle génération. Comme la relève, il impressionne par ses qualités intellectuelles et mentales. Comme l’apprenti, il s’apprête à dépasser son maître. Comme tout ces camarades, ils travaillent sur Pluton et habitent dans ce sanctuaire qu’est
Le passé est une certitude dont il faut soigneusement conserver le culte à portée de main. Le présent est une passion qu’il ne faut pas oublier de vivre intensément. Le futur est une incertitude dont il ne faut pas nier l’existence.
Tous droits réservés Tags associés : lignee
Vendredi 27 Novembre 2009Poster un commentaire
|
Derniers commentaires
Statistiques
| ||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||